OTAN : le big bang a commencé - C dans l’air - 12.02.2026
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 30 %Défensif 25 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:07OuverteRéponse directe
A quoi sert cet exercice Orion ?
- 5:47OuverteRéponse directe
Comment les adversaires, comme les Russes, observent ce genre d'agitation ?
- 10:05OuverteRéponse partielle
Qui est l'armement, les carnets de commandes, les collaborations entre certains pays ?
- 15:40OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'il faut comprendre des réattributions de commandement au sein de l'OTAN ?
- 19:05RelanceRéponse directe
On rentre dans un début de retrait des Américains ?
- 21:11RelanceRéponse directe
Ce sont des signaux qui montrent que l'on entre concrètement dans un désengagement américain de l'OTAN ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:07Gal F.ChauvancyFait
« Le 1er, c'est le retour des manoeuvres en terre alliée. La dernière fois, c'était en 2023. Avant, c'était 30 ans avant. »
- 3:36Gal F.ChauvancyFait
« On a enfin un budget qui correspond à ce genre d'exercice. C'est la prise en compte qu'il faut s'entraîner pour de vrai. »
- 5:03A.PirotFait
« Cette année, on ne nie pas le fait qu'on se prépare à ce que, éventuellement, ce soit la Russie. »
- 8:36I.LasserreFait
« La période de la post-guerre froide est terminée et totalement terminée. »
- 11:33Chiffre
« Plus de 12 000 soldats mobilisés aux côtés de militaires de 24 pays pour simuler une réponse à l'attaque d'un pays fictif sur le sol européen. »
- 12:53P.HegsethFait
« Il va falloir que nos alliés européens descendent dans l'arène et prennent en charge la sécurité de leur continent. »
- 13:37J.D.VanceFait
« Quand je regarde l'Europe, aujourd'hui, j'ai parfois du mal à comprendre ce qui est arrivé à certains vainqueurs de la guerre froide. »
- 14:12D.TrumpFait
« Je pense qu'ils sont faibles et qu'ils veulent être trop politiquement corrects. Je pense qu'ils ne savent pas quoi faire. »
- 17:53A.PirotFait
« J'ai du mal à croire, au regard des dernières expériences, que les Américains acceptent de recevoir des ordres de généraux européens. »
- 18:21Fait
« Le Pentagone encouragera les alliés de l'OTAN à assumer la responsabilité principale de la défense conventionnelle de l'Europe avec un soutien américain essentiel, mais plus limité. »
- 19:50P.HarocheFait
« Le Congrès a signalé qu'il interdirait à l'exécutif de réduire trop le niveau des troupes américaines en Europe. »
- 21:53I.LasserreFait
« Le désengagement américain de l'OTAN ne se voit pas dans la redistribution des postes dans les grands commandements. Il se voit dans le fait que les Américains ont arrêté l'aide à l'Ukraine. »
- 22:36I.LasserreFait
« Quand on regarde froidement et qu'on oublie l'agressivité de D.Trump, c'est quelque chose de totalement normal et entendable, qui pourrait être une opportunité et nous servir. »
- 38:34Fait
« En ce moment, c'est comme si les Américains étaient en train de prendre une pause cigarette. Mais nous, nous sommes dans l'attente de ce qu'il va se passer après. »
Temps de parole
- ?100 %
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Faites confiance à Le Chat. ... - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue dans "C dans l'air". C'est un rendez-vous redouté par les chefs d'état européens. Dans quelles dispositions seront les Américains à la conférence de sécurité de Munich à partir de demain? On s'en souvient. L'an dernier, le vice-président J.D.Vance avait humilié les Européens dans un discours qui avait marqué le début d'une rupture entre l'Amérique et ses alliés. Baisse de l'aide militaire en Ukraine, crise du Groenland... Les signaux d'un changement de cap américain ne manquent pas. E.Macron rappelle les Européens à un réveil stratégique, d'autant que les Etats-Unis semblent amorcer un retrait au sein de l'Otan. Baisse prévue des effectifs présents en Europe... Aujourd'hui, des commandements militaires de l'Alliance cédés par Washington à des Européens... Que faut-il comprendre de la stratégie américaine? Les 27 ont-ils tiré toutes les leçons des coups de boutoir de D.Trump?
Avec nous, le général F.Chauvancy, rédacteur en chef de la revue "Défense" de l'Union-IHEDN. Vous êtes ancien officier ayant servi à l'Otan. A.Pirot, vous êtes journaliste, réalisateur, spécialiste des questions de défense. I.Lasserre, vous êtes correspondante diplomatique au "Figaro". P.Haroche, vous êtes maître de conférences en politique européenne et internationale à l'Université catholique de Lille. Bonsoir. Merci de participer à ce "C dans l'air". On va commencer avec ce qui se passe en ce moment: un exercice militaire d'ampleur. C'est le plus grand depuis la fin de la guerre froide. Il s'appelle Orion. 25 navires, 140 avions et hélicoptères, des militaires de 24 pays.
Je commence par une question. A quoi sert cet exercice? - Gal F.Chauvancy: Le 1er, c'est le retour des manoeuvres en terre alliée. La dernière fois, c'était en 2023. Avant, c'était 30 ans avant. On ne le faisait plus pour des raisons budgétaires. Ce n'était pas très porteur... Il y avait pas mal de nuisances sur l'environnement. Aujourd'hui, c'est réaffirmer la place des armées sur le territoire national dans une opération majeure, qui va durer 3 mois. Il y a différentes phases.
Il y a beaucoup de participation étrangère. C'est aussi la capacité de l'armée française aujourd'hui à commander en interallié. Depuis le 8 février, vous avez une flotte au large de l'île de Ré. Il y a des navires espagnols, italiens... Il y a l'internationalisation de cet exercice. Faut-il avoir peur? Ca fait froid dans le dos? Bien sûr que non. On s'est toujours entraînés. La seule chose qui change, c'est qu'on en parle. - C.Roux: Depuis le début de cet exercice, on nous dit que c'est le plus grand depuis le début de la guerre froide. On a un peu changé d'époque. - Gal F.Chauvancy: On a enfin un budget qui correspond à ce genre d'exercice. C'est la prise en compte qu'il faut s'entraîner
pour de vrai. Peut-être que, dans quelques années, on sera contraints à ne plus uniquement s'entraîner. C'est un bon moyen de montrer à l'opinion publique française et aux citoyens qu'une armée a une utilité. Elle est là pour protéger le territoire national. Il faut que le citoyen connaisse cette armée. Il faut voir les difficultés que ça implique. C'est une forme de communication des armées vers le citoyen, mais aussi vis-à-vis de nos adversaires potentiels, pour leur montrer que nous nous préparons si jamais ils se montraient agressifs. - A.Pirot: Il y a 3 ans, vous avez eu le même exercice.
On était à 10 000 hommes. Ca permet aussi de vérifier que ce que l'on a mis en place il y a 3 ans marche mieux, ou en tout cas de manière plus efficace, 3 ans plus tard. Je pense au service de santé des armées. Il y a 3 ans, il a montré ses limites s'il devait faire face à un afflux massif de blessés ou de graves blessures... Oui, ça fait partie d'un changement d'ambiance. Il y a une chose qui montre ce changement d'ambiance. Cette année, on ne nie pas le fait qu'on se prépare à ce que, éventuellement, ce soit la Russie. J'ai vécu un certain nombre de ces manoeuvres. Quand les pilotes de char touchaient une cible, ils disaient le nom d'un équipement russe. Quand ils sortaient de la cabine, ils disaient: "Ne dites pas que ça va être la Russie." On a changé de créneau et on assume une position plus "virile" sur le continent européen. Ca ne vous permet pas de dire que vous avez toutes les capacités pour faire face à un conflit de haute intensité. - C.Roux: On se prépare, on communique vis-à-vis des opinions européennes pour dire comment se passe la guerre et les moyens qu'il faut y mettre...
On désigne aujourd'hui un adversaire. - P.Haroche: L'aspect du signalement stratégique à l'égard de l'adversaire est très important. C'était le message de F.Mandon. Il disait que la Russie ne prendrait pas sa décision toute seule mais en réaction à notre degré de préparation matérielle et morale. Si la Russie a l'impression que c'est simple, elle sera incitée à être agressive. C'est important. Il y a un 2e personnage qu'il faut impressionner: les Etats-Unis. On parlait du fait qu'il y a une réunion à l'Otan. Les Etats-Unis ne changent pas leur message
dans l'administration Trump. C'est que la sécurité de l'Europe, ça doit être les Européens qui doivent la mettre en oeuvre. Si, un jour, il y a une guerre, ça ne seraient pas les Américains qui enverraient l'essentiel des forces européennes qui tourneront autour. Ce sera la capacité des Européens à se coordonner de façon efficace et étroite qui sera décisive dès la première ligne. C'est pour ça qu'il est important d'avoir des exercices en alliés au niveau national. J'irai plus loin, ça devrait être une fonction de l'Otan, de faire des exercices qui démontrent
la capacité européenne. - C.Roux: L'Otan ne le fait pas? - P.Haroche: Si. Mais l'idée que l'on peut avoir des plans ou communiquer sur le fait que les Européens, sans les Etats-Unis, seraient quand même capables, ils ne le font pas. Pendant longtemps, on disait que ce serait contre-productif car on est une alliance. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Ce qui est contre-productif, ce serait de dire qu'on a absolument besoin des Etats-Unis. Tout le monde voit bien que cette hypothèse, on est obligés de la prendre en compte. C'est pour ça qu'il y a eu un débat quand M.Rutte a dit que l'Europe n'était pas capable de se défendre sans les Etats-Unis. Je pense que ça devrait être une mission de l'Otan de démontrer
que l'Europe, sans les Etats-Unis, est capable de se défendre. Ca rassurerait les Etats-Unis que l'Otan n'est pas un système qui pèse seulement sur eux et qu'on pourrait aller de l'avant même s'ils ne fournissent pas tout le soutien. D'une certaine manière, ça les inciterait à nous soutenir davantage en se disant qu'ils investissent sur des gens qui ont déjà une force en eux-mêmes. Ca dissuaderait les Russes. Quel message peut-on envoyer à V.Poutine si on lui dit que sans les Etats-Unis, qui prennent le large, on est nuls? - C.Roux: Comment les adversaires, comment les Russes observent ce genre d'agitation?
- I.Lasserre: Je n'ai pas vu de réponse de la part des Russes. Tout ça prouve une chose, c'est que la période de la post-guerre froide est terminée et totalement terminée. C'était le cas pour le précédent exercice il y a 3 ans, qui avait été déclenché après la guerre en Ukraine. Il faut faire la même chose que nos adversaires. Nos adversaires font des exercices en permanence. Dans les exercices faits par la Russie et la Chine, les ennemis sont quasiment désignés ouvertement. Il faut faire la même chose que nos adversaires si on veut être pris comme une puissance et s'autopersuader que l'on va devenir une puissance.
Il ne s'agit pas d'attaquer nos voisins pour les annexer. Je parle du réarmement et du renforcement de la puissance de l'Europe. C'est indispensable. Ca parle aussi aux opinions. Quand on a des chefs militaires qui assument le danger, qui assument le risque et qui disent ouvertement qu'il faut faire attention, que l'on a un problème car il y a des pays qui nous considèrent comme des ennemis... Il faut pouvoir remplir ce discours. Il ne faut pas faire que des conférences internationales. Sinon, ça ne sert à rien. Les exercices, c'est le début. Après, il faut rentrer dans le dur. - C.Roux: Qui est l'armement, les carnets de commandes, les collaborations entre certains pays
qui ne sont pas faciles, comme la France et l'Allemagne. Peut-on rater un exercice? Quand on fait des exercices d'une telle ampleur, est-on assuré de démontrer sa force? On peut aussi démontrer ses failles? - Gal F.Chauvancy: Il y a la communication qui va dire que l'on a bien réussi. A chaque fin de ce type d'exercice, vous avez une période "retour d'expérience". Vous avez des observateurs qui viennent voir et qui font un débriefing en disant ce qui était pas mal et ce qu'il faut revoir. Un exercice, c'est surtout pour s'améliorer. Le but est de se mettre en situation et que, à la fin, si ça a bien marché, tant mieux.
Le service de santé des armées, il y a 3 ans, a peut-être montré des défaillances. On va rectifier. L'exercice est surtout pour montrer les défaillances. - C.Roux: Ce n'est pas une démonstration de force? - Gal F.Chauvancy: Si. Si vous communiquez bien, vous êtes capable de sortir 25 000 hommes, plus d'une centaine d'avions, 25 navires... La force est réelle. Ne vous faites pas d'illusions. Quand les Russes font des exercices, ce n'est pas plus brillant que nous. Après, il faut avoir l'oeil averti et l'oeil objectif. Ne pas dire qu'on a réussi alors qu'on n'a pas réussi, mais accepter qu'on a fait des erreurs et les corriger. - C.Roux: 65 chefs d'Etat et de gouvernement sont attendus pour la conférence sur la sécurité de Munich.
L'an dernier, la charge de l'Amérique contre l'Europe avait provoqué une sidération. La crise au Groenland n'a fait qu'accroître les doutes sur l'engagement américain. Pendant ce temps, l'Europe peine à bâtir une sécurité commune. - Dans les airs, sur terre et en mer... Depuis 4 jours, l'armée française est en plein exercice Orion. Plus de 12 000 soldats mobilisés aux côtés de militaires de 24 pays pour simuler une réponse à l'attaque d'un pays fictif
sur le sol européen. - Le but d'Orion, c'est de permettre aux armées une certaine opérabilité avec ses acteurs alliés, notamment l'Allemagne, dans un environnement très contraignant temporellement, avec beaucoup de menaces. - Une poignée d'Américains participent à l'exercice. Pour l'essentiel, les forces mobilisées sont européennes, comme pour mieux préparer un scénario bien réel: la réduction promise depuis des mois par l'administration Trump de la présence militaire américaine en Europe. - P.Hegseth: Il va falloir que nos alliés européens descendent dans l'arène et prennent en charge la sécurité de leur continent. Les Etats-Unis ne toléreront plus une relation déséquilibrée
qui encourage la dépendance. Notre relation visera plutôt à donner à l'Europe les moyens d'assumer la responsabilité de sa propre sécurité. - Un désengagement du Vieux Continent, tout en gardant la main sur le coeur de l'Alliance atlantique. Les Américains détiennent désormais le commandement central des forces terrestres, maritimes et aériennes de l'Otan, ainsi que le commandement suprême. De quoi dicter, plus que jamais, la stratégie des Occidentaux, alors que débutera demain la conférence de Munich sur la sécurité, l'endroit même où J.D.Vance avait acté, l'an passé, le changement de ton de Washington envers ses alliés, en soutenant par exemple les partis d'extrême droite
en Europe. - J.D.Vance: Quand je regarde l'Europe, aujourd'hui, j'ai parfois du mal à comprendre ce qui est arrivé à certains vainqueurs de la guerre froide. Il n'y a pas de sécurité possible. Si vous avez peur des voix, des opinions de vos propres peuples, si vous avez peur de vos propres électeurs, alors l'Amérique ne peut rien pour vous et vous ne pouvez rien pour le peuple américain, qui nous a élus, moi et le président Trump. - Une humiliation qui en appellera d'autres, comme lors de la publication, quelques mois plus tard, de la nouvelle stratégie de sécurité américaine,
qui décrit une Europe "au bord de l'effacement civilisationnel". - D.Trump: Je pense qu'ils sont faibles et qu'ils veulent être trop politiquement corrects. Je pense qu'ils ne savent pas quoi faire. Les Européens ne savent pas quoi faire. - Les mois passent, les attaques se succèdent, mais les réponses des Européens restent désordonnées. L'Europe de la défense, chère à E.Macron, divise toujours. - F.Merz: Nous sommes actuellement en dialogue intensif
avec la France. Nous avons des divergences de vue avec certains aspects de la construction aéronautique, et nous essayons de résoudre ce problème. - Toujours dans le flou aussi, la question nucléaire. E.Macron avait évoqué l'an passé une idée d'étendre le parapluie français et britannique aux intérêts européens. Depuis, plus rien. Alors, la cheffe de la diplomatie des 27 tente de revenir à la charge. De nouvelles règles communes pour des 27 pas tous alignés. En marge d'un sommet ce matin, le Hongrois V.Orban
a appelé à stopper l'aide financière européenne à l'Ukraine. - C.Roux: Je voulais revenir sur ces réattributions de commandement au sein de l'Otan, avec les Etats-Unis qui se désengagent de certains commandements et laissent la place aux Européens. Qu'est-ce qu'il faut comprendre? Dans le même temps, on nous dit que les Américains restent très engagés dans l'Otan. Est-ce que c'est le début d'un désengagement très concret? - Gal F.Chauvancy: Je ne crois pas. Vous avez toujours le chef opérationnel de l'Otan qui est présent. Il a été nommé le 8 juin dernier. C'est Trump qui l'a nommé.
Les Américains ont besoin d'une Europe forte pour pouvoir aller ailleurs. Il ne faudrait pas qu'ils soient obligés de revenir en Europe. Attribuer des postes aux Européens, je pense que c'est très sain. Ca nous responsabilise. Nous devenons responsables de notre sécurité. L'UE en tant que telle, on voit bien qu'elle ira pas très loin. L'Otan est le seul outil qui fonctionne bien aujourd'hui, où on travaille tous ensemble et où il faut exercer des commandements pour être crédible. - C.Roux: Assiste-t-on à une européanisation de l'Otan? - A.Pirot: Oui, sans aller trop vite non plus.
Il y a aussi des commandements qui passent britanniques. Je vous rappelle que les Britanniques ont quitté l'UE. Ce big-bang est à plusieurs étapes. Il y a eu une réunion au Pentagone, fin de l'année dernière, où il a été annoncé que d'ici 2 ans, les Européens devraient assumer leur sécurité. Il y a une double hypocrisie. Vous le sentez quand vous rencontrez un certain nombre de généraux en action. Un certain nombre, notamment allemands, ne proposent pas d'initiatives car ils ont peur que les Américains s'en aillent. A l'inverse, vous avez des Américains, comme le commandant suprême,
qui n'a pas très envie qu'un jour, ses soldats reçoivent des ordres par des généraux européens... Tout le monde est d'accord sur la finalité. C'est la manière de la mettre en marche... J'ai du mal à croire, au regard des dernières expériences, que les Américains acceptent de recevoir des ordres de généraux européens. Oui, il est dit que l'Europe doit se débrouiller. Mais memorandum, les Américains disent qu'ils vont nous aider en nous disant: "Ce serait bien que vous achetiez des armes américaines." - C.Roux: "Le Pentagone encouragera les alliés de l'Otan à assumer la responsabilité principale de la défense conventionnelle de l'Europe avec un soutien américain essentiel,
mais plus limité." On rentre dans le plus limité? Est-ce qu'on entre dans un début de retrait des Américains? - P.Haroche: Il faut dissocier les 2 sujets. Il y a l'aspect bureaucratique où on distribue les postes. Mais ce n'est pas non plus sur les troupes américaines en Europe. Ca aussi, c'est très contraint. Le Congrès a signalé qu'il interdirait à l'exécutif de réduire trop le niveau des troupes américaines en Europe. En cas de difficultés, les Etats-Unis sont très clairs: ils considèrent que l'essentiel de l'effort, La première ligne, ça doit être les Européens. C'est à ça qu'il faut se préparer.
Ce n'est pas tel ou tel poste, c'est ceux qui sont capables de faire l'effort. C'est pour ça que je parlais d'avoir des plans dans lesquels les Etats-Unis ne jouent pas le rôle central. - C.Roux: Ils accepteraient que les Européens disent "laissez ça, on va s'en occuper"? - P.Haroche: Il y a un scénario dans lequel les Etats-Unis peuvent donner un soutien mais préfèrent donner un soutien illimité. Dans ce cas-là, ils seraient plus enclins à soutenir. On l'a vu sur d'autres théâtres. Ils reprochent aux Taïwanais de ne pas faire assez d'efforts. 2e scénario qu'il faut prendre en compte, c'est le scénario
dans lequel les Etats-Unis sont occupés ailleurs. C'est ce que P.Hegseth disait hier. S'ils sont occupés ailleurs, ils ne peuvent pas être aussi présents. Il y a plein de scénarios qui font que les Américains peuvent être dans un soutien de 2e ligne, mais l'essentiel, ça doit être les Européens. - C.Roux: Le secrétaire adjoint au Pentagone était présent aujourd'hui. C'est un théoricien du désengagement américain de l'Otan. Ce sont des signaux qui montrent que l'on entre concrètement... Vous parliez tout à l'heure de l'hypocrisie de cette situation. Je voudrais citer une source diplomatique à Bruxelles citée par "Le Monde". ... On est quand même dans un jeu de poker menteur sur qui va faire quoi en matière de défense. - I.Lasserre: Le désengagement américain de l'Otan ne se voit pas dans la redistribution des postes dans les grands commandements. Il se voit dans le fait que les Américains ont arrêté l'aide à l'Ukraine.
Il se voit dans le fait que les Américains ont menacé de prendre par la force un territoire de l'Otan, le Groenland. Il se voit dans la remise en cause régulière faite par D.Trump de l'article 5, qu'il a complètement affaibli. Une fois qu'on a dit ça, on va aller vers un désengagement des Américains, avec ou sans D.Trump. C'est B.Obama le premier qui disait: "Ca suffit. Devenez adultes et assumez votre propre défense." Quand on regarde froidement et qu'on oublie l'agressivité de D.Trump, c'est quelque chose de totalement normal et entendable, qui pourrait être une opportunité et nous servir. Là où on a un problème, et on ne le voit pas en France, c'est qu'on a l'impression que tout le monde se met en ordre de bataille, et que la rupture avec les Etats-Unis est presque consommée. Quand on va ailleurs en Europe, ce n'est pas le cas. Un pays comme l'Allemagne... Nous, la France, on a la bombe nucléaire. On a une culture de défense, une vision globale du monde. On a l'habitude de la confrontation avec les Etats-Unis. Ailleurs, c'est beaucoup plus compliqué. Beaucoup de pays sont tentés de se dire:
"Le Groenland, la crise est passée." Ils essayent de retenir Trump en le prenant par le pantalon, malgré lui. Ils continuent à le faire, d'autant plus volontiers que sur l'Ukraine, ça a un peu marché. Les efforts énormes, insensés des Européens pour faire revenir D.Trump à une position raisonnable vis-à-vis de l'Ukraine ont fonctionné. Les Européens ont réussi à faire bouger D.Trump de position. Certains continuent... Le problème, c'est que l'Europe de la défense, l'Europe stratégique, ou quelle que soit la manière dont on en parle, c'est un projet français, initialement. Tous les présidents français, quand ils arrivent au pouvoir, donnent toute leur énergie. Ca devrait être notre moment. On n'arrive pas à l'investir. - C.Roux: On est toujours en train de se reposer la question et on a toujours la question le soir quand on fait des "C dans l'air": "Si on a un problème, les Américains viendraient à la rescousse?" Regardez ce sondage. On est un peu perdus. - I.Lasserre: Ce n'est pas seulement parce que la majorité des Européens veulent tenir les Américains.
C'est parce que la parole de la France a du mal à s'imposer auprès de nos partenaires. L'Allemagne, en ce moment... Merz préfère discuter avec Meloni. C'est un comble. Depuis la dissolution, la crise politique est permanente. On ne peut pas avoir une position solide à l'international si on a une économie qui s'écroule. La parole française, alors que ça devrait être notre moment, n'arrive plus à convaincre ses voisins parce qu'on a des difficultés, et aujourd'hui, elles handicapent ce qui a toujours été notre force: la voix de la France dans le monde. - C.Roux: On est les seuls à appeler à un réveil stratégique?
- P.Haroche: Je serais moins extrême là-dessus. Tout le monde a vu l'évolution des Etats-Unis. Mertz a fait un grand discours en disant que c'était la fin de la Pax Americana. Même Meloni a fait un discours. Tous ces gens sont conscients de la réalité. Il ne faut pas non plus que l'on se repose sur nos lauriers, les Français. Beaucoup de gens disent qu'on parle d'autonomie stratégique, mais nous demandent si nous sommes ceux qui ont les plus grandes dépenses militaires, qui sont les plus présents sur le flanc est pour assurer leurs alliés...
Ce sont des questions qui sont encore en train de se poser. D'une certaine manière, il ne suffit pas de ne plus avoir confiance dans les Etats-Unis. Il faut aussi bâtir la confiance que l'on a entre nous. C'est un élément central. Je pense qu'il y a un sujet dont on parlera peut-être: la crise groenlandaise. C'est peut-être la 1re fois où un petit pays européen s'est dit que pour assurer sa survie, ce n'est pas les Etats-Unis qui allaient le sauver, mais la solidarité européenne. - C.Roux: Un an après le discours de Munich de J.D.Vance, qui avait sonné les Européens...
C'était un réveil. Un an après, on parlait de l'avion du futur... On en est toujours à se tirer la bourre avec les Allemands sur l'opérabilité de cet avion. Cette déclaration d'E.Macron... Réponse d'un ministre allemand. ... Ce n'est pas simple d'avancer ensemble. - Gal F.Chauvancy: Il y a surtout un rapport entre les industriels de l'armement et les armées. En Allemagne, les industriels de l'armement ont une volonté très nette de dominer le marché européen. Ils ont déjà produit 1500 ou 2000 chars. Ce ne sont pas des chars français qui vont apporter quelque chose. Le Scaf, c'est aussi un moyen pour les Allemands de récupérer une technique et des savoir-faire. Dassault est un entrepreneur privé qui a réussi à faire un bel avion. Le politique ne peut pas dire grand-chose.
Essayer d'imposer à Dassault le fait de construire un avion avec les Allemands, sachant qu'il va perdre son savoir-faire au profit des Allemands, ça ne marchera pas. On est bien dans une rivalité industrielle. Quand on voit que c'est 185 milliards d'euros prévus par les Allemands pour construire... Nous, on est à quelques milliards. On ne fait pas le poids. - P.Haroche: Je pense que ce ne sont pas des industriels qui doivent dicter les choses. Les industriels ont des intérêts économiques, qui sont ceux de leur entreprise. Ce n'est pas les intérêts stratégiques de la France et de l'Europe. 2e chose, je ne suis pas sûr que ce soit là que se joue la capacité de l'Europe à se préparer à la guerre. Ce sont des projets de long terme. Le Scaf, c'est un projet pour 2045.
C'est beaucoup plus intéressant de s'attaquer à des sujets de court terme, qui peuvent être utiles pour l'Ukraine et notre capacité à préparer 2030. - C.Roux: Quoi? - P.Haroche: Les consommables. Les drones, les systèmes antidrone, les munitions... C'est sur la capacité à tenir dans une guerre à haute intensité face à la Russie. Une des raisons pour lesquelles on a du mal à se mettre d'accord sur des programmes de long terme, c'est que l'on sait que de toute façon, ce n'est pas ça qui va nous apporter une solution clé en main tout de suite. La question n'est pas l'avion pour X années, en attendant que des industriels se mettent d'accord.
La question, c'est comment avoir les équipements qu'il faut pour poser un rempart infranchissable à la Russie, tout de suite. - C.Roux: A chaque fois qu'on évoque ce sujet sur ce plateau, on évoque ce réveil stratégique européen. Quand on prend des exemples très concrets, on voit qu'on est toujours dans une forme de rivalité. - P.Haroche: Quand on parle de l'avion du futur, on a encore une façon de penser centrée sur ces gros équipements qui coûtent très cher. Ce n'est pas forcément là-dessus que se construit la capacité industrielle pour tenir une guerre de haute intensité, comme celle que l'on voit en Ukraine. Il s'agit de construire des drones et des missiles par millions. Ce n'est pas simplement construire des avions. - A.Pirot: Je crois que le président Macron
est lui-même un peu fataliste. Lors de son discours, il a dit: "Si demain, nous sommes vraiment en guerre, j'espère qu'on ne produira pas comme ça." Ca voulait dire une forme de fatalisme assumé par lui-même. Il essaye de réveiller les industriels, mais ils défendent leur paroisse. Si on n'arrive pas à s'engager sur des projets de long terme, qui normalement transcendent les clivages politiques, il y a une inquiétude. D'un point de vue stratégique, le char, l'avion du futur... La déclaration du président Macron sur le char est culottée car le char est déjà enterré par tout le monde. Plus personne n'y croit depuis quasiment un an.
L'avion, on entame les funérailles. On le fera autour de la maquette que vous avez montrée en images. C'est une réalité terrible de se dire que le monde a changé et que beaucoup de nos dirigeants sont toujours sur le même créneau, qui est de profiter de la période pour faire fructifier notre industrie de défense. C'est ce qui s'est passé dans les discours français depuis 4 ans. C'est ce que fait le chancelier allemand. Il est prêt à une Europe de la défense, mais aimerait que les industriels allemands en profitent un maximum. Ils en profitent un maximum, c'est une réalité. Compte tenu de la situation budgétaire qui est la nôtre, il ne faut pas s'étonner qu'une partie de la voix française ait du mal à se faire entendre
sur une vision futuriste, qui soit une prise de notre souveraineté. Ils ont créé leur propre piège, beaucoup de dirigeants... On ne fait que de parler de souveraineté européenne depuis 3 ans. Il va falloir l'assumer, à un moment. - C.Roux: Financièrement? - A.Pirot: Oui, et du point de vue stratégique. A force, les Américains vont se dire que ça fait 3 ans qu'on en parle, qu'il faut y aller. - C.Roux: Un mot sur le discours attendu demain. Ca ne sera pas J.D.Vance mais M.Rubio. Question. - I.Lasserre: "De la Russie et des Etats-Unis"?
V.Zelensky, probablement. E.Macron, peut-être... - C.Roux: Vous vous rendez à Munich demain. Y a-t-il une petite tension à la veille de la venue de M.Rubio? Les Européens et les alliés se demandent de quel ton sera fait le discours de M.Rubio? - I.Lasserre: Il y a une inquiétude et un espoir. M.Rubio est considéré comme un homme politique beaucoup moins idéologue que J.D.Vance. C'est l'adulte dans la pièce à la Maison-Blanche. Les Européens espèrent qu'il viendra plutôt pour réparer les blessures qui ont été faites l'année dernière.
Je ne suis pas sûre que ce soit le cas. Où va M.Rubio juste après Munich? Il se rend chez les 2 amis de D.Trump en Europe, dans la Hongrie de V.Orban et la Tchécoslovaquie de R.Fico. Ce signe est toujours le signe que les projets européens des Etats-Unis n'ont pas de raison d'avoir changé, même si, cette année, l'interlocuteur a changé. Dans cette idée de se désengager, vous pointiez les incohérences de la revue stratégique qui dit à la fois "on se retire" et "vous restez nos alliés, on vous aime bien".
Il faut le lier à J.D.Vance l'année dernière et au voyage de M.Rubio en Tchécoslovaquie et en Hongrie. Les Américains seraient sans doute plus sympas avec l'Europe si elle finissait par totalement leur ressembler, si les Européens votaient bien. Selon l'Amérique Maga, si les Européens élisaient dans tous les grands pays européens d'autres V.Orban, là, on aurait un discours de sympathie à Munich. - C.Roux: Vous entendez que le désengagement au sein de l'Otan, ce n'est pas juste pour des questions stratégiques et militaires américaines, mais il y a aussi une arrière-pensée à dire
"on ne va pas en plus défendre des alliés qui ne pensent pas comme nous". - I.Lasserre: Il y a le désengagement militaire d'un pays qui, bien avant Trump, veut se concentrer sur la Chine et n'a plus les moyens et l'envie de tout faire. D'autant plus que l'Amérique a changé. Elle est de moins en moins constituée d'Européens. Il n'y a plus cet attachement nostalgique des Américains à l'Europe, comme il y a 15 ans. En plus, l'Amérique n'aime pas ce que devient l'Europe et elle pense que l'Europe va se perdre, qu'elle ne va plus défendre la civilisation occidentale, les valeurs de l'Amérique. Donc ils ne vont pas investir dans cette Europe si elle persiste
à ouvrir ses frontières aux émigrés. Je parle cash, mais c'est comme ça que le voient les Etats-Unis. - C.Roux: On évoquera aussi la question du nucléaire. L'Otan a lancé son opération... Vous parliez des blessures. J'imagine que vous aviez en tête le Groenland... L'Otan a lancé l'opération "Sentinelle arctique". L'Alliance s'engage à sécuriser cette zone hautement stratégique. La Russie assure qu'elle prendra des contre-mesures, y compris de nature militaire.
Les habitants du Groenland restent inquiets et redoutent que le chef de la Maison-Blanche ne revienne un jour à la charge. - L'océan Arctique n'a presque plus aucun secret pour cet homme. Cet amoureux de bateaux y a passé toute sa vie. Depuis quelques années, il fait découvrir les côtes de son île aux touristes. - Nous allons faire un petit tour pas loin des côtes. Il y a beaucoup de vent dans les fjords, mais ça ira. - Son activité est en plein boom. - Aujourd'hui, tout le monde connaît le Groenland. On peut dire que nous avons été placés sur la carte du monde. Je suis sûr que le président américain
n'avait pas ça en tête, mais c'est ce qu'il s'est passé. - Un peu d'ironie pour un homme qui en a gros sur le coeur, inquiet d'être devenu la cible des Etats-Unis. - Je pense que personne ne peut vraiment faire confiance à la plus grande superpuissance du monde, qui possède la plus grande force destructrice au monde. C'est vraiment très effrayant de ne pas pouvoir faire confiance à ces gens. On ne peut pas simplement s'emparer d'un pays. Nous sommes des êtres humain. On ne peut pas acheter des êtres humains. Nous ne pouvons pas être achetés. - L'inquiétude de tout un peuple. Alors, les Groenlandais cherchent un peu de réconfort en se retrouvant autour de leurs traditions.
- C'est de la peau de baleine. - Cette femme de 45 ans est salariée d'un opérateur télécom. Ce soir-là, elle reçoit à dîner. - Ca a l'air délicieux. Ce poisson est bien gras. - Au menu des discussions, l'actualité des dernières semaines, sa brutalité. - Les autorités ne nous ont rien dit sur ce que nous devions faire. Nous étions sans repères. C'était frustrant. A un moment, je me suis dit que je devais peut-être envisager de partir, de m'installer ailleurs parce que je ne voulais pas rester ici.
Ca a été très angoissant. - Le souci est que les Européens ont déjà beaucoup de problèmes à régler. On le voit bien avec l'Ukraine. Le président Zelensky voyage en permanence afin de maintenir la dynamique pour son pays. Nous pourrions nous retrouver dans la même situation. En ce moment, c'est comme si les Américains étaient en train de prendre une pause cigarette. Mais nous, nous sommes dans l'attente de ce qu'il va se passer après. - La crainte que l'Europe lâche l'affaire. Une angoisse profonde aussi pour les plus jeunes,
comme cette femme de 32 ans. Son secret pour trouver un peu de sérénité, c'est son cheval. - Ce que j'aime, avec les animaux, c'est qu'ils restent constants. Ils se fichent de ce qui se passe dans le monde. - Un moment de répit, loin des ennuis du monde qui ont fait irruption dans ces déserts glacés. - Ce serait très naïf de croire que tout est fini. Je pense que la situation actuelle est peut-être encore plus effrayante qu'il y a 3 semaines. A l'heure actuelle, le président américain a retiré sa menace sur les droits de douane et sa menace militaire. Il n'y a plus de menace immédiate pour le Groenland,
et donc plus aucune raison de soutenir le Groenland. Un message doit être clairement transmis: nous apprécions vraiment le soutien des pays européens, mais je me demande toujours pourquoi ils le font gratuitement. Ils veulent probablement quelque chose en retour. Nous avons été colonisés pendant 300 ans. Bien sûr que nous pensons à ça. Que veulent ces Blancs de nous? J'espère, rien. J'espère qu'ils nous soutiennent et seront du bon côté de l'histoire, mais nous ne le savons pas encore. - Tout un pays inquiet à l'idée d'être sacrifié
sur l'autel des grandes puissances du monde. - C.Roux: Un reportage au Groenland. Est-ce qu'ils ont raison d'être inquiets? Est-ce que ce n'est qu'une "pause cigarette", comme le disait l'une des personnes interrogées? Est-ce que D.Trump reviendra à la charge sur le Groenland? - I.Lasserre: Oui, ils ont raison d'être inquiets. Rien n'est réglé. Même si la menace militaire est éloignée pour l'instant, D.Trump pensait déjà à annexer le Groenland durant son 1er mandat. C'est quelque chose qui lui tient à coeur. Quand il a une obsession, en général, il essaie
de la mener jusqu'au bout. Il essaiera sans doute de s'y prendre de manière différente, en utilisant l'arme économique et financière, en poussant l'indépendance des Groenlandais, qui aimeraient bien, d'ailleurs, être indépendants, et en essayant de faire basculer ce pays du côté américain grâce à des apports financiers. Mais aura-t-il le temps? En ce moment, les négociations entre le Groenland, le Danemark et les Etats-Unis, pour voir quel accord à l'amiable on pourrait trouver pour que la sécurité du Groenland soit davantage prise en charge
par les Européens et l'Otan, et pour que les Américains soient en même temps plus représentés... Mais D.Trump est très occupé en ce moment par le dossier Epstein et par l'Iran. On ne parle plus tellement du Groenland, mais le sujet reste en 2e rideau. - C.Roux: Est-ce que l'initiative de l'Otan, cette mission "Sentinelle arctique", a répondu au coup de pression de D.Trump sur la sécurisation de la zone? Voyez cette citation de M.Rutte. ... - P.Haroche: En fait, cette opération,
c'est un écran de fumée pour faire plaisir à D.Trump. En janvier, les Européens, les Danois et leurs alliés ont envoyé quelques soldats au Groenland. C'était une opération danoise avec des Européens. C'est là que D.Trump a dit que c'était scandaleux, qu'ils menaçaient la sécurité de la planète. C'est pour ça qu'il voulait leur mettre des droits de douane sur la tête. Et tout d'un coup, il a dit qu'il avait trouvé un accord avec M.Rutte et qu'il n'avait pas utilisé ces sanctions. Qu'est-ce que c'est que cette opération "Arctic Sentry"? C'est la même opération, mais avec un nouveau nom. Ce sont les mêmes soldats qui, en janvier, étaient une menace pour la sécurité des Etats-Unis et la paix de la planète, et ont aujourd'hui un nouveau nom. C'est alors une victoire de D.Trump et une réponse à ces préoccupations. C'est un écran de fumée qu'on a monté pour aller dans le sens de sa psychologie. Il est capable de transformer une reculade en victoire. - C.Roux: Et ça, ça peut tenir combien de temps?
- P.Haroche: Bien malin qui pourrait prédire la nouvelle saute d'humeur de D.Trump! Mais là, d'une certaine manière, il y a eu une petite bataille psychologique autour du Groenland. Il a vu une résistance. Ca s'est joué, à mon avis, pas avec M.Rutte. On s'est beaucoup demandé ce qu'il avait négocié... On se le demande encore! On a plus essayé de donner l'impression qu'il y avait un accord, mais c'était simplement pour dire qu'on avait résolu la situation. Trump avait juste envie de changer d'objectif. A partir de là, il a compris que l'UE était prête à rester ferme face aux menaces commerciales.
- C.Roux: Il fallait lui trouver une porte de sortie. - P.Haroche: Il dit que c'est une grande victoire et il parle d'autre chose. - C.Roux: Ca ne veut pas dire qu'on va mettre davantage de moyens de l'Otan au Groenland? - P.Haroche: Absolument pas! - C.Roux: Ce qui est intéressant, c'est la réaction de S.Lavrov. ... Lui, il est dans une forme de surenchère à cet écran de fumée? - P.Haroche: Oui, et ce n'est pas faux qu'on a envoyé des soldats européens... - C.Roux: Vous faites la même lecture
sur la réponse de l'Otan? - Gal F.Chauvancy: Peut-être un rideau de fumée, je n'en sais rien. Je vois juste que les choses ont été faites. On a répondu à la situation. On y met des soldats, des exercices. On répond à D.Trump, en lui disant qu'on va assumer la sécurité du Groenland. On peut l'interpréter de beaucoup de façons différentes, mais je crois surtout que D.Trump est plus occupé ailleurs. Il ne peut pas s'en préoccuper vraiment. Va-t-on avoir une nouvelle crise? Je n'y crois pas aujourd'hui. Comme avec D.Trump, à chaque fois: une crise éclate, une solution est abordée, il estime toujours qu'il a gagné
et on passe à autre chose. Je ne dis pas que l'affaire du Groenland est close. Elle a été temporisée. L'Otan et UE ont répondu correctement à cette menace qu'elles n'avaient pas vu venir. On a aussi rassuré le Danemark, qui est important car il est à la fois otanien et membre de l'UE. On a fait notre devoir de solidarité. C'est politiquement important - C.Roux: Question. - A.Pirot: Non. D.Trump a parfois des surprises que lui-même n'a pas préparées. Je suis plus inquiet concernant le Groenland parce qu'on sait qu'il y a eu envoi d'une équipe sur place dédiée à de la désinformation, c'est-à-dire à une alimentation des réseaux sociaux... On avait vu quelques vidéos fabriquées par l'IA, montrant l'incapacité des Européens, avec les chiens de traîneaux, pour caricaturer la présence européenne. Je pense qu'il y a quand même une lubie
à laquelle il est très attaché... Son mandat est d'ailleurs assez cohérent de ce point de vue. Il a envie de marquer l'histoire, avec une petite arche à Washington ou avec son nom sur une montagne, pour faire référence à McKinley... En tout cas, il veut laisser une trace. Il a donc lancé des attaques tout azimut, dans tous les sens. Je pense que le Groenland en fait partie. Cette attaque de désinformation visant à dire à des pro-annexionnistes au Groenland, à attiser les braises là-dessus... Je pense qu'elle nous reviendra, à un moment, car ça fait partie d'une lubie que ce serait quand même beau si les Etats-Unis allaient du golfe d'Amérique, dont il a changé le nom,
jusqu'au Groenland. Dans sa tête, ça ferait un beau territoire. - C.Roux: Cette idée reste présente. Vous parliez de la nécessité, par le biais d'exercices militaires, de convaincre et de travailler les opinions sur la nécessité qu'il faut mettre les moyens pour se préparer à une guerre. Parlons justement du service militaire. 3500 dossiers sont déjà déposés, pour 3000 places disponibles. Le service national volontaire lancé par E.Macron en novembre semble séduire les jeunes de 18 à 25 ans. Les entretiens de recrutement ont déjà commencé. Quelles sont les motivations de celles et ceux qui veulent passer 10 mois sous les drapeaux?
*-Appel en cours. - Bonjour. J'ai rendez-vous pour mon entretien de motivation avec l'adjudant Arnaud. - C'est un rendez-vous qui compte beaucoup pour Léa. Un entretien de recrutement pour le nouveau service national. La jeune femme de 18 ans a été sensible à l'appel du président de la République. - Je vise l'armée de l'air et de l'espace, car je trouve qu'il y a un esprit d'escadrille et je veux servir mon pays. J'ai envie de me sentir utile à quelque chose. - C'est parfait.
Ca se voit que tu es motivée. Ca fait plaisir à voir. Je te rappelle que pendant ce service national, tu seras payée dès le 1er jour de formation. Ne t'inquiète pas. - Un mois après le lancement de la campagne de recrutement, le bilan est déjà positif. - Aujourd'hui, on voit surtout des jeunes qui sont plutôt en terminale, dynamiques, sportifs. Ils ont envie de servir leur pays. Pour la plupart, ils ne savent pas trop comment. Ca leur permet de franchir une étape. - 10 mois de service, pour des jeunes de 18 à 25 ans. Pour la rentrée de septembre 2026, 3000 jeunes,
et plus de 40 000 en 2035. L'armée, Léa en rêve, au point de tenter de convaincre ses amis du lycée. - Tu vas un peu découvrir ce que c'est que de vivre en caserne. C'est comme un petit stage. J'essaie de penser positivement, qu'il n'y aura pas de guerre, mais je me dis que s'il y en a une, si je m'engage, ce que j'ai envie de faire... Je vais prendre mes responsabilités et soutenir mon pays. - Au sud-est de Paris, entraînement de rugby. - Dépêchez-vous, les gars! - A 20 ans, lui aussi a postulé après 2 ans de BTS informatique. - Je cherche vraiment à trouver ma voie. Je sais que l'armée propose énormément d'emplois, que ce soit dans le militaire ou les métiers un peu plus dans le civil. - Et si ses coéquipiers comprennent... - L'armée, c'est complémentaire. Toi qui es sur les ordis, la cybersécurité, ils ont pas mal de trucs. Tu pourras performer encore plus.
- Tous ne sont pas prêts à passer le cap. - J'ai un confort de vie ici, mes proches... Et l'autorité... Il y a plein de points qui m'éloignent du contexte de l'armée. Mais si ça devient une obligation ou un devoir civique, j'irai avec grand plaisir. - Mathieu et son père voient l'actualité, la montée des menaces depuis la guerre en Ukraine, les déclarations agressives de D.Trump. - Il faut que je trouve mon acte de naissance, aussi. - Ca doit être dans ton dossier scolaire. - Un monde où la guerre se rapproche. - Est-ce qu'il va se retrouver dans les conflits?
Est-ce qu'il sera plutôt à l'écart? Il y a toujours une petite inquiétude. Je pense que l'armée n'est plus celle d'il y a 30 ans. A l'époque, c'était un peu plus calme. Maintenant, il y a beaucoup de conflits dans le monde. - Un effort de défense nécessaire, reconnaissent père et fils. - Les pays comme la Russie et les Etats-Unis jouent sur leurs forces. Ils essayent d'être dissuasifs par rapport à leur puissance. Il faut que l'Europe ait une armée puissante et dissuasive. - D'ici avril, Mathieu et Léa sauront s'ils ont été retenus. 3500 jeunes ont déjà candidaté au service national. - C.Roux: Votre réaction, général?
- Gal F.Chauvancy: C'est intéressant, de voir ces jeunes qui veulent bien faire. Ce n'est pas un nombre très important, si on regarde bien. C'est 3000 sur 650 000 de la classe d'âge... Mais c'est bien de montrer qu'il y a un engagement citoyen à avoir. Ca peut aussi comprendre la défense du pays en portant une arme. Il faut dire aussi que c'est un service militaire volontaire. C'est la clé du succès, aujourd'hui. Et ce sont des jeunes qui ne sont pas employés à l'étranger. Ils restent pour défendre le territoire national. On retrouve le vrai sens du service militaire,
qui était avant tout de protéger sa famille, son territoire et ses frontières. C'est un bon apprentissage. Ca va porter un message vis-à-vis de la société civile, qui a oublié qu'il existe certaines contraintes. Et il y a un risque de guerre dans le futur. Pour la question évoquée tout à l'heure... Pourquoi une armée professionnelle? - C.Roux: J'ai une question là-dessus. Vous êtes trop fort, général! Pour les gens qui nous regardent, elle est affichée avant... - Gal F.Chauvancy: En fait, une armée professionnelle, on le voit en Ukraine, au bout de quelques mois, elle n'existe plus.
Après, ce sont les conscrits et les mobilisés qui la remplacent. En cas de guerre de haute intensité, les ressources humaines, ça se fera avec des gens formés bien avant. - C.Roux: J'ai reçu hier un amiral qui disait ceci. "Entre soutenir les armée dans un monde en crise et dans un monde en guerre, ce n'est pas la même chose..." - A.Pirot: Il y a peu d'inquiétudes sur le nombre de candidats. 1 jeune sur 2 est prêt à venir sous les drapeaux s'il y a une guerre en Europe.
C'est quand même très important. Je n'ai donc pas d'inquiétudes sur les candidats. J'en ai davantage sur la capacité de l'Etat à continuer cette politique, quels que soient les événements, et à assumer financièrement l'idée de 10 000 ou 30 000 par an... Ca va amener un certain coût. - C.Roux: Nous en venons à vos questions. Question. - Gal F.Chauvancy: Non, on se prépare, c'est tout. Quand on est militaire, on se prépare toujours au pire. Là, on sort un peu du cadre normal.
On est au contact des populations avec nos matériels. Oui, ça pourrait inquiéter, mais on a perdu l'habitude de voir l'armée sur notre territoire. La 1re mission d'une armée est d'être à l'aise sur son territoire. - C.Roux: Question. - P.Haroche: C'est ce que je disais tout à l'heure: c'est très intéressant... Ce n'est pas tellement l'exercice Orion, mais plutôt d'institutionnaliser ça. On dit souvent qu'il faut avoir un plan B au cas où les Etats-Unis... Mais quand vous parlez à des gens de l'Otan,
il n'y a que le plan A, pour l'instant. Il faut envoyer clairement aux Russes le message selon lequel, s'ils attaquent, on a les moyens d'une vraie réponse. Après, ce n'est pas évident à organiser. Il faut être capable de dégager 300 000 ou 500 000 soldats qui vont se battre rapidement sur le front, d'organiser ça avec une armée américaine massive qui fournit le coeur de la contribution, c'est faisable. Mais uniquement avec des petits pays européens, c'est déjà un défi. Il faut s'y préparer. - C.Roux: Un rapport du service estonien de renseignement extérieur a été publié mardi.
Il dit qu'une attaque russe est moins probable, compte tenu des investissements européens dans la défense. - P.Haroche: C'est sûr. Plus on investit, plus ça peut les dissuader. L'autre aspect qui inquiète les pays baltes, c'est ce qui se passe en Ukraine. Si les Russes continuent à se battre en Ukraine et sont immobilisés là-bas, c'est une chose. S'ils ont l'impression qu'il peuvent redéployer leurs forces ailleurs parce qu'il n'y a plus de menace en Ukraine, c'en est une autre. - C.Roux: Question.
Il a fallu attendre le covid pour qu'on commande des vaccins à 27, non? - A.Pirot: Il y a quand même une réalité. J'ai eu l'occasion de rencontrer un diplomate français ces derniers jours, très proche de l'entourage de J.-N.Barrot. J'ai été étonné de certaines phrases. Il me disait: "Au fond, la Russie va revenir à la raison." J'étais éberlué d'entendre ça! Ca démontre qu'il y a une partie des Européens, quand même, qui disent que tout va s'arranger et qu'il faudra faire la paix avec V.Poutine. "Il va falloir trouver une solution sur le Donbass", sans le dire aussi ouvertement que D.Trump, qu'il faudra le faire sur le dos des Ukrainiens... Il y a aussi une réalité qui est que, encore aujourd'hui,
après 4 ans de guerre, il y en a encore qui disent qu'il faut s'arranger avec la Russie. - C.Roux: Alors que le président français a expliqué qu'on avait rouvert des canaux de discussion. C.Beaune s'est rendu à Moscou pour tenter de rétablir un canal de discussion avec V.Poutine. - A.Pirot: Ils font des deals entre eux et on n'est au courant de rien. Mieux vaut être un peu dans la discussion ouverte. - C.Roux: Question. - I.Lasserre: Oui et non. Oui, pour toutes les raisons dites par A.Pirot, à savoir
que les Européens sont divisés, que certains ont tenté de mettre le couvercle sur les crises voisines... Et non, car si on réunit toutes les capacités militaires et financières de l'UE, elle a tout à fait les moyens de se défendre, mais aussi d'assurer une dissuasion suffisamment puissante pour empêcher une nouvelle attaque de la Russie. Il suffit juste de réinvestir un esprit de défense, de retrouver la volonté politique et, peut-être, de changer les modes de fonctionnement de l'Europe, pour trouver des moyens d'être plus rapides et efficaces. Mais en théorie, il n'y a aucune raison pour que l'Europe n'ait pas les moyens de résister. - C.Roux: Question.
Qui veut répondre? - Gal F.Chauvancy: Je dirais que, pour l'instant, il y a des concurrences au sein de l'Europe qui font qu'on n'arrive pas à trouver des solutions communes. Elles sont, pour moi, industrielles, en termes d'armement et de conception. N'oublions pas non plus qu'un certain nombre d'Européens veulent à tout prix que les Etats-Unis restent, et le couple franco-allemand, là-dedans, n'existe plus beaucoup. Il y a aussi des affaires de personnes... - C.Roux: Vous entendez quoi?
Que ça ne serait pas fluide entre F.Merz et E.Macron? - Gal F.Chauvancy: On a quand même l'impression que le chancelier défend avant tout l'Allemagne. - C.Roux: Comme tous les chanceliers allemands... Question. - P.Haroche: C'est une façon très française de poser le problème. On se dit qu'être européen, c'est renoncer à acheter aux Américains pour acheter l'avion français. Certains disent que l'enjeu, c'est d'avoir des équipements pour défendre l'Europe, pas de savoir où ils se trouvent. Evidemment que ce serait mieux d'avoir des équipements
fabriqués en Europe. Mais il y a aussi des pays qui se disent que pour l'instant, ils essaient de négocier une relation entre les Etats-Unis. Ce n'est pas un tout ou rien qui peut se jouer du jour au lendemain. Ce n'est pas parce qu'un pays achète des F-35 que c'est un mauvais allié. Idéalement, on devrait avoir une autonomie stratégique. Les Ukrainiens sont comme ça aussi. - A.Pirot: Je crois que le Danemark ne va pas acheter les F-35, quand même. - C.Roux: Dernière question. - I.Lasserre: Moins sûr! - C.Roux: Vous êtes d'accord? - A.Pirot: En tout cas, on en a l'effet tous les jours. - C.Roux: Merci. On retrouve A.-E.Lemoine.
- A.-E.Lemoine: Bonsoir. Au programme ce soir, Sonia, l'héroïne du 13-Novembre, contrainte de vivre cachée sous protection policière après avoir permis de localiser le cerveau des attentats.