EL NIÑO : une BOMBE CLIMATIQUE aux effets GÉOPOLITIQUES
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« Un El Niño puissant, c'est plus 0,3 degrés, c'est-à-dire en gros le quart de cette élévation qu'on a connu en un siècle et demi, mais c'est en quelques mois. »
- 4:21Chiffre
« La mousson sur l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh a été 15 % inférieure à ce qu'elle était d'habitude. »
- 5:05Chiffre
« Les États du Golfe persique produisent près de 30 % des engrais. »
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Et oui, selon les prévisions de l'organisation météorologique nationale, l'épisode El Niño de cette année pourrait être l'un des plus intenses depuis 1950. Ce phénomène est une anomalie climatique qui survient tous les deux à sept ans dans le Pacifique. Bonjour Jean-Michel Valentin. Bonjour Guillaume Erner. On vous doit El Niño, histoire et géopolitique d'une bombe climatique, c'est au Nouveau Monde éditions. Vous êtes docteur en études stratégiques. Tout d'abord, d'un mot, qu'est-ce qu'El ? [grognement] El Niño, pour dire les choses simplement, est comme nous le nous l'écrivons euh Laurent Tessier et moi dans dans dans notre bouquin de 2023, [grognement] c'est une gigantesque flaque d'eau chaude qui se répand à la surface du
Pacifique Sud tous les deux, trois à sept ans. C'est un phénomène C'est un phénomène climatique récurrent. Euh [grognement] simplement, euh le El Niño qui a commencé depuis quelques mois et qui va se prolonger pendant encore au moins un an, [grognement] euh est parti pour être absolument historique et voir d'une puissance inégalée. Et il affecte directement l'Amérique latine, euh l'Afrique de l'Est, mais il affi- il il affi- il affecte aussi de façon indirecte et très puissante l'océan Indien et le reste du monde. Par ailleurs, un El Niño euh c'est un pouvoir réchauffant sur l'atmosphère. C'est ça, parce qu'en fait, donc vous vous dites flaque d'eau chaude, on
comprend d'ailleurs en en quelques mots les causes de de ce phénomène. Pourquoi une partie, si je vous suis bien, de de l'océan se se réchauffe ? En en fait, c'est de l'eau chaude qui s'accumule sous la surface, qui remonte euh à la surface pour des des raisons météorologiques assez complexes et qui s'étend vraiment, qui fait une gigantesque flaque euh à la surface du Pacifique Sud. On parle de quelle ? La la de l'océan Pacifique. Et on parle de quelle élévation de ? Alors, ça peut rajouter 0,1 à 0,3 degrés, ce qui est énorme Oui, alors pour le néophyte évidemment ça semble très faible.
Le oui, mais pour le néophyte ça semble très faible, sinon qu'en fait ce sont des écarts de température qui équivalent à des des réchauffements complètement aberrants. ? C'est-à-dire que par exemple, il a fallu un siècle un siècle et demi pour gagner 1,5 degrés de réchauffement artificiel. Un El Niño puissant, c'est plus 0,3 degrés, c'est-à-dire en gros le quart de cette élévation qu'on a connu en un siècle et demi, mais c'est en quelques mois. Élévation donc de température super El
Niño parce que cette année l'épisode est particulièrement intense, donc particulièrement dramatique Jean-Michel Valentin. Oui, alors l'épisode de cette année, il y a 80 % de chance pour qu'il soit très puissant, 75 [grognement] % de chance pour qu'il soit d'une puissance absolument historique et sans référence. Il est il apparaît déjà comme tellement dangereux [grognement] que de nombreux États latino-américains et de nombreux États-Unis ont activé des plans d'urgence en terme d'anticipation. [grognement] Par ailleurs, la Banque mondiale, le le la FAO, le World Food Programme sont déjà en train d'anticiper des mesures
d'urgence pour venir en aide aux pays qui vont être affectés. Alors expliquez-nous comment cela se traduit. Premier problème évident, c'est la question de l'agriculture. El Niño donc provoque de la sécheresse et de l'augmentation des températures, les deux cumulés, qu'est-ce que ça fait sur les ? ça dépend En fait, ça dépend des zones. C'est-à-dire que El Niño va déclencher des super sécheresses dans certains endroits, des super inondations en d'autres, et dans tous les cas de figure, cela affecte lourdement les zones de production agricole, que ce soit en Amérique centrale, que ce soit en Amérique latine, que ce soit en Asie. Par exemple, cette année, la mousson sur l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh
a été 15 % inférieure à ce qu'elle était d'habitude, ce qui a eu des effets immédiats en étant couplés à des vagues de chaleur sur les productions agricoles. Donc, le le gros problème, c'est les zones agricoles qui sont touchées par des multiplications de phénomènes climatiques extrêmes. Par ailleurs, cette année, il y a une fusion entre ces phénomènes climatiques extrêmes et les effets géopolitiques de la guerre d'Iran. La de du de début mars à fin mai 2026, le détroit d'Ormuz a été largement bloqué. Or, les États du Golfe persique produisent près de 30 % des engrais. Ces
engrais ont donc été largement manquants sur le marché international des engrais au moment des plantations dans l'hémisphère nord. Donc là, on a des zones agricoles qui, un peu partout dans le monde, sont touchées ou vont être touchées par El Niño et qui, en plus, ont été touchées par la hausse des prix des engrais. Donc, on va vers un gros risque de choc agroalimentaire international. Augmentation des prix, ça c'est quelque chose de clair pour le monde euh occidental et euh pénurie alimentaire pour une autre partie du monde, Jean-Michel ? Bien, c'est Alors, c'est ce risque Alors, les deux sont liés avec l'augmentation des prix. Les deux sont liés évidemment
en Afrique, en Amérique latine, dans la corne de l'Afrique en particulier dans le Sahel, il risque [grognement] d'y avoir de gros problèmes de pénurie non seulement alimentaire mais aussi hydrique. Il faut vraiment toujours garder à l'esprit que ces phénomènes ne sont pas isolés. Prenez en Afrique par exemple le l'emprise djihadiste, elle se fait sur les points d'eau et sur la distribution de nourriture. Si vous avez des tensions sur l'approvisionnement en nourriture et en eau, vous avez une augmentation des tensions géopolitiques. Une augmentation des tensions géopolitiques avec un certain nombre de choses qui pourraient être faites Jean-Michel Valentin avant qu'on en
arrive là, qu'est-ce qu'il est possible ? Bien déjà plus on anticipe mieux c'est. C'est pour ça d'ailleurs que on peut que constater avec intérêt que le FMI, que le World Food Programme, qu'un certain nombre d'États sont déjà en train d'anticiper les risques que l'on vient d'évoquer et préparent des fonds d'urgence, des stocks pour pouvoir intervenir directement sur les zones qui vont être touchées par les effets d'El Niño. Par ailleurs, il y a un certain nombre d'États par exemple l'État de Californie
qui a décrété son plan d'urgence El Niño il y a déjà près de 3 semaines de façon à prépositionner les forces de sécurité civile, à faire des travaux d'urgence, à préparer les décrets de catastrophes naturelles rapidement et cetera. Il faut se rappeler que le précédent El Niño 2023-2024 s'est traduit par des conditions météorologiques telles que par exemple en Californie, ça a été le grand incendie de Los Angeles. C'est très très concret ce dont on parle. Des choses très concrètes aussi et alors je je n'imaginais pas qu'il puisse y avoir de telles répercussions, le canal de Panama. Oui. [grognement] Alors le canal de Panama comme nous l'évoquions en effet,
et il est alimenté par un lac artificiel, le lac Gatun [grognement] et comme depuis plusieurs mois toute l'Amérique centrale est affectée par une super sécheresse très certainement liée à El Niño et bien il y a plus assez d'eau pour alimenter les écluses du canal de Panama qui est très ralenti. C'est donc toute la circulation entre l'Atlantique et le Pacifique qui est très ralentie. C'est une des artères vitales de la globalisation et [grognement] euh tout à l'heure on évoquait l'offensive des outils sur la côte de la mer Rouge. Moi ce qui me frappe, c'est que d'un côté pour des raisons climatiques, on a le canal de Panama qui est très ralenti tandis que
l'autre artère qui est le canal de Suez au débouché de la mer Rouge va aussi faire l'objet risque aussi de faire l'objet d'un ralentissement du fait des effets en cascade de la guerre d'Iran sur cette zone. [grognement] Donc à nouveau on a toute l'organisation commerciale maritime de la globalisation qui est mise sous tension par la fusion entre El Niño d'un côté, la guerre d'Iran de l'autre. Et oui puisque on a aussi le détroit d'Ormuz qui est comme on le sait de moins en moins aisé à à traverser. C'est quelque chose d'inouï parce que on voit aujourd'hui que les les péages de passage dans le canal de Panama atteignent des
des sommets, il y a des mises aux enchères de de passage. Alors j'ai vu par exemple pour un un gazier, donc un un transportant du gaz, le péage était monté à plus de 5 millions de dollars, ce qui donc il faut imaginer pour un passage, très peu de passages, une trentaine de passages par jour, donc c'est les super Panamax qui sont les les bateaux utilisant le passage ont du mal à faire ce trajet, Jean-Michel Valentin. Oui, et d'une part, ils ont du mal, ça ralentit le trafic et vous preniez l'exemple donc de des des des des super méthaniers [grognement] euh au moment où euh le monde entier est sous tension énergétique du fait de la
guerre d'Iran, du fait de la guerre en Ukraine et du fait de la surconsommation d'énergie induite par le développement de l'intelligence artificielle. Donc en fait, euh la mise sous tension climatique du canal de Panama, elle met sous tension tout le paysage énergétique mondial. Merci beaucoup, Jean-Michel Valentin. Je rappelle que vous êtes docteur en études stratégiques, on vous doit El Niño, histoire et géopolitique d'une bombe climatique, c'est au Nouveau Monde édition.