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Podcast / conversationIACE· 19 décembre 2025 81 minComplaisantFond programmatiqueInstitutions & électionsEurope & internationalNumériqueÉconomie & entreprises

Masterclass exceptionnelle avec Dominique de Villepin

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 82 %Attaque 6 %Défensif 12 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 17:45OuverteRéponse directe

    Dans un monde fragmenté et instable, quelle vision de l'ordre mondial de demain et quel rôle pour la diplomatie ?

  • 30:28OuverteRéponse directe

    Les États peuvent-ils encore contrôler le récit public face aux acteurs privés des réseaux sociaux ?

  • 33:42OuverteRéponse directe

    Comment les politiques européennes en énergie, sécurité et migration reconfigurent-elles les relations UE-Afrique du Nord ?

  • 40:09OuverteRéponse directe

    Comment la France et l'UE peuvent-elles repenser leur partenariat avec l'Afrique face aux enjeux géopolitiques ?

  • 48:18OuverteRéponse directe

    Quel avenir pour l'accord de partenariat tuniso-européen et comment le réviser pour faciliter les échanges ?

  • 54:10OuverteRéponse directe

    Comment concilier souveraineté nationale et interdépendance mondiale dans un contexte de tensions ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:17Fait
    « 1979, c'est le moment où commence la révolution conservatrice européenne avec l'arrivée de madame Satcher. 1980, l'arrivée de Ronald Rigan. »
  • 3:02Fait
    « 1989, c'est au début de l'année les événement de Tienanmen. Sur la place Tienanmen, un certain nombre d'étudiants contestent l'ordre chinois et sont massivement réprimés. »
  • 5:14Fait
    « Le monde dans lequel vous grandissez ne ressemble pas à celui des débuts des années 2000. Au début des années 2000, nous étions dans une mondialisation triomphante. »
  • 6:41Fait
    « Nous sommes à un moment où il y a effectivement une convergence entre les hommes forts, une convergence entre Donald Trump, Vladimir Poutine et même Sijing. »
  • 7:23Fait
    « L'Amérique privilégie aujourd'hui une vision idéologique du monde à une vision de défense des valeurs démocratiques. »
  • 11:01Fait
    « La dernière COP 30 qui s'est réunie à Bellem n'a pas été capable de prendre des mesures à la hauteur des enjeux. »
  • 21:22Fait
    « Je pense que ce sont des changements durables et qu'il faut s'habituer donc à une Amérique qui regarde le monde différemment. »
  • 22:05Fait
    « Pendant très très longtemps, les États-Unis se sont structurés comme l'Europe à travers d'une certaine idée de la démocratie, ce qu'on appelle la démocratie libérale. »
  • 22:48Fait
    « Quand Donald Trump revendique pour les États-Unis le Groenland, quand il revendique le Canada ou qu'il revendique la souveraineté sur le canal de Panama, il fait ça en total mépris de la règle de droit. »
  • 23:33Fait
    « La démocratie traditionnelle, c'est la démocratie libérale fondée sur le respect de l'état de droit, des contrepouvoirs qui viennent équilibrer le pouvoir. »
  • 25:00Fait
    « Tout ça désormais appartient très largement au passé parce que de plus en plus la règle économique et on l'a vu avec l'offensive de Donald Trump sur le monde, la règle c'est de plus en plus le protectionnisme. »
  • 31:12Fait
    « Donald Trump, voyant cela venir, a clairement indiqué que si l'Europe voulait appliquer ces réglementation, et bien les États-Unis augmenteraient considérablement leur droits de douane vis-à-vis de l'Europe. »
  • 1:01:11Fait
    « Les Américains ne payeraient pas d'impôts mais feraient payer des impôts aux pays du monde, aux États du monde. »
  • 1:04:20Dominique de VillepinChiffre
    « Les terres rares, on en a tous dans nos iPhones. Tous les produits technologiques aujourd'hui utilisent des terres rares et la Chine n'est pas tant producteur de terres rares que premier transformateur : 90 % des terres rares dans le monde sont transformés par la Chine. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:03
Dominique de Villepin

Je suis très heureux d'être avec vous ce matin pour partager un moment de réflexion et d'échange. J'ai sans doute beaucoup plus à apprendre de vous que vous de moi. Mais je voudrais peut-être en introduction dire quelques mots du moment que nous vivons les uns et les autres. Ce moment ne ressemble pas aux autres. Si vous aviez eu 20 ans en 1980 ou en l'an 2000 ou en l'an 2010, les choses ne se présenterait pas de la même façon. Nous sommes dans une accélération du monde comme l'histoire de l'humanité ne l'a jamais connu. Et si vous reprenez par exemple trois dates pas tout à fait priose au hasard, vous mesurerez cette évolution.

1979, c'est le moment où commence la révolution conservatrice européenne avec l'arrivée de madame Satcher. 1980, l'arrivée de Ronald Rigan. Au même moment, en 1979, vous avez une autre révolution conservatrice mais qui n'a strictement rien à voir. C'est la révolution iranienne. Et en 79 également commence l'intervention soviétique en Afghanistan. Donc c'est une grande rupture dans l'ordre international. C'est un temps du monde qui euh euh marque un grand changement par rapport aux années précédent. Vous allez 10 ans plus tard, 1989, ce sont deux événements qui se télescopent et qui montrent que l'histoire n'est jamais écrite à l'avance.

1989, c'est au début de l'année les événement de Tienanmen. Sur la place Tienanmen, un certain nombre d'étudiants contestent l'ordre chinois et sont massivement réprimés. Et à la fin de l'année, autre événement important, c'est la chute du mur de Berlin. Pékin préfère réprimer fortement le désordre dans son pays pour éviter ce qui se passe quelques mois plus tard en Union soviétique, c'est-à-dire la chute du régime. Donc vous avez le choix de deux stratégies. une stratégie qui consiste à s'accrocher à l'ordre tel qu'il est défini par la Chine et l'autre qui euh peu à peu euh à coup de de de d'étapes successives conduit à l'effondrement de l'Union soviétique 2 ans plus tard en 1991.

Donc vous voyez bien, le monde s'accélère, le monde change. 3è date 2001, le 11 septembre c'est un autre monde qui commence. Pour la première fois, les États-Unis sont frappés sur leur sol par un attentat terroriste venu de très loin, Arabie Saoudite, Afghanistan. Et c'est là où il y a quelque chose que vous devez toujours avoir en tête. Tout est lié dans la dans le drame du 11 septembre 2001, on retrouve un certain nombre de militants islamistes engagés sur le territoire afghan et qui vont faire le coup de main contre l'Union soviétique.

Sachant que les États-Unis dans cette guerre qui s'est déroulée sur le sol afghan va s'allier avec les extrémistes islamistes s'al avec les extrémistes islamistes contre l'Union soviétique et quelques années plus tard c'est le territoire américain qui est frappé par ces mêmes islamistes. Donc c'est les ruses de l'histoire. On croit s'allier avec euh un partenaire qui est un partenaire de circonstan et ce partenaire de circonstance se retourne contre vous quelques années plus tard. Aujourd'hui, nous sommes là encore dans un autre monde. Entre-temps, entre 2001 et aujourd'hui, il y a eu la grande crise économique et financière des années 2008, la crise de la dette souveraine en Europe.

Il y a eu 2011, et vous le savez mieux que personne ici en Tunisie avec la figure du jeune Boisizi. Un tournant dans le monde qui n'a pas tourné tout à fait comme certains l'imaginaient, c'est-à-dire en faveur d'une libération, d'une ouverture des pays arabes. Et puis la séquence qui depuis le début des années 2000 n'a pas cessé des interventions militaires notamment occidental avec l'intervention militaire en Afghanistan, l'intervention en Irak puis la Syrie et puis la France en Libye et au Sahel. Et cet interventionnisme militaire, il se double d'un interventionnisme en forme de miroir du côté de la Russie puisque ça conduira à l'intervention en Crimé dans un premier temps.

En Georgie d'abord en 2008, puis en Crimée en 2014 et puis en 2022 avec l'agression russe contre le territoire ukrainien et puis un an plus tard la terrible guerre, terrible tragédie de Gaza après l'autre tragédie du 7 octobre. Donc vous le voyez bien, accélération du monde. Tout cela donne le sentiment d'une très grande confusion, c'est vrai, mais il y a quelques lignes de force. Parmi ces lignes de force, il faut avoir en tête que le monde dans lequel vous grandissez ne ressemble pas à celui des débuts des années 2000. Au début des années 2000, nous étions dans une mondialisation triomphante. Le libéralisme dominait partout.

Tout le monde commerçait avec tout le monde, tout était facile et on pouvait imaginer que cette évolution économique qui pesait sur l'évolution des sociétés ne s'arrêterait pas. Or, ce qu'on a constaté, c'est que au fil des années, cette mondialisation et en particulier à partir du début des années 2010 s'est fragmenté et elle s'est fragmentée sur la base de blocs de blocs régionaux, de blocs par affinité culturelle et idéologique. Et il y a une confrontation qui l'emporte sur tous les autres, c'est la confrontation entre les États-Unis et la Chine. Et on voit que peu à peu le monde se sépare à travers ce grand clivage avec une inconnue.

Et cette inconnu, vous devez l'avoir en tête parce qu'elle va déterminer sans doute une grande partie de votre vie et une grande partie de vos activités professionnelles. C'est la capacité ou pas de certains blocs à s'opposer à cet affrontement entre la Chine et les États-Unis. dont on doit bien penser qu'il ne peut pas non plus s'accompagner ou exclure des moments de communauté de vue entre ces deux états. Nous sommes à un moment où il y a effectivement une convergence entre les hommes forts, une convergence entre Donald Trump, Vladimir Poutine et même Sijing.

Quand vous regardez la dernière stratégie de sécurité américaine qui est sortie il y a quelques jours, on constate une volonté de désescalade des Américains vis-à-vis de la Chine alors qu'on pensait que tout allait exploser dans la rencontre entre ces deux pays. On constate une volonté de dégel qui nous a surpris depuis le sommet en Alaska entre Vladimir Poutine et Donald Trump. Et on constate que l'Amérique privilégie aujourd'hui une vision idéologique du monde à une vision de défense des valeurs démocratiques.

Donc de ce point de vue-là, le monde qui était pendant longtemps séparé entre l'Occident et le reste du monde, le monde aujourd'hui, l'Occident aujourd'hui, tel que nous l'avons connu, vole en éclat. ce qui unit l'Europe et les États-Unis, on ne peut plus dire que ce sont la défense des valeurs démocratiques.

Et non seulement ce ne sont plus les valeurs démocratiques qui unissent l'Europe et les États-Unis, mais les États-Unis donnent le sentiment de vouloir se retourner contre l'Europe pour des raisons idéologiques en contestant à l'Europe et bien son avancée civilisationnelle, sa son équilibre civilisationnel et on voit bien que l'Amérique va chercher dans les prochaines années à modifier l'évolution politique et démocratique de l'Europe. Pourquoi ça va changer nos vies des deux côtés de la Méditerranée ? Parce qu'il y a deux hypothèses.

Soit l'Europe et le sud global, donc le Maghreb, l'Afrique, le Moyen-Orient sont capables d'inventer un chemin qui nous permette de répondre à ces deux blocs qui sont en train de se renforcer, ces deux empires qui sont en train de se renforcer. Soit nous ne sommes pas capables de faire face et alors nous serons obligés de nous aligner sur l'un ou l'autre de ces empires. Et donc c'est la question de la souveraineté de nos États. C'est la question de la souveraineté de nos destins qui se joue tant en Europe qu'ici au Maghreb ou au Moyen-Orient. Est-ce que nous vivrons à l'heure du dictate permanent de la part de Donald Trump ou de tout autre leader impérial ?

Où est-ce qu'au contraire nous serons capables de nous organiser et de défendre ce à quoi nous croyons ? Donc nous sommes dans un monde en grand changement. Nous sommes dans un monde qui se structure à l'opposé de ce que nous imaginions il y a quelques années et nos vies professionnel, nos nos engagements personnels vont évidemment être profondément marqués par ces changements. Il y aura des choix à faire, des choix de vie à faire. Le monde n'a plus la simplicité qu'il avait pendant des décennies.

un jeune français ou un jeune européen pensait imaginait assez facilement que son avenir c'était de faire des études en France puis d'aller dans le meilleur des cas à Harvard et puis après de mener une vie professionnelle n'importe où à travers le monde. Les choses ne se passeront pas comme ça dans l'avenir. Il y a un radissement des États, il y a un jeu des empires et il y a de nouvelles dimension dans la vie qui est la nôtre. Et je terminerai par deux dimensions qui me paraissent importantes. La première dimension qui change nos vies à tous, c'est la dimension écologique. Nous sommes dans un monde de la rareté. Le monde aujourd'hui n'est plus un monde de l'illimité.

Toute nouvelle découverte énergétique de produits fossiles a une capacité à peser sur la planète, a une capacité à mettre en cause notre environnement, une capacité à contribuer davantage au réchauffement climatique, à la ruine de la biodiversité. Et de ce point de vue-là, notre monde malheureusement change vite et pas dans la bonne direction. Euh le la dernière COP 30 qui s'est réunie à Bellem n'a pas été capable de prendre des mesures à la hauteur des enjeux et ça ça va aussi peser sur nos vies à tous. Le deuxème élément sur lequel je veux terminer, c'est l'enjeu du numérique et l'enjeu technologique.

Nous sommes dans un monde où euh la liberté de nos esprits ne se détermine pas de la même façon. Pour un jeune comme moi, dans les années 60, tout passait par la lecture. Si on voulait faire de bonnes études, il fallait lire des livres. Et lire des livres, ça voulait dire la capacité à s'enfermer chez soi pendant de longues heures. C'était des dizaines, des centaines d'heures à tourner des pages. Aujourd'hui, l'information ne nous vient pas de la même façon. Donc notre médiation avec le monde, notre façon d'acquérir des connaissances, bah c'est pas pareil de lire un livre de 800 pages ou de scroller sur TikTok ou sur Instagram dans des formats de 10 secondes.

C'est pas le même rapport au monde. C'est pas la même capacité à soutenir son regard, à soutenir sa concentration, à raisonner, à penser et à structurer son esprit. Vous devez être conscient du fait que ces technologies, ces algorithmes vont considérablement changer votre façon de réfléchir, votre façon de penser et en particulier vont suspendre vos raisonnements, votre capacité critique à quelque chose de beaucoup plus éphémère. Dans les temps anciens, prenez une figure comme Albert Camu, la question de l'histoire, la question de la révolution, la question de la colonisation était soumis à un travail de très longue haleine.

C'était des dizaines des centaines de livres qu'il fallait aligner pour pouvoir former son jugement. Aujourd'hui, vous avez trois vidéos TikTok et vous êtes convaincu de détenir la vérité sur tel et tel sujet parce que vous avez vu quelque chose. Et ça une traduction sur les médias, ça une traduction sur les débats intellectuels, ça a une traduction sur les débats politiques. Prenez quelqu'un comme Donald Trump, il passe pas 3 he réfléchir et examiner un dossier. Moi, j'ai vu Jaqu Chirac, j'avais mon bureau pendant 7 ans à côté de lui, mais passer des soirées entières.

à essayer de comprendre un problème local, un problème économique, un problème d'implantation industrielle, une question diplomatique. Mais des heures et des heures, Donald Trump, il se lève le matin, il écoute Fox News, il regarde sa chaîne YouTube et en 3 minutes et demi, il croit avoir compris le monde et il s'exprime sur le monde, sur tous les sujets. Nous perdons cette puissance que donne le silence, l'étude, le raisonnement, le sens critique et la capacité à débattre puisque nous détenons immédiatement ou nous avons le sentiment de détenir immédiatement la vérité. Et donc nous perdons y compris l'humilité que doit en permanence exiger toute acquisition de savoir.

L'esprit critique part de l'idée que ce que nous savons peut-être remis en cause par une autre information, par un autre point de vue et être enrichi par ces points de vues. C'estàd que quand nous nous soumettons aux lois du numérique, nous sommes en permanence portés à être renforcé dans l'idée première que nous avons. C'est ce qu'on appelle le biais cognitif, un biais algorithmique. Quand vous questionnez vos différents réseaux, et bien ces réseaux vont aller dans votre sens et vont vous rapprocher de gens qui pensent comme vous. Le même point de vue, c'est en quelque sorte le principe même de la tribu.

Vous échangez avec des gens qui pensent comme vous, qui vous renforcent dans votre jugement et vous vous éloignez des autres. Il faut avoir conscience de ça aujourd'hui pour penser tout simplement. C'est beaucoup beaucoup plus difficile qu'à mon époque parce que vous avez l'information immédiatement. Vous interrogez chat GPT, vous avez la réponse en 1 milliè de secondes. Moi, il fallait faire trois recherches, lire 10 livres et faire la synthèse de tout ça. Et ben, je peux vous dire que on y allait doucement avant d'avoir un jugement définitif sur n'importe quel sujet.

Aujourd'hui, quelle que soit la complexité du sujet, en une seconde et demi, vous avez 1 km de réponse et vous croyez tout savoir sur la politique énergétique, sur la nécessité de mettre en place tel dispositif en matière fiscale. Vous croyez maîtriser tout. C'est une illusion. Et il faut pour penser, il faut encore plus pour décider maîtriser toute la chaîne des arguments et toute la chaîne des outils. Donc se situer dans le monde est à mon sens beaucoup plus difficile parce qu'en apparence c'est beaucoup plus simple mais c'est une illusion trompeuse.

Donc première chose, se méfier et passer à l'examen au tami au tami critique tout toute vos connaissances et commencer par ce qui est le point de départ de tout. C'est se méfier de soi-même, c'est-à-dire penser contre soi-même parce que ce n'est qu'en pensant contre soi-même qu'on arrive à dépasser son propre jugement, à l'enrichir, à l'améliorer et à finalement pouvoir davantage le partager. Merci. Merci. Merci monsieur Devillepin pour votre intervention très enrichissante. Merci à vous d'être parmi nous. Alors, on passe maintenant à la session questions-réponses qui se prend volontaire pour la première première question. Bonjour monsieur. Bonjour.

Je m'appelle Nadja, élève pilote de l'Ariana et responsable RH au sein de Timon LPA. Ma question est la suivante : Dans un monde qui est de plus en plus fragmenté et instable, quelle vision avez-vous de l'ordre mondial de demain et quel rôle la diplomatie peut-elle y jouer pour le façonner ? Merci. Merci. Malheureusement, le monde dans lequel nous entrons est un monde qui est plus multipolaire et de ce point de vue-là, on peut que se réjouir qu'il y ait davantage d'acteurs sur la scène internationale. Longtemps, la vie internationale a été confisquée par quelques-uns.

L'image qu'on peut avoir du monde de 1945, c'est l'image de grandes conférences, Postdame, Yalta, c'est-à-dire de quelques leaders internationaux qui dirigent et décident pour le monde. Aujourd'hui, il y a beaucoup d'acteurs et quand vous regardez la scène internationale, il y a pas que le G7, que le G20, il y a les bricks, il y a l'organisation de coopération de Shanghai, il y a une multitude d'acteurs. Ça c'est plutôt une bonne chose.

Mais à côté de cette logique de multipolarité, il faut prendre en compte le fait que ce qui a constitué l'ordre mondial depuis 1945, c'était le multilatéralisme, c'est-à-dire une organisation de la société internationale à travers des institutions internationales. Et parmi ces institutions, bien sûr, il y avait tout le système des Nations- Unies, le système économique également le fond monétaire international, la Banque mondiale, toutes les organisations spécialisées des Nations- Unies qui structurent la collectivité, la communauté de façon à permettre le règlement d'un certain nombre de grands sujets. Aujourd'hui, ce multilatéralisme, il est très largement bloqué.

Euh nous l'avons vu sur les grandes crises, que ce soit l'Ukraine, que ce soit euh la crise de Gaza et d'autres crises, le Soudan, euh l'Éthiopie, il y a une difficulté pour la société internationale à prendre des décisions ensemble très largement en raison du fait que le Conseil de sécurité des Nations- Unies qui comporte un certain nombre de membres non permanents qui changent régulièrement et des membres permanents, cinq membres permanents disposant d'un véau Et bien ce conseil de sécurité est bloqué par les grandes puissances qui disposant d'un véau dès lors que sur un sujet il ne partagent pas la vie des autres et bien ils bloquent ils mettent leur véau et le sujet donc ne peut pas avancer.

Donc on est dans un monde qui a du mal à s'organiser, se structurer, à prendre des décisions collectivement compte tenu du nouveau rapport de force. Dans ce rapport de force, il faut intégrer le fait que ce qui a le plus changé outre cette affaiblissement du multilatéralisme, outre ce développement de la multipolarité, c'est l'arrivée de nouveaux empires, des empires anciens qui retrouvent une importance nouvelle. C'est le cas de la Chine, c'est le cas de l'Inde, c'est le cas de l'Iran, c'est le cas de la Turquie.

Mais c'est le cas des États-Unis et il faut bien voir que ce qui aujourd'hui constitue la plus grande surprise dans l'ordre international, c'est le changement profond des États-Unis. Ça c'est pas fait en jour. C'est une lente évolution. Certains veulent croire qu'une fois que Donald Trump aura quitté la scène, et bien les États-Unis reviendront à ce qu'ils étaient. Personnellement, je ne le crois pas. Je pense que ce sont des changements durables et qu'il faut s'habituer donc à une Amérique qui regarde le monde différemment et qui regarde le monde à travers une idéologie différente.

Le principal changement, c'est que pendant très très longtemps, les États-Unis se sont structurés comme l'Europe à travers d'une certaine idée de la démocratie, ce qu'on appelle la démocratie libérale. Il y a trois fondements dans cette vision du monde. Le premier fondement, c'est l'idée que le monde est fondé doit être fondé sur le droit. C'est la règle de droit qui doit pouvoir permettre aux nations de commercer entre elles. Vous savez tous que depuis le sommet euh les accords de de Vesphal, le monde reconnaît les États-nations. Les États-nations constituent les les points d'appui de la communauté internationale.

Et c'est par la règle de droit au fil des siècles qu'ils ont de plus en plus structuré les relations qu'ils avaient entre eux. à cette logique d'un monde structuré par la règle de droit et bien les choses ont changé et nous sommes aujourd'hui davantage structurés par la force. C'est ce que Donald Trump appelle aujourd'hui la paix par la force. Il joue du rapport de puissance et y compris au total mépris de la règle de droit. Quand Donald Trump revendique pour les États-Unis le Groenland, quand il revendique le Canada ou qu'il revendique la souveraineté sur le canal de Panama, il fait ça en total mépris de la règle de droit.

Quand la Russie agresse l'Ukraine, c'est en total mépris de la règle de droit. Donc nous sommes dans un monde où ce premier pilier a profondément changé. Il y a un deuxième pilier qui est important et qui lui aussi est en voie de grands changements, c'est le pilier démocratique. La démocratie traditionnelle, c'est la démocratie libérale fondée sur le respect de l'état de droit, des contrepouvoirs qui viennent équilibrer le pouvoir et qui doivent être respectés. c'est le parlement, c'est même les médias, la justice aujourd'hui.

La beaucoup de ces démocraties, outre le fait que la démocratie est en régression dans le monde un peu partout, il y a de moins en moins de pays qui peuvent se revendiquer de la démocratie libérale. Et bien, on assiste à un basculement de la démocratie libérale vers la démocratie illibérale.

C'est-à-dire que face à la montée d'un certain nombre de revendications, de peur, de colère et en particulier une revendication spécifique qui est la revendication identitaire, le fait de rejeter à l'intérieur de certaines sociétés la présence de personnes de groupes qui n'appartiendrait pas à ce groupe ou à cette société fait que on conteste l'état de droit, on conteste la position des tribunaux de la justice, on conteste le rôle d'un certain nombre de médias et qui sont accusés de être vendu à l'étranger ou de ne pas défendre l'intérêt général et l'intérêt national. Donc là, vous avez un deuxième pilier qui change extrêmement rapidement.

Le troisème pilier qui montre la bascule de la société internationale, c'est le pilier économique. Nous avons j'ai grandi dans un monde du libre échange. La règle c'était la règle du libre commerce et la formule qu'a retenu l'Union européenne pour dire sa vision du monde en matière économique et commerciale, c'est la concurrence libre et non faussée. Et bien tout ça désormais appartient très largement au passé parce que de plus en plus la règle économique et on l'a vu avec l'offensive de Donald Trump sur le monde, la règle c'est de plus en plus le protectionnisme.

C'est face à ce qu'on considère comme des situations d'agression de telle et telle région du monde, on cherche à se protéger et c'est tout le défi qu'à l'Europe aujourd'hui. Faut-il multiplier les obstacles à l'arrivée par exemple des produits chinois quand vous avez des plateformes comme TMU Chin qui envahissent de leurs produits les marchés européens. Est-ce qu'on accepte d'avoir des produits qui viennent comme ça et qui sont fabriqués avec des normes sociales et environnementales qui ne sont pas les mêmes que celles des producteurs européens ? Est-ce qu'on accepte de voir nos économies enfoncées par une concurrence jugée des loyal ?

Deuxièmement, est-ce que face à la domination d'un certain nombre d'économies dans le domaine technologique, c'est le cas aussi l'économie chinoise avec des produits qui sont de très grande qualité et parfois beaucoup beaucoup moins cher que ce que nous fabriquons, les batteries, toutes les panneaux solaires. Et bien, est-ce que nous restons inerte sans rien faire avec le risque de voir des PS entiers de notre économie démanteler ou est-ce qu'au contraire parce qu'on considère que ces industries dans ces pays ont bénéficié de subventions davantage qui faussent la concurrence, nous considérons qu'il faille mettre un ha mettre un obstacle à l'arrivée de ces produits.

Par exemple, une taxe carbone aux frontières, ce que décide l'Union européenne. Donc est-ce que il faut accepter que dans un monde où la concurrence est faussée par un certain nombre de situations, de règles, d'avantages, il ne faut pas corriger cela pour que on évite à nos économies de se retrouver dans une situation dramatique. Donc vous voyez bien, c'est un autre monde. C'est un monde qui a basculé, c'est un monde qui a changé et qui va continuer à changer sous le coût des rapports de force. Il y a aujourd'hui deux inconnus.

La première, est-ce que la concurrence auquelle nous assistons dans le monde d'aujourd'hui va continuer telle qu'elle avec une multiplication de guerre locales, de crise locale où est-ce que nous allons assister à une entente entre des groupes de pays qui vont privilégier la stabilité sur la concurrence qui est facteur d'imprévisibilité et d'instabilité. En d'autres termes, est-ce que les hommes forts Donald Trump, Sigiping, Vladimir Poutine vont décider un matin de se retrouver ensemble et de pactiser un nouveau Yalta euh ou est-ce qu'au contraire ils vont aller jusqu'à un éventuel affrontement entre leurs propres États ?

Donc vous voyez bien le destin du monde, il est largement suspendu à ces évolutions avec en arbitre deux groupes d'État. L'Union européenne qui pour le moment est très timorée et qui n'a pas la capacité de réagir parce qu'elle est prise par surprise par l'évolution américaine et qui donne le sentiment de tout accepter des nouvelles attitudes américaines. Donc que va faire l'Union européenne et que va faire le sud global ?

Et est-ce que le sud global, est-ce que le Maghreb, le Moyen-Orient va tout à coup se dire l'Afrique va tout à coup se dire l'Afrique c'est 2 milliards et demi de personnes en 2050, c'est 4 milliards de personnes en est-ce que fort de cette capacité à peser dans l'avenir, est-ce que ces régions vont se structurer ensemble, nouer des partenariats et servir de contrepoids à la puissance chinoise ? la puissance américaine qui de plus en plus sont dotés de réseaux qui leur donnent une capacité à agir sur le monde.

Prenez par exemple le réseau des routes de la soie, ce qu'on appelle la ceinture et la route qui a permis à la Chine de véritablement développer son action un peu partout à travers le monde jusqu'au finfond de l'Amérique latine. Et ce qui donc conduit aujourd'hui les États-Unis à réactiver la fameuse doctrine Monro de 1823 pour dire que l'Amérique latine était une chasse gardée des États-Unis et qui n'entendait pas que la Chine puisse prospérer dans cette région impunément. Donc vous voyez bien, on est devant des évolutions profondes et des interrogations concernant la façon dont ce monde pourra évoluer.

Euh alors pour pouvoir profiter le maximum de vos questions et vos interventions, on va euh prendre des log de trois questions de à chacun. Ça va être très difficile de répondre à trois questions à la fois parce que je vais les oublier. Donc ce que je vais faire c'est que je vais répondre plus rapidement à chaque question mais on va faire une question après l'autre. D'accord. C'est comme vous voulez monsieur. Alors bonjour euh bonjour monsieur. Bonjour. Euh je suis euh étudiante master de relation internationale centrale. D'ailleurs, je vous remercie pour votre intercentré et continent.

Et donc la question pour aujourd'hui c'est euh notamment pour les réseaux sociaux personnes de Orient, les étapes peuvent-ils encore contrôler le récit public face aux acteurs public transf ? Alors ça c'est un grand défi que celui des réseaux sociaux, du contrôle des réseaux sociaux, du contrôle des algorithmes, sachant que c'est un immense problème à la fois technique mais en même temps politique. L'Europe a voulu essayer de se protéger de l'importance de ces réseaux et et en particulier de l'offensive très grande des plateformes américaines. Et donc très tôt, l'Europe s'est dotée d'une réglementation.

Quand vous n'avez pas vous-même d'outil numérique, vous avez la possibilité de réguler le secteur du numérique. C'est ce que l'Europe a fait avec le commissaire européen de l'époque était Thierry Breton et elle a inventé un système de contrôle à travers ce qu'on a appelé le DSA, la directive des services sur les services et la et le DMA c'est le la directive sur les marchés du numérique. Et à partir de ces outils, nous sommes dotés en quelque sorte de moyens d'éviter que l'Amérique puisse faire n'importe quoi chez nous puisque des sanctions importantes sont prévues. C'est ce qui est en cours avec Google, avec Facebook.

Mais Donald Trump, voyant cela venir, a clairement indiqué que si l'Europe voulait appliquer ces réglementation, et bien les États-Unis augmenteraient considérablement leur droits de douane vis-à-vis de l'Europe, donc prendrait des sanctions. Donc il y a à la fois la question politique et il y a la question technique de la faisabilité. Cet équilibre, il est très très difficile mais il est aussi stratégiquement important parce que c'est pas simplement une question qui touche à l'économie et qui touche à la technologie. C'est une question qui touche à la souveraineté politique des États.

Si vous n'êtes pas capable de contrôler les plateformes numériques et que vous avez une grande puissance comme les États-Unis qui veut influencer vos opinions publiques, notamment sur le plan politique pour promouvoir des partis extrémistes. C'est ce qu'a dit l'Amérique au cours des derniers mois, c'est-à-dire la volonté de promouvoir ce qu'on appelle des partis patriotes, sous-entendus les extrêmes droites. Et bien vous avez donc des réseaux numériques qui vont faire campagne contre la démocratie en essayant de promouvoir des partis politiques qui eux s'affranchissent de cela et qui sont proches soit de Vladimir Poutine, soit des États-Unis.

Donc c'est un enjeu de souveraineté absolument majeur. Ce qui vous explique que certains États autoritaires et bien ferment les réseaux numériques, empêche l'accès pour se constituer eux-mêmes à travers leur propre réseau souverain. Donc c'est un enjeu pour les prochaines années extrêmement compliqué et qui doit être mené à la fois sur le plan de la négociation politique, de la négociation technique et qui doit se situer sur le plan de la défense de nos démocraties. Merci monsieur. Euh alors, qui est le suivant ? Je me présente, je suis STVIN, étudiante en 3e annéolitique et relation internationale. C'est un c'est un honneur pour nous d'avoir d'avoir l'occasion de vous d'échanger avec vous.

Merci beaucoup pour votre intervention. Donc euh notre question euh en quoi les récentes politiques européennes en énergie, sécurité et migration reconfigurent-elle les relations Union européennes et Afrique du Nord et influence-elle la souveraineté des pays de la région ? Merci. Question difficile. Vous avez raison. Nous sommes dans un moment où la question des réseaux est une question centrale. Donc les questions liées à l'énergie, les questions liées à à la sécurité, les questions liées à l'immigration sont des questions qui touchent de part et d'autre à nos souverainetés. Donc, ce sont des questions sensibles.

La question de l'énergie, elle est vitale parce que c'est d'un bon approvisionnement en énergie que dépend euh euh le développement de nos économies. Et donc la question des interconnexions. Comment est-ce qu'on fait euh pour que les réseaux énergétiques puissent être mieux partagés et euh servir les différents pays des deux côtés de la Méditerranée ? C'est la question des interconnexions dans le domaine gazier, dans le domaine pétrolier, dans le partage de certaines ressources, y compris celle que l'on souhaiterait développer davantage concernant le solaire, l'hydrogène vert. Donc dans tous ces domaines là, la question de la structuration des réseaux, dans quel sens vont ces réseaux ?

Est-ce qu'ils partent du Nigéria pour aller vers le Maroc ou au contraire vers l'Algérie pour après aller dans tel et tel pays d'Europe ? l'organisation, la géographie et le choix technique de tel ou tel réseau privilégiant telle et telle source d'énergie. Ce sont des enjeux extrêmement stratégiques. Concernant la sécurité, c'est aussi un enjeu majeur parce que nous avons constaté au fil du temps que la question des trafics d'êtres humains, de drogue, le système des passeurs et de l'immigration clandestine s'est beaucoup développé au fil des années.

Et donc du côté de l'Union européenne comme du côté du Maghreb et et de ce point de vue-là la coopération avec la Tunisie s'est considérablement développé au cours des dernières années et bien vise à pouvoir structurer des accords permettant à chacun de jouer son rôle. La Tunisie en matière d'immigration est à la fois un pays d'origine de l'immigration. C'est aussi un pays de destination de l'immigration.

Donc, il y a une somme de défis et de difficultés euh qui existe entre nous avec la nécessité d'essayer de trouver une règle commune, à la fois une règle économique, une règle technologique, on l'a vu en ce qui concerne l'énergie et une règle euh de société ou de civilisation pour tout ce qui concerne les droits humains, pour tout ce qui concerne le respect des libertés. il y a la nécessité de trouver le bon équilibre sur l'ensemble de ces sujets. Et on voit bien qu'entre l'Union européenne à travers les accords d'association avec la Tunisie, avec le Maroc, avec l'Algérie, c'est ce réglage qui est particulièrement difficile.

Faire en sorte et c'est un des grands enjeux pour nous français face à la question de ce qu'on appelle les OQTF, les obligations de de quitter le territoire français. Comment fait-on pour que des immigrés illégaux et posant problèmes venus sur notre territoire puissent être repris par les pays d'origine de cette immigration ? Ça suppose donc des accords. Faut-il faire en sorte que ces accords de retour puissent être liés à des accords économiques, voire à des accords sur les droits humains ? C'est tout l'enjeu du package qui est aujourd'hui discuté entre Bruxelles et chacune des capitales du Maghreb.

Il faut arriver à trouver une communauté de vue, une communauté d'intérêt pour que à la fois en terme de partage entre nos sociétés et entre nos États, mais il faut prendre en compte l'évolution des sociétés et puisse permettre un développement de part et d'autre de la Méditerranée dans les meilleures conditions. Ce qui est certain, c'est que l'évolution doit aller dans le sens d'un développement de ses partenariat, doit aller dans le sens d'un développement de ses coopérations. La question aujourd'hui pour moi et je termine là-dessus, est-ce que nous sommes capables de changer d'âge ? On le voit, le monde avance vite.

Pendant très longtemps, la coopération entre le Maghreb et l'Europe s'est construite sur l'idée d'aide au développement. En gros, il y avait le Nord qui aidait le sud. Je pense que les choses ont complètement changé et qu'il faut les poser complètement différemment. Il faut les poser en terme de voisinage. Je vous l'ai dit, le monde se structure en nouveaux blocs, entre nouvelle alliance des régions. Et bien dans le cadre de ces nouveaux blocs, il y a un intérêt commun à ce que le nord de la Méditerranée et le sud de la Méditerranée puisse travailler ensemble à égalité.

Et donc comment faire en sorte dans le casre d'une politique de de voisinage pour que nous puissions trouver le bon équilibre de façon à servir le développement de part et d'autre ? On le voit dans des secteurs où aujourd'hui la Tunisie a fait un travail considérable. On voit les start-ups tunisiennes aujourd'hui beaucoup se développer. On voit des technologies beaucoup s'affirmer sur le territoire de la Tunisie et des entreprises européennes venir en Tunisie pour profiter de ce savoir-faire et de ses compétences. Et bien, comment on peut organiser, structurer ces écosystèmes pour servir l'emploi ici en Tunisie en même temps que les échanges de l'autre côté de la Méditerranée ?

Donc vous voyez bien, ce sont des ce sont des organisations qui supposent à la fois un travail d'affinement sur le plan du droit. sur le plan de la règle politique, sur le plan de la compréhension et des normes. Donc il y a il y a tout un ensemble de travail qui est à faire pour que nous puissions trouver le juste équilibre entre nos sociétés. Merci. Merci beaucoup, monsieur. Qui est le suivant ? Euh, bonjour monsieur le Premier ministre, c'est un honneur d'être parmi vous aujourd'hui et je vous remercie pour la richesse de votre intervention. Euh je me présente, je m'appelle Mathie Rgi.

Je suis un étudiant première année master en anglais et relation internationale à l'Institut supérieur de Sciences humaines et je suis le président du club Timon SSHT. Euh donc ma question pour aujourd'hui, c'est face à la compétition d'influence entre puissance globale, comment la France et l'Union européenne peuvent-elles repenser leur partenariat avec l'Afrique pour répondre aux aspirations africaines et aux enjeux géopolitiques actuels ? Et merci. Alors, il y a deux conditions pour essayer de d'avancer dans la direction nécessaire que vous indiquez. La première, c'est que l'Europe puisse défendre sa souveraineté.

C'est la la condition primordiale parce que si l'Europe devient vasale de grands ensembles géopolitiques, elle n'aura pas la liberté de pouvoir déterminer elle-même ses liens avec le Maghreb et l'Afrique. Donc, c'est défendre sa souveraineté. Défendre sa souveraineté, c'est quelque chose de très très difficile et c'est à mon avis le grand enjeu pour l'Union européenne dans les prochaines années. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire être capable de défendre sa propre sécurité. Aujourd'hui, nous sommes complètement dépendants des États-Unis pour le parapluie nucléaire américain vis-à-vis d'une menace qui pourrait venir de la Russie ou d'ailleurs.

Donc l'enjeu sécurité, l'enjeu défense avec la décision qui a été prise d'augmenter considérablement nos budgets nationaux dans le domaine de la défense. Deuxème enjeu de souveraineté, c'est l'enjeu technologique et numérique. Nous n'avons pas les mêmes moyens que les États-Unis. Est-ce que nous sommes capables de protéger notre territoire et peu à peu nous doter d'outils qui permettent d'affermir cette souveraineté ? Je pense à l'idée d'un cloud souverain. Comment faire en sorte si vos entreprises ne peuvent pas bénéficier d'un cloud souverain et protégé ? Et bien tout simplement de protéger vos données. Si vos données sont ouvertes ou appartiennent aux États-Unis, vous êtes perdu.

3è clé, est-ce que nous sommes capables, si nous ne sommes pas capables d'avoir l'équivalent des plateformes américaines, est-ce que nous sommes capables d'avoir une politique de chiffrement de nos données qui nous permettent de garantir la sécurité de ces données ? Si vos données de santé, si vos données financières sont entièrement dans la main des États-Unis ou d'un autre pays qui lui a les plateformes indispensables, et bien vous êtes en grande difficulté. donc avoir les moyens de maîtriser et de garantir la fiabilité et la sécurité de vos propres données. Troisème enjeu de souveraineté, le secteur financier.

Il est très important et peu de gens ont compris que la souveraineté financière allait être un enjeu majeur. Le temps où il n'y avait que les monnaies nationales, le dollar évidemment ayant une prééminence compte tenue du privilège exorbitant qu'à le dollar. Il est révolu ce temps-là. Nous avons maintenant des cryptonnaies, nous avons des monnaies numériques de banque centrale et nous avons ce qu'on appelle les stable coins qui sont des jeton numériques que peuvent utiliser euh les grandes entreprises et notamment les plateformes numériques. Et ces jetons numériques sont garantis sur le plan de la valeur par rapport à une monnaie centrale comme le dollar.

Donc ça veut dire que si ces monnaies se développent en Europe et bien vous aurez une monnaie équivalent au dollar qui va se développer dans tout le système financier français. ou européen, mettre en danger toute l'activité de nos banques et à terme bénéficier du caractère extraterritorial du droit américain. Donc, vous êtes totalement dans la dépendance des États-Unis, sans vous en être rendu compte par le secteur financier, vous perdez votre souveraineté. Donc, vous le voyez, sur l'ensemble de ces enjeux, il y a un combat qui est amené. L'Union européenne, dès lors qu'elle est capable de garantir sa souveraineté, a un intérêt primordial parce que c'est une fois de plus sa zone naturelle.

l'Amérique se rend compte, les États-Unis se rendent compte qu'ils ont un intérêt vital à préserver leur lien avec l'Amérique latine. Nous, nous avons un intérêt vital à rester dans un lien très fort avec ce qui constituera l'avenir de l'humanité dès le milieu et la fin du 21e siècle qu'est l'Afrique, le Maghreb, l'Afrique, le Moyen-Orient. Pour beaucoup de raisons, c'est une zone qui évolue très rapidement, qui évolue très rapidement sur le plan de son organisation.

Quand vous prenez en compte ce qu'on appelle la Zlecaf, la zone de libre échange du continent africain, c'est un changement considérable que la capacité de s'organiser entre états africains pour privilégier des relations interrafricaines qui aujourd'hui sont insuffisantes. De la même façon, l'un des grands défis du Maghreb, c'est de privilégier les relations commerciales entre pays du Maghreb qui sont extrêmement faibles. Chaque pays du Maghreb commerce avec le monde mais commerce très peu avec les voisins.

Alors que les pays voisins ont la capacité d'exporter chez leurs voisins des produits à un prix beaucoup plus faible qui ne le ferait s'il les envoyait ces produits à l'autre bout du monde. La proximité constitue un avantage économique qu'il faut prendre en compte. Donc dans ce nouveau contexte d'évolution du monde qui va de plus en plus aller dans le sens d'une géopolitique mettant en avant l'Afrique et le Moyen-Orient parce que le Moyen-Orient passe d'une région quasiment exclusivement productrice d'énergie fossile à une région qui a été capable et est capable de se diversifier dans d'autres domaines, dans les domaines financiers, dans les domaines culturels.

C'est une zone à très forte attraction culturelle et et évidemment touristique. Comme vous voyez les progrès faits par l'Arabie Saoudite dans l'ouverture de sa société et de sa culture, c'est une une un élément de vitalité extraordinaire. On néglige trop souvent et la Tunisie a beaucoup à réfléchir de ce point de vue-là compte tenu de sa richesse et de ses ressources à la fois touristiques et culturelles. Réfléchissez à la stratégie d'un pays comme la Corée du Sud. La Corée du Sud est devenue une des principales nations disposant d'industrie culturelles au monde en quelques années avec euh leur leur leur groupe euh leur groupes musicaux avec leur cinéma.

Cet écosystème culturel est une ressource non seulement de recette économique mais d'influence dans le monde considérable. C'est-à dire que on ne réfléchit jamais suffisamment à la diversité des moyens qui permettent à un état de d'acquérir une nouvelle dimension. Et de ce point de vue-là, la Tunisie comme les autres pays du Maghreb dispose de capacités de ressources d'une extraordinaire attractivité qu'il serait dommage de ne pas développer. Donc penser l'avenir, penser le monde, c'est évidemment être capable de mieux partager nos ressources.

nos capacités, nos qualités et il y a une complémentarité entre les deux rives de la Méditerranée évidente quand vous voyez la Chine exporté euh à travers le monde grâce à un système économique et industriel qui aujourd'hui ne bénéficie pas seulement à la Chine mais à tous les États-voisins, le Vietnam, les Philippines, l'Indonésie, et bien l'Europe du point de vue de sa stratégie de diversification industrielle doit pouvoir bénéficier des compétences technologique de la jeunesse tunisienne, algérienne, marocaine pour pouvoir réorganiser dans une chaîne de valeur beaucoup plus courte et qui bénéficie par ailleurs du même langage, la francophonie, c'est un élément de vitalité et de partage considérable entre l'Union européenne, la France et le Maghreb et l'Afrique.

Merci monsieur pour votre intervention encore une fois. Qui c'est qui voudrait poser une question ? Bonjour. Bonjour monsieur le premier ministre. Alors, je me présente Azizib. Je suis chercheur en droit des affaires à l'université de Cartage. Ma question est : quel avenir pour l'accord de partenariat tuniso-européen et comment une potentielle révision de cet accord pourrait faciliter encore plus les relations d'échange entre les entreprises tunisiennes et faciliter leur accès au marché européen ? Merci. défi important pour la Tunisie comme pour l'Union européenne.

Cet accord sur le plan économique et stratégique, il était évidemment essentiel dès lors qu'il détermine le cadre dans lequel nous opérons. Et vous le savez, rien n'est plus important pour deux ensembles géographiques que d'être capable de poser un cadre dans la durée. L'un des grands problèmes de l'économie mondiale et de chacune des nations qui composent et particip, c'est d'arriver à accéder à de la stabilité et de la prévisibilité. Quand vous êtes une entreprise, vous avez besoin de penser euh euh votre devenir dans la durée au fil des années. C'est pas juste l'année qui compte, c'est que va-t-il se passer dans 5 ans, dans 10 ans.

Vous avez besoin de stabilité fiscale, vous avez besoin de stabilité euh légale de la règle de droit, vous avez besoin de la possibilité quand vous investissez sur le développement d'un marché, vous avez besoin de savoir que ce marché ne va pas se fermer pour une raison ou pour une autre. Or, que s'est-il passé dans les dernières années ? Nous l'avons vu à l'échelle mondiale. Multiplication des entraves. Regardez la situation de l'Organisation mondiale du commerce.

totalement en panne, multiplication des entraves commerciales, multiplication des entraves posées par les États en tout genre, normes euh brevets qui compliquent les investissements et les stratégies euh des entreprises ou des États. Et puis vous avez un troisème élément qui peut entraver ont été constitués par les sanctions sanctions politiques décidées par les États. Quand tout à coup pour une raison X un marché se ferme et bien c'est toute tout l'écosystème économique qui en supporte les conséquences. Donc aujourd'hui, nous avons une équation difficile dès lors que nous parlons de commerce ou d'économie.

C'est la prise en compte de trois dimensions qui euh de plus en plus constituent le cadre dans lequel les États interagissent. La première dimension, c'est la relation structurée, organisée, commerciale, économique, industriel entre nos différents espaces géographiques. La deuxième dimension, c'est la stabilité politique. faire en sorte que le dialogue qui existe entre nos états, puis c'est un diélogue qui soit construit en confiance et qui puisse être respectueux d'un certain nombre de règles communes qui facilitent les rapports entre les États.

Et puis il y a un troisème domaine qui est tout ce qui touche à l'organisation de nos sociétés, à nos visions culturel, tout ce qui touche aux droits humains et qui participe aussi de cette capacité des États à mieux commercer, à mieux échanger entre eux. Et c'est tout cela qui doit avancer et évoluer. Plus le cadre est solide, plus la confiance est forte, plus nous sommes capables de franchir des étapes rapidement. Donc euh la la règle euh qui aujourd'hui constitue la clé des relations entre l'Union européenne et la Tunisie, l'accord d'association qui nous lie comme avec les autres États du Maghreb doit prendre en compte ceci.

Euh dans l'ensemble de nos accords d'association, il y a un certain nombre d'obligations. L'article 2 notamment qui touche aux questions de la vie euh politique et et aux questions de droits humains. Tout ceci pèse, tout ceci compte et à nous à chaque fois d'essayer de prendre en compte la situation des autres États. Sachant que entre nos territoes, je le dis et le redis, il y a un enjeu historique majeur, c'est que tout aujourd'hui doit nous conduire. Que nous soyons état, investisseurs, partenaire commercial, tout doit nous conduire à faire davantage les uns avec les autres. C'est nos c'est nos intérêts respectifs qui sont en jeu.

Il y a un deuxième élément, c'est qu'il y a un atout historique entre l'Union européenne et particulièrement la France d'ailleurs et la Tunisie. C'est l'importance des diasporas. Quand vous avez la chance d'avoir des jeunes franco-tunisiens qui ont des savoir-fairs, qui sont formés, qui ont des idées, qui ont des projets et ici de jeunes tunisiens qui sont formés, qui ont des projets et qui ont une ambition, et ben naturellement ça crée un espace de coconstruction, de copartenariat, de coactivité formidable.

Donc que nous soyons capables de prendre en compte le développement de ces diasporas, que nous soyons capables d'enemancer les projets, c'est-à-dire de de d'amorcer par des moyens financiers spécifiques. Et ça vaut la peine que nous soyons capables de d'avoir des dispositifs d'encouragement, d'investissement qui permettent d'accompagner un certain nombre jeunes pouss des jeunes entreprises de part et d'autre de la Méditerranée pour consolider les relations entre nos États. Donc toutes les conditions existent mais nous devons prendre en compte la nécessité d'avancer dans tous ces domaines en même temps.

la coopération politique, la coopération économique et commerciale et la coopération sur le plan de nos sociétés et des droits humains. Merci monsieur DVillepin. Il nous reste entre 15 et 20 minutes maximum pour prendre un maximum de trois questions. Donc si vous voulez s'il y a d'autres questions pour monsieur de de Ville. Alors bonjour monsieur de Villepin. Euh je me présente, c'est Fatma Zahra. Je suis chercheuse en droit économique, spécialement le la gestion des crises financières et budgétaires par les États-membres de l'Union européenne.

Euh merci pour votre intervention, c'était très riche et du coup vous avez parlé de la souveraineté des États, le fait qu'ils doivent se défendre, ils doivent se protéger. Et ma question est la suivante : comment les États peuvent concilier entre la souveraineté nationale et l'interdépendance mondiale, surtout dans un contexte écon géopolitique marqué de tension ? Merci. Alors, c'est évidemment une question difficile pour tous les États. La question du partage de coopération entre les États pose la question de la souveraineté. Je prends un exemple historique récent.

Euh vous avez encore en France et et dans des ponts importants de la société beaucoup de réticence à l'évolution de l'Union européenne. Considérant que nous devrions et beaucoup de de partis politiques se battent sur cette ligne, nous devrions davantage rapatrier un certain nombre de domaines de responsabilité de l'Union européenne pour que nos nations, chacune de nos nations, la nation française puisse retrouver de la souveraineté et de la responsabilité propre. Nous sommes devant un défi sur le plan historique. La souveraineté des États, elle est très grande dans des domaines spécifiques.

La responsabilité démocratique, les questions de sécurité intérieure et il y a par contre des domaines où cette souveraineté, elle s'ouvre pour les pays européens à la souveraineté européenne. l'agriculture, les grandes politiques les grandes politiques européennes et il y a des domaines où nous cherchons à renforcer nos solidarité. C'est le cas par exemple des questions d'asile et de migration où il y a un nouveau package qui est en voie d'adoption qui prévoit de nouvelles réglementations qui nous permettront de faire face à ces enjeux. Toute la complexité, c'est de faire la ligne de partage idéale entre la souveraineté des États et la souveraineté européenne.

Le principe fondamental sur lequel nous français nous avons vécu, c'est l'idée que partout où notre souveraineté peut s'exercer entièrement, il faut l'exercer. Mais par contre, là où notre souveraineté n'est pas susceptible d'être efficace, crédible ou suffisante, et bien il faut accepter que l'Europe puisse apporter sa contribution. C'est un principe très clair qui est celui de la subsidiarité. Tout ce qu'on peut faire nous-même, on le fait. tout ce qu'on ne peut pas faire et qui peut être fait mieux et plus efficacement par le biais de l'Union européenne, et bien l'Union européenne, elle doit être mobilisée.

par exemple question de défense, l'essentiel de la souveraineté aujourd'hui est exercé par les États, mais on constate qu'il y a un effort supplémentaire à faire si on veut être crédible par rapport à un certain de menaces et donc se pose la question de savoir si à l'échelle de l'Union européenne, il faudrait pas être capable de franchir une étape supplémentaire. C'est pareil dans le domaine énergétique, souveraineté des États. Mais est-ce que nous n'aurions pas intérêt à partager un certain nombre de capacités, notamment être capable de partager la responsabilité de la fixation des prix ?

Ce qui nous permettrait par le fait que nous sommes plus forts si nous sommes à 27, nous aurions une capacité de négociation plus grande par rapport aux états producteurs. Donc mettre en mutualiser nos nos tâches et nos nos stratégies de façon à en tirer partie. Donc cet arbitrage, il doit constamment être fait. Général de Gaulle avait une formule qui permettait par un petit tour de magie de concilier les deux. Il disait euh l'Europe défense sa souveraineté mais non le la France défense sa souveraineté mais l'Europe c'est en quelque sorte notre levier d'Archimède c'est-à-dire par la poussée par la poussée on peut agrandir cette souveraineté.

Donc en gros l'Europe nous apporte une souveraineté que nous n'aurions pas si nous restions tout seul. Donc là, on cumule souverainetés, mais c'est vrai qu'aujourd'hui, il y a un autre regard porté par les États-nations qui est celui de constater qu'il y a trop de règles, trop de règles européennes qui décident dans trop de domaines où il ne devrait pas compliquer la vie des gens. Et donc la tentation, c'est de se dire arrêtons de faire en sorte que l'Europe se mêle de tout. Arrêtons de faire en sorte que la souveraineté européenne ne prenne de plus en plus d'importance et redéfinissons la responsabilité de chacun à chaque étape.

C'est vrai à l'échelle de la souveraineté des nations, c'est vrai aussi à l'intérieur de chacune des nations. Nous, on a un grand problème en France qui est l'organisation territoriale. On a des communes, on a des intercommunalités, on a des départements, on a des régions, personne ne s'y retrouve. Est-ce qu'il ne faut pas que cette responsabilité territoriale, ce qu'on appelle le mil feuille territorial, ne soit pas clarifié de façon à avoir moins d'acteurs, moins d'interlocuteurs, simplifier et faire en sorte de mieux savoir qui fait quoi. Alors qu'aujourd'hui, on a le sentiment que tout le monde se mêle de tout.

Voilà aussi un enjeu d'efficacité de la souveraineté de chacun des acteurs qui se posent de la même façon. Donc nous sommes dans un moment où il faut chercher à être plus efficace, plus démocratique aussi parce que si vous savez qui est responsable et bien la responsabilité s'exercera mieux. Donc c'est un grand enjeu pour les pour les sociétés aujourd'hui. Alors une question suivante. Euh bonjour monsieur Dominique, je me présente l'analemi bancaire et créatrice de contenu économique. Merci pour cette masterclass riche et très inspirante. Alors concernant ma question, j'aimerais savoir quel impact économique et géopolitique peuvent décoller des droits de douan imposés par les États ?

Alors, c'est un une vraie question qui n'est pas encore complètement réglée compte tenu de la complexité de des mécanismes. Euh les Américains ont mis en place les droits de douan un peu partout dans le monde avec une cohérence qui échappe à peu près à tout le monde. Pourquoi taxer les produits venant du les auto ? Il y a des il y a des choses extravagantes. Mais enfin bon, ils ont fait ce choix. Quelle était l'idée des Américains ? L'idée des Américains, c'est de financer par les droits de douane le développement de l'économie américaine et progressivement de pouvoir même imaginer supprimer tout impôt aux États-Unis.

Les Américains ne payeraient pas d'impôts mais feraient payer des impôts aux pays du monde, aux États du monde. Voyez en apparence, voilà une formule qui paraît une vraie formule magique. C'est très séduisant. Vous êtes la première puissance mondiale, vous faites payer les autres et vous épargnez de toute responsabilité dans ce domaine vos propres citoyens. Si c'était aussi facile, ce serait formidable. Mais qu'est-ce qu'on constate ? Si vous augmentez les droits de douane, qui paye l'addition à la fin ? Est-ce que c'est le pays d'origine des produits ? Vous taxez la Tunisie ?

Est-ce que c'est les Tunisiens qui vont payer plus cher et perdre au bout du chemin ou est-ce que c'est le consommateur américain qui va finalement payer l'adition parce que les produits qu'il va acheter vont coûter plus cher. Au bout du compte, on se rend compte que c'est le consommateur qui paye le produit. Et donc taxer l'État au départ d'un produit, c'est ajouter une charge supplémentaire aux pays qui achètent. Et cela se voit aujourd'hui aux États-Unis avec une accélération de l'inflation. Les Américains tout à coup, ils ont découvert que le prix des œufs, vous savez, les Américains, ils mangent des œufs tous les jours hein et omelette, c'est de tr le matin, les œufs ont explosé.

Le prix vertig, le café le prix du café. Les Américains, ils s'arrêtent au Starbucks en allant au bureau et ils partent avec un café géant. Mais le prix là aussi explosé. Donc tous les Américains sont rendus compte que les droits de douanes à la fin c'est eux qui les payaient. Et le résultat c'est que Donald Trump très discrètement il y a quelques semaines a baissé un certain nombre de droits de douanes avec l'espoir que tout ceci ne se voit pas trop. Mais quel est le risque pour les États-Unis ? Le risque pour les États-Unis, c'est qu'ils entrent dans dans un schéma d'augmentation de l'inflation et puis parce que les produits vont devenir plus chers de décroissance.

Et donc le risque c'est la stackflation, la stagnation de l'économie et une augmentation de l'inflation de l'autre côté parce que les États ne restent pas sans réagir. Et il y a un cas d'école qui est le seul véritablement qui a illustré le problème auquel se confrontent les États-Unis, c'est que le pays que les États-Unis voulaient viser le plus, c'est la Chine. Et dans un premier temps, ils ont voulu mettre 50 % de droit à la Chine. Puis après, parce que la Chine réagissait mal, ils ont voulu mettre 100 % 120 %. Qu'a fait la Chine ? La Chine, elle a dans la main une production qui n'existe quasiment pas ailleurs, ni en terme de production, ni en terme de transformation de cette production.

C'est ce qu'on appelle les terres rares. Les terres rares, on en a tous dans nos iPhones. Tous les produits technologiques aujourd'hui utilisent des terres rares et la Chine n'est pas tant producteur de terres rares que premier transformateur 90 % des terres rares dans le monde sont transformés par la Chine. Ça demande beaucoup d'eau, beaucoup de savoir-faire. C'est très polluant mais c'est la Chine qui a pris l'ascendant sur ce marché. La Chine a dit "Bah très bien, plus de terre rare." Et là, tout à coup, l'économie américaine s'est retrouvée dans l'immense difficulté d'un énorme goulot d'étranglement qui est bah si pas d'accès au terre rare, ben pas d'iPhone, pas de voiture électrique.

Première expérience malheureuse pour Donald Trump. Ce qui a conduit lors de la rencontre au sommet de la PEC à Busan entre Donald Trump et Sijiping. Les États-Unis ont fait machine arrière. Deuxème machine arrière prévisible sur les puces. Les puces électroniques, vous le savez, sont de plus en plus petites parce qu'il y a une une compétition pour la gravure de ces puces de plus en plus fines et la technologie est essentiellement dans la main des taïwanais, c'est TSMC, quelques autres entreprises qui est championne dans ce domaine.

et les États-Unis bien sûr ont tordu le bras de TSMC qui a dû construire des usines aux États-Unis et donc les États-Unis cherchent à acquérir ce savoir-faire qui est si spécifique dans ce domaine des puces. Et il y a une puce fabriquée par la grande société américaine Nvidia. Nvidia fabrique des puces toutes petites et en particulier la puce H200. Et donc les États-Unis ont décidé que la puce H200 et ben bien évidemment elle devrait être vendue en nombre limité et pas aux Chinois. Qu'est-ce qu'on fait les Chinois ? Les Chinois bah ils ont tout simplement dit interdiction d'achat de puce H200 pour le territoire chinois. C'estàd même ce queon pourrait acheter, on va pas l'acheter.

Et euh non seulement on va pas l'acheter, mais on va forcer nos entreprise à accélérer la recherche pour faire mieux que les Américains et faire des puces encore de meilleure qualité. Et donc ils ont donné des instructions et quand les Chinois donnent des instructions, en général c'est suivi des faits. Ils ont donné des instructions à Huawei, toutes les grandes entreprises chinoises de rattraper le retard vite. Et donc les Américains se retrouvent avec une puce H200 mais ils n'ont pas euh les débouchés et donc c'est une perte de milliards et de milliards de dollars pour Nvidia.

Or Nvidia dans la course à l'intelligence artificielle est pris dans une logique effrainée de besoins de financement. Nvidia a comme ça conclu un accord avec Open AI où Open AI fait l'objet de participation très importante de Nvidia parce que Open AI a besoin de financement pour chat GPT et cetera pour développer les nouveaux logiciels. Et donc il y a un échange croisé où Open AI achète toute une série de puces Nvidia et donc il y a des circuits croisés de financement à l'intérieur des entreprises dans le même secteur de l'intelligence artificielle.

Ce qui risque de constituer une bulle dans le domaine de l'IA qui si elle explose sera une véritable catastrophe parce ça montrera que toutes ces entreprises sont construites sur du sable. Il y a eu une bulle internet, vous vous en rappelez pas, mais à la fin des années 90. Et aujourd'hui, le risque c'est qu'il y ait une nouvelle bulle intelligence artificielle. Or ces ruptures de marché, ces ruptures géopolitiques, cette politique des droits de douane totalement incohérente, elle enlève de la prévisibilité aux grandes entreprises et elle risque à un moment donné de les placer au pied du mur devant de grosses difficultés financières.

Et nous sommes donc devant un mur, des murs, mur de la dette, mur technologique, mur géopolitique qui peuvent tout à coup conduire à des ruptures économiques tout à fait considérables, par le biais, vous le voyez, au départ d'une petite folie commerciale et si on augmentait les droits de douane pour tous les pays de la planète. On ne touche pas à des grands équilibres. C'est comme le corps humain, vous pouvez pas faire n'importe quoi. Vous pouvez décider que vous ferez beaucoup de sport, que tous les jours vous courrez 100 km, bah au bout de de 15 jours, vous constaterez que votre corps commence à brinballer.

Vous pouvez décider de pas faire de sport du tout et vous verrez votre taux de cholestérol monter. Tout ça nécessite de respecter des équilibres. Nous sommes des organismes qui doivent être équilibrés et donc il faut bien se nourrir, beaucoup dormir, faire en sorte de pas fumer, de pas boire et cetera et cetera. Ça donne un équilibre global. Et bien c'est pareil pour les organismes économiques et la clé du monde c'est la stabilité et la prévisibilité. Vous voyez, on a passé un budget nous en France il y a 2 jours qui a été très très critiqué. le budget social, ce qu'on appelle le projet de loi de finance pour la sécurité sociale.

L'enjeu c'était, est-ce qu'il vaut mieux pour un pays comme la France adopter un budget, même si on considère qu'il n'est pas bon parce que il augmente par trop les déficits, ou est-ce qu'il vaut mieux prendre le risque de ne pas avoir de budget ? Et bien, l'Assemblée nationale a décidé qu'au bout du compte, il vait mieux avoir un mauvais budget que pas de budget du tout. Et ben voilà, voilà les choix du monde. C'est comme ça que les questions se posent dans notre monde. Il y a pas forcément de bonnes solutions, mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a de plus mauvaises solutions. Et plutôt que de choisir les mauvaises solutions, bah il faut choisir les moins mauvaises.

Voilà le luxe qui nous est donné. Merci monsieur. Nous passons à la dernière question. Bonjour monsieur le premier ministre. Je m'appelle R Si. Je suis une élève du lycée Pierrem Mandz France et merci. Et je représente aujourd'hui la section AGGSP dont une partie qui n'a malheureusement pas eu la chance de venir assister à votre conférence. Ma question est donc la suivante : dans un monde contrôlé voire verrouillé par les États dans un contexte de multilatéralisme déclinant. Pensez-vous que la jeunesse peut peser utilement et être optimiste ? Son activité dans la sphère numérique est-elle une chance pour la paix ou au contraire la source d'un risque accru de monter aux extrêmes ?

Alors je pense et merci pour la détermination avec laquelle vous posez votre question. Je pense que malheureusement on ne peut pas aujourd'hui être d'un optimisme BA. Pourquoi ? Il y a des choses qui ne changent pas dans l'histoire de l'humanité. Et ce qui ne change pas et de ce point de vue-là, je pense qu'il faut plutôt considérer que c'est une bonne chose, c'est que tout part de nos consciences individuelles. Il y a l'évolution d'une société, il y a les risques d'une époque. Nous ne sommes pas maîtres de l'aggravation de la situation écologique de la planète. Nous ne sommes pas maîtres du risque géopolitique. Nous ne sommes pas maître de l'évolution du commerce international.

Nous ne sommes pas maîtres euh des euh nouvelles données euh financières, mais nous sommes maître d'une chose, c'est la façon dont nous situons par rapport à l'ensemble de ces enjeux. notre responsabilité individuelle, notre liberté individuelle, notre capacité à choisir nos vies. Ça c'est quelque chose que nous avons chacune et chacun dans nos mains. Vous à l'âge qui est le vôtre, vous avez le choix d'une culture, vous avez le choix d'un lieu. J'habiterais à Sous ou j'habiterai à Tunis ou j'habiterai quelque part ailleurs. Vous avez le choix euh de la façon dont vous vous situez par rapport à vos amis. Vous avez le choix de votre emploi du temps.

Vous avez le choix de la culture que vous souhaitez avoir, des lectures que vous souhaitez faire, de la façon dont vous voulez construire votre journée. Vous pouvez vous lever le matin et faire comme moi un footing 8 9 10 km où vous pouvez ne jamais faire de sport. C'est un choix. Tous ces choix, ils ont des conséquences dans la façon dont vous allez vous situer par rapport au monde. Se situer, ça veut dire quoi ? Ça veut dire se situer par rapport aux autres, par rapport à votre famille, par rapport à vos amis, par rapport à votre milieu professionnel, par rapport à vos écoles, par rapport aux objectifs que vous vous donnez. Tout ça c'est pas simple.

Et je le disais tout à l'heure aux jeunes qui m'intervieaient. C'est pour ça que je ne me sépare jamais d'un petit cahier de moleskin noir. Et depuis des décennies, tous les jours, je me promène avec ce carnet et je remplis ce carnet soit de choses que j'apprends, soit de choses que je lis, soit de questions que je me pose. Et j'essaie chaque jour de faire mieux le soir en faisant le bilan de ma journée. Tout tout dans nos vies nous pousse à nous laisser flotter. dans le quotidien des jours, on se couche le soir, on enchaîne déjà la journée de demain et puis on est sous la pression d'un examen qui arrive dans 15 jours. Nos vies ne nous appartiennent plus.

Une des une des caractéristiques du monde technologique et du numérique, c'est que la liberté que nous avions avant et que j'ai connu moi très fortement qui était la liberté de s'ennuyer, la liberté de ne pas savoir quoi faire, même ça vous est enlevé parce qu'il y a toujours un programme sur Netflix, il y a toujours quelque chose à scroller sur TikTok, il y a toujours votre regard qui est attiré par quelque chose, aimanté et tout Ça vous enlève de la liberté, vous enlève de l'indépendance personnelle, humaine. Donc le défi que nous avons tous, c'est à nous réapproprier nos vies. Votre vie que vous ayez 18 ans, 20 ans, 22 ans, elle vous appartient. C'est un choix que vous ferez.

Non pas queun professeur ou que quelqu'un vous aura dit bah tu seras dans le secteur informatique ou tu seras dans le secteur commercial ou alors tu es nul. ce que j'ai moi entendu quand j'avais 14 ans. Tu es nul de toute façon bah fais ce que tu peux et c'est vous qui déterminez. Non, ça se passera pas comme ça. C'est moi qui vais décider et je vais donner me donner les moyens de décider. Donc cette liberté, vous devez encore plus vous battre que je n'ai eu à me battre ou que ma génération a eu à se battre parce que tout dans l'ordre du numérique, dans l'ordre du technologique vous enlève de la capacité de choix.

Donc aujourd'hui, il faut s'obliger euh se donner des armes, se donner des moyens pour exister individuellement. Je donne un exemple qui me frappe beaucoup. Quand vous allez aujourd'hui au restaurant, où que ce soit dans le monde, la plupart des gens ne se parlent pas. La plupart des gens, y compris les amoureux, ne se parlent pas. Ils sont sur leurs réseaux sociaux. Et bien, je suis désolé, d'abord c'est très mauvais. pour la santé de regarder la télévision ou de regarder son portable.

Pour bien digérer, si vous voulez véritablement digérer sainement, et bien il faut parler, partager, il faut relâcher le diapra, il faut relâcher toutes les tensions du ventre et donc le dialogue, l'échange, ça c'est bon pour la santé. Vous mangez, vous parlez. Des choses aussi simples de l'hygiène de vie font que vous allez regagner de la capacité à avoir du temps pour vous poser la question est-ce que j'ai bien fait tel devoir ? Est-ce que j'ai bien pris telle décision ? et ne pas subir.

Le choix aujourd'hui, c'est soit subir en prenant l'autoroute de la vie, autoroute technologique, autoroute de la vie qu'on a choisi pour vous ou est-ce que vous allez vous-même choisir de qui vous voulez être, quelle personne vous voulez être ? Et le risque c'est de se laisser guider par les technologies mais aussi par ses passions et pas forcément les bonnes passion. On a tendance bah tous à se mettre en colère, à être irritable, à dire des choses qu'on ne pense pas à sa famille, à ses amis ou à d'autres. Et bien être capable régulièrement de revenir sur cela, de faire le point sur cela pour choisir la personne qu'on veut être.

le métier, la personne, le milieu, le pays, le destin, tout cela se construit, c'est dans vos mains. Mais malheureusement, souvent cette au moment où la vie se termine qu'on se rend compte qu'on a laissé filer beaucoup de sa souveraineté. La souveraineté, elle n'existe pas. C'est ce que je défends dans mon dernier livre. Elle existe bien sûr pour les États. Souveraineté des États, elle existe pour les régions, souveraineté à l'échelle de l'Union européenne. Mais la souveraineté intérieure, elle existe aussi comme le dit très bien quelqu'un qu'on pas citer parce qu'il est très très à gauche qui s'appelait Bakounin.

Nous sommes nos maîtres, c'est nous qui décidons de nos vies et c'est quelque chose que l'on a tendance trop souvent à oublier. Merci. Je vous remercie monsieur Dominique de Villepin. Par contre, j'invite monsieur le ministre Yazid Sbac pour dire un petit mot. Applaudissez monsieur Yazit. Écoutez, merci. Moi, je j'écoute et j'entends souvent Dominique de Villepin à Paris et dans toutes ces interventions et je pense qu'il était important et judicieux au moment présent qu'il puisse directement aujourd'hui euh vous, c'est plus qu'une bonne parole, mais en tout cas vous vous décrire le monde tel qu'il le perçoit.

C'est un homme d'expérience, c'est un homme courageux et euh je retiens deux choses. Bien sûr, il vient de il vient de décrire le monde complexe dans lequel on vit d'une part. Deuxièmement, il a il a décrit le l'interdépendance dans laquelle se trouve le Maghreb où il y a 100 millions d'habitants versus versus l'Europe. La fois du voisinage, on a l'histoire commune, on a des intérêts communs, des conflits. Euh tout ceci va peser. C'est un c'est un tournant dans le désordre mondial aujourd'hui. Mais il a également parlé de diaspora. Moi je pense qu' est une c'est une donnée extrêmement importante dont on n pas tenu compte beaucoup ces temps-ci.

Vous avez des contacts en France, vous êtes en France, il va falloir s'exprimer et il est important que vous vous preniez la parole et vous participez au débat public en France qui est de qui a qui qui a pas ce niveau. Vous le constatez quand vous quand vous les écoutez les hommes politiques français. euh ils n'ont pas ce ce niveau, cette pénétration, cette connaissance des des des données mondiales telles qu'elle se présente aujourd'hui. En tout cas, sachez que euh je pense m'exprimer exprimer sa pensée, je pense que la le poids du diaspora va être extrêmement important.

vous êtes tourné on nous sommes une composante importante de la société européenne méditerranéenne et puis je dirais on est produit de cette mixité entre le Maghreb et et l'Europe. Voilà. Merci. Merci à vous monsieur Yazid. Nous arrivons enfin à la fin de notre masterclass pour aujourd'hui. Nous étions avec monsieur Dominique de Villepin. Bienvenue monsieur encore une fois, ancien premier ministre de la République française. Euh nous vous remercions pour votre intervention assez enrissante et pour les informations que vous avez pu nous. Je faire mieux la prochaine fois. Alors j'invite tout le monde. Merci bien à vous aussi de d'avoir participé.

Euh je vous demande de faire une photo collective tout le monde si vous permettez et puis vous pouvez passer à la pause café euh juste dehors. Merci beaucoup encore une fois.