Raphaël Glucksmann : "Les Verts, le PS, dans leur forme actuelle, sont tous appelés à mourir"
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Toujours divisé, la gauche fait sa rentrée politique, les universités d'été d'Europe Écologie Les Verts, la France Insoumise, le Parti Socialiste et le Parti Communiste se tiennent ce week-end. Raphaël Glucksmann est l'invité du grand entretien de France Inter. Bonjour. Bonjour. Député européen, tête de la liste socialiste place publique qui a obtenu aux élections européennes 6,1% en mai dernier. Une des routes sans précédent des socialistes lors d'un scrutin européen pour remonter la pente à gauche. Quelle stratégie voulez-vous, Raphaël Glucksmann, en cette rentrée 2019 ?
La stratégie, c'est clairement le rassemblement. Il y a eu un échec aux européennes qui était la division, l'éparpillement des listes. J'ai participé à des débats surréalistes où en gros on disait tous à 5, nous voulons une Europe plus démocratique, plus sociale, plus écologique. Non, non, nous voulons une Europe plus écologique, plus sociale, plus démocratique. Et à la fin, ces scores divisés ne permettent pas de peser sur les orientations que prend notre pays ou que prend l'Europe.
Mais alors comment surmonter ces divisions ?
Mais la bonne nouvelle de ces européennes, c'est qu'il y a 30%, il y a presque un tiers des Françaises et des Français qui veulent une alternative sociale et écologique. C'est la fin d'une forme de mystification, celle d'Emmanuel Macron et de son progressisme pseudo-conciliable avec des idéaux humanistes. C'est la fin, en fait, de cette illusion du ni droite ni gauche. Il y a aujourd'hui une attente pour qu'il y ait une alternative sociale et écologique, pour que face aux nationalistes et face aux libéraux, il y ait une proposition forte.
Mais pour ça, pour ça, il faut dépasser les structures existantes, il faut dépasser les appareils existants, il faut dépasser le morcellement de cette offre politique. On sait très bien que sur le fond, jamais les positions à gauche ont été aussi proches. La conversion, en fait, de toute l'ancienne gauche productiviste à un logiciel écolo, eh bien, ça permet ce rassemblement. Mais vous dites qu'il faut dépasser. De quelle façon ? Eh bien, la seule solution pour proposer une alternative à Emmanuel Macron, c'est de dissoudre, de dépasser les partis politiques qui existaient avant Emmanuel Macron.
L'alternative, elle ne viendra que d'un mouvement qui rassemble la tradition de la social-démocratie et l'émergence du logiciel écologiste. C'est la seule manière de procéder. Moi, je ne pense pas, par exemple, que les Françaises et les Français, face à Emmanuel Macron, déçus, décideront de revenir à avant Emmanuel Macron. Il n'y a rien qui préexistait à Emmanuel Macron qui pourra battre Emmanuel Macron et proposer quelque chose d'intéressant, d'enthousiasmant pour 2022. Donc, ce qu'il va falloir faire, c'est dépasser ces structures partisanes.
Ça ne veut pas dire qu'elles devront s'effacer complètement, mais ça veut dire que cette logique-là, d'où les verts sont d'un côté, les socialistes de l'autre, la France insoumise fait son bonhomme de chemin dans son coin, toutes ces logiques-là, elles devront être dépassées. Ou alors, on sait déjà que le scénario, il est écrit. Ce sera Marine Le Pen face à Emmanuel Macron en 2022.
Mais vous voulez créer un nouveau parti, un nouveau mouvement qui rassemblerait tous ces anciens partis que vous évoquez ?
Un mouvement qui dépasse ces anciens partis, oui, bien sûr. C'est ce qu'il va falloir faire. Il faudra qu'il n'y ait qu'une seule offre. C'est la seule manière de procéder. Sinon, on sait déjà que ça va conduire au mur. On le sait. Et c'est notre responsabilité historique. Quand on explique qu'il y a dix ans ou moins de dix ans pour sauver notre monde, quand on explique que la crise sociale atteint un niveau sans précédent à travers tout l'Occident, quand on voit à quel point les démocraties sont malades, il faut, à mon avis, quelque chose de plus que simplement des universités d'été morcelées de chaque parti politique à gauche.
Alors, vous le savez, le parti Europe Écologie-Les Verts a obtenu un assez beau succès aux élections européennes, 13%. Et aujourd'hui, le parti Europe Écologie-Les Verts veut que la gauche se reconstruise autour de lui. Est-ce que vous êtes d'accord ? Est-ce que ce serait pour vous un bon point de départ pour créer ce nouveau mouvement à gauche ?
Ce qui est certain, c'est que la gauche va se reconstruire autour du logiciel écologiste. Que le grand récit de transformation sociale, c'est le récit de l'écologie politique. Que la vieille social-démocratie productiviste est morte. Et c'est le cas à travers toute l'Europe. Aujourd'hui, c'est le récit écologique, c'est le récit de la transformation écologique. Donc, ils sont parfaitement légitimes. Mais non ! Si je vous écoute. Moi, je pense que les Verts, l'EPS, dans leur forme actuelle, sont tous appelés à mourir. Mais au-delà de cela, les écolos ont raison. Il faut que ça se fasse sur le logiciel de la transformation écologique.
Mais ça suppose une révolution culturelle, bien sûr, chez les sociodémocrates, qui doivent abandonner leur vieux productivisme, et ils sont en train de le faire. Ça suppose aussi une révolution culturelle chez les écologistes. L'écologie politique, c'est né comme une contre-culture. Comme quelque chose qui avait une méfiance quasi radicale et intrinsèque vis-à-vis de la puissance publique. Aujourd'hui, s'il faut gouverner de manière écologiste, s'il faut transformer nos sociétés dans un sens écologiste, ça suppose une réhabilitation de cette puissance publique.
Ça suppose de passer d'une logique de contre-culture à une logique, justement, qui embrasse une réhabilitation de la puissance publique face aux intérêts privés, de l'idée républicaine face au particularisme. Ça suppose, en fait, une révolution culturelle commune à toute la gauche.
Yannick Jadot est-il aujourd'hui le candidat le mieux placé, selon vous, pour représenter vos idées, cette union à gauche lors de la présidentielle de 2022 ?
Moi, j'ai aucun problème avec Yannick Jadot. Je pense que l'homme, ou la femme d'ailleurs, qui arrivera à transcender, d'abord sur le plan des idées, du discours, du récit, les blocages de la gauche telle qu'on la connaît, ce sera la personne qui fera soutenir en 2022. Si c'est Yannick Jadot, c'est très bien que ce soit Yannick Jadot. Moi, j'ai aucun problème. Mon seul désir, mon seul but, là, c'est de faire en sorte qu'il y ait une candidature enthousiasmante en 2022 qui sera capable de fédérer cet espace politique qui existe. Car, encore une fois, il y avait un doute.
Les commentateurs, quand on écoutait la radio, expliquaient que Macron avait tué la gauche, qu'il avait finalement privé d'oxygène, l'idée même d'une opposition progressiste à sa politique. Et on s'est rendu compte au moment des Européennes que non, désormais, Emmanuel Macron, c'est le président de la droite, que c'est la droite sociologiquement, politiquement, culturellement qui en fait son chef. Elle a totalement raison, puisqu'il mène une politique plus à droite que ses prédécesseurs de droite. Mais, fondamentalement, il y a un espace qui existe à gauche. Et si c'est Yannick Jadot qui l'inquiète, tant mieux que ce soit Yannick Jadot.
Vous allez participer aux universités d'été d'Europe Écologie des Verts, aux universités d'été des socialistes. Vous irez voir aussi l'université d'été de la France Insoumise ou des communistes ?
Je n'ai pas encore la capacité d'hologramme. Donc, ça va être compliqué.
Ça va se dérouler sur plusieurs jours.
Voilà, mais moi, je vais aller tout à l'heure parler à l'université d'été des Verts, puis à La Rochelle au Parti Socialiste. Moi, je vais développer le même message. Finalement, on est d'accord sur le fond désormais. C'est ça, la grande nouveauté. C'est qu'avant, il pouvait y avoir un débat extrêmement profond, puisque l'écologie apportait quelque chose que la social-démocratie productiviste refusait, a priori, qui est la fin du culte de la croissance, la préoccupation environnementale, la préoccupation de la biodiversité. Et tout ça, c'est fini, c'est résolu. Donc, on est d'accord sur le fond aujourd'hui. Et ça s'est senti, moi, je veux dire, je peux vous faire part aujourd'hui.
Ça ne se fait pas pendant une campagne électorale, mais d'une forme de malaise que moi, j'ai ressenti dans tous ces débats où Benoît Hamon, Yannick Jadot, moi-même, Yann Brossat souvent, Benoît Aubry, répétait finalement la même chose dans les débats à plusieurs. Et ça, ce spectacle-là, il faut se promettre qu'on ne le recommencera pas. Et donc, il y a une forme de responsabilité commune. Et cette responsabilité, c'est celle de trouver les moyens d'obtenir une seule offre politique sur cet espace.
David Cormand, le secrétaire national d'Europe Écologie, Les Verts, disait hier dans Le Monde, il s'agit désormais d'établir, dans la justice, une société de sobriété. Et comment l'imaginez-vous, cette société, Raphaël Lusman ?
Ben, c'est une société, finalement, qui réhabilite la notion de limite. Il y a eu une forme de dérèglement. C'est le triomphe de l'idéologie néolibérale dans les années 80, où on a pensé qu'on pouvait avoir toujours plus, que finalement, ceux qui étaient les plus riches pouvaient sortir de l'espace commun. Et l'écologie, qui n'est pas justement une idéologie libérale, libertaire, comme on a pu le penser pendant trop longtemps, l'écologie, c'est au fait la réhabilitation de l'idée de limitation du désir privé par la puissance publique. C'est le retour de l'idée républicaine, finalement, l'écologie.
Et donc, ce qu'on imagine comme société, c'est une société où, eh bien oui, ceux qui ont trop vont devoir rendre plus au commun, que c'est une société où, finalement, ceux qui prennent l'avion pour partir en week-end à Barcelone ne le feront plus, ou alors le payeront très cher. C'est une société où, eh bien, les gestions collectives des biens communs s'imposeront face aux gestions privées. C'est une société qui reviendra sur les privatisations. C'est une société, par exemple, qui ne privatise pas ses aéroports.
C'est une société où, finalement, on a réhabilité ce qui a été la grande débâcle des 40 dernières années, c'est-à-dire l'idée que le collectif, le peuple, l'Assemblée, l'État, la cité, eh bien, a son mot à dire sur le destin commun. C'est donc une société du retour, aussi, d'une forme de contrainte. Il ne faut pas avoir peur de le dire, d'une forme de contrainte collective qui s'exerce sur les désirs et les libertés individuelles.
Si je vous comprends bien, les partis de gauche sont d'accord sur l'essentiel, ils doivent s'unir. Est-ce que cette union doit démarrer avec les municipales en 2020 ?
J'espère que oui. Moi, je ferai tout pour que ce soit le cas. Mais simplement, ce qu'il faut garder en tête, c'est qu'on a, à partir d'aujourd'hui, un an et demi pour, en gros, poser les conditions d'une seule candidature en 2022. À l'échelle locale, il y a déjà des majorités qui fonctionnent. Il y a déjà des coalitions qui se sont forgées et des villes qui sont gouvernées d'une manière sociale et écologique. Mais, à l'échelle de la nation française, il y a encore une immense suspicion vis-à-vis tant des socialistes que des écolos sur une forme d'incapacité à se hisser au niveau d'une élection présidentielle, une incapacité à prendre en main les destins d'une nation comme la France.
Et c'est à ça qu'il va falloir répondre. Et donc, il y a plein de sujets, surtout, qu'il va falloir aborder, et que la gauche, jusqu'ici, n'aborde pas vraiment la sécurité, la laïcité, la question, eh bien, du destin commun d'une nation. Tout ça, c'est des questions qui posent problème dans notre logiciel politique et qu'il va falloir prendre à bras le corps.
Vous pourriez être ce candidat en 2022 ?
Non, je pense sincèrement que non. Je pense que, par contre, j'ai un rôle, justement, pour essayer de fédérer ça.
Valéry Trier-Vailer, dans un livre qui paraîtra en septembre, écrit que François Hollande rêve de revanche et veut de nouveau se placer dans la course à la présidentielle. Votre réaction ?
Je ne sais pas, je n'ai pas lu son livre. Ce sont des extraits qui ont été publiés
par l'agence France-Presse.
Moi, je répète ce que j'ai dit. Je pense que rien de ce qui a préexisté à Emmanuel Macron ou de ce qui précédait Emmanuel Macron et de ce qui a permis Emmanuel Macron sera l'alternative face à Emmanuel Macron. Ça, j'en suis absolument convaincu. Vous savez, ce n'est pas un magicien, Emmanuel Macron. S'il est arrivé et qu'il a cassé ce tic-tac gauche-droite qui rythmait la politique française depuis des décennies, ce n'est pas parce qu'il est magique. C'est parce que ça ne fonctionnait pas. Donc, ce n'est pas un retour à avant Macron qu'on va proposer.
Ça doit être une projection justement dans le Nouveau Monde en expliquant « Mais, monsieur, vous qui menez des politiques qui sont héritées des années 80, vous n'êtes pas le Nouveau Monde. L'alternative, c'est quelque chose de radicalement neuf. »
Souhaitez-vous que le mouvement des Gilets jaunes reparte en force là, à la rentrée ?
Ce que je souhaite, moi, c'est qu'on réponde enfin aux fractures et dont Emmanuel Macron n'est pas le seul responsable du tout, aux fractures qui ont projeté les Gilets jaunes sur le devant de la scène et aujourd'hui, le mouvement s'est essoufflé. Mais ce qui a suscité ce mouvement n'est absolument pas dépassé. La France reste un pays éclaté, fracturé, plus que jamais. Et il va falloir répondre à ça. Vous savez qu'on a une nouvelle. On est le champion d'Europe du versement de dividendes aux actionnaires.
Et on essaye de nous faire croire qu'on est un pays dans lequel les riches étouffent sous la pression fiscale, dans lequel, finalement, on ne laisse plus les gens profiter de l'argent qu'ils ont amassé. Eh bien, c'est complètement faux. On est le champion d'Europe du versement de dividendes aux actionnaires. Et donc, il y a quelque chose de profondément injuste qui va falloir changer. Sinon, on aura des Gilets jaunes à répétition.
Au standard de France Inter, des questions pour vous, Raphaël Glucksmann. Jérémy est avec nous. Bonjour, Jérémy. Bonjour. Bonjour. Raphaël Glucksmann, député européen, vous écoute.
Bonjour. Je vous ai entendu parler du modèle économique de l'écologie. Je trouvais ça très intéressant. Ma question portait sur, justement, ce modèle économique qui est le capitalisme. Vous avez appelé le néolibéralisme, mais je pense que c'est bien aussi de revenir un peu à la racine des mots. Donc, le capitalisme qui est l'accumulation infinie de richesses dans un monde fini qui est impossible, c'est ça qui nous a amené, je pense, à la crise écologique. Est-ce que vous arrivez à vous définir comme anticapitaliste et prêt à prendre des mesures radicales pour sortir de ce modèle économique qui nous amène droit dans le mur ? La première question, c'est celle-ci.
La deuxième qui est en rapport aussi. Qu'est-ce que vous pensez des mouvements sociaux ? On a parlé des Gilets jaunes, mais il y a un autre mouvement social qui monte aussi. C'est un mouvement, on va dire, intermondialiste avec des mouvements de désobéissance civile qui, face à l'inaction politique, se disent, voilà, c'est maintenant qu'il faut agir. On nous le dit, ça peut être plusieurs choses, des boycotts, des blocages pour essayer de reprendre la main face à cette urgence-là.
Raphaël Lussmann, anticapitaliste ? Ce qui est sûr, c'est que le culte du profit, le capitalisme sans frein, eh bien, c'est évidemment ce qui mène au désastre écologique et d'ailleurs à l'explosion sociale puisque c'est la même politique qui produit les deux. Et donc, il faut impérativement imposer des limites à l'économie de marché, rétablir en fait des limites puisque ce qui s'est passé depuis 40 ans, c'est que finalement ces limites ont été abolies et qu'il n'y a plus aucune contrainte qui pèse sur l'économie capitaliste. Donc, bien sûr, on ne va pas abolir l'économie de marché, on ne va pas venir à la propriété collective des moyens de production.
Mais donnez-moi des exemples de limites à l'économie de marché
que vous souhaiteriez. Mais par exemple, tout simplement, la définition de biens communs qui ne peuvent pas être gérés par des entreprises privées. On assiste, par exemple, en Allemagne, à une remunicipalisation de la gestion des eaux, de l'énergie et tout ça, c'est à contre-emploi et à rebours de ce qui s'est passé depuis 40 ans. Il y a la nécessité d'une politique fiscale redistributive, beaucoup plus assumée et non pas de son démantèlement comme on l'a vu aujourd'hui. Mais au-delà de cela, il y a la nécessité, effectivement, de rompre avec cette vision économiste du monde qui réduit le citoyen et l'être humain à l'homo economicus. Et pour ça, ça veut dire quoi ?
C'est-à-dire que c'est mettre fin à la domination de l'économique sur le politique. C'est la restauration de frontières qui ont été complètement effacées. J'irais pour évoquer la désobéissance civile. Moi, je pense que tout ce qui est innovant aujourd'hui et réjouissant dans la classe politique ne vient pas des partis politiques et vient de ces mouvements dans la société. Simplement, il faut que ça continue, il faut que ça prenne de l'ampleur. Il faut qu'il y ait une pression qui soit exercée sur la superstructure politique par ces mouvements depuis Extinction Rebellion, les marches pour le climat, l'anti-G7, le contre-G7 qui a lieu en ce moment au Pays Basque.
Tout ça, c'est extrêmement intéressant, c'est foisonnant. Simplement, ce qu'il ne faudrait pas, c'est que ça reste dans la sphère de la contre-société, de la société alternative parce qu'en fin de compte, ce dont on a besoin, c'est quand même d'un débouché politique à cette ébullition-là. On a besoin qu'il y ait un mouvement politique qui puisse prendre les rênes des institutions parce qu'en fin de compte, si on veut lutter efficacement contre le réchauffement climatique, c'est extrêmement important de mettre pression sur les institutions, de mettre la pression, mais c'est important de les contrôler, ces institutions.
En fin de compte, si les cinq plus grandes compagnies pétrolières remplissent leur cahier des charges, tout le reste sera vain et inutile en matière d'extraction. C'est-à-dire, finalement, on aura perdu la lutte contre le réchauffement climatique. Et la seule capacité qui existe pour obliger ces compagnies pétrolières à ne pas remplir leur cahier des charges, ça reste des États. Donc, il faut s'emparer des États. Donc, ça veut dire qu'il faut investir la sphère politique. Il faut que cette énergie-là se traduise politiquement.
Un appel d'Ali qui est à Fontenay-sous-Bois. Bonjour Ali.
Oui, bonjour M. Veil. Bonjour M. Guzman. Merci pour la qualité des échanges, des ouvertures. Moi, ma question, c'est la suivante. Je trouvais que au moment des verts, disait la dernière fois que l'écologie n'est ni de droite ni de gauche après les 13% qu'ils ont obtenus. Et puis, je voulais poser la question à M. Guzman, comment on peut rendre compatible, après tous les développements qu'ils viennent de faire, qui sont assez pertinents, cette association politique pour donner un mouvement politique clair sur l'écologie. j'avoue qu'on a du mal à s'y retrouver. Moi-même, j'ai commis l'erreur de voter pour ce courant-là. Voilà, donc en fait, je trouve que M.
Guzman incarne de très bonnes idées et je voulais savoir comment on peut sortir de cette paralysie-là.
Raphaël Guzman ? Pour moi, non seulement l'écologie elle est de gauche, mais en plus, l'écologie, c'est la gauche du 21e siècle. c'est le logiciel de transformation sociale dans un sens plus juste. Ça passera par l'écologie et ça même, c'est finalement l'horizon tragique qui permettra la transformation juste de notre société. Donc, c'est ça la gauche du 21e siècle. Mais après, il ne faut pas avoir des querelles de mots. Moi, je ne suspecte pas les Verts de penser qu'on peut faire une politique écologiste tout en conservant une vision libérale de l'économie. On sait tous ce qui s'est passé il y a un an dans les studios même de France Inter.
C'est la démission de Nicolas Hulot qui actait quoi ? Qui actait une incompatibilité de fond. Il avait fait le pari, lui, qu'on pouvait concilier le libéralisme économique et politique avec l'ambition de la transformation écologique. Et il a acté un problème de système. Et donc, c'est à ce problème de système qu'il faut qu'on réponde. Après, on ne va pas s'arrêter à une querelle de mots. Moi, je comprends aussi chez certains Verts l'idée qu'on ne va pas refaire la gauche plurielle. On ne va pas re-entrer dans des négociations entre partis politiques de gauche. Non, c'est vrai que ce n'est pas comme ça qu'on va construire l'alternative.
Par contre, moi, je suis profondément attaché à ce mot-là. Je sais que tout le monde ne l'est pas. À ce mot de gauche parce qu'il charrie des combats, des deux siècles de combats pour plus de justice sociale. Et que c'est finalement ça, le miracle humain qui est en train de se produire. C'est que face à la catastrophe annoncée, on va réarmer les politiques publiques. On va réarmer l'idée que la politique peut inverser les structures de domination sociale.
On va finalement mettre fin à ce moment post-politique qui a été le triomphe d'un progressisme libéral un peu niais, de verpé du marché qui nous expliquait que finalement la puissance publique ne pouvait rien et qu'il fallait juste accepter les évolutions du monde. Là, on se rend compte que les évolutions du monde ça mène le monde justement au chaos, au désastre, à la fin. Et que donc, loin de devoir accepter les évolutions du monde, on doit corriger le tir et on doit réhabiliter l'idée de politique publique.
Mais alors, ces négociations que vous souhaitez entre les partis pour arriver à un candidat unique en 2022, finalement, est-ce que ça veut dire qu'on renonce à certains points, on oublie les désaccords et on tente de se mettre d'accord sur un programme de gauche minimum ?
Il suffisait de nous écouter. On est déjà d'accord sur des points qui sont suffisamment puissants pour être un programme de transformation et une alternative. On est d'accord sur la fin de la monarchie républicaine, sur la démocratisation des institutions. On est d'accord sur la décentralisation. On est d'accord sur la transformation écologique. On est d'accord sur la préservation de la biodiversité. On est d'accord sur le fait que les réformes fiscales d'Emmanuel Macron sont profondément injustes et qu'il faut revenir dessus pour réhabiliter l'idée d'une nouvelle pour réhabilitation. Pourquoi ça ne marche pas ?
Il y a des problèmes d'égo ?
D'égo, d'appareil, mais pas seulement. Si on est honnête, ce n'est pas qu'une question d'égo. Il y a aussi un problème de culture politique. Il y a un problème d'histoire politique. Il y a un problème d'évolution, de capacité de ces structures-là et de ces gens-là, y compris moi, à se dépasser, à dépasser leurs habitudes, à dépasser leur culture et à profondément embrasser un horizon nouveau.
Didier est au Standard. Bonjour Didier. Merci d'écouter France Inter. Bonjour.
Votre dernière question était bien pertinente, je trouve. Un programme commun de la gauche, c'est tout à fait ça. Donc pour reprendre votre dernière question, je vais rebondir là-dessus. Pourquoi pas un programme commun de la gauche ? Et pour cela, ça serait bien de faire une unification de la gauche. Tout le monde parle d'unir la gauche. Monsieur Mélenchon, elle est ici, parle d'unir la gauche. Vous parlez d'unir la gauche. Je suis découché à un représentant des 9 millions de pauvres. Je suis assez actif sur Twitter. C'est la première fois qu'on me donne la parole dans les médias. Donc moi, je représente mes frères et sœurs, 9 millions de frères et sœurs. Vous ne les consultez pas.
Vous ne les consultez pas. Mais pourtant, nous sommes à gauche. Bien sûr, selon certains médias, nous sommes dans l'affaire nationale. Peut-être, il y en a. Mais beaucoup sont à gauche. Mais personne ne représente les pauvres. Personne ne parle des pauvres. Donc comme j'ai l'occasion d'être sur des médias, je préfère vous dire qu'il y a des classes sociales et qu'en dessous des classes moyennes, il y a les pauvres. Mais je crois que le mot vous arrache un peu la bouche. Les pauvres, c'est 9 millions de personnes. Ce ne sont pas des... Comment ça s'appelle ? Des gilets jaunes. Ce ne sont pas la France qu'on ne voit pas, la France périphérique. Ce sont des pauvres. P-A-U-V-R-E-F. Merci Didier
de nous avoir appelés. On n'a plus beaucoup de temps. Raphaël Glucksmann, cette France-là... Non seulement le mot... Vous y pensez ?
Vous la connaissez ? Mais c'est pour cette France-là qu'il faut proposer une alternative politique à Emmanuel Macron et au libéralisme et à l'injustice sociale qui règne dans ce pays. C'est pour cette France-là et c'est par cette France-là. C'est évident. Et d'ailleurs, il faut s'investir politiquement. Pourquoi ? Parce que si on laisse les partis politiques avec juste leur petit nombre de militants, eh bien ça n'arrivera jamais le rassemblement. La seule manière, c'est de submerger cela. Et pour ça, il faut effectivement qu'on dépasse le cadre de ces rencontres dans des salles où on est 12. J'en ai fait plein. Ça n'a pas réussi.
Donc maintenant, il va falloir que ça se passe au-delà de ces salles-là et que les gens prennent la parole et imposent ce rassemblement parce que finalement, ça va conduire au désespoir des millions d'électeurs et d'électrices d'entendre des discours quasi similaires, répétés, anonnés et finalement, on ne sait plus pourquoi voter. Finalement, on ne vote plus.
Raphaël Luxpan était l'invité de France Inter ce matin. Merci beaucoup.
Merci à vous. Merci à vous.
Raphaël Glucksmann