Catherine Dumas : « Toutes les issues sont possibles pour les élections municipales de Paris »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Catherine Dumas, bonjour. Vous êtes sénatrice LR de Paris. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. On va évidemment longuement revenir sur la bataille des municipales à Paris. Mais d'abord, on va regarder ensemble les unes de la presse régionale. On en a sélectionné trois. D'abord, la une du progrès. Fini les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. C'est la question. La une du journal Emmanuel Macron qui a fait de l'interdiction de ces réseaux pour les plus jeunes une de ses priorités de la fin de mandat. L'Assemblée nationale, on l'a dit, est amenée à se prononcer aujourd'hui. Et puis, deux sujets au cœur de la campagne des municipales. Pour les deux, une qui suive.
D'abord, la dépêche, l'urgence de l'accès aux soins à moins de deux mois des municipales. La santé qui s'impose comme la première attente des Français dans un paysage marqué par la pénurie médicale et des inégalités territoriales fortes. Et puis l'autre une, c'est celle de Sud-Ouest et c'est la sécurité. Dans le viseur des maires, le débat municipal qui n'échappe pas aux questions de sécurité et de police. « Quelle est la marge de manœuvre des maires en la matière ? » se demande le journal. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
Les trois unes sont d'ailleurs très intéressantes. La santé, on a vu que c'est une des préoccupations les plus importantes des Français. Alors particulièrement sur le territoire, j'irais hormis peut-être ce qui est très urbain, où le sujet n'est pas tout à fait le même. Et la sécurité, évidemment, c'est aussi un sujet qui revient pour les municipales. Donc je veux bien qu'on parle de la sécurité par exemple. C'est un sujet, vous le sentez ? Oui, alors à Paris, c'est un sujet qui revient beaucoup sur le terrain quand on discute avec les Parisiens. Beaucoup plus que la santé, encore une fois, qui est moins la problématique parisienne.
Et la sécurité, oui, parce que Paris est devenue une ville très stressante, très angoissante, qui n'est pas apaisée. Et quelque part, il y a une sorte de sentiment d'insécurité quotidienne. Pas forcément de la très grande insécurité, même si elle existe, bien sûr. Mais une insécurité liée à l'incivilité, liée au comportement, qui quelque part gâche la vie des gens tous les jours. Donc oui, c'est une demande et on considère qu'on n'a pas répondu à cette demande dans le dernier mandat parisien. Donc il faut qu'on prenne un certain nombre de mesures.
On va revenir évidemment sur la campagne des municipales à Paris dans le détail, mais des municipales qui se déroulent dans un contexte d'instabilité politique, d'instabilité budgétaire après l'échec des motions de censure de vendredi. Il y a quand même de grandes chances que le budget désormais aille à son terme au Parlement. Est-ce que vous, vous auriez souhaité que les députés LR votent la censure ?
La censure, c'est une vraie question. Je dirais que la logique, ça serait de voter la censure puisqu'on n'est pas d'accord avec ce budget. Après, il y a la raison et la raison, c'est aussi de penser à la suite, de penser à l'instabilité que cela engendrait. Donc je pense qu'il faut être sage et que, bon, je comprends que les collègues n'aient pas voté la censure et je suis de leur avis. Donc il faut qu'on ait un budget. Maintenant, on ne peut pas attendre.
Vous aussi, vous dites que c'est un mauvais budget ?
Oui, moi je dis que ça ne peut pas être un bon budget d'abord parce que c'est un budget de compromis. Certains disent même de compromission. Vous disiez que c'est un budget qui a été fait avec la gauche. Oui, quand même. La gauche dit non. Mais si, quand même, c'est un mauvais budget qui ne comporte pas assez d'économies. C'était quand même ça le sujet principal. C'est un budget qui, pour moi, ne répond pas aux attentes des entreprises. On a un sujet de réindustrialisation dans ce pays. Mais on n'y répond pas du tout avec ce budget. Qu'est-ce qu'on fait ? On va maintenir la surcote de l'IS, la surtaxation de l'IS. La CVAE, on en parle, elle est toujours là.
On constate qu'il y a énormément de faillites. L'an dernier, je crois qu'il n'y a jamais eu tant de faillites, 70 000. C'est énorme. Et on ne répond pas par ce budget à des vraies questions qui concernent notre pays. On ne répond pas au sujet du pouvoir d'achat non plus. Donc, ce n'est pas un bon budget. Après, il faut bien arriver à avoir un budget. Sur les questions de défense, on a besoin de ce budget. Donc, voilà, finissons-en.
Finissons-en. Justement, dans le journal du dimanche, Gérard Larcher dit réfléchir à soulever la question préalable. Ce qui veut dire que le Sénat ne rentrerait pas à nouveau dans les débats. On verrait le texte à l'Assemblée.
Est-ce que vous le faites, vous ? Écoutez, je pense que le président du Sénat a raison. C'est une question de sagesse. Nous savons que nous n'aurons pas le dernier mot, puisque ça repartira in fine à l'Assemblée. Ce budget ne nous convient pas. Pourquoi perdre du temps ? On a un article du règlement du Sénat, le 44, qui permet justement de faire ce vote sans revenir sur l'examen du budget. Pourquoi pas ? Donc, on se dirige vers ça ? Me semble-t-il. Jeudi, ça arrive en séance, ça repart tout de suite ?
On verra, mais c'est quand même ce qui a l'air d'arriver. Sébastien Lecornu, qui réfléchit à un réajustement gouvernemental après les débats budgétaires. Est-ce que vous souhaitez que les Républicains fassent leur retour au gouvernement de manière assumée ?
Je crois que ce n'est pas la question que pose le Premier ministre, si j'ai bien compris. D'abord, il y a en effet des ministres qui sortiront, puisqu'ils sont candidats aux municipales. Donc, voilà, réajustement. Après, il n'a pas dit qu'il allait faire un grand chamboulement. Ce n'est pas la question.
Mais là, est-ce qu'on n'est pas dans un flou de la part des LR ? On va parler des municipales dans quelques secondes. Dans de très nombreuses villes, les listes sont communes entre le camp macroniste et les Républicains. Alors, pourquoi se dire dans l'opposition, faire des listes communes municipales, ne pas vouloir être au gouvernement ?
Du côté des LR, il n'y a pas de flou. Bruno Retailleau l'a dit, il souhaitait que tout le monde sorte, quand il est lui-même sorti. Ça ne s'est pas fait, pour les raisons qu'on connaît. Certains ministres sont restés, dont acte, mais ils ne l'ont pas fait au nom de LR, en tout cas.
Mais comment vous incarnez l'opposition au gouvernement et aux macronistes, en étant dans quasiment toutes les grandes villes, en liste commune avec eux ?
Alors, oui, il y a en effet ce qui se passe sur le terrain pour les municipales, et puis il y a ce qui se passe au national. Pour ce qui est du national, il faut rester sur une ligne claire. On a choisi de sortir, même si quelques personnes sont restées.
Ça veut dire que la chine d'adaptie, elle aurait dû sortir, selon vous ?
Non, écoutez, alors là, je ne veux pas revenir là-dessus. D'abord, parce qu'en plus, là, elle va sortir parce qu'elle est municipale, donc ce n'est peut-être plus le sujet. En revanche, ce que je dis, c'est qu'il y a des présidentielles, dans peu de temps, dans un an, après les municipales, qu'il y aura forcément des législatives, que là, toutes les questions se reposeront pour savoir ce que font les LR. Aujourd'hui, les LR ne sont pas d'accord avec la politique qui est exercée, n'ont pas souhaité rester au gouvernement. Après, je suis d'accord avec vous, au niveau des municipales, mais ça a toujours été.
Les accords sont différents, et donc, en effet, on se retrouve dans des situations qui peuvent être très différentes par rapport à la situation nationale.
Justement, on va parler des municipales. On va retrouver Jacques Péquier. Bonjour Jacques. Merci beaucoup d'être avec nous, directeur de la rédaction du journal du Grand Paris. Jacques, on va faire le point avec vous sur la campagne des municipales à Paris.
Oui, absolument. Cher Catherine Dumas, il y a un nouveau sondage qui est paru hier dans Le Parisien. J'aurais voulu savoir comment vous l'analysiez, avec toutes les marges d'erreur qu'on connaît au sondage. Emmanuel Grégoire semble bénéficier d'une dynamique. Est-ce que c'est celle de l'union de la gauche au Rélefi ? Il gagne deux points au premier tour, à 32 %, Rachida Dati à 28 %, ce qui est égal au dernier sondage. Et puis, il y a ce phénomène qui est, disons, presque étonnant, puisque jusqu'à cinq listes pourraient se maintenir pour le second tour. Comment, chère madame, analysez-vous ces résultats ? Vous l'avez dit, ce sondage est intéressant.
D'ailleurs, il montre un peu ce que l'on ressent sur le terrain. Il montre d'abord, un, que tout est ouvert. Pour la première fois, l'opposition a une vraie fenêtre, qu'elle est en train d'essayer d'ouvrir complètement. Mais c'est vraiment ouvert, puisque le sondage montre qu'il y a quand même un ras-le-bol des électeurs par rapport à une gestion passée de l'équipe municipale sortante. D'ailleurs, je note que M. Grégoire ne fait pas le plein des électeurs de Mme Hidalgo en 2020. Il lui manque un quart de ses électeurs. Donc, ça prouve bien qu'il y a un gros mécontentement. Pareil pour M. Béliard, d'ailleurs. – Mais il lui manque aussi des voix des écologies. – Oui, exactement.
Donc, voilà la première chose. Deuxième chose, c'est vrai que le sondage montre qu'ils sont assez proches et que ça va se jouer certainement à très peu. Après, vous l'avez dit, il y a un bon nombre de concurrents qui sont susceptibles de rester après le premier tour, d'ailleurs. Donc, ça sera intéressant de voir qui reste, qui ne reste pas. Le mode d'élection avec la prime à 25% n'est pas non plus très simple. Donc, on risque de… – C'est juste le nouveau mode de scrutin. – Oui, alors, le nouveau mode de scrutin, encore une fois, avec une prime qui n'est pas celle qu'il y a dans les autres communes.
– Voilà, donc avec une élection plus directe que précédemment du maire et une prime majoritaire. – Mais avec donc un certain nombre de personnes qui resteront. Donc, je pense que ça va être très très serré, certainement. Il faut attendre de voir ce qui se passe au premier tour et tout va se passer entre le premier et le second tour, mais tout va peut-être aussi se passer à l'issue du second tour, lors du troisième tour. – Justement, un des arguments, on l'a bien vu au meeting d'Emmanuel Grégoire, un des arguments redondants de l'union de la gauche, c'est de vous suspecter, si ce n'est de vous accuser, de préparer d'ores et déjà une union avec Sarah Knafo au second tour.
Quelle est votre position, madame la sénatrice, sur cette question précise ? – On ne prépare rien du tout, Rachida l'a dit, nous on travaille. On a une candidate qui est une combattante, une guerrière. On a un projet qu'on a travaillé pendant six ans, on est les seuls, puisqu'on a eu ces six années d'opposition pour faire un projet, on ne l'a pas sorti il y a quinze jours en racontant que tout le monde allait être heureux dans un monde de bisounours. On a un projet qui répond aux attentes des Parisiens. Donc, à partir du moment où on a dit ça, on n'a pas à se réoccuper de ce que font les autres. Après, ce sont aussi les électeurs qui choisiront. Les électeurs auront deux sujets.
C'est on continue ou on arrête ? C'est stop ou encore ? On veut encore de l'équipe sortante ou pas ? Nous, on propose autre chose et on a la forte impression sur le terrain que les gens veulent vraiment que ça s'arrête. Et ça, tout parti confondu. Et on espère qu'ils feront confiance à Rachida Dati, qui encore une fois est tout à fait prête pour mener ce combat, et prête pour diriger Paris.
Mais la question des réserves de voix du second tour, elle va forcément se poser à vous. Est-ce que vous excluez toute alliance, tout ralliement, en tout cas, de Thierry Mariani pour l'ARN ou de Sarah Knafow pour Reconquête ?
Mais on n'exclut rien. Toutes les voix seront les bienvenues, y compris celles de Thierry Bournazel, qui aussi…
Mais y compris celles de Sarah Knafow ou de Thierry Mariani ?
Mais après, encore une fois, l'idée, c'est ne pas de faire des arrangements. L'idée, c'est de voir après comment se profile le second tour et après de récupérer toutes les voix possibles, tous ceux qui se reconnaîtront dans ce que propose Rachida Dati et tous ceux, surtout, qui ne veulent pas que l'équipe en place, parce que M. Grégoire est complètement comptable de ce qui s'est passé, tous ceux qui ne veulent pas que l'équipe en place actuellement puissent continuer. – Et c'est le cas de Pierre-Yves Bournazel, selon vous ? – Écoutez, je pense que les électeurs de Pierre-Yves Bournazel, pour la plupart d'entre eux, ne veulent pas que l'équipe sortante continue.
– Est-ce que vous les regrettez, ces divisions du socle commun ? – Bien sûr, je préférais que tout soit meilleur et qu'il n'y ait que deux candidats, que les choses soient très faciles, etc.
– Mais ce n'est pas lié à la personnalité de Rachida Dati ?
Est-ce que si vous aviez choisi un autre candidat, vous auriez pu partir unis ? – D'abord, je vais vous dire, on n'a pas d'autres candidats. Là, Rachida Dati était la seule qui pouvait le faire. C'est pour ça qu'on est tous à 100% unis derrière elle. C'est la seule qui peut remporter cette élection. Donc on ne regrette rien du tout. Au contraire, on est content et on pense qu'elle va le faire.
– Rachida Dati, qui a des affaires judiciaires, il y aura un procès à la rentrée de septembre. Est-ce que ça, on vous en parle sur le terrain ? Et est-ce que c'est compliqué d'avoir une candidate qui est sous des menaces judiciaires ?
– Non, écoutez, sur le terrain, on nous parle des envies des Parisiens. On nous dit que Paris est sale, par exemple. Et ça, on nous le dit beaucoup, beaucoup.
– Mais on ne vous dit pas qu'il y a un risque d'élire une mère
qui ne sera peut-être plus mère dans le moment ? – Non, les gens ne parlent pas de ça, les gens nous parlent de leur vie quotidienne et comment on peut faire pour l'améliorer, comment faire pour avoir une ville plus apaisée, comment faire pour avoir une ville plus propre, comment faire pour avoir une ville plus sécure. On nous en parle, donc on a des projets avec la police municipale, etc. C'est ça dont on nous parle. Après, on verra bien ce qui se passe.
– Vous ne parlez pas de la personnalité de Rachida Dati et de ses affaires ?
– Rachida Dati a une personnalité très forte. C'est quelque part, voilà, avec donc beaucoup de qualité. Après, elle ne plaît pas à tout le monde, peut-être. Mais en tout cas, elle a cette force. Et elle est la seule à avoir cette force qu'elle propulse. Et elle entraîne. Et je veux dire, c'est ça qui compte, in fine, pour le résultat. Jacques, vous avez une question sur le programme de Rachida Dati ? – Oui, absolument. Madame la sénatrice, vous évoquiez le terrain. Et l'autre jour, à la mutualité, Rachida Dati a exprimé sa volonté de remettre les agents davantage sur le terrain, notamment les agents de la propreté.
Et puis elle a évoqué le temps de travail à Paris, qui est en dessous des 35 heures, je crois. Comment vous faites concrètement pour atteindre cet objectif ? J'imagine que ça ne se décrète pas, que ce n'est pas forcément facile, ni pour les remettre sur le terrain, ni pour augmenter le temps de travail. Comment vous feriez ? – Alors, elle a raison. Un des grands sujets dont on parle moins, mais qui est un des grands sujets pour la future équipe, notamment si c'est nous, c'est de faire en sorte de gérer 55 000 fonctionnaires. Alors là, je parle de l'ensemble des fonctionnaires de la ville de Paris, qui n'ont pas du tout été gérés pendant les six dernières années.
Et je dirais même que ça remonte à beaucoup plus longtemps. Quand je n'ai pas été géré, c'est-à-dire que oui, ça n'a pas été personne, pas de politique pour donner un cap. Donc ce sont des gens qui ont essayé de faire leur travail le mieux possible. Moi, j'en connais beaucoup dans différents services, mais sans cap. Donc c'est un vaisseau qui avance tout seul, là, et qui fait ce qu'il peut, avec des gens quand même pour beaucoup très démotivés, c'est normal, puisque personne ne s'occupe d'eux. Donc il faut redonner une impulsion, il faut redonner un cap, il faut réorganiser, etc. C'est ce que Rachida Dati a voulu dire. Et après, il faudra rediscuter des conditions de travail.
Mais je pense qu'il faut juste leur redonner une envie, travailler pour quelque chose, pour faire quoi ? Et c'est ça qui manque.
– Merci beaucoup, merci Jacques Paquier. Merci d'avoir été avec nous. La Une Journal du Grand Paris, disons, après sa naissance, une métropole a parachevé. On parle évidemment de la métropole du Grand Paris. Merci beaucoup, Jacques, d'avoir été avec nous. On va passer à l'actualité internationale. Catherine Dumas, ces derniers jours, Donald Trump qui a donc lancé un bras de fer avec l'Union européenne, et particulièrement avec Emmanuel Macron. Est-ce que vous trouvez qu'il a bien réagi, le président, face à Donald Trump ?
– Ce n'était pas si mal, finalement. D'abord, la situation internationale est très compliquée. Chaque jour, Donald Trump a une nouvelle conquête en vue. Chaque jour, il y a un nouveau tweet qui complique. On voit bien qu'aujourd'hui, on est dans une autre période des relations internationales, avec, je dirais, les trois grands, États-Unis, Russie, Chine, qui sortent des rapports internationaux normaux, qui sont maintenant dans des relations de force. Donc, il faut bien réagir. Et quelque part, l'Europe est presque le dernier territoire à respecter le droit international. Je rappelle, l'Europe, quand même, 450 millions de personnes, ce qui n'est quand même pas rien. Donc, il faut réagir.
Ce n'est pas simple. Le président Macron a eu l'occasion de le faire. Les Européens ont aussi eu l'occasion de le faire. Et je pense que c'est la seule chose que comprend Donald Trump. – Mais ils ne se sont pas montrés trop divisés ? Pour vous, ils ont affiché suffisamment d'unité, de fermeté ? – Écoutez, en tout cas, il y a un début d'union. Après, c'est vrai qu'on n'y arrivera que si on est unis. Et qu'il ne faut pas que chacun des pays européens voit ça en fonction de ses petits, enfin de ses petits ou grands d'ailleurs, de ses intérêts nationaux. Il faut arriver à un moment surpassé.
Il faut qu'on ait en effet une politique européenne qui soit unie, une politique, oui, au niveau militaire, mais pas que, au niveau industriel, au niveau d'un certain nombre de projets d'Amir, etc. Donc, il faut être unis. Il faut de la fermeté. Et cette fermeté, elle se fait beaucoup au niveau de l'Europe. Mais on voit quand même que ça peut fonctionner. Ce qui s'est passé à Davos est très fort. Quand les Européens ont quitté ce fameux dîner, ce qui ne se fait pas du tout à Davos, où tout est très policé, je dirais, eh bien, ils ont bien fait. Ils ont montré qu'on ne pouvait pas tout entendre et qu'on ne peut pas tout laisser dire. Donc, je pense qu'il y a un début de réponse.
– Et justement, ces divisions des Européens, on va en parler, Alexandre, parce que Vladimir Zelensky les a critiquées, ces divisions des Européens, face à Donald Trump.
– Oui, justement, la semaine dernière à Davos, alors que les Européens étaient pris dans la tempête diplomatique du Groenland, convoité par Donald Trump, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a eu des mots très durs sur ce que représente la puissance européenne. – Au lieu de devenir une vraie puissance mondiale, l'Europe reste un kaléidoscope beau, mais fragmenté de petites et moyennes puissances. Au lieu de prendre la tête de la défense de la liberté dans le monde, en particulier lorsque l'attention des États-Unis se portent ailleurs, l'Europe a l'air perdue quand elle essaye de convaincre le président américain de changer. Mais il ne changera pas.
– Catherine Dumas, il a raison, Volodymyr Zelensky, l'Europe n'est pas encore une puissance mondiale, c'est juste un ensemble de petits pays.
– Alors, j'ai essayé de le dire, l'Europe, c'est quand même 450 millions d'habitants qui essayent de se structurer. Après, le président Zelensky dit Donald Trump ne changera pas. Il a raison. Donc, il faut qu'on fasse avec et il faut qu'on s'organise. Donc, c'est ce que l'Europe est en train d'essayer de faire. Après, je comprends ses propos. C'est comme une conversation un peu ouverte qu'il a eue. C'est un message qu'il nous adresse. Remuez-vous, allez-y. Il a raison. Je comprends la frustration. Je comprends aussi la difficulté pour ce pays qu'on essaye d'aider quand même au maximum, mais qui traverse une période très, très difficile. Donc, oui, il faut relever le défi.
On le fait, mais ça ne se fait pas facilement. C'est évident. C'est une nouvelle façon d'aborder l'Europe, je l'ai dit, au niveau militaire, au niveau industriel. – Ça ne vous a pas étonné, ce ton employé par Volodymyr Zelensky ? – On peut, je dirais, le comprendre. C'est très difficile ce que vit l'Ukraine. Et encore une fois, l'Europe fait quand même le job, la France fait le job, mais certainement pas assez. – Volodymyr Zelensky qui assure qu'un accord a été trouvé
avec les États-Unis sur les garanties de sécurité de l'Ukraine en cas d'accord de paix.
– Oui, ce week-end, à Abu Dhabi, aux Émirats Arabes Unis, étaient organisées les premières négociations directes entre Ukrainiens et Russes sur le plan de paix de Donald Trump en présence des Américains. Et selon Volodymyr Zelensky, ces discussions ont été constructives. Il a assuré qu'hier soir, un accord avait même été trouvé sur les garanties de sécurité de son pays en cas de cesser le feu pour éviter une nouvelle agression russe à l'avenir. Je le cite, pour nous, les garanties de sécurité sont avant tout des garanties de la part des États-Unis. Le document est prêt à 100%. Nous attendons que nos partenaires confirment leur disponibilité, la date et le lieu où nous le signerons.
Notons que pendant ces discussions de paix, la Russie continue de bombarder les Ukrainiens. Selon Kiev, les Russes ont lancé plus de 1 700 drones d'attaque la semaine dernière. Et Volodymyr Zelensky demande plus d'armes anti-aériennes à ses alliés occidentaux. Catherine Dumas, est-ce qu'il faut faire confiance aux Américains et à Donald Trump dans ce contexte actuel pour garantir la sécurité à l'avenir de l'Ukraine ?
– Je pense qu'il est en train de se passer quelque chose. Le sommet tripartite à Abu Dhabi montre que cela évolue. J'ai eu l'occasion d'en parler avec des autorités ukrainiennes. Il y a quelque chose qui est en train de se passer. Après, ce n'est pas fait. Je note quand même que dans ce tripartite à Abu Dhabi, il n'y a pas l'Europe. Donc, il faut voir comment l'Europe re-rendre dans ce processus. Et il faudra bien, évidemment, que ça arrive. Après, confiance, je veux dire, il faut qu'on avance. Donc, oui, à un moment, il faut faire confiance tout en ayant…
Il faut une confiance éclairée, une confiance attentive pour faire en sorte qu'évidemment, l'Europe soit bien présente dans ce process et qu'elle en tire des bénéfices. L'Ukraine, évidemment, étant inclue dans l'Europe. – Vous avez une autre question, Alex ?
– Oui, une autre question, car il y a dans ces garanties de sécurité la possibilité d'envoyer des milliers de soldats français en Ukraine pour surveiller les choses, garantir la paix. Vous êtes favorable à cet envoi de soldats français en Ukraine ?
– On ne connaît encore pas très bien les conditions dans lesquelles ça se ferait. Donc, ça a été dit d'ailleurs par le président de la République. Il faut voir comment ça pourra se faire. Si c'est une force pour après vraiment garantir la paix et y participer, pourquoi pas. Mais il faut en connaître exactement dans quelles conditions ça pourra se faire.
– Et la semaine dernière, Volodymyr Zelensky a mis la pression sur les Européens pour sanctionner davantage la Russie et notamment son pétrole.
– Oui, il demande à l'Union Européenne de frapper plus durement le pétrole russe qui contourne les sanctions internationales en naviguant dans des bateaux fantômes sans pavillon. Le commerce du pétrole finance 40% de l'effort de guerre russe. Écoutons Volodymyr Zelensky. – Pourquoi le président Trump peut-il empêcher les pétroliers de la flotte fantôme russe de passer et saisir leur pétrole, mais pas l'Europe ? Le pétrole russe est transporté le long des côtes européennes. Ce pétrole finance la guerre contre l'Ukraine, contribue à déstabiliser l'Europe. – Il faut confisquer le pétrole russe et le vendre au profit de l'Europe. – Donc ça, c'était jeudi dernier à Davos.
Et quelques minutes plus tard, le président ukrainien a remercié la France d'avoir arraisonné un pétrolier fantôme russe, le Grinch, dans les eaux internationales entre l'Espagne et l'Afrique du Nord. Ce bateau a été escorté jusqu'en France ce week-end. Il mouille actuellement dans le port de Foss-sur-Mer et il fait l'objet d'une enquête judiciaire française du Parquet de Marseille pour défaut de pavillon. Catherine Dumas, est-ce qu'il faut confisquer ce pétrole russe et puis le vendre pour soutenir l'Ukraine ?
– Alors, on va voir, pour le sujet dont vous parlez, ce bateau, je pense que c'est très bien qu'il ait été arraisonné. On voit bien que, de toute façon, il est là pour transporter du pétrole. C'est évident, donc on verra ce que donne cette affaire. C'est un premier pas. Après, on va voir comment la communauté internationale et comment l'Europe peut en effet se situer par rapport à cette affaire, mais c'est un vrai sujet et on ne peut pas laisser les Russes exporter ce pétrole en effet. Ce n'est pas possible.
– Un dernier mot sur l'attitude de Donald Trump qui a un temps menacé de taxes. Les pays qui refusaient de soutenir son action au Groenland, on voit qu'il rentre dans une véritable guerre commerciale. Vous, il y a un sujet que vous suivez plus particulièrement, c'est la question du secteur du luxe. Est-ce que ça a des impacts sur ce secteur, cette guerre commerciale de Donald Trump ?
– Oui, alors oui, ça a des impacts. Par exemple, il est en train de bouleverser l'ordre du monde, y compris l'ordre commercial, c'est évident. Par exemple, ça a des impacts dans le domaine des spiritueux, énorme par rapport aux États-Unis, c'est un vrai sujet. Dans le domaine des vins, par rapport à la Chine aussi, ça bouleverse l'ordre…
– Qui voulait s'attaquer au vin et au champagne français notamment.
– Oui, et ça bouleverse l'ordre politique, mais l'ordre économique bien entendu, et vis-à-vis d'un certain nombre de pays. Les relations avec les États-Unis, entre la France et les États-Unis, sur les spiritueux, le vin dont vous parlez, évidemment, sont changées, c'est un gros sujet, vis-à-vis de la Chine aussi. Donc c'est vrai que l'ordre économique est bouleversé. Après, à nous de résister, on voit bien quand même que quand on résiste, qu'on n'accepte pas tout, parce qu'ils commencent par imposer, après ils discutent, et après finalement, il revient un peu en arrière. Donc c'est ce travail incessant qu'il faut faire avec Donald Trump.
On n'y arrive, pas toujours, mais c'est vrai que ça bouleverse aussi le commerce mondial, oui. – Merci Catherine Dumas.
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Catherine Dumas