Nicolas Bay et Yannick Jadot dans le 5/7
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 6h18, c'est le dernier jour de campagne avant le premier tour de la présidentielle dimanche. La plupart des candidats ont donné leur dernier meeting hier soir. Éric Zemmour, par exemple, était à Paris. L'un de ses bras droits, Nicolas Bay, ancien proche de Marine Le Pen, fait le bilan de cette campagne pas comme les autres.
Ce qu'on voit, c'est qu'Emmanuel Macron a tout fait pour qu'elle n'ait pas lieu. Tout fait pour échapper à son bilan, à son mauvais bilan. Tout fait pour échapper au débat. Il a joué au chef de guerre, il a prétexté finalement la crise sanitaire d'abord, la crise en Ukraine ensuite, même si évidemment tout le monde est légitimement préoccupé par cette guerre aux portes de l'Europe, pour empêcher que le processus démocratique ait lieu dans des conditions satisfaisantes.
Et c'est évidemment très dommageable parce que le choix qui va être fait par les Français, le 17 et le 24 avril, si tant est que les Français soient nombreux à se déplacer vers les urnes, eh bien ça va engager le pays pour les prochaines années, même pour les prochaines décennies. Et c'est le sens de la démarche d'Éric Zemmour de définir les grands enjeux et les grands défis que la France va devoir relever. Il est évident que l'immigration de masse et ses conséquences, l'insécurité, l'islam politique installé sur notre sol, ce qu'il a résumé par le grand remplacement ou la menace du grand remplacement, c'est évidemment l'enjeu majeur pour la France.
Et puis l'autre enjeu, c'est le grand déclassement, c'est-à-dire des Françaises et des Français qui subissent aujourd'hui une fiscalité confiscatoire, un État qui exige toujours plus de sacrifices, exige toujours plus d'impôts et de taxes et qui, en contrepartie, donne toujours moins de services publics et toujours moins de soutien et de protection aux Français.
Pendant cette campagne, Éric Zemmour a fait la une, d'abord avec l'histoire des prénoms français et des autres, puis il y a eu son attaque contre l'obsession de l'inclusion des élèves porteurs de handicap, sa condamnation pour provocation à la haine en janvier, son récent projet d'un ministère de la remigration. Est-ce que vous ne regrettez pas un peu cette stratégie qui n'a fait finalement que normaliser Marine Le Pen ?
On a bien vu que la gauche, évidemment, se jetait sur Éric Zemmour parce qu'il était le seul véritable adversaire. Il faisait le rassemblement à droite que personne n'a jamais été capable de faire. Il rassemble des Françaises et des Français qui, par millions, je pense, vautront pour lui, et il rassemble des personnalités issues des Républicains du Rassemblement National, beaucoup aussi qui étaient dans l'abstention parfois depuis longtemps. Donc il a réussi ce rassemblement et il a réussi à tenir un vrai discours au service de la France. Et ce n'est pas un politicien professionnel.
Il n'aigraine pas les éléments de langage, comment dire, totalement aseptisés, comme le font beaucoup de ses concurrents. Marine Le Pen, si on résume sa campagne, elle n'a absolument rien dit sur aucun sujet. Elle est à la gauche de Michel Barnier sur l'immigration. Elle ne défend plus les idées et les valeurs qui caractérisaient son mouvement politique pendant des années. Et aujourd'hui, en réalité, par confort, elle s'est installée dans une posture à l'intérieur du système. Je ne suis pas sûr qu'elle en tient un grand profit dans la durée. Et je ne suis même pas sûr que ça se traduise dans les urnes dimanche prochain.
Pour Emmanuel Macron, il n'y a aucun doute, vous allez vous retrouver ensemble dans l'entre-deux-tours. Et pourtant, selon lui, Marine Le Pen et Éric Zemmour ne partagent pas le même projet. On l'écoute et vous réagissez ensuite. C'était à Foura, il y a quelques jours. Moi, je vois là un tandem qui arrive, clopin-clopin, qui reste en tout cas convaincu par les mêmes idées. Diviser le pays. Enfin, ils disent tout et n'importe quoi. Ils disent déjà qu'ils vont faire des meetings ensemble, qu'ils sont main dans la main. Puis l'un nous dit, chez moi, c'est 64 ans à la retraite. L'autre nous dit 62 après nous avoir dit 60.
L'autre nous dit qu'il va faire je ne sais pas quoi, j'ai toujours pas compris de la remigration. On n'y comprend plus rien. On sait une chose, c'est l'extrême droite. C'est l'extrême droite, dit Emmanuel Macron. Ça va marcher cet argumentaire ?
On voit en tout cas qu'Emmanuel Macron ne rêve que d'une chose. C'est un deuxième tour face à Marine Le Pen, avec la certitude pour lui d'être élu largement. Donc, on voit bien quel est son intérêt, Emmanuel Macron. Pour le reste, il devrait être prudent quand il parle de division, parce que c'est lui qui a divisé les Français. Il a opposé les Français en permanence. Ceux qui ne sont rien, selon ses propres termes. Et les premiers de cordée, les policiers contre les gilets jaunes, les vaccinés contre les non-vaccinés, qu'il emmerde selon ses propres termes. Donc, Emmanuel Macron est bien mal placé pour donner des leçons. Il a mené une politique d'une très grande brutalité pour les Français.
Et aujourd'hui, je pense qu'Éric Zemmour est le seul à incarner, sur le plan de la philosophie politique, une vraie opposition à Emmanuel Macron. Emmanuel Macron, il veut transformer la France, selon ses propres termes, traiter les Français comme des cobayes, se livrer à toutes sortes d'expériences au service d'une idéologie mondialiste. Éric Zemmour, il veut sauver la France. Il ne veut pas la gérer, il veut la sauver. Les civilisations et les nations peuvent périr. C'est l'histoire qui nous l'enseigne.
Aujourd'hui, le vrai enjeu pour la France, c'est de préserver notre sécurité, nos libertés fondamentales, notre mode de vie qui, dans des villes entières, dans des quartiers entiers aujourd'hui, est menacé par l'effet conjugué de l'immigration de masse et de l'islam politique.
Pendant plus de dix ans, Nicolas Bé, vous étiez au cœur du FN, devenu RN, membre du bureau exécutif. Vous êtes parti mi-février. Est-ce que maintenant, quand vous voyez Marine Le Pen loin devant dans les sondages, vous regrettez votre choix ?
Non, absolument pas, parce que je pense qu'il n'y a aucun avenir du côté de Marine Le Pen. Elle fait un dernier tour de piste. On verra comment ça se termine. Mais il est certain que l'avenir, c'est le rassemblement des droites et des patriotes, initié par Éric Zemmour. C'est une nouvelle offre politique, une nouvelle donne politique, une recomposition en profondeur, qui va se traduire, je le pense, dès l'élection présidentielle, mais bien au-delà, aux élections législatives et dans le futur, pour faire triompher nos idées.
Nicolas Bé, du rassemblement, du parti reconquête, pardon, d'Éric Zemmour, il répond d'État, Maxence Lambrecq. Yannick Jadot, lui, termine sa campagne par un déplacement à Lyon. Aujourd'hui, le candidat écologiste revient aux fondamentaux et c'est avant tout la lutte contre le réchauffement climatique qu'il met en avant.
Si on veut de l'écologie au cœur du prochain quinquennat, si on veut que les politiques publiques prennent en compte le climat, la santé, la biodiversité et derrière tout ce que ça reconstruit en termes de justice sociale, d'innovation économique, dimanche, il faut voter écologiste. C'est le seul vote possible pour sauver notre avenir et celui de nos enfants, de nos petits-enfants.
Pour autant, vous n'êtes pas le seul à parler d'écologie et on le voit bien d'ailleurs avec la dynamique qui s'est un peu créée cette semaine. On parle d'écologie aussi chez Anne Hidalgo, chez Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que finalement, vous marquez vraiment une différence ?
L'écologie, ce n'est pas simplement une addition de mesures techniques pour remplir les questionnaires des ONG. C'est une philosophie. C'est un logiciel complet. Et dans ce logiciel que nous portons, nous écologistes, il y a évidemment le respect du vivant, le respect de la vie. Quand on se bat pour que cesse la guerre en Ukraine, c'est le respect de la vie des Ukrainiennes et des Ukrainiens. Ce n'est pas l'engagement de Jean-Luc Mélenchon. Quand on se bat pour l'embargo sur le gaz et sur le pétrole, c'est pour protéger la vie en Ukraine. Mais c'est aussi pour protéger la vie au regard du dérèglement climatique. Ce n'est pas l'engagement de Jean-Luc Mélenchon.
Quand nous nous battons pour sortir Total de Russie, parce que nous considérons Total et complice des atrocités, par les partenariats, par le financement de l'État russe, ce n'est pas la position de Jean-Luc Mélenchon. Au fond, il y a l'écologie intransigeant sur la sortie des énergies fossiles, intransigeant sur la perspective internationale. C'est ce que nous rappelle la communauté scientifique, le GIEC, de dire que c'est la coopération internationale qui nous permettra de sauver le climat.
Ce n'est pas l'écologie dans un seul pays où on considère que finalement, la démocratie c'est bon pour nous, ce n'est pas indispensable pour les Ouïghours, dont on ne reconnaît pas le génocide, ce n'est pas indispensable pour les Ukrainiens et les Ukrainiens, et précédemment pour les Syriens. L'écologie pour nous, c'est la liberté, les droits humains, et c'est l'internationalisme et l'Union Européenne.
On le voit revenir ce sujet d'urgence climatique grâce au rapport du GIEC, on parle aussi de pouvoir d'achat. Est-ce que finalement, on n'est pas passé un peu à côté d'une partie de la campagne ? Est-ce que vous, vous avez des regrets sur ce qu'aurait pu être cette campagne présidentielle un peu plus tôt ?
Bien sûr qu'on est passé à côté de beaucoup de choses dans cette campagne, à la fois parce qu'elle a été percutée par la guerre en Ukraine, les atrocités, c'est terrible, on sort d'une pandémie qui a épuisé l'ensemble de la société, mais gilets jaunes, pandémie, guerre en Ukraine, il y a beaucoup d'interrogations, beaucoup de colère, et parfois beaucoup d'énergie, d'enthousiasme, d'engagement de nos concitoyens, et on aurait mérité un grand débat démocratique, parce que ce sont des choix de société qui vont se faire dimanche, j'allais même dire des choix de civilisation, quand ce sont nos conditions même d'existence qui sont en jeu, quand c'est la paix, la sécurité en Europe, les libertés, la démocratie.
Malheureusement, entre ce contexte international très lourd, un président sortant qui ne veut pas débattre, évidemment, il y a beaucoup de frustration dans la capacité à éclairer le débat public, et puis surtout à confronter les projets. On verra dimanche, j'espère qu'il y aura ce sursaut, cette mobilisation générale, parce que quand le GIEC dit qu'on n'a plus que trois ans, quand vous discutez avec les jeunes, ils sont effondrés, on dit qu'on n'a plus que trois ans pour éviter le chaos climatique, et on sort d'un quinquennat condamné deux fois pour inaction climatique. Donc on voit bien la bascule qu'il faut faire, on voit bien que ça ne peut pas continuer comme ça.
Et donc il faut que les jeunes s'en emparent, qu'ils ne se laissent pas déposséder de leur vie, de leur avenir, par d'autres. Et pour ça, il n'y a qu'une solution, prendre un bulletin dimanche et voter écologiste.
L'écologiste Yannick Jadot, interrogé par Antoine Gignot, et prochain entretien dans cette matinale, à 8h20 avec la candidate LR Valérie Pécresse. France Inter.
Éric Zemmour