L’INTERVIEW POLITIQUE – Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale, invitée de Damien Fleurot
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Aurore Berger, une minute de silence sera respectée à midi dans tous les hôpitaux de France pour rendre hommage à Karen Mésineau, l'infirmière poignardée lundi. On a appris que l'assaillant avait un lourd passé psychiatrique. Est-ce qu'il y a eu des défaillances dans le suivi de cet homme âgé de 59 ans qui s'était déjà montré violent à plusieurs reprises, je rappelle ?
Je ne sais pas vous répondre à cette question précise. Il y a une enquête qui pourra démontrer si oui ou non il y a eu une négligence ou défaillance. Ce qui est important, c'est évidemment de lui rendre hommage et surtout à travers elle de rendre hommage à tous les soignants qui sont en première ligne, notamment à l'hôpital public, notamment aux urgences, parce qu'ils font face à une violence qui est de plus en plus importante et qui est intolérable dans la société française en général.
On ne peut pas axer de s'habituer à cette violence-là, notamment à l'encontre de nos agents du service public, que ce soit dans la santé, que ce soit évidemment les forces de l'ordre qui ont aussi malheureusement vu trois de leurs membres.
On sait que l'hôpital public a été particulièrement mis en difficulté ces dernières années, manque de moyens et en particulier le secteur psychiatrique. Il y a peut-être plus à faire justement pour renforcer notamment le recrutement de personnel ?
Ce qui est certain, c'est qu'on n'a jamais mis autant de moyens au sein de l'hôpital public. C'était le cas avant la crise du Covid. Ça a évidemment été d'autant plus le cas depuis la crise Covid et c'est quand même important de le souligner. Important aussi de souligner l'engagement de celles et ceux qui travaillent, que ce soit au sein de l'hôpital public ou dans la médecine de ville, parce que notre système de santé ne peut tenir que parce qu'on a justement plusieurs jambes, encore une fois, publiques, privées. Et c'est comme cela, c'est cette alliance-là qui pourra évidemment fonctionner.
Il y a eu la revalorisation des rémunérations de nos soignants, tous les soignants et même le personnel non-soignant de l'hôpital public. C'était nécessaire. Il y a ce travail qui est en cours, vous le savez, pour l'augmentation de la rémunération de nos médecins, nos médecins libéraux. Et je pense que c'est à la fois la question de l'attractivité des métiers, mais l'attractivité des métiers, ce n'est pas que le salaire, c'est aussi la reconnaissance que l'on doit avoir dans notre société par rapport à celles et ceux qui s'engagent, encore une fois, dans l'ensemble de nos services publics.
Alors justement, la reconnaissance de ceux qui s'engagent pour les autres, pour les Français. Il y a aujourd'hui, à l'appel de plusieurs élus de gauche, un rassemblement organisé à Saint-Brévin pour soutenir le maire démissionnaire de cette commune, qui est devenu une sorte de symbole des élus locaux victimes de violences. Et puis, on a appris aussi aujourd'hui que le Président de la République se rendrait demain à Roubaix pour rendre hommage aux trois policiers tués dans l'accident de la route. Comment mieux reconnaître, comment mieux protéger ceux qui se mettent au service des Français, que ce soit des policiers, des élus locaux, des soignants, des pompiers ?
Alors, nous, on l'a fait d'un point de vue législatif. On a considérablement aggravé les peines pour celles et ceux qui attendent à la vie de nos forces de l'ordre, de nos pompiers, de nos soignants, de nos enseignants. Donc ça, c'est dans le cadre des valeurs de la République, de ce qu'on a envie de protéger, de notre bien commun. On a des peines qui ont été clairement et nettement aggravées. Après, il faut évidemment qu'elles soient prononcées, qu'elles soient ensuite exécutées.
C'est aussi pour cela qu'on renforce les moyens de la justice, le nombre de magistrats, tout simplement, le nombre de places aussi en prison, en établissement pénitentiaire, parce qu'on a besoin que l'ensemble de la chaîne puisse fonctionner. On va d'ailleurs examiner dans quelques semaines un projet de loi sur la justice qui vise à créer une loi de programmation.
Donc pour programmer justement des moyens supplémentaires, on n'aura jamais autant mis de moyens publics et d'argent publics pour la justice, qui est souvent contestée, alors que c'est une nécessité absolue, si on veut tout simplement que l'ensemble de la chaîne, à la fois de détection, mais surtout de chaîne pénale, puisse fonctionner. Donc c'est une des premières réponses. Après, il y a un cas plus spécifique que vous évoquez, qui est le cas des élus, notamment des élus locaux. Nous, on a fait un certain nombre de propositions pour essayer de mieux prévenir, mais aussi mieux accompagner les élus qui, souvent, se sentent finalement très seuls.
Beaucoup d'élus nous disent, notamment des élus locaux, que par rapport à des dispositions qui existent dans la loi, ils n'osent pas les mettre en œuvre, par exemple, des amendes qui pourraient exister, parce qu'ils ont peur, directement, d'être pris pour cible demain dans leur commune. Donc c'est aussi ce travail-là d'accompagnement, de soutien, de travail citoyen, de formation qu'on doit avoir. Et encore une fois, le préalable, c'est quand même de considérer qu'en démocratie, dans un état de droit, la réponse ne peut pas être la violence, l'habitude à la violence, voire même l'encouragement de cette violence.
Et dans le cas de Saint-Brévin, je crois que la meilleure des réponses doit être, justement, qu'il y ait unanimité de la classe politique pour condamner, pas de oui mais, mais condamner toutes les violences à l'encontre des élus. Et évidemment qu'à Saint-Brévin, ce centre d'accueil pour les migrants puisse exister, puisque l'objectif de celles et ceux qui ont essayé d'attenter à l'avis de cet élu, c'était de faire en sorte que ce centre n'existe pas.
Vous serez sur place à ce rassemblement d'élus dans la primarité ?
Moi, je n'y serai pas. Il y a un certain nombre d'élus qui y seront. On lui a évidemment rendu hommage. Moi, j'ai un député qui est lui-même conseiller municipal encore à Saint-Brévin, qui est membre de mon groupe. Donc le parti Renaissance sera représenté. De toute façon, on est évidemment en soutien. Les associations d'élus le sont. La première ministre a reçu celui qui est devenu l'ancien maire de Saint-Brévin et elle a reçu les associations d'élus. Et je crois qu'on doit continuer à travailler, évidemment, pour l'accompagnement, le soutien et la prévention.
Mais la première des causes, c'est quand même celles et ceux qui font partie de ces groupuscules et qui ont essayé d'attenter à l'avis du maire de Saint-Brévin.
Je voulais vous faire réagir aussi, Aurore Berger, ce matin sur ce tragique accident de la route. Hier soir, une fillette âgée de 6 ans a été percutée par une automobiliste âgée de 20 ans, ce qui conduisait sous l'emprise de stupéfiants. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, proposait il y a quelques semaines, au moment de l'accident provoqué par l'humoriste Pierre Palmade, d'instaurer un retrait de permis automatique en cas de conduite sous l'emprise de la drogue. Vous seriez favorable à durcir cet arsenal juge judiciaire ?
Oui, je crois que tout ce qui concerne la sécurité routière, c'est une nécessité absolue. C'est une nécessité absolue de renforcer évidemment les éléments de prévention, mais aussi les éléments de sanction. Quand on conduit sous l'emprise de stupéfiants, quand on conduit sous l'emprise d'alcool, évidemment, on met en danger de manière évidente l'avis des autres, et évidemment, c'est celle aussi du conducteur.
Ça, il faut qu'on soit saisi tout simplement d'un projet de loi pour pouvoir en discuter, mais moi je suis très ouverte à ce qu'on puisse aggraver des sanctions, qu'il y ait des sanctions plus automatiques qui puissent exister, parce qu'on a aujourd'hui une famille qui est endeuillée, on a une petite fille qui est décédée, et donc je crois que l'idée n'est pas de réagir à chaque fait divers, mais de se dire qu'il y a un fait divers de trop quand on a un enfant qui décède, tout simplement parce que quelqu'un de manière irresponsable a décidé de prendre le volant, de prendre sa voiture sous l'emprise de stupéfiants.
Et donc je crois que oui, ça nécessite qu'il y ait des sanctions judiciaires extrêmement fermes, et peut-être que nous on aille plus loin dans l'arsenal qui existe, pour que ce soit plus automatique, et que ça envoie aussi un signal très clair en termes de sécurité routière et de prévention.
Donc on verra si ce sujet est à l'ordre du jour du Parlement. Le sujet de l'immigration le sera-t-il vraiment, comme annoncé par Elisabeth Borne ?
Oui, parce qu'on a, depuis plusieurs mois, travaillé sur un projet de loi. Et on a un projet de loi qui est très clair sur ses intentions, et qui est très clair à la fois sur la nécessité qu'on a d'accélérer toutes les procédures pour permettre des expulsions plus rapides, c'est-à-dire faire en sorte que...
Les obligations de quitter le territoire.
Personne ne peut comprendre aujourd'hui qu'on vienne sur un plateau de télévision en commentant un fait divers, en disant, telle personne était frappée d'une OQTF, obligation de quitter le territoire, mais il a, pendant ce temps-là, réussi à recommettre un délit parce qu'il n'était pas expulsé. Personne ne peut comprendre cela. Donc on a besoin d'être beaucoup plus efficace. Efficace, ça veut dire quoi ? Ça veut dire accélérer toutes les procédures, simplifier toutes ces procédures, de manière à ce qu'il y ait plus de retours, et être aussi...
Voilà pour la jambe droite de ce texte.
Je ne sais pas, c'est une jambe droite. C'est un moment, je pense, une question de bon sens et d'efficacité. Personne ne peut comprendre que des personnes qui sont délinquantes, qui ne doivent pas rester sur le territoire, puissent quand même y rester. Ça donne un sentiment de faiblesse de notre état de droit, et je pense qu'au contraire, avec le ministre de l'Intérieur, il faut qu'on renforce.
Et qu'en est-il du volet régularisation, éventuellement, de ces personnes sans papier, aujourd'hui, par exemple, qui travaillent dans des secteurs dits en tension, qui ont des métiers comme plongeurs ?
Mais là encore, c'est une question de bon sens. Et les premiers qui nous le demandent, c'est des chefs d'entreprise qui frappent à notre porte, en tant que parlementaires, pour nous est demandé d'aider à la régularisation de personnes qui, aujourd'hui, sont en effet sans papier, mais qui travaillent, qui s'intègrent à la République française, qui s'intègrent à nos valeurs, et dont on a besoin, parce qu'on serait quand même en grande difficulté dans certains secteurs, si nous n'avions pas ces travailleurs, je pense, à l'agriculture, à l'hôtellerie, à la restauration, aux aides à domicile, aux soignants, on a besoin d'eux.
On entend vos arguments, Aurore Berger, ce matin, mais il peine à convaincre, en tous les cas, dans les rangs du parti Les Républicains, et vous avez besoin de ces élus pour faire adopter ce texte. Vous avez lu, comme moi, les propositions formulées par le parti d'Éric Ciotti, emmenées notamment par Olivier Marlex à l'Assemblée nationale, le président du groupe. Vous les avez lues, vous les jugez plutôt intéressantes, vous êtes prêts à en retenir certaines dans votre texte ?
Il y a plusieurs choses. Il y a une proposition d'abord de modification de notre Constitution qui viserait à ce qu'on sorte de la quasi-totalité des traités internationaux.
Déroger le droit européen.
C'est écraser le droit européen, ce qui est à rebours, quand même, de ce que la droite a longtemps prôné. Donc la droite tourne le dos à ces valeurs européennes.
On l'a vu avec EDF, etc.
Mais là, on est sur des valeurs assez fondamentales, donc ça veut dire qu'il y a un vrai choix. Pas question de toucher à ce sujet-là. Je crois que nous, s'il y a bien un ADN extrêmement clair et net de la majorité présidentielle de renaissance du président de la République, c'est l'engagement européen. Donc non, on n'écrase pas les traités européens. Et en plus, c'est une fausse promesse qui est faite aujourd'hui par la droite française. Après, est-ce qu'on peut discuter ? Mais on discutera avec tous les parlementaires de l'arc républicain, à gauche comme à droite. Et ils prendront leurs responsabilités.
Ils diront aux Français, à partir du moment où ce projet doit se reengager, parce que je souhaite vraiment qu'il le soit, si oui ou non, ils veulent rétablir ou pas la double peine. Est-ce qu'ils considèrent que quelqu'un qui est délinquant doit pouvoir rester sur notre sol après une peine de prison ou être reconduit à la frontière ? Nous, nous le souhaitons. Est-ce que oui ou non, ils iront dire aux agriculteurs, écoutez, les personnes que vous employez mais qui sont sans papier et qui travaillent et qui s'intègrent à la République française, elles n'ont pas le droit de rester sur le sol français. Ils iront leur dire clairement à gauche comme à droite.
Moi, je crois qu'on peut avoir une majorité parce que les Français...
Avant l'été, dans quel calendrier ? Parce que les discussions, elles peuvent durer six mois et je ne compte pas depuis une vingtaine d'années le nombre de textes, plus d'une vingtaine sans doute, sur ce sujet-là.
Et puis l'idée, ce n'est pas d'ajouter un nouveau texte. L'idée, c'est de se dire est-ce que oui ou non, grâce à ce texte, on sera plus efficace demain et encore une fois, à la fois efficace sur les reconduites, c'est-à-dire favoriser le retour de ceux qui n'ont pas vocation à rester, mais aussi être au clair avec nos valeurs et donc faire une place pour les métiers en tension, pour celles et ceux qui travaillent déjà en plus en France. Donc, ce n'est même pas faire venir d'autres personnes, c'est déjà régulariser ceux qui travaillent et qui le font aussi parfois dans des conditions qui sont indignes humainement, tout simplement. Donc, c'est deux aspects que nous voulons voir advenir.
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, va évidemment recevoir les différentes forces politiques pour discuter.
François Bayrou dit ce ne sont pas avec les partis que l'on doit discuter. mais plutôt avec l'opinion ?
Oui, enfin, on fait les deux. C'est-à-dire qu'on s'adresse aux Français. Moi, quand je suis avec vous ce matin, je m'adresse à vous mais surtout à celles et ceux qui nous écoutent et qui nous regardent. Mais à la fin, ce sont des parlementaires qui votent. Donc, on a besoin à la fois de convaincre les Français et je crois que sur les questions d'immigration, les Français sont très au clair avec ce qu'ils attendent de nous. Et d'ailleurs, je crois qu'ils attendent les mesures que nous proposons qui sont des mesures d'efficacité, d'accélération et de justice aussi sur ces mesures-là.
Et donc, encore une fois, mettons en responsabilité les partis politiques et qu'ils viennent expliquer sur votre plateau pourquoi la loi que nous proposons ne serait pas une bonne loi, pourquoi les différentes mesures individuellement ne seraient pas efficaces.
Un mot sur votre... sur le sujet du pouvoir d'achat qui concerne... qui est une préoccupation des Français, le partage de la valeur au menu du Conseil des ministres aujourd'hui. Avec ce texte, ce projet de loi, l'idée est d'obliger les petites et les moyennes entreprises à verser des primes quand elles font des bénéfices. La loi ne s'appliquera qu'à partir du 1er janvier 2025.
Alors, déjà, partage de la valeur, c'est-à-dire le partage des profits, tout simplement, au sein de l'entreprise, c'est un accord qui a été trouvé entre les partenaires sociaux. Ça veut dire que les organisations syndicales et les organisations patronales se sont mises d'accord. Donc, c'est-à-dire que c'est possible le dialogue social, il est possible. Mais les syndicats soient allés
beaucoup plus vite.
Un accord a été signé. Le projet de loi
ne s'appliquera pas dans les prochains mois.
C'est elles qui ont demandé à ce que ce soit à partir de 2025. Si maintenant, les organisations patronales et syndicales ouvrent la porte en disant « mettez-le plus vite en œuvre », on sera les premiers heureux de pouvoir mettre plus vite en œuvre des mesures qui, encore une fois, tout simplement, encouragent à la réussite, encouragent au travail et encouragent au partage des profits. C'est-à-dire que quand l'entreprise gagne, il faut que le salarié puisse évidemment y gagner. Un rapport parlementaire
recommandait une mise en application dès 2024.
Moi, je suis totalement en faveur de ça. Moi, juste le parti pris que nous avons eu, c'est de dire à partir du moment où il y a eu un dialogue social, on respecte ce dialogue social. Et donc, on met en œuvre ce que les partenaires sociaux ont acté entre eux. Sinon, il ne faut pas leur demander de dialoguer. S'ils nous disent aujourd'hui qu'on est prêt à accélérer, tant mieux, chiche, allons-y, le plus vite possible, le plus tôt possible, pour que le partage des profits dans l'entreprise puisse arriver plus vite.
On a parlé de ces entreprises petites et moyennes, au-dessus de 11 salariés jusqu'à 50. Pas de mesures supplémentaires contraignantes concernant les super profits, comme l'avait pourtant évoqué le président de la République. Le texte reprend le principe, mais laisse, en quelque sorte, la main à l'employeur, le soin d'apprécier ce que c'est qu'un profit, un super profit. Vous n'auriez pas pu être un peu plus ambitieux sur ce point ?
Encore une fois, je vous le dis, c'est vraiment l'accord que les partenaires sociaux ont trouvé. Et donc, on ne peut pas à la fois leur dire, discuter, négocier, trouver un accord, et puis une fois que vous en avez trouvé un, en fait, on va complètement le changer et on ne va pas vous respecter. Sinon, ça ne donnera pas forcément envie qu'ils se retrouvent autour d'une table. Donc ça, c'est quand même le point de départ. Après, si on peut aller plus loin, moi je suis évidemment favorable à ce qu'on aille plus loin, mais il faut qu'on le fasse en dialogue avec les partenaires sociaux. Ou alors, c'est une totale contradiction, encore une fois,
pas de nouvelles taxations pour les entreprises ?
Mais je crois que l'objet pour les Français, c'est quoi ? C'est d'avoir plus de pouvoir d'achat. Est-ce que fiscaliser plus les entreprises, qui sont déjà très fiscalisées dans notre pays, fera augmenter le pouvoir d'achat des Français ? C'est même plutôt un risque, à long terme, sur l'attractivité du pays, alors que la France a retrouvé une attractivité extrêmement nette, qu'on est le premier pays européen où les investissements étrangers se dirigent. Donc, la question, c'est plus le partage des profits dans l'entreprise que de dire qu'on va venir renflouer les caisses de l'État avec de la fiscalité supplémentaire.
Moi, je préfère qu'il y ait plus d'emplois, des emplois mieux rémunérés, parfois des baisses de prix, ce qu'on avait fait de manière très nette avec Total notamment, c'était qu'il y ait un accord qui permette à la fois que les salaires soient augmentés au sein de l'entreprise et que les Français payent moins leur carburant. Ça, c'est gagnant-gagnant pour les Français employés et consommateurs. Et je pense que c'est plus important, plus pertinent, plus utile que d'alourdir encore notre fiscalité.
Un mot encore sur cette question du pouvoir d'achat. Vous proposez avec les groupes parlementaires de la majorité de prolonger le bouclier loyer, un dispositif qui empêche en quelque sorte les propriétaires d'augmenter. Et donc, cette proposition de loi définira un plafond en quelque sorte. Est-ce que ce texte aura une majorité et à quelle échéance aussi il sera voté ?
Très vite, parce qu'on a mis en place il y a un an un dispositif qui plafonne la hausse. Ça veut dire qu'on n'interdit pas aux propriétaires d'augmenter, mais on dit dans une période qui est une période extrêmement sensible d'inflation, où on le sait à quel point le logement pèse énormément sur le pouvoir d'achat des Français, c'est 20% en moyenne, mais ça peut être beaucoup plus pour certains ménages et parfois beaucoup trop, on ne peut pas se permettre d'avoir des loyers qui vont augmenter de 5, de 10, de 15%. Non, non, non. On veut que ce soit voté dès la semaine prochaine pour garantir que ce dispositif puisse être recondu dès la fin du mois de juin.
Et l'idée, c'est de plafonner à la fois la hausse pour les loyers des particuliers, mais je le dis aussi pour nos artisans et nos commerçants, parce qu'eux aussi ont été en première ligne pendant la crise, on les a largement soutenus, largement aidés. Eh bien, il faut que les mesures, les deux mesures existent, à la fois plafonnement de la hausse pour les artisans, pour les commerçants, les beaux commerciaux, mais aussi évidemment pour les loyers
des particuliers. C'est une mesure qui ne coûte pas cher pour les finances publiques. C'est une mesure utile
pour le pouvoir d'achat des Français.
Dans 15 jours, Aurore Berger, il y aura une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites avec un front syndical toujours uni. C'est inquiétant, cette résistance qui dure dans le temps, finalement.
Mais je peux comprendre, évidemment, que les syndicats soient cohérents. Les syndicats ont toujours dit qu'ils étaient contre la mesure d'âge et donc le passage de 62 à 64 ans. Donc, évidemment, les syndicats continuent à s'y opposer. Mais ils reviennent autour de la table. Ils reviennent autour de la table. Et c'est ça qui est important. Ils sont revenus autour de la Première Ministre. On les a nous auditionnés à l'Assemblée Nationale dans le cadre du partage des profits.
Donc, ça veut dire que le dialogue avec les partenaires sociaux, même s'il y a ce point de désaccord qui persiste et qui est important, je ne le néglige pas, ça veut dire qu'on arrive quand même à parler d'autres choses parce qu'avec eux, on doit pouvoir parler de l'emploi des seniors, d'égalité salariée entre les femmes et les hommes, le travail des personnes en situation de handicap. Je crois que c'est ces sujets-là qui sont plus importants, honnêtement, qu'une réforme qui, encore une fois, a été définitivement adoptée et promulguée.
Ce que l'on comprend ce matin, c'est que vous ne souhaitez plus parler de ce sujet dans l'enceinte de l'hémicycle.
En parler, on peut. En parler, on peut. Moi, je suis prête à répondre à toutes les questions et je continuerai à défendre cette réforme parce que je persiste à penser qu'elle est la seule possible.
Sur la proposition de loi du groupe Liot, Aurore Berger, vous m'avez compris, est-ce que ce texte sera examiné le 8 juin prochain ou est-ce que vous allez utiliser la procédure qui le permet éventuellement parlementaire pour empêcher cet examen ?
On a l'impression qu'on ferait des manœuvres pour empêcher un débat. La seule chose que nous disons les trois groupes de la majorité présidentielle, c'est qu'on souhaite faire respecter l'état de droit, faire respecter notre constitution. Ce qui est quand même un peu normalement la mission des parlementaires que de respecter la constitution. Et de manière flagrante, on a une proposition...
Vous savez que sur les propositions de loi, il y a un flou ou un usage ou une coutume, je dirais.
Oui, non mais très bien. Mais moi, je ne vais pas faire un cours de droit constitutionnel ce matin. Ce qui est certain, par contre, c'est qu'on a une proposition de loi qui est en train de mentir aux Français de manière flagrante. Mentir aux Français parce qu'ils savent pertinemment que même si cette proposition était adoptée à l'Assemblée nationale, elle ne le serait pas au Sénat, qu'elle n'entrera jamais en vigueur. On est en train de créer de la confusion dans l'esprit des Français. Oui, on a une réforme des retraites qui demande un effort aux Français, mais qui est aussi assez juste dans la manière avec laquelle elle répartit cet effort. Cette réforme a été promulguée.
Cette réforme va entrer en vigueur. dès septembre prochain. Cette réforme ne va pas être abrogée. Elle ne sera pas annulée. Elle peut continuer à être contestée et je peux comprendre encore une fois que cette contestation existe, mais elle ne sera pas abrogée parce que sinon, ça nous coûterait 15 milliards d'euros supplémentaires et qu'ils nous disent à qui ils prendraient ces 15 milliards. Est-ce que c'est aux retraités actuels ou on baisse les pensions ou est-ce que c'est pour les Français ou on baisse leur pouvoir d'achat ?
Un mot sur la feuille de route de la Première ministre Elisabeth Borne. On parlait des 100 jours. On est maintenant à mi-parcours. Vous estimez que la moitié du chemin a été bien fait ? Déjà, le bilan semble bon à vos yeux.
En tout cas, moi, je n'ai pas l'impression qu'on est chômés et on a continué à démontrer qu'on pouvait réformer le pays sur la question énergétique, énergie renouvelable, nucléaire, sur la préparation des Jeux Olympiques, sur les enjeux de pouvoir d'achat et de protection des Français, sur des propositions que nous avons portées, nous aussi, en tant que parlementaires, sur la lutte contre les squats, par exemple, sur la grande distribution pour essayer d'avoir des rapports de force plus équilibrés.
Bref, on travaille et on arrive à avoir des majorités puisque nos textes, à part les textes budgétaires, à chaque fois, on a obtenu des majorités, ce qui n'a rien d'évident dans la nouvelle configuration qu'on connaît.
Merci beaucoup, Aurore Berger, d'être venue sur le plateau d'LCI.
Aurore Bergé