G7, Versailles, un “moment Macron” ? - L’édito de Yaël Goosz
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Tout de suite, l'édito de Y.Goosz.
Une semaine qui fera date pour la France. Dernier G7 à Evian. La diplomatie version château de Versailles.
Vient-on de vivre un moment Macron? - Y.Goosz: "Mon bon monsieur, apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute." Du lac Léman à la galerie des Glaces, c'est la diplomatie du renard.
E.Macron a voulu épater D.Trump, si sensible à tout ce qui brille.
Trois jours de flatterie calculés pour ramener le corbeau, l'aigle américain, dans le nid transatlantique. E.Macron se filme et rend compte en mode selfie.
Séance photo avec le chancelier allemand. C'est l'Elysée qui fait ça. Shooting avec G.Meloni. ... - Y.Goosz: Et ce tube de 1989 pour D.Trump, "Love is a Long Road". - M.Bouhafsi: Vous avez l'air de prendre ça à la légère, comme si c'était seulement une affaire de communication. - Y.Goosz: Le faire savoir compte autant que le savoir-faire.
Regardez comment E.Macron s'adresse à nous très tard le soir au début du G7. - E.Macron: Nous sommes à Evian.
Tous ensemble, nous allons essayer d'avancer sur les grands sujets. On va parler de l'Ukraine. On recevra Zelensky pour essayer de conforter notre soutien à l'Ukraine. - Y.Goosz: 48 heures après, il nous dit ce qu'il a obtenu. - E.Macron: Je voulais vous rendre compte de ce G7.
Nous avons tous soutenu l'accord conclu entre les Etats-Unis et l'Iran. L'autre grand accord de ce G7, c'est le soutien à l'Ukraine. - Y.Goosz: On est en pleine nuit.
D.Trump a demandé une imprimante. Il signe sur la nappe le protocole d'accord avec l'Iran.
Effet Versailles? - Y.Goosz: Je reviens à la fable.
Que disait D.Trump en arrivant au G7 avec ses homologues? - Y.Goosz: Rires dans l'assistance...
Rires polis et rires ironiques. Et si le boss était son hôte français? Quand tout le monde fait corps autour de Zelensky et de l'Ukraine bombardée, sauf Trump qui fait les 100 pas à l'écart mais finira par signer le communiqué en soutien à l'Ukraine. - M.Bouhafsi: Certains ont critiqué une débauche de moyens et de flatteries. - Y.Goosz: Est-ce que le jeu en vaut la chandelle?
Oui, si on est constant. - E.Macron: Si je n'avais pas tenu de manière constante mes positions durant les derniers mois, vous pourriez avoir un doute sur les rapports de force.
For sure. - Y.Goosz: Mais sans certitude que Trump ne changera pas d'avis.
Il ne testera pas les vins français dégustés à Versailles. La popularité d'E.Macron dans tout ça?
Les historiens, voire les romanciers, s'accorderont au moins sur un point: E.Macron maîtrise la mise en scène. - M.Bouhafsi: N.Beytout, vous dirigez "L'Opinion".
L.Hausalter, vous êtes journaliste politique au "Figaro". Hier soir, en répondant à C.Roux, E.Macron s'est félicité de ce G7 en parlant d'un "moment Evian".
Il a raison? - N.Beytout: Oui, c'était un bon G7.
C'est un bon G7 pour E.Macron qui en a été le chef d'orchestre. Il n'y a pas eu d'anicroches.
Pas de manifestations non plus. En tout cas, rien d'excessif. Il a été servi par la chance et la concordance des temps.
La paix avec l'Iran lui a permis de revendiquer, d'attraper une partie de ce moment d'histoire et de le transporter à Versailles. C'était un bon G7 parce que les Européens, pour une fois, étaient vraiment unis. L'ensemble des participants au G7, les Canadiens et les Britanniques, étaient vraiment unis.
Dans les circonstances actuelles, la guerre en Iran, la crise économique, les puissances de la tech qui s'affrontent, c'était pas gagné. - M.Bouhafsi: On lit partout que c'était un moment Macron. - N.Beytout: C'était un moment macron parce qu'il était le chef d'orchestre.
Il a eu l'intuition pour retenir ce Trump qui est imprévisible...
Une fois, il était parti au milieu d'un sommet. - M.Bouhafsi: C'était au Canada. - N.Beytout: Il était parti parce que ça l'embêtait.
Là, quand il arrive à Versailles, il dit: "C'est de l'or, pas du toc." - A.Bégot: Est-ce que c'était nécessaire, toute cette com'? - N.Beytout: Je ne crois pas. - A.Bégot: C'était visiblement satisfaisant. - N.Beytout: Il n'avait pas besoin d'en faire autant.
Je trouve que ça banalise un peu la fonction. Pardon, mais arriver à un sommet comme ça, c'est pas italiano ou du rock...
Toutes ces fonctions présidentielles ont été beaucoup dévalorisées, entre autres par les réseaux sociaux et par ce que font les puissants eux-mêmes de leur pouvoir et la caricature que ça peut donner. - M.Bouhafsi: On dit souvent que la France est déclassée.
Avec ce G7 à Evian et la signature de cet accord entre les Etats-Unis et l'Iran à Versailles, est-ce que la France est revenue dans la cour des grands? - L.Hausalter: C'est la vraie question de fond que posent toutes les images vues cette semaine.
Est-ce que la diplomatie française n'est bonne qu'à avoir des décors chics? Versailles, c'est chic. Le grand hôtel d'Evian, c'est chic.
Est-ce que la France, c'est uniquement des beaux décors et un passé prestigieux qui permet d'amadouer le président des Etats-Unis pour que ça se passe chez nous mais sans nous? Même l'imprimante qui imprime l'accord n'est pas française! - Y.Goosz: M.Rubio est allé la chercher. - L.Hausalter: C'est ce que disent les sources, y compris françaises.
Est-ce qu'on est juste des spectateurs et des hôtes de tout ce qui se passe sur le plan politique? Est-ce que nous avons une influence? La réponse est entre les deux. "La France est une puissance moyenne", comme disait Giscard d'Estaing.
E.Macron a dit: "Nous sommes une puissance facilitatrice. Nous cherchons les compromis." Nous ne sommes pas les médiateurs entre les Etats-Unis et l'Iran.
Nous ne sommes pas les facilitateurs de paix dans ce qui se passe au Moyen-Orient. - M.Bouhafsi: C'est pour le symbole? - L.Hausalter: E.Macron a su utiliser le prestige et le décorum français pour que la France soit quand même un peu dans la scène internationale.
Ca compte. Il a été vu que son action dans la présidence du G7 a permis de marquer des points.
Emmanuel Macron