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interviewBFMTV· 14 octobre 2022 21 min

Face-à-Face : Yannick Jadot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Présentateur

Il est 8h33 sur RMC et BFM TV. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Merci d'être dans ce studio ce matin pour répondre à mes questions. Vous êtes député européen, vous êtes l'ancien candidat Europe Écologie-Les Verts à la présidentielle. On n'a jamais autant parlé d'écologie, on n'a jamais autant tous voulu le plus possible être écolo. On va bien sûr parler d'énergie, de sobriété. Mais d'abord quand même, dans quel état est votre parti ?

0:33
Yannick Jadot

Écoutez, on est mobilisé. Vous savez, au Parlement européen, à la dernière session plénière, la dernière fois que nous avons voté, nous avons obtenu un texte pour stopper la déforestation en Amazonie et en Indonésie. Nous avons obtenu un texte sur le revenu minimum européen. 20 millions de travailleurs.

0:53
Présentateur

Je ne sais pas que vous ne travaillez pas. Si, c'est ça le sujet.

0:55
Yannick Jadot

C'est ça notre sujet. Nous nous battons pour interdire les importations de produits issus de Chine, notamment issus du travail forcé. Nous sommes en train de nous battre pour avoir un vrai système énergétique européen. qui nous supprime la dépendance au gaz russe et qui permet de développer les énergies renouvelables et surtout d'investir pour que, collectivement, on consomme moins d'énergie dans nos logements. Combien de millions de Français vont avoir froid cet hiver ? Combien vont devoir choisir entre manger, se chauffer, se déplacer ? Eh bien, c'est ça le travail des écologistes.

Et il y a encore deux jours, les parlementaires à l'Assemblée nationale ont fait de grandes propositions, justement à la fois pour protéger le climat quand on voit l'ouragan rial.

1:43
Présentateur

– Je ne vous demande pas de comprendre ma question.

1:45
Yannick Jadot

– Oui, mais c'est ça.

1:45
Présentateur

– Vous le savez très bien. – Oui, mais moi j'entends les polémiques. – C'est évident qu'on va parler de votre… – Mais c'est pas moi qui les crée, les polémiques.

1:51
Yannick Jadot

– Mais je ne vous dis pas que c'est vous qui les créez. Je vous dis ce que nous faisons dans la réalité. Dans nos villes, à la métropole de Lyon, un grand plan sur les transports collectifs, sur le vélo pour les jeunes, sur le logement social. Nous tenons tous les bouts, malgré les difficultés des collectivités locales financières. On maintient l'objectif de bien manger dans les cantines et de ne pas augmenter les tarifs. Donc nous sommes en action permanente, et bien à nous de mieux communiquer, peut-être, sur ce que nous faisons au service des Françaises et des Français, au service des Européens et au service du climat.

2:26
Présentateur

– La politique c'est aussi un parti, vous le savez mieux que personne, Yannick Jadot, puisque vous avez fini par gagner la primaire au sein de votre parti. Si vous le savez bien, ça fonctionne aussi par un parti, ce parti Europe Écologie Les Verts. Aujourd'hui, il est en crise. Le patron d'Europe Écologie Les Verts est en retrait, Julien Bayou. Il a été accusé par Sandrine Rousseau, qui était arrivée deuxième à ces fameuses primaires des Verts. Et on a quand même l'impression que, finalement, chez les Verts, on n'a jamais aussi peu parlé d'écologie. Alors certes, vous nous dites que sur le terrain, les parlementaires le font.

Mais enfin, on nous parle, les écolos, nous parlent depuis la rentrée, du sexe du barbecue, de la question des violences au sein du parti. C'est terrible quand même, non ?

3:04
Yannick Jadot

– Vous savez, ce qui est certain…

3:06
Présentateur

– Enfin, vous pouvez dire que ça n'existe pas, vous pouvez me répondre.

3:08
Yannick Jadot

– Je n'ai pas dit que ça n'existait pas. Ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, je crois, les Françaises et les Français ont subi dans leur chair les effets du dérèglement climatique. Et vous montrez sur BFM comme ailleurs ce qui se passe sur l'ouragan en Floride. On sait la sécheresse et les difficultés pour nos agriculteurs. On sait tous les effets de la crise climatique, de la crise…

3:33
Présentateur

– Le choc de conscience, c'est vous qui avez utilisé cette expression, et il est là.

3:36
Yannick Jadot

– Et je pense que les Françaises et les Français, aujourd'hui, regardent le spectre politique pour savoir qui va répondre de manière sérieuse, qui va faire en sorte qu'à la fois on protège notre avenir sur le climat, que ça se fasse sans laisser personne au bord de la route, et au contraire, que ça se fasse dans la justice sociale. Et est-ce que ce sont nos entreprises qui sont au cœur de cette révolution économique ? Eh bien c'est ce que nous devons donner à voir, c'est ce sur quoi nous devons obtenir l'adhésion des Françaises et des Français.

Moi je regrette parfois les polémiques, parce qu'à la fois elles servent d'alerte, mais au moment où, au fond, on a tellement raison, au moment où nous sommes prêts, au moment où on doit travailler avec les entreprises, avec les syndicats, avec les citoyens, les associations, les intellectuels, les chercheurs, pour emmener l'ensemble de la société, c'est sûr qu'on ne doit pas les diviser, on ne doit pas donner l'impression qu'au fond, l'écologie, ce sont des polémiques, c'est de la division, et que finalement, c'est sûr qu'on ne sera jamais majoritaire dans ces cas-là.

4:38
Présentateur

Il y aurait les gentils d'un côté, qui renoncent à manger de la viande, qui ne sont pas les hommes à côté du barbecue, si je résume un peu la pensée, notamment exprimée par Sandrine Rousseau, qui est quand même une des voix aujourd'hui, d'Europe Écologie et Les Verts, et puis il y aurait les gentils de l'autre.

Mais il n'y a pas que des polémiques, pardon, j'y reviens quand même, Yannick Jadot, il y a quand même un homme qui, aujourd'hui, se dit à terre, a été obligé de se remettre, de se mettre en retrait de ses fonctions de président du parti, enfin secrétaire général d'Europe Écologie-Les Verts, qui ne parle plus que par la voix de son avocat et qui fait dire par la voix de son avocate qu'il est anéanti. Qu'est-ce qui s'est passé ? D'abord, il est accusé de quoi, pardon, mais il est accusé de quoi, Julien Bayou ?

5:19
Yannick Jadot

Je ne sais pas. C'est pour ça qu'il faut laisser les structures que nous avons mises en place. On a une cellule d'écoute, on a été le premier parti.

5:29
Présentateur

Enfin d'écoute, mais qui n'écoute pas, puisque visiblement, il dit qu'il a demandé à être entendu.

5:33
Yannick Jadot

Vous avez raison, mais dans le principe des cellules d'écoute...

5:37
Présentateur

Ça ne porte pas bien son nom.

5:38
Yannick Jadot

Attendez, dans le principe des cellules d'écoute sur les violences sexistes et sexuelles, la personne potentiellement incriminée est la dernière qui est écoutée. On entend d'abord les victimes avant d'écouter la personne incriminée, qui évidemment, c'est la logique du contradictoire, doit pouvoir se défendre. Là, vous avez raison, c'est qu'on voit bien qu'à la fois, la justice pénale. Et là, de ce point de vue-là, le ministre de la Justice, Dupond-Moretti, a tort de se satisfaire de la justice pénale.

Quand vous avez, dans notre pays, on estime, 95 000 viols et tentatives de viols par an, par an, 95 000, et que vous avez 800 condamnations, on ne peut pas satisfaire du fonctionnement actuel de la justice. Quand deux tiers des victimes des féminicides étaient des personnes, des femmes, qui avaient eu recours à la police ou à la justice, on ne peut pas se satisfaire de notre système de justice. Donc l'objectif impérieux, c'est de toujours centrer le débat sur la protection des femmes, le combat contre les violences sexuelles et sexistes. Les partis politiques ont une responsabilité particulière, et il faut de la déontologie. Là encore, le ministre de la Justice a tort.

Tout le monde est content quand le Conseil de l'Ordre des médecins s'intéresse aux pratiques de Didier Raoult, pour dire qu'il est en infraction, en violation de la déontologie.

7:04
Présentateur

En fait, votre cellule d'écoute, c'est une forme d'ordre de conseil de l'Ordre ?

7:09
Yannick Jadot

C'est-à-dire que ça doit être plus fort que la justice. Regardez quand il y a eu l'affaire Cahuzac, en 2012. Un an après, on avait mis en place le parquet national financier. On avait mis en place un office central contre la corruption et la haute autorité pour la transparence de la vie publique. Eh bien, c'est la même révolution qu'on doit opérer autour des violences faites aux femmes. Et là, vous avez raison. C'est qu'à partir du moment où on met en place une cellule d'écoute, on doit attendre le travail qui a été fait, qui est forcément long. Ça ne peut pas se faire en une semaine. Ce n'est pas vrai. Sinon, ce serait un travail bâclé. Donc, ça prend du temps.

Et il faut attendre les recommandations de cette cellule avant de prendre des décisions qui peuvent relever de la justice, très bien, et qui peuvent relever aussi, parfois, de sanctions politiques.

8:10
Présentateur

Donc, Yannick Jadot, je vous demande de quoi est-ce qu'il est accusé ou de quoi il est coupé.

8:14
Yannick Jadot

Vous dites « je ne sais pas ». C'est pour ça que je dis qu'il faut laisser travailler la cellule.

8:17
Présentateur

Mais vous dites aussi qu'il doit se mettre en retrait. Donc, vous ne savez pas pourquoi, mais il doit se mettre en retrait ?

8:21
Yannick Jadot

C'est qu'à un moment donné, si vous voulez, à partir du moment où il a été mis en retrait du groupe écologiste à l'Assemblée nationale. Mais devait-il le faire ? Il me paraît… Il y a eu une forme de sanction… Enfin, c'est-à-dire qu'on a… La décision a été faite pour donner de la sérénité à la cellule d'écoute, mais ça apparaît comme une sanction. Et là, vous avez raison, c'est que cette sanction-là, elle n'est pas normale. À partir du moment où la cellule n'a pas rendu son travail, on n'a pas à sanctionner quand il n'y a pas de dépôt de plainte, quand on ne sait pas de quoi la personne, au fond, est soupçonnée ou accusée et que cette personne n'a pas pu se défendre.

8:58
Présentateur

Donc, il n'aurait jamais dû être mis en retrait ?

9:01
Yannick Jadot

Il ne devrait pas être sanctionné. Il peut y avoir à un moment donné, encore une fois, pour la sérénité des débats, une sorte de mise en retrait qui n'est pas une sanction, qui n'est pas une démission, qui n'est pas une exclusion. Mais là, on voit dans le jeu médiatique, ça a été une sanction. Mais pardon, ce n'est pas du tout un jeu médiatique ? Elle n'est pas juste.

9:20
Présentateur

Mais non, si on pouvait parler... Non, mais attendez, ce n'est pas un jeu médiatique, c'est un jeu politique. C'est-à-dire que la parole n'a pas été médiatique, la parole a été politique. C'est par la voix de Sandrine Rousseau.

9:30
Yannick Jadot

Non, mais attendez, je ne veux pas faire l'ensemble de la matinale là-dessus, si vous le voulez bien. Je l'ai dit. Moi, je veux bien vous dire, c'est quand même le patron de votre parti qui se retrouve aujourd'hui exclu à terre. Mais j'ai répondu, j'aimerais bien qu'on parle du pouvoir d'achat des Français, de la crise énergétique, de ce qui se passe en éthane, de ce qui se passe en éthane. Non, mais vous êtes un peu culotté. Non, mais vous ne pouvez pas me dire, madame, vous ne pouvez pas me dire non plus, votre parti ne parle pas aujourd'hui alors que les Françaises et les Français sont convaincus de l'action qu'on va avoir.

9:59
Présentateur

Moi-même, comme journaliste, mais vous tous, comme politique, on n'a jamais autant parlé d'écologie. Mais là, on a quand même une situation humaine qui, vous le reconnaîtrez, est quand même aiguë, sociale.

10:07
Yannick Jadot

Je l'ai dit, j'ai répondu. Moi, bien sûr, il y a cette situation humaine que vous évoquez, mais je ne veux pas, je refuse qu'on perde de vue la situation humaine que vivent des centaines de milliers de femmes chaque année, victimes de viol ou de tentatives de viol, de violences conjugales ou de harcèlement quel que soit leur lieu, que ce soit dans la rue ou au travail. Donc, pensons et agissons pour ces femmes. Maintenant, si on pouvait parler…

10:37
Présentateur

S'il est innocenté, il pourra revenir.

10:39
Yannick Jadot

Pour vous, si on va jusqu'au bout de la logique, il faut qu'il se… C'est évident, c'est évident.

10:43
Présentateur

Est-ce que c'est écolo de mettre un col roulé ? Ça, c'était aussi une des nouvelles actions, ou en tout cas mobilisation, exemple donnée par le gouvernement, en l'occurrence par Bruno Le Maire, qui nous dit qu'il faudrait mettre un col roulé pour ne pas avoir à monter le chauffage. Est-ce que tout ça, tous ces petits gestes… Alors, on a parlé du fait de mettre un col roulé, de mettre une doudoune avec la Première ministre, de ne plus utiliser le sèche-linge ? Ça, c'était un des députés Renaissance. Est-ce que tout ça, vous vous dites « Ok, c'est bien, on coche les cases ».

11:08
Yannick Jadot

Bien sûr qu'il faut le faire. Que la chasse au gaspille, c'est une évidence qu'on retrouve un peu de bon sens de nos aïeux. Enfin, je veux dire, nos aïeux, ils gaspillaient pas la nourriture. Ils mettaient un couvercle quand vous faites bouillir de l'eau. On ne chauffait pas les pièces qu'on n'occupe pas. Donc, il faille retrouver ce bon sens, c'est une évidence. Qu'il y ait de la sobriété individuelle par nos comportements, c'est une évidence. Le problème que j'ai avec les déclarations de Bruno Le Maire ou des autres responsables de la majorité, c'est que leur responsabilité, c'est pas simplement de recommander les écogestes, c'est de mettre en place la sobriété collective.

11:50
Présentateur

C'est quoi la sobriété collective ?

11:52
Yannick Jadot

Par exemple, on a un bouclier tarifaire qui va coûter aux Français 45 milliards d'euros l'année prochaine. 45 milliards d'euros.

12:01
Présentateur

Enfin, qui va coûter aux Français à terme, mais qui à court terme va leur faire économiser quand même sur leur facture.

12:06
Yannick Jadot

Oui, mais c'est un bouclier tarifaire qui coûte 45 milliards. Vous avez 2,4 milliards uniquement sur la rénovation des logements. La sobriété collective, c'est permettre aux Français, notamment les millions et les millions qui vont avoir froid cet hiver, qu'il y ait un programme d'isolation de leur logement. Ça crée de l'emploi d'artisans, on en a sacrément besoin. Ça crée de l'emploi sur nos territoires. Le logement, c'est 45% de nos consommations d'énergie. Et ce gouvernement continue de mépriser, de sous-investir sur ce qui devrait être la priorité des priorités, le soutien à la rénovation du logement. Deuxième chose, je parlais de justice sociale.

Sur tous ces milliards, ces dizaines de milliards, il y a simplement 1,6 milliard qui va sur le chèque énergie, sur les populations les plus vulnérables. C'est-à-dire qu'en fait, aujourd'hui, on dépense beaucoup d'argent, mais parfois, on dépense beaucoup d'argent pour des personnes qui ont un 4x4, qui bénéficient deux fois plus de la protection sur les carburants que les personnes qui ont une Twingo et qui doivent faire 30 bornes pour aller bosser.

13:16
Présentateur

Mais est-ce qu'il faut aller plus loin carrément dans l'interdiction d'un certain nombre d'appareils, voire même de véhicules qui seraient extrêmement consommateurs d'énergie ? Je reprends votre exemple du sèche-linge, enfin notre exemple, l'exemple de cette semaine donnée par Gilles Legendre qui dit « Ah bah moi, avec ma femme, voyez, on a décidé désormais d'étendre le linge et de ne plus utiliser le sèche-linge ». Est-ce qu'il faut carrément aller plus loin et pas juste dire aux Français « Pendant quelques temps, le sèche-linge, vous le débranchez » pour ceux qui ont la chance d'avoir un sèche-linge, mais carrément, on interdit la vente de sèche-linge ? On gèle tout ?

On interdit la vente de sèche-linge ? On interdit la vente de sèche-cheveux ?

13:49
Yannick Jadot

Non, ce n'est pas ça. Pour moi, ce n'est pas ça. Un, on ne peut pas demander d'effort. Au contraire, il faut aider, encore une fois, les 15 millions de Français qui vont avoir froid cet hiver. Et celles et ceux qui sont percutés par la hausse des prix de l'alimentation, on est autour de 15% sur un caddie de 100 euros. Il y a un an, il coûtait 100 euros, aujourd'hui, il coûte 115. On sait, et sur votre antenne, vous en avez parlé, à quel point les gens souffrent pour acheter un paquet de pâtes, pour acheter une mode de beurre.

14:19
Présentateur

C'est aujourd'hui le 30 du mois, et on avait tout à l'heure le témoignage sur RMC de cette femme qui disait « Je me suis fait une fleur, j'ai acheté deux steaks hachés à 30% et elle va les garder pendant 4 jours, elle va prendre un demi-steak haché chaque jour ».

14:31
Yannick Jadot

Donc, il faut agir. D'où le débat sur la hausse des salaires, d'où le débat sur, évidemment, comment on soutient ces familles, les chèques qui permettent, encore une fois, d'alléger les difficultés. Mais, encore une fois, la priorité des priorités de ce gouvernement, ça n'est pas de nous expliquer la vie à la maison. Quand vous avez le patron de la SNCF, le patron de la SNCF, qui dit « Moi, j'ai absolument besoin de 100 milliards. Si on veut offrir des transports collectifs, c'est une façon de réduire nos consommations d'énergie, de protéger notre pouvoir d'achat, de se déplacer ». – Ça lui a refusé ? – Eh bien, 100 milliards, il demande, le gouvernement lui donne 300 millions.

Pour les franciliens qui savent à quel point c'est difficile aujourd'hui de se déplacer, on a près de 20 RERC qui sont supprimés par jour parce qu'on n'entretient pas les lignes et surtout, il n'y a plus personne pour les conduire. Et je ne parle pas du RERB et je ne parle pas de ce qu'on appelle les lignes du quotidien.

15:30
Présentateur

– Donc, on nous dit qu'on les transports en commun, mais en effet, c'est difficile.

15:32
Yannick Jadot

– La responsabilité du gouvernement, ce n'est pas simplement de faire croire aux Français que la crise que nous traversons, c'est juste un hiver et après tout ira bien. On le voit, le dérèglement climatique, on le voit. La dépendance aux énergies fossiles, c'est une catastrophe. Et donc, il faut investir structurellement pour protéger les Français.

15:49
Présentateur

– Investir structurellement, mais une des réponses du gouvernement, c'est aussi d'investir dans le nucléaire. Si vous aviez été élu président de la République, comment vous feriez aujourd'hui avec cette crise ? Vous seriez comme l'Allemagne à devoir allumer toutes les centrales à charbon ?

16:01
Yannick Jadot

– Alors, vous savez qu'y compris, si l'Allemagne rallume des centrales à charbon et maintient deux réacteurs nucléaires potentiellement en activité, c'est pour fournir l'électricité à la France, qui est en déficit absolu, parce qu'il y a la moitié de ces réacteurs qui sont en vrac.

16:16
Présentateur

– Qui sont en vrac, mais ça veut bien dire que la réponse, en tout cas à court terme, ce sera de rallumer ces réacteurs. Avec vous, c'était interdiction du nucléaire, en sortie du nucléaire.

16:23
Yannick Jadot

– Mais non, attendez, ce n'est pas interdiction du nucléaire. – Je vais reprendre exactement vos mots.

16:27
Présentateur

– Fermeture d'une dizaine de réacteurs d'ici 2035, sortie totale et définitive du nucléaire en 2040.

16:32
Yannick Jadot

– Vous savez, fermer 10 à 12 réacteurs nucléaires d'ici 2035, c'est la loi française. – Oui, mais vous savez bien qu'elle va être… – Non, mais attendez, ça a été voté par l'Assemblée nationale. – Oui, mais elle est caduque. – Le président considère qu'elle est caduque. Mais ce que je veux dire, c'est que c'est la loi française, ce n'est pas les écologistes qui l'ont votée, puisque c'est la loi française. – Aujourd'hui, on dépend du nucléaire pour notre électricité. Demain, on dépendra du nucléaire pour notre électricité.

Et c'est pour ça que, moi, je veux qu'on investisse dans la sécurisation et l'entretien de nos réacteurs, puisqu'ils tombent en panne, puisqu'il y a de la corrosion, ils deviennent dangereux parce qu'ils vieillissent. La seule question qu'on doit se poser pour après-demain, pour après-demain, c'est est-ce qu'on investit sur le nucléaire, sur le nouveau nucléaire, qui est très très cher ? Vous savez que l'EPR de Flamanville, c'est 15 ans de retard, 17 milliards du surcoût. Est-ce qu'on investit là-dessus ?

Ou est-ce que, comme les autres grands pays, notamment les grandes démocraties, on investit sur les économies d'énergie, j'en ai parlé, et sur des énergies renouvelables qui sont moins chères ? C'est le pari que je veux pour la France. Ça mettra 20 ans, 25 ans, 30 ans pour se réaliser. Donc ça n'est pas demain. J'ai bien la préoccupation majeure que les Françaises et les Français ne souffrent pas de coupures d'électricité. Vous auriez peut-être un tout petit peu... S'il y a des coupures d'électricité, madame, cet hiver...

17:57
Présentateur

...accepter davantage de nucléaire.

17:58
Yannick Jadot

S'il y a des coupures d'électricité cet hiver, ça sera lié à l'état dramatique de notre parc nucléaire. Ne nous trompons pas. Quand j'entends les pro-nucléaire venir sur vos plateaux expliquer que si on a un problème de nucléaire dans notre pays, c'est à cause des écologistes, c'est quand même un peu... Vous pensez à Jean-Marc-Jean Cobissier. Non, mais c'est un peu caricatural, si vous voulez, de considérer que c'est les écologistes qui font que les réacteurs nucléaires, ils sont en vrac, qu'ils ont de la corrosion. Non, évidemment, ce n'est pas à cause des écologistes qu'on a un EPR qui est en difficulté à Flamanville.

Donc moi, ce que je veux, c'est que le grand pari énergétique de notre pays, qu'il soit un grand pari industriel, ça ne soit pas un nucléaire trop cher, qui arrivera trop tardivement. Les nouveaux réacteurs, c'est pour 2040, 2045. Je veux que, comme tous les autres pays européens, on soit à l'avant-garde de l'emploi, de l'industrie, de l'innovation, mais sur les énergies renouvelables, parce qu'aujourd'hui, ce sont les seules énergies d'avenir.

18:54
Présentateur

C'est au niveau de l'Europe que ça se passe. Alors, je le rappelle, vous êtes député européen, il y a cette réunion des ministres de l'énergie aujourd'hui à Bruxelles. Vous attendez de l'Europe que désormais, il y ait même presque une forme d'Europe de l'énergie ?

19:05
Yannick Jadot

Bien sûr, bien sûr. Il nous faut absolument cette Europe. Il faut qu'aujourd'hui, on puisse acheter du gaz ensemble, qu'on ait un acheteur commun. Est-ce qu'il est normal que l'Europe paye beaucoup plus cher son gaz que l'Asie ? On est soumis à la pression de Poutine, on le sait bien. Il faut découpler, vous savez que, on ne va pas rentrer dans les explications trop techniques, mais aujourd'hui, le prix de l'électricité, il est indexé sur le prix du gaz. Et donc, on se retrouve à devoir vendre notre électricité en dessous, très nettement.

Bien sûr, on a des trous d'électricité, de production électrique, qui peuvent être, que ce soit d'ailleurs les renouvelables ou même le nucléaire, qui sont beaucoup moins chers que le gaz, et on doit payer le prix du gaz. C'est aberrant.

19:45
Présentateur

Mais ça fait de moins que tout le monde en parle, qu'il faut découpler ces prix-là.

19:50
Yannick Jadot

C'est aberrant, vous savez, moi, ça fait depuis, avant même la guerre, puisqu'on avait déjà des hausses de prix de l'énergie, j'ai dit qu'il faut arrêter cette aberration. Malheureusement, au niveau européen, ça prend trop de temps. Mais si nous voulons, y compris face à l'invasion et aux atrocités russes, si nous voulons une Europe unie, ce n'est pas simplement une Europe unie dans la défense de la démocratie, en Ukraine, contre l'impérialisme de Poutine, qui veut combattre l'Occident et ses valeurs. On y arrivera à être unis que si on protège les plus vulnérables d'entre nous face à ces hausses des prix.

Parce que sinon, vous voyez bien comment l'extrême droite dit « Ah ben, il faut supprimer les sanctions à la Russie, puisque ce sont les plus vulnérables d'entre nous qui payent ». L'unité, ça doit aussi se faire dans la justice sociale. Et encore une fois, je regrette que ce gouvernement mette la justice sociale complètement de côté.

20:47
Présentateur

Écologie et justice sociale, donc indice sociale. Yannick Jadot, député européen, ancien candidat à Europe Écologie des Verts à la présidentielle. Merci d'avoir répondu à mes questions. Et 8h53 sur AMC BFM TV. Sous-titrage Société Radio-Canada

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