Didier Laguerre : "Une municipalité en Outre-mer reçoit moins de fonds de l'État qu'une ville de métropole"
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Chapitres
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Questions et réponses
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Qu'est-ce qui occupe votre esprit en tant que maire actuellement ?
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Le dossier numéro 1, c'est quoi ?
- 1:13OuverteRéponse directe
Et ça, c'est spécifique à Fort-de-France ou c'est valable pour toute la Martinique ?
- 1:56OuverteRéponse directe
Quand vous dites sous-financées, ça veut dire quoi ? Expliquez-nous concrètement.
- 2:09OuverteRéponse directe
Et comment ça s'explique ça ?
- 3:08OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a d'autres problématiques transversales comme celle-ci ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:59Invité politiqueFait
« une collectivité, une municipalité en outre-mer reçoit moins de fonds de l'État qu'une municipalité en métropole en France. »
- 2:10Invité politiqueFait
« On a des mécanismes de financement qui sont différents, qui ont été spécifiquement mis en place pour l'outre-mer pour permettre d'améliorer les finances d'outre-mer. »
- 2:36Invité politiqueFait
« Et ça a été, il y a déjà eu un premier rapport, on a eu plusieurs séances de travail avec les services de l'État qui fournissent les chiffres parce que c'est contre tous les chiffres. »
- 4:09Invité politiqueChiffre
« notre taux de chômage est au-dessus de 20%. »
- 4:16Invité politiqueChiffre
« Le taux de chômage chez des jeunes, c'est deux fois plus qu'en France. »
- 4:38Invité politiqueChiffre
« vous avez 20 homicides qui ont eu lieu depuis le début de l'année. Vous en avez 16 à Fort-de-France. »
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Il est 6h21, les maires de France attendent Emmanuel Macron de pied ferme. Le président avait séché leur congrès l'an dernier. Cette fois, il a promis de venir à cette assemblée annuelle qui s'ouvre cet après-midi à Paris. C'est une tradition, les premières réunions sont consacrées à l'outre-mer. Bonjour Didier Laguerre.
Bonjour.
Vous êtes le maire de Fort-de-France, en Martinique. Qu'est-ce qui occupe votre esprit en tant que maire actuellement ?
Ce qui occupe mon esprit en tant que maire, c'est le fonctionnement de la ville. C'est rendre un quotidien plus agréable et plus fonctionnel aux habitants de Fort-de-France et au Martiniquais d'une façon générale. Au Martiniquais et au Martiniquais. Et plus particulièrement, les problématiques de sécurité, les problématiques financières, les problématiques également d'aménagement de la ville et d'éclairage de la ville.
Le dossier numéro 1, c'est quoi ?
Le dossier numéro 1, pour l'instant, c'est le dossier financier. La ville est particulièrement sous-financée, budget déséquilibré. Et donc, on a de gros besoins financiers et on a un gros déséquilibre structurel en matière de finances. Et ça fait maintenant plusieurs années que j'en parle.
Et ça, c'est spécifique à Fort-de-France ou c'est valable pour toute la Martinique ?
C'est valable pour toute la Martinique, c'est valable pour toutes les villes d'outre-mer et les collectivités d'outre-mer d'une façon générale qui sont structurellement sous-financées. Ça fait des années qu'on le dit, ça fait vraiment un certain temps que ça dure. Et aujourd'hui, moi je remercie d'abord François Baroin qui a entendu ce discours que j'avais reçu et qui a entendu ce discours et qui m'a permis d'en parler à l'Association des maires. Et puis le président de la République que j'ai interpellé le 4 février dernier sur cette question-là et qui a mis en place un groupe de travail au Comité des finances locales pour qu'on puisse traiter de ces questions-là.
Et lors de ce congrès d'ailleurs, vous allez vous-même présider un débat sur la fiscalité et les dotations en outre-mer. Quand vous dites sous-financées, ça veut dire quoi ? Expliquez-nous concrètement.
Ça veut dire concrètement qu'une collectivité, une municipalité en outre-mer reçoit moins de fonds de l'État qu'une municipalité en métropole en France.
Et comment ça s'explique ça ?
Ça s'explique parce qu'on a des mécanismes de financement qui sont différents, qui ont été spécifiquement mis en place pour l'outre-mer pour permettre d'améliorer les finances d'outre-mer. Mais on se rend compte aujourd'hui que ça ne fonctionne pas et qu'au final, au lieu d'être avantageux, le système crée des inégalités, des désavantages et qu'il faut qu'on puisse corriger. Et ça a été, il y a déjà eu un premier rapport, on a eu plusieurs séances de travail avec les services de l'État qui fournissent les chiffres parce que c'est contre tous les chiffres.
Et on a établi des écarts de financement qui peuvent aller à plusieurs dizaines de millions d'euros pour l'outre-mer et des mécanismes où on va contribuer pour les intercommunalités. On va contribuer à un fonds de péréquation. Tout le monde nous met au pot et après on répartit pour les plus pauvres. Sauf que lorsqu'on va répartir pour les plus pauvres, on a une enveloppe spécifique pour nous qui fait que les plus pauvres d'entre nous, on va dire que les plus riches d'entre nous ne vont pas toucher alors que nous sommes plus pauvres que d'autres collectivités. Et donc ça crée des inégalités qui font qu'au final, on est sous-financés.
Est-ce qu'il y a d'autres problématiques transversales comme celle-ci ? Vous nous dites que c'est commun à tout l'outre-mer. Des problématiques qui soient spécifiques à l'outre-mer et qui vous demandent plus de boulot que vos collègues de métropole.
On a toutes les problématiques de risque majeur et de protection par rapport au risque naturel que ce soit qu'il s'agisse des cyclones, des ouragans, des tremblements de terre. On est dans un environnement marin et donc on a une problématique de sargasse aux Antilles notamment qui arrive très régulièrement et qui pose de vrais problèmes de pollution. On a une problématique fondamentale de pollution à la chlordécone.
On en parle régulièrement de ces deux sujets-là.
Une molécule qui a été utilisée pour la banane, la culture de la banane et qui aujourd'hui pollue le sol qui va être dépollué sur un temps très long et puis qui pollue aussi les eaux. Et là, on a un travail à faire en urgence et très rapidement pour dépolluer les eaux.
Et l'emploi ?
L'emploi et si vous voulez, le problème transversal et le développement économique, le problème de fonds en Martinique et aux Antilles, notre taux de chômage est au-dessus de 20%. Le taux de chômage chez des jeunes, c'est deux fois plus qu'en France. Ça peut aller à 50-60% chez les jeunes dans les quartiers populaires. Et donc, ça crée de vraies problématiques d'inégalité, de vraies problématiques de tensions sociales aussi qui se posent. Et puis, on a un trafic de stupéfiants et de cocaïne qui a pris de l'ampleur ces dernières années et couplé avec un trafic d'armes. Ce qui fait que, par exemple, sur la Martinique, vous avez 20 homicides qui ont eu lieu depuis le début de l'année.
Vous en avez 16 à Fort-de-France.
Mais par exemple, là, votre rôle de maire, il consiste en quoi ? Qu'est-ce que vous pouvez faire ?
Mon rôle de maire, si vous voulez, le maire est plus ou moins diminué par rapport à ça. Et en même temps, le maire est le premier interlocuteur de la population et de l'État aussi, d'ailleurs. Et donc, mon rôle de maire, c'est d'assurer de la cohésion, c'est de maintenir le lien social, le tissu social, de renforcer les associations, d'accompagner les jeunes.
Par exemple, la ville de Fort-de-France accueille beaucoup d'apprentis, mais accueille aussi beaucoup de stagiaires chaque année, accueille des tiges, accueille des travaux d'intérêt non rémunérés, accueille des sortants de prison pour les réinsérer et faire en sorte que, si vous voulez, ne pas laisser les gens seuls face à eux-mêmes et leur apporter le concours de la collectivité. On est très présents dans les quartiers.
Mais vous avez l'impression que votre rôle de maire est différent, plus riche, avec une charge plus chargée, plus dense qu'en métropole ?
Il est peut-être différent du fait de problématiques qui peuvent être différentes en fonction des petites villes. Maintenant, quand je discute avec le maire de Sarcelles ou même quand je discute avec Anne Hidalgo, j'ai l'impression qu'on a les mêmes problématiques.
Et est-ce qu'il y a aussi une crise d'évocation ? Là, on est à quatre mois des municipales. Est-ce que, comme en métropole, il y a beaucoup de maires qui veulent rendre leur tablier ?
Non, je n'ai pas l'impression qu'il y ait une crise d'évocation. Je pense qu'on aura plusieurs candidats dans toutes les communes de Martinique. Non, je ne pense pas, non.
Vous, vous comptez vous représenter ?
Oui, je me représente. Je présente ma candidature le 1er décembre.
Merci beaucoup Didier Laguerre. Vous êtes l'actuel maire de Fort-de-France. Vous allez participer à ce congrès de l'Association des maires de France dès cet après-midi pour cette demi-journée spécifique à l'Outre-mer. Et évidemment, tout au long de la semaine, avec notamment mercredi, ce débat que vous allez présider sur la fiscalité et les dotations en Outre-mer. Merci beaucoup. Vous étiez l'invité du 5-7. Merci.