Budget 2025 : chronique d'un échec annoncé | LCP le mag
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Elaboré en quelques semaines seulement par un Premier ministre tout juste nommé. -Comme je m'y suis engagé, je dirai la vérité sur la réalité de nos comptes publics. -Avec un déficit plus important que prévu, le budget 2025 promet d'être drastique. -Est-ce qu'en responsabilité, il faut que ce gouvernement prenne cette dépense publique ?
Oui. -Soixante milliards d'euros d'économies recherchées dans un délai particulièrement serré. -Il ne s'est jamais vu qu'un gouvernement ait été nommé à à peine quelques semaines du dépôt d'un projet de loi de finances.
Nous sommes dans une circonstance exceptionnelle. -Une situation inédite. Le texte est arrivé en retard à l'Assemblée.
Une assemblée sans majorité, plus fragmentée que jamais. -Tout ça illustre que le sujet du budget va être le sujet politique central des prochaines semaines. Ligne rouge, 49.3, motion de censure.
Nous avons suivi les rebondissements de ce budget 2025 ou La chronique d'un échec annoncé. Musique grave Début octobre, dans les couloirs du Palais Bourbon. Quatre mois après la dissolution, les travaux parlementaires n'ont pas encore repris.
Seule une aile de l'Assemblée nationale est occupée, celle de la Commission des finances, chargée d'étudier le budget 2025 pour la France. -Il toque à la porte -A sa tête, l'insoumis Eric Coquerel, président de la commission des finances, et le centriste Charles de Courson, rapporteur général du budget et surtout l'un des piliers de l'Assemblée nationale. -Vous savez, tous les lundis matin, j'ai quelqu'un qui vient remonter mon horloge.
Louis XVI. -Il ne te manque plus que la perruque. -Il rit -Un duo atypique qui va animer les débats budgétaires.
Et les deux hommes s'impatientent. -On va voir demain soir quand on aura la loi de finances. Tu sais à quelle heure on l'aura ?
Vers 20 h, 21 h ? -Tu as eu cette heure-là ? -Je ne sais pas, le Conseil des ministres est à 18 h. -J'espère qu'on l'aura avant parce que j'ai appris qu'il faisait un point de presse bien plus tôt. -Avant le Conseil des ministres. -Oui.
Donc, si tu veux, je l'aurais un peu mauvaise qu'on n'apprenne tout par les médias. -A défaut de donner la loi de finances qui nous donne le dossier de presse. -Oui. -Dix jours déjà que les deux députés auraient dû recevoir les documents officiels du budget 2025.
Mais le gouvernement Barnier a été nommé trois semaines plus tôt et la loi de finances n'est toujours pas bouclée. -C'est inédit sous la Ve République. -Oui. -Pourtant il y a eu des événements dans la Ve République.
C'est inédit ce qu'on est en train de vivre. C'est une situation qui complique tout. Qui complique l'écriture des amendements, le travail des administrateurs, des collaborateurs, des commissaires.
On a fait "un warning" à tous les groupes pour leur dire de réduire de moitié les amendements. Donc on est dans une situation très inconfortable. On en est à lire la presse pour les infos. -Voilà. -Voilà.
C'est qu'il y a un problème, quand même. -On sent que ça va être un budget amendement par amendement. -Ah oui, oui. -Oui.
Mais après, il y a le vote final. -Je ne sais pas comment ça va finir. -Voilà.
Allez, bonne fin de journée. -Si Charles de Courson s'inquiète, c'est que la discussion n'a pas encore débuté, que l'ombre du 49.3 plane déjà sur l'Assemblée nationale.
Comme si le nouveau Premier ministre ne se faisait guère d'illusions. D'autant que le déficit de la France se creuse. Six pour cent du PIB, c'est plus que prévu.
Dans son discours de politique générale, Michel Barnier annonce la couleur. -J'ai entendu parler d'une épée de Damoclès qui pèserait au-dessus de la tête du gouvernement. Mais la véritable épée de Damoclès, c'est notre dette financière colossale, ce sont 3 228 milliards d'euros.
Et si on y prend garde, elle placera notre pays au bord du précipice. -Le gouvernement prévoit de réaliser 60 milliards d'euros d'économies, 40 milliards en réduisant les dépenses publiques et 20 milliards en augmentant les recettes. Entendez par là des hausses de taxes et d'impôts.
De quoi faire grincer les dents des députés du socle commun, censés pourtant soutenir le gouvernement. -Nous avons des divergences sur quelques moyens. La crainte que nous avons déjà exprimée, c'est que le budget qui semble se dessiner n'intègre pas assez de réformes et trop d'impôts.
La hausse prévue des charges pour les entreprises, la hausse plus forte que prévue sur l'électricité, le gel des retraites pour six mois et d'autres mesures fiscales nous semblent trop charger la barque pour les Français. -Vendredi, 11 octobre. C'est l'épreuve du feu pour le tout nouveau ministre du Budget.
Générique RTL -*RTL Matin. -Thomas Sotto et Amandine Bégot. -Ce matin, c'est le ministre du Budget qui est l'invité d'RTL Matin, Laurent Saint-Martin, qui va répondre à toutes les questions que vous, auditeurs, vous vous posez sur ce budget. -C'est un budget qui n'est pas un budget d'austérité.
Ce n'est pas non plus un budget de matraquage fiscal. C'est un budget qui est équilibré pour pouvoir être responsable dans une situation qui est grave. -Ce sont ces arguments que le ministre va devoir défendre devant les députés de la commission des finances.
Direction l'Assemblée nationale pour le coup d'envoi de la discussion budgétaire. Laurent Saint-Martin connaît bien l'exercice. Avant d'être ministre, il était rapporteur général du budget. -Moi, c'est un moment qui compte beaucoup pour moi parce que je suis un ancien de cette commission des finances.
Ca me permet d'avoir un regard sur la connaissance et le travail réel des députés et surtout, accepter que le Parlement est souverain, que c'est lui qui est délibère. On a tendance parfois à oublier, en Ve République, que le gouvernement fait des projets de loi, c'est-à-dire propose des textes, et que c'est bien le Parlement qui délibère. Là, on va en avoir la démonstration la plus parfaite.
C'est un projet de loi de finances qui peut à la fois être objet de compromis, mais qui peut aussi, en fonction des positions politiques de chacun, ne satisfaire personne. -Vous êtes en forme ? -Ca va être un gros morceau, les deux auditions. -Monsieur le rapporteur général. -Le président est dans les embouteillages. -Ca va, Charles ? -Il aura cinq minutes de retard. -On a entendu. -Monsieur le Président ? -Je t'ai regardé sur TF1. -Alors ? -Il rit Sur la forme, très bien, sur le fond, on n'est pas d'accord. -C'est normal. -Les 73 députés spécialistes des finances vont commencer par décortiquer la partie recette du projet de loi. -Mes chers collègues, nous accueillons M.
Antoine Armand, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, et M. Laurent Saint-Martin, délégué auprès du Premier ministre chargé du budget et des comptes publics, qui vont nous présenter le projet de loi de finances pour 2025 adopté hier, en Conseil des ministres. -Nous avons préparé ce budget dans des circonstances exceptionnelles.
Faute de temps, le texte initial n'inclut pas certains ajustements souhaités par le Premier ministre, et ces ajustements seront donc portés par voie d'amendement. J'ai entendu, finalement, dans le débat préparatoire beaucoup de lignes rouges et elles sont, évidemment, très saines en débat démocratique. Moi je n'en aurais qu'une seule, celle de redresser nos comptes publics, tout simplement parce qu'il le faut. -Contribution exceptionnelle des hauts revenus, taxes sur l'électricité ou encore cinq milliards d'euros d'efforts demandés aux collectivités locales.
Le moins que l'on puisse dire c'est que ces propositions du gouvernement ne satisfont aucun groupe. -La situation qui se présente à nous montre que les baisses d'impôts ne peuvent être durables que si elles sont accompagnées de baisses de nos dépenses publiques. -Il faut faire très attention à ne pas un peu brûler ce qu'on a beaucoup adoré.
Et je pense aux entreprises et aux charges sociales. -Vous n'avez aucune majorité dans cette assemblée, vous serez battus. Un autre projet de loi de finances est possible, une loi de finances qui partage, qui protège nos services publics et qui prépare la transition écologique.
Nous nous battrons pour cela. -Les débats vont être âpres et le temps est compté. -Il faut se prendre des plages horaires. -J'en ai déjà positionné une demain après-midi. -J'ai du temps demain après-midi ? -Un peu. -C'est dimanche que ça va arriver ? -Moi, je serai disponible tout le week-end, tout le temps. -Donc l'amendement sur l'indexation des valeurs locatives. -Jean-René Cazeneuve est un spécialiste du budget.
Ancien rapporteur général, il siège depuis sept ans à la commission des finances. Mais cette fois, il craint le pire. -Personne n'a jamais connu ce type d'assemblée avec des forces radicales à droite et à gauche très fortes, très nombreuses, et aucune majorité claire.
Pour la première fois, je crois, on risque d'avoir un budget qui va être fondamentalement modifié, avec un gros risque, un risque d'incohérence dans le résultat. -Et le député ne pense pas si bien dire. En commission, la copie du gouvernement est entièrement remaniée, du jamais vu.
Taxe sur les hauts revenus pérennisée, installation de la TVA sur les meublés touristiques, surtaxe des superdividendes. La gauche, souvent avec le soutien du Rassemblement national, propose 60 milliards d'euros de taxes et d'impôts supplémentaires. -Depuis trois jours, cette commission s'est transformée en véritable carnaval fiscal, avec des impôts et des taxes votés dans tous les sens.
C'est quelque chose qu'on n'a jamais vu et qui est le fruit d'une alliance entre l'extrême droite et le Nouveau Front Populaire. -Qui est contre ? -La partie recette ainsi modifiée est finalement rejetée en commission. -La conséquence de ce vote, c'est qu'évidemment, les nombreux amendements qui ont été votés par les uns et les autres ne seront pas les amendements de la commission. -Car c'est le projet initial du gouvernement qui revient en séance publique.
Les dissensions entre groupes parlementaires risquent de ne pas s'apaiser. -C'est une alerte tellement sérieuse pour Michel Barnier que c'est sûrement la raison pour laquelle il va utiliser le 49.3. -J'espère que la séance publique permettra aux esprits de s'apaiser un petit peu, de revenir à la raison économique. -21 octobre.
Cette fois, ce sont les 577 députés qui vont étudier le texte en séance. -La séance est ouverte. -Si le chemin que vous nous proposez est celui du matraquage fiscal, ne comptez pas sur le gouvernement pour le cautionner. -Dans l'hémicycle, les discussions s'enflamment et les débats s'éternisent aussi.
Loin de soutenir le gouvernement, les députés du socle commun ont déposé près de la moitié des amendements au projet de loi. Les oppositions les accusent de jouer la montre. -Le gouvernement est soit en train d'essayer de faire la montre pour dépasser la limite de temps de 40 jours, soit va aller au vote, et puisque vous êtes minoritaire vous savez d'ores et déjà que cette partie un va être rejetée et donc que nous n'aurons aucun débat dans cet hémicycle sur la partie dépenses, sur les 4 000 profs supprimés, sur les services publics locaux, sur l'emploi et sur l'écologie.
A un moment ou à un autre, dans tous les cas, vous tomberez. -Madame Panot, sur tous les autres PLF, vous étiez dans une logorrhée d'amendements pour faire de l'obstruction. Alors vos leçons, vous voulez garder. -Des amendements en cascade et quasiment aucun député du socle commun sur les bancs pour les défendre. -Je vous remercie, la parole est à... -Vous êtes 18 députés ce soir pour soutenir ce budget.
Et moi je vous le dis, s'il n'y avait pas les 60, 80 ou 100 députés RN et UDR ce soir, la France ploierait sous les "tax-men" que sont les députés d'extrême-gauche. Donc en réalité, on est en train de sauver l'épargne des Français au moment où vous fichez le camp pour déclencher un 49.3 parce que vous n'assumez même pas ce budget honteux !
Musique pressante -Il toque à la porte -Oui ? -La vache, c'est beaucoup plus propre. -Mon cher collègue, j'essaie de faire le ménage.
Installe-toi, installe-toi, on va se mettre ici tous les deux. -Ces deux spécialistes des finances publiques étaient présents à toutes les séances. Et ils ont une explication à cet hémicycle clairsemé. -Si vous voulez, c'est le fruit de l'absence de majorité.
Et il faut bien reconnaître, sur la première partie de la loi de finances, l'absence de la plupart des députés qui soutiennent la majorité pendant toutes ces journées. Alors le problème, pourquoi ils étaient absents ? J'en sais rien. -On était présents, peut-être pas autant qu'on aurait dû l'être, mais on a défendu absolument tous les amendements.
Je vais être très objectif et très honnête avec vous. D'abord, il y a toute une série de députés qui disent qu'il y aura une dissolution dans moins d'un an, donc j'ai mieux à faire dans ma circonscription pour préparer ma réélection que d'aller en hémicycle. Bon, c'est pas ce que je pense, c'est un mauvais calcul, mais de fait, il y a certainement un certain nombre de députés qui votent comme ça.
Ensuite, ce sont des députés du bloc central, qui peuvent se reconnaître un peu difficilement dans le gouvernement. Après, vous avez effectivement un phénomène, un principe de réalité, qui est que ce n'est pas complètement impossible qu'il y ait in fine, d'une manière ou d'une autre, un 49.3, et ça, ce n'est pas de nature à mobiliser les députés. -Si le socle commun fait pâle figure en séance publique, le groupe de Marine Le Pen remplit les bancs quasiment chaque jour. -La séance est ouverte. -Un Rassemblement national très présent qui n'hésite pas à faire des alliances régulièrement avec le Nouveau Front Populaire. -Après deux mois de débat, nous assistons à un mariage improbable entre le Nouveau Front Populaire et le Rassemblement national.
En effet, par leur vote ou leur abstention, cette alliance contre nature a accouché d'une facture de plus de 50 milliards de taxes supplémentaires pour les Français. -Oui, monsieur le député, vous avez raison, nous sommes en train d'assister à une overdose fiscale dans l'examen de cette loi de finances. Et l'Assemblée nationale est ainsi composée que cela ne peut pas être le seul fait du Nouveau Front Populaire.
Oui, cela est fait régulièrement avec la complicité du Rassemblement national. -En séance, le Rassemblement national a multiplié les demandes de scrutin public. Façon d'acter leur vote et d'asseoir leur présence. -Bonjour à tous. -Les hommes clés du budget pour le groupe de Marine Le Pen se réunissent une dernière fois avant le vote solennel du projet de loi de finances.
Et ils réfutent les alliances de circonstances qui leur sont reprochées. -Nous, on fait tout à visage découvert. On ne défend pas le programme du NFP et on ne défend pas le programme de M.
Barnier. -Mais vous avez été un coup avec les uns, un coup avec les autres. -Mais parce qu'il y a des mesures qui font écho à des mesures qui peuvent venir de la gauche, il y a des mesures qui font écho à ce qui peut venir de la droite.
Et c'est exactement ce que pensent les Français. -Le vote solennel de la partie recette est dans moins de trois heures. Le RN votera contre.
Et dans son discours, le groupe tient à rajouter quelques lignes qui auront leur importance dans les jours qui vont suivre. -Je voudrais juste modifier un tout petit peu sa conclusion pour aller vers la suite. Il faut que le gouvernement envoie sa copie, puis subrepticement lui expliquer que... -Il peut piocher dans la proposition, et puis il y a un risque derrière, qui existe pour lui.
C'est toujours sur la table. Qu'est-ce qu'on fera à la fin ? Il a intérêt à en tenir compte. -Le Rassemblement national prépare déjà le coup d'après.
Le 49.3 que le gouvernement s'apprête à dégainer et la censure qui suivra. Sans surprise, après la commission, les recettes sont rejetées en séance publique.
Retour à la case départ au Sénat. Nous sommes mi-novembre et l'espoir que la France ait un budget pour Noël s'amenuise. S'il veut éviter la censure, Michel Barnier doit lâcher du lest.
Le RN a fait de la taxe sur l'électricité l'une de ses lignes rouges. C'est elle que le Premier ministre va abandonner. -J'ai décidé de ne pas augmenter les taxes sur l'électricité.
Applaudissements Chacun prendra ses responsabilités. Moi, j'aurais pris les miennes, je prends les miennes, et ensuite chacun devra prendre les siennes. -C'est plutôt une chose qui va dans le bon sens, mais il faut se dire les choses.
Si Michel Barnier le fait aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'il cherche à amadouer les socialistes, il le fait parce qu'il cherche à courber l'échine devant Marine Le Pen. -Ecoutez, c'est évidemment une victoire du Rassemblement National, ça faisait partie des premières exigences qui ont été formulées, notamment par Marine Le Pen, lors de son entretien avec M. Barnier. -*Michel Barnier, pris entre le marteau et l'enclume. -*Oui, d'un côté la promesse de redresser les comptes publics et de l'autres, faire des compromis pour espérer échapper à la censure. -Sauf que pendant le week-end, le RN fait monter les enchères.
Dans la Somme, dans la circonscription de Mathias Renaud, la chute du Premier ministre ne fait plus de doute. -On doit renverser le gouvernement ? -Oui.
Je suis retraité, on m'avait promis une petite augmentation, quand même. -Donc ça, c'est sur la désindexation de la retraite ? -Oui. -La semaine prochaine, vous savez qu'on a une possibilité de poser une motion de censure, renverser le gouvernement.
En tout cas, on a une possibilité mercredi prochain. -Allez-y alors, je vous en prie. Elle rit -C'est pas encore complètement décidé, mais bon...
Sauf grosse surprise, on en prend un peu la voie, parce que nous, on avait posé des lignes rouges, notamment sur la fiscalité. On a dit, globalement, vous n'augmentez pas les impôts sur la France qui bosse, TPE, PME, et par contre, vous pouvez baisser les dépenses. Et c'est exactement l'inverse qui s'est passé. -C'est ça. -Il y a eu un petit pas de M.
Barnier, il reste des lignes rouges, donc on verra d'ici lundi. -Le Rassemblement national est en position de force. Et du côté des soutiens du gouvernement, la crainte de voir tomber le Premier ministre, et avec lui le budget, est bien réelle. -Vous allez bien ? -M.
Barnier, il est bien. -Moi, je suis pas de son parti, mais clairement, depuis le début, j'ai dit qu'il fallait de la stabilité dans tous les cas. Il faut l'aider. -Peu importe le parti. -Mais vous croyez que le RN, c'est par rapport à l'électricité qu'il censurait pas ou il a pas un intérêt... depuis le procès de Marine. -Il va être obligé de lâcher un peu plus, je pense.
Sinon... -Vous croyez qu'il va lâcher encore plus ?
Parce que là, on s'éloigne de la trajectoire budgétaire. Je pense que Michel Barnier arrive au bout, là, de ce qu'il peut proposer en diminution d'économie, puisque sinon, il n'y aura pas assez de milliards d'économies. Pour moi, c'est un vrai enjeu de responsabilité, cette semaine, et de responsabilité politique avec des conséquences qui pourraient être vraiment embêtantes.
Donc je vote le budget la semaine prochaine. Mais j'avais prévu. -Vous allez voter le budget.
Et franchement, tenez bon, quoi. -Pour sauver le budget et sa place, le Premier ministre offre un dernier cadeau au RN. Il revient sur le déremboursement des médicaments.
Marine Le Pen fait savoir que ça ne lui suffit pas. Michel Barnier n'ira pas plus loin. Lundi 2 décembre, l'Assemblée s'apprête à voter le budget de la Sécurité sociale.
Il est 15 h 30. En arrivant au Palais Bourbon, Michel Barnier sait que son sort est scellé, comme celui du projet de loi de finances. -*La parole est à monsieur le Premier ministre. -*Sur le fondement de l'article 49, alinéa trois de la Constitution, J'engage la responsabilité du gouvernement, de mon gouvernement, sur l'ensemble du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025. -C'est donc sur le budget de la sécurité sociale que le gouvernement a recours au 49.3 Il sonne la fin du projet de loi de finance.
La motion de censure du Nouveau Front populaire est prête à être déposée. -On va dans le bâtiment qui est juste derrière vous, là-bas, et on dépose sur le bureau, qui est le bureau de réception des différents textes, une proposition de motion de censure. Et si jamais une majorité de parlementaires vote motion de censure, M.
Barnier aura de très longs congés payés. -Sans les voix du Rassemblement national, ce ne sera pas possible. -Oui, mais c'est à eux de savoir ce qu'ils veulent faire. -Si le Rassemblement national la vote, avec 124 députés, il est assuré de faire tomber le gouvernement. -Les choses étaient claires.
M. Barnier n'a pas souhaité répondre à la demande des 11 millions d'électeurs du Rassemblement national. Il a dit que chacun assumerait ses responsabilités.
Nous assumerons donc les nôtres. -En première ligne, depuis le début de l'automne budgétaire, c'est Eric Coquerel, pour LFI, qui prononcera le discours de censure du gouvernement. -C'est bien.
Bravo. Je l'ai commencé hier, dans le métro, dans ma tête. J'ai commencé à le mettre par écrit chez moi en arrivant et je l'ai fini à 1 h 00. -Entre ses mains, un texte qui, selon le socle commun, mènera le pays au chaos. -Le chaos, il est maintenant.
Il vient principalement d'ailleurs de M. Macron, qui est au-delà de M. Barnier, la personne qu'on va censurer tout à l'heure.
Parce que c'est un chaos politique, c'est un chaos économique, c'est un chaos social. Et j'allais dire peut-être qu'on représente justement, à travers cette motion de censure, la seule planche de salut, c'est ce que je crois. -L'après-midi même, l'Assemblée nationale retient son souffle.
Il n'y a jamais eu autant d'accréditation de journalistes. Des dizaines de télés étrangères sont présentes. Le gouvernement s'apprête à tomber. -*Collègues, notre main n'a pas à trembler, je vous incite à censurer ce gouvernement. -*La censure nous apparaît comme une nécessité pour mettre fin au chaos, les institutions nous contraignent à mêler nos voix à celles de l'extrême-gauche, à utiliser le NFP comme un simple outil pour éviter l'application d'un budget toxique. -Il est 20 h 26.
Michel Barnier n'est plus Premier ministre. -*En raison de l'adoption de la motion de censure et conformément à l'article 50 de la Constitution, le Premier ministre doit remettre au Président de la République la démission du gouvernement. Les travaux de l'Assemblée nationale sont ajournés.
La séance est levée. Tic tac -Michel Barnier est déboulonné de son poste après seulement trois mois à Matignon. Et pour la première fois depuis 60 ans, la France n'a pas de budget.
Mais il faut assurer la continuité de l'Etat et le fonctionnement des services publics. C'est indispensable. Alors, à la veille de Noël, l'Assemblée nationale s'accorde, cette fois à l'unanimité, et vote une loi spéciale autorisant l'Etat à prélever les impôts et les taxes. -C'est bon pour tout le monde ?
Le scrutin est ouvert. Pour, 481 contre 0. L'Assemblée nationale a adopté. -Dans les couloirs de l'Assemblée, ce marathon budgétaire sans précédent a laissé des traces. -C'est la chronique d'un échec annoncé. -Exactement, c'était la chronique d'un échec annoncé et d'un échec organisé et voulu.
Je l'assume, donc je suis satisfait de la mission accomplie. On se retrouve en janvier. -Une censure, on voit toutes les conséquences.
Deux censures, vous imaginez les dégâts colossaux pour notre pays et notre société. Donc j'espère que ceux qui ont appuyé sur le bouton de la censure la première fois vont y réfléchir à deux fois avant d'appuyer une seconde fois. -Maintenant, c'est à François Bayrou qu'incombe la responsabilité de présenter un nouveau texte.
Le Premier ministre doit doter la France d'un budget en 2025. Mais pour cela, il lui faut trouver des compromis avec les parlementaires. La nouvelle bataille budgétaire promet d'être rude.
Musique grave
Xavier Bertrand