Aurore Bergé - Le Barbier du matin du 09/04/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Aurore Berger, bonjour et bienvenue. Vous venez de publier nos combats pour la République, vos combats pour la République. Un livre très politique et très personnel à la fois, c'est chez Robert Laffont. On va en parler parce que vos combats rejoignent évidemment votre action de ministre. Deux phrases d'actualité ce matin. Une réaction peut-être de votre part à cette proposition de Laurent Wauquiez. Envoyez les OQTF les plus dangereux à Saint-Pierre-et-Miquelon, où le froid va les inciter, dit-il, à retourner dans leur pays.
Honnêtement, quand j'ai vu la une, j'ai cru que c'était une fake news. En fait, j'ai cru que c'était une une qui était trafiquée tellement c'était indécent, excessif et scandaleux. Et je pense déjà aux habitants de nos Outre-mer qui, à nouveau, sont ciblés, comme si en fait, on pouvait envoyer chez eux, chez nous, parce que ce sont les Outre-mer. Donc c'est la France, celles et ceux qui posent des difficultés dans notre pays. Je crois que c'est la proposition à la fois ridicule et scandaleuse, en fait, mais indécente vis-à-vis des Outre-mer, vis-à-vis des habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon, qu'ils sont des Français et qu'ils n'ont pas à se voir jeter en pâture de cette manière-là.
Et je pense qu'il est temps que la campagne interne des LR cesse.
Autre coup médiatique, hier, Aymeric Caron, à l'Assemblée, brandit le portrait d'un enfant palestinien tué en expliquant que le gouvernement était indifférent, alors que le président de la République, à ce moment même, appelle à l'aide humanitaire là-bas à Gaza. Et Caron ajoute que Gaza est en train de devenir un camp de concentration.
Oui, mais chaque jour, on franchit des nouveaux paliers, là aussi, dans l'indécence de la part de la France insoumise. Et Aymeric Caron, peut-être, a besoin de plaire au diktat qui est posé par la France insoumise, puisqu'il est malheureusement l'un des plus aîlés en la matière depuis le 7 octobre 2023. Je ne l'ai jamais entendu avoir un mot pour les otages, y compris nos 50 compatriotes qui ont été assassinés par le Hamas le 7 octobre 2023. Et évidemment qu'il y a une situation humanitaire à Gaza, mais la France est l'un des pays moteurs, justement, sur la question de l'aide humanitaire et sur le soutien qui doit être apporté à la population civile.
Mais ce qu'on dit, c'est qu'il n'existe aucune solution avec le Hamas. Le Hamas, c'est justement à la fois mortel pour Israël et pour les Israéliens, mais c'est aussi mortel pour la population palestinienne. Et elle est fille, je crois, profondément disqualifiée d'un point de vue républicain depuis le 7 octobre 2023.
Vous consacrez le chapitre 10 de votre livre à votre lutte contre l'antisémitisme et vous dites que sur les réseaux sociaux, on vous accuse d'être juif vous-même ou d'être payé pour dire cela.
En fait, ce qui est toujours très étonnant, c'est que quand vous adressez un message qui est, je crois, extrêmement clair et déterminé sur la lutte contre l'antisémitisme, eh bien, ça veut dire que vous ne pouvez jamais le faire de manière sincère. On interroge. Et moi, j'étais même frappée de gens très proches de moi qui me disent « Mais pourquoi ça te touche autant ? Pourquoi tu te sens aussi concerné ? » Et ça, c'est un problème, en fait, dans la société de se dire qu'il faudrait donc qu'on soit soi-même concerné pour se sentir concerné par la lutte contre l'antisémitisme.
Mais le combat contre l'antisémitisme, c'est un combat qui est d'abord républicain, qui est d'abord universaliste, qui est d'abord pour nos principes et nos valeurs et qui ne devrait pas être porté par les personnes elles-mêmes concernées. C'est-à-dire qu'on a à la fois cette forme d'essentialisation, on a le droit d'être concerné que si on est concerné soi-même, aussi de monter de l'individualisme où on se dit que finalement, on met de côté quand soi-même, ce n'est pas dans notre champ de vision. Et donc ça, c'est un sujet majeur.
Et comme on a depuis le 7 octobre une recrudescence majeure de l'antisémitisme dans notre pays et dans toutes les démocraties, ça veut dire qu'il faut que chacun prenne sa part dans ce combat qui est encore une fois d'abord un combat de principes et de valeurs qu'on doit mener avec énormément de fermeté et de clarté.
Il y a quelques semaines, un rabat a été agressé en France.
Oui.
Le rabbin d'Orléans, vous allez le rencontrer.
Oui, je le rencontre ce vendredi. Justement, je serai à Orléans, donc je tenais évidemment à échanger avec lui, à le rencontrer en dehors, j'allais dire, de l'actualité immédiate qui a été la sienne et celle de son fils, puisqu'il y a plusieurs choses dans cet acte, en fait. Il y a un acte antisémite, évident. Il y a une lâcheté absolue, c'est-à-dire attaquer un homme en pleine rue alors qu'il est avec son fils de 9 ans. Et donc, quand vous êtes avec votre enfant, vous protégez d'abord votre enfant quitte à prendre vous-même, évidemment, les coups et la violence. Il y a l'âge de l'auteur.
Et c'est ça aussi qu'il faut noter, c'est que les actes antisémites, ce sont des auteurs qui sont de plus en plus jeunes. Et donc, ça veut dire que le combat qu'on doit mener sur la lutte contre l'antisémitisme, c'est d'abord un combat pour ne pas perdre une génération, parce qu'on voit bien qu'à la fois la transmission de la mémoire ne se fait plus ou plus assez. On voit aussi que la transmission de la mémoire ne suffit pas dans le combat contre l'antisémitisme. Et on ne peut pas se permettre de perdre des générations qui seraient convaincues de préjugés antisémites. Souvenons-nous, quand j'ai relancé les assises de lutte contre l'antisémitisme, je l'ai fait le 13 février. Pourquoi ?
Parce que le 13 février, c'est la date anniversaire du martyr d'Ilan Halimi. Ilhan Halimi, il est ciblé, pourquoi ? Il est ciblé du fait des préjugés antisémites. Vous en parlez en souriant. Il est juif, donc riche, et on va avoir une rançon. Mais c'est malheureusement ce qui s'est produit. Parce que ces préjugés continuent à exister, eh bien, l'antisémitisme peut tuer dans notre pays. Ça a été le cas d'Ilan Halimi, ça a été le cas dans les attentats islamistes, ça a été le cas d'Ozoratora dans une école qui a été ciblée avec un enseignant et des élèves d'une école qui ont été ciblées. C'était le cas pour Mireknoll, ça a été le cas pour Sarah Halimi.
Donc ça veut dire qu'il ne faut en aucun cas abandonner ce combat et qu'il faut en particulier l'adresser aux plus jeunes.
Vous dites page 135, et c'est une question, mais où était le mouvement féministe quand il fallait dénoncer les viols et les mutilations subiés par les femmes israéliennes le 7 octobre ? Et oui, le mouvement féministe s'est brisé là-dessus.
Oui, parce que quand on est féministe, on est universaliste, les deux sont intimement liés, c'est-à-dire on choisit ni les victimes ni les bourreaux. On ne se dit pas qu'on a des victimes qui correspondent au profil type et qu'on a envie de soutenir, d'embrasser, d'accompagner. Surtout quand on a d'abord ce premier mot d'ordre des mouvements féministes qui est face à la violence, je te crois.
Et finalement, ce qu'on a dit aux femmes israéliennes qui ont subi des violences sexuelles, qui ont subi des viols, parce que malheureusement, tout ça est en plus très documenté, puisque les terroristes eux-mêmes ont filmé, ont dit, ont revendiqué les violences sexuelles, on leur a dit en fait, on ne vous croit pas. Et c'est ça qui est absolument intolérable.
Jusqu'à malheureusement une mobilisation qui a eu lieu en France, qui avait des mots d'ordre au départ extrêmement justes sur le combat féministe qu'on doit continuer à mener ici et maintenant dans notre pays, mais où certains sont allés jusqu'à refuser que des femmes défilent au motif qu'elles étaient juives, puisqu'il faut nommer les choses.
À partir du moment où on refuse que le collectif Nous Vivrons soit dans la manifestation, alors que le collectif Nous Vivrons avait un mot d'ordre simple, qui était de dire que le combat féministe, c'est pour toutes et tout le temps, et donc y compris pour les femmes israéliennes qui ont subi des violences sexuelles, ça veut dire qu'on leur dénie le droit d'être dans une mobilisation au prétexte qu'elles sont juives. Et ça, c'est intolérable, et ça, il faut qu'on le dénonce massivement. Et un certain nombre d'organisations féministes ont réagi suite à ça, et tant mieux, parce qu'il faut qu'on ait cette lucidité-là pour mener ce combat ensemble.
Alors vous poursuivez le combat contre les violences faites aux femmes, l'inéligibilité pour ceux qui commettent des agressions contre les femmes, est-ce que ça va arriver ?
Moi, j'ai porté ce combat à l'Assemblée nationale, je ne l'ai pas remporté, mais ce n'est pas parce qu'on ne remporte pas un combat à un moment donné qu'il ne faut pas continuer à le mener, parce que je crois à la justesse de ce combat-là. Vous le savez, on avait un député qui avait été condamné pour des faits de violences conjugales, ce n'est pas neutre. On a une logique et quand même aussi un devoir, je crois, d'exemplarité quand on a accès à la parole publique, quand on est un élu de la République, quand on est quelqu'un aussi très connu. On pourrait reparler du cas, malheureusement, très emblématique de Bertrand Cantat et surtout du décès tragique de Marie Trintignant.
Et donc, j'avais porté cette idée qu'un élu condamné, je ne parle pas de soupçon, je parle d'un élu condamné pour des faits de violences contre sa femme ou contre un enfant, ne mérite pas d'être un élu de la République. Et je suis persuadée que les Français sont favorables à ça parce qu'ils n'ont pas envie que ces hommes-là, que ces personnes-là, puissent nous représenter tout simplement dans un hémicycle, quel qu'il soit.
L'expression du consentement est au cœur de ce qui se joue lors de toute violence sexuelle, vous l'affirmez, page 90. Le consentement, ça va être dans le texte,
finalement dans un texte de loi ? Alors, on l'a adopté la semaine dernière, les députés l'ont adopté la semaine dernière à l'Assemblée nationale et de manière très large. J'espère qu'on ira au bout pour deux raisons. La première, en droit. Parce qu'aujourd'hui, on a des magistrats qui nous disent qu'il y a encore des trous dans la raquette qui font que même si on a un droit pénal qui est assez clair et assez solide sur la question du viol, le fait que le consentement ou le non-consentement ne soit pas dans le droit, ça les empêche de sanctionner un certain nombre de cas qui sont des cas de violence sexuelle.
Donc déjà, en droit, et pour permettre que plus de sanctions puissent exister, mais aussi pour le débat que ça fait naître dans la société parce que, oui, consentir, c'est pas... Elle n'a pas dit non parce qu'il y a tant de circonstances où une femme n'est pas en capacité, en fait, de dire autre chose. Mais ça ne suffit pas de dire oui. Ça ne veut pas dire oui. Et c'est pour ça qu'on dit que le consentement doit être libre. Libre, ça veut dire qu'on ne doit pas être en situation de vulnérabilité, de dépendance, doit être éclairé, qu'on sait ce qu'on dit et pourquoi on le dit. Ça doit être explicite.
Et toutes les personnes qui ont des relations normales, et c'est la plupart des cas, savent très bien, évidemment, ce que veut dire recueillir un consentement, l'expression d'un désir, d'une volonté, et doit être révocable. Parce que dire oui, ce n'est pas dire oui pour toute la vie et ce n'est pas dire oui pour tous les actes.
Et donc, je pense que réaffirmer ces principes qui, pour 99% des Français, sont pleinement, je pense, et je l'espère en tout cas, sincèrement, intégrés et compris dans les relations humaines qui sont les nôtres, dans les relations d'égalité et de respect qui sont les nôtres, mais qui, aujourd'hui, malheureusement, ne le sont pas suffisamment et là encore, avec un risque de décrochage dans les plus jeunes générations aussi sur ces sujets-là.
Vous dénoncez la procédure Bayon, c'est-à-dire quand quelqu'un est accusé de violences sexuelles, il porte plainte pour diffamation, ça renverse un petit peu le rapport de force. Sauf que c'est aussi une protection contre les affabulations éventuelles ou les accusations infondées.
En fait, on voit que ça se multiplie, notamment à l'égard des femmes qui dénoncent des violences sexuelles et notamment à l'égard des mères qui dénoncent des cas d'inceste que, malheureusement, elles ont eu à connaître parce que les enfants, ici, se sont confiés à des tiers ou à elles-mêmes ou parce que, parfois, parce que, comme tous parents, on a des caméras qui regardent nos enfants quand ils dorment, parfois, malheureusement, des mères y ont vu des choses absolument insupportables. Et, malheureusement, elles ont des procédures qui se retournent contre elles.
Il y a aussi tous ces concepts psychosociaux dont on voit le mal qu'ils font, ce fameux concept, soi-disant, d'aliénation parentale comme si les mères étaient en excès de présence vis-à-vis de leurs enfants et les entraînaient dans cette logique d'aliénation. Donc, je pense qu'il y a des choses à changer culturellement dans la société. Je pense que la société n'a pas encore voulu regarder en face les violences sexuelles infligées à nos enfants.
160 000 enfants, chaque année, dans notre pays, subissent des violences sexuelles, de l'inceste ou des abus sexuels, souvent avec des gens qui sont des référents d'autorité, que ce soit dans le monde du sport, que ce soit dans les affaires que nous sommes en train de voir, par exemple, dans le cas de Bétarame. Et donc, il faut que la société accepte de se regarder en face de ce point de vue-là, de se questionner sur comment on a pu laisser faire ce qui est un crime de masse à l'encontre de nos enfants. Et là-dessus, on doit progresser.
J'ai fait adopter une proposition pour que toutes les personnes en contact de nos enfants, les animateurs sportifs, culturels, les enseignants, le monde social, médico-social, soignants, soient formés à la détection des abus sexuels pour prévenir le plus tôt possible, les arrêter le plus tôt possible.
Il y a beaucoup d'autres sujets à aborder, mais le temps est passé. Nos combats pour la République, c'est chez Robert Laffont, Roorberger. Merci et bonne journée.
Merci à vous. Merci beaucoup Christophe. Rendez-vous demain matin à 7h45. Votre invité sera Charles de Courson, député de la Marne. Sous-titrage Société Radio-Canada
Aurore Bergé