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interviewyoutube.com· 24 juillet 2013

Entretien avec Florian Philippot (FN) - 21/06/2013

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Moi je m'y intéresse depuis longtemps, quasiment depuis ma tendre jeunesse, puisque je date mon éveil véritablement à la politique du débat sur Maastricht en 92. Alors j'allais avoir 11 ans, j'étais jeune, mais je me suis passionné à l'époque. J'allais entrer en 6e pour ce débat, parce qu'on se passionnait pour ce débat-là dans ma famille, un peu partout d'ailleurs dans la société française.

Et ensuite, avec les années, le recul, je me suis rendu compte que ça avait été absolument fondamental, ce qui s'est décidé malheureusement lors de l'adoption du traité de Maastricht. Donc les questions européennes et derrière la question centrale de la souveraineté, qui a le pouvoir véritablement ? Est-ce qu'on est encore en démocratie, au sens propre du terme ?

Et pour moi, le moteur principal, je dirais, de mon engagement politique. Donc c'est une question, l'Europe, absolument essentielle à mes yeux. Et je crois de plus en plus aux yeux des Français, parce qu'ils comprennent de mieux en mieux ce qui se cache derrière les décisions européennes et l'envers du décor dans les présentiers.

Il est indéniable, il ne faut pas le nier, puisqu'on est démocrate et républicain, que les Français ont voté oui à Maastricht, à une très courte majorité, je crois un peu plus de 51%, le 20 septembre 2012, mais ils ont voté oui. Voilà, comme ils avaient voté non en 2005 à la Constitution européenne. Je remarque que quand les peuples votent oui, on applique son problème, leurs décisions, et on considère que c'est une décision argumentée et intelligente.

En revanche, quand ils ont le malheur de voter non, en France, on l'a vu aussi aux Pays-Bas, en Irlande, ou au Danemark, soit on les fait revoter ad nauseum jusqu'à ce qu'ils votent non, soit carrément, comme ça s'est passé en France, on fait passer le texte par le Parlement, de manière là totalement antidémocratique et illégitime. Bon, il est évident qu'il y avait eu une campagne, un propagandum, par référendum à l'époque, très très fort, et depuis surtout, les Français ont vu avec le recul, c'était à l'époque assez nouveau, on débattait peu de l'Europe avant 1992, ont vu les ravages de cette Europe-là, ont vu qu'on leur avait menti, qu'on leur refaisait les mêmes promets régulièrement, qu'ils n'étaient pas tenus évidemment, que ce soit de la part de la droite ou de la gauche, et bien sûr, je pense qu'aujourd'hui, ce traité serait balayé par les peuples, et c'est pour cela d'ailleurs qu'ils ne veulent pas, dans les différents gouvernements, faire des référendums. C'est pour ça qu'on ne veut plus faire des référendums, qu'on n'en fait quasiment plus, et c'est pour ça que nous, nous demandons dans notre projet que les référendums soient obligatoires, que ce soit écrit dans la Constitution, sur un certain nombre de sujets, et notamment lorsqu'il s'agit de ratifier un traité européen.

Moi, je crois qu'il y a un problème en ce moment, de manière générale, c'est qu'on confond la politique avec l'expertise technocratique. C'est-à-dire, la politique, c'est fixer un cap, c'est faire des choix entre des grandes orientations. On n'élit pas, normalement, quand on élit un président de la République, on n'élit pas un chef de bureau à Versy.

On ne lui demande pas de connaître, de mettre les mains dans la technique bureaucratique, on lui demande de fixer un cap pour le pays pour les 5, 10, 15 ans qui viennent, au moins. Et c'est ça, ce qu'on ne comprend plus aujourd'hui dans le débat démocratique. La question des référendums est très intéressante de ce point de vue.

Quand les peuples votent oui ou votent non sur un traité, ils votent oui ou votent non sur une question éminemment politique, sur une grande orientation. Malgré tout, même si ce sont des textes compliqués, les Français ont compris, parce qu'ils s'y sont intéressés, qu'on allait avec ces textes-là vers une Europe plus fédérale, donc moins démocratique, qui reposait moins sur les nations, et une Europe quand même qui faisait le choix d'un certain modèle économique, qui ne laissait pas des marges de manœuvre suffisantes aux gouvernements nationaux pour qu'on puisse considérer qu'on est encore en démocratie. Et à partir de là, les peuples se déterminent sur des grandes orientations politiques.

Et il est donc à la fois irrespectueux pour les citoyens, et faux du point de vue de ce qu'est la démocratie, de dire que les peuples seraient incapables de trancher sur les référendums, sur les traités européens. Ils sont parfaitement capables de trancher, parce qu'ils tranchent sur des grandes orientations économiques. Ils ne tranchent pas sur l'article 322b, ils tranchent sur des grandes orientations.

C'est pour ça qu'il faut faire des référendums. Après, la technique, on n'est plus dans le domaine de la politique. Quand on dit, par exemple, qu'il faut dissoudre ensemble de manière concertée la zone euro, on n'est pas les seuls à proposer.

Il y a d'autres forces politiques qui le disent, et il y a surtout beaucoup d'économistes, et de plus en plus, qui le disent. On n'est pas là, nous, pour dire, voici les 32 étapes qu'il faudra mettre en place, contre l'échange, etc. Il y a une administration pour le faire.

Il y a des économistes pour écrire tout ça. Le politique, il est là pour dire, on a pu faire la monnaie unique, on pourra faire le retour aux monnaies nationales. La technique suivra, et ça se fera.

Il y a des économistes qui l'ont expliqué très bien, je pense à Jacques Sapir qui a expliqué tout ça en détail. Aujourd'hui, on est dans une sorte de confusion. Le débat politique, c'est la politique, c'est les grandes orientations.

Le débat technocratique, c'est le travail des hauts fonctionnaires, des fonctionnaires et des experts. Le projet du Front National, sur les questions européennes et sur tous les sujets, il est d'une précision inouïe, notamment quand on le compare à ce qui est proposé par l'UMP et le Parti Socialiste. Il suffit d'aller sur le site du Front National, vous avez la rubrique projet, j'invite tout le monde à le faire, et vous avez 5 grands domaines, et à l'intérieur 32 thématiques, et ça va faire un peu plus de 100 pages de projets, d'analyses et de propositions.

Donc nous avons un projet extrêmement concret, extrêmement précis. Pour le reste, quand on parle de la question de l'Union Européenne, oui, nous considérons qu'il faut un référendum sur la sortie de la France de l'Union Européenne. Ce qui sera de fait la fin de l'Union Européenne.

On ne fera pas croire à personne que l'Union Européenne pourra continuer d'exister, subsistera sans la France, qui est la puissance centrale du point de vue politique, du point de vue géographique, du point de vue économique. Pourquoi il faut faire ce référendum ? Déjà parce que ce référendum, ce sera une arme.

À partir du moment où vous annoncez que dans un an, de toute façon, vous faites un référendum, vous avez une arme considérable pour négocier, pour renégocier des points qui nous paraissent essentiels, comme la supériorité du droit national, comme le protectionnisme qui doit être possible, comme la fin de l'euro, comme la fin de Schengen, par exemple. Donc c'est 4 points essentiels. À partir du moment où soit les autorités européennes ne veulent pas renégocier, et de toute façon, on fera le référendum, et les Français en tireront les conséquences, soit ils veulent renégocier, et l'Union européenne, qui s'appellera l'Union européenne qu'on aura un an après, ne sera strictement plus la même.

Ce sera une coopération entre nations souveraines. Je me suis dit...

Vous voyez, il y a une facilité, c'est que tout le monde lui est tombé dessus. Il a raison, parce que c'est complètement stupide, il dépasse son mandat, c'est inadmissible, là on est parfaitement d'accord là-dessus. Mais moi j'ai été amusé de voir l'UMP, le Parti Socialiste, lui tomber dessus, en disant, ah, c'est M.

Barroso, c'est insupportable, vivement les élections européennes de 2014, comme ça on pourra le remplacer. Le problème en Europe, c'est Barroso. Non.

Ça c'est une escroquerie de pouce. Le problème en Europe, c'est pas Barroso. C'est-à-dire le problème...

Ce qu'on a vu dans cette déclaration, c'est un système qui s'exprime. Alors un jour, son porte-parole, c'est Barroso, le lendemain c'est quelqu'un d'autre. Ça peut être...

Comment il s'appelle ? Ce personnage, c'est-à-dire dans un situ sans aucune légitimité non plus. Enfin, Rompoy.

Ce qui s'exprime là, c'est la violence d'un système qu'on impose aux peuples, qui remet en cause les choix des peuples, qui remet en cause leur modèle, qui peut compter sur des gouvernements serviles. Parce que je veux pas accabler l'Union Européenne. S'il y avait pas des gouvernements serviles, il y aurait pas ces désastres.

Parce que le gouvernement, en France depuis 30 ans, que ce soit le PS, le RPR ou l'UMP, se sont succédés et ont mené les mêmes politiques et adoptent ensemble les directives et les traités. Donc, voilà. Accablons l'Union Européenne.

Barroso est un porte-parole parmi tant d'autres. Particulièrement, ce serait peut-être arrogant, mais pas plus que ça. Et c'est pas en changeant Barroso par Monsieur Lambda ou Mademoiselle Lando qu'on pourra changer l'Europe, évidemment.

Ça, c'est une escroquerie. Personne ne tombera, je crois, dans le panneau. On dit que je suis très heureux qu'il arrive enfin dans le débat.

C'est pas évident de parler de ce sujet-là. C'est jamais repris. Ça fait des années, on essaie de nous depuis des années.

C'est très compliqué de briser le mur du silence. Là, il arrive dans le débat. C'est une question très grave parce que c'est, vous le savez, un accord de libre-échange total entre les États-Unis et l'Union Européenne qui s'inscrit d'ailleurs dans un cadre plus global.

Les États-Unis sont en train de négocier beaucoup d'accords de libre-échange pour essayer de créer une espèce de ce qu'on a appelé, nous, où il y a un OTAN économique. Il y a l'OTAN militaire, politique, et il y a l'OTAN économique maintenant qui est aussi politique. Nous sommes résolument des adversaires de ce marché transatlantique qui veut amplifier les désastres de l'Union Européenne.

Mais on nous dit que la France a sauvé l'exception culturelle et l'audiovisuel sera retiré des négociations. Un, c'est faux. On n'a pas de garantie là-dessus.

La Commission européenne a dit que, elle l'a répété plusieurs fois, que l'audiovisuel pourrait être remis dans les négociations. Côté américain, on a dit la même chose. Deux, c'est évidemment l'arbre ou l'art qui cache la forêt.

Parce que pourquoi accepterait-on le protectionnisme dans la culture, légitimement, ou l'audiovisuel, et pourquoi serait-il infamant, inadmissible, insupportable, inenvisageable concernant l'industrie, les services, la défense, l'agriculture ? Pourquoi est-ce qu'on pourrait accorder un traitement de faveur à nos artistes ? Encore une fois, légitimement, parce que c'est une industrie importante et c'est une culture.

Et pourquoi on ne pourrait pas protéger nos paysans, nos ouvriers, nos salariés et notre industrie de défense ? Il y a là une grande hypocrisie. Alors oui, il faut combattre ce projet.

On ne sait pas pourquoi on fait ça maintenant. Quel est le besoin en plus de crise de faire ce Big Bang ultra-libéral alors qu'il faudrait faire l'inverse, c'est-à-dire réarmer nos nations, réarmer la France face à la mondialisation sauvage. Ça veut dire quoi réarmer ?

Ça veut dire redonner des armes que plein d'autres pays dans le monde ont. Je pense à l'arme du protectionnisme intelligent, les droits de boine, les barrières tarifaires et non tarifaires qui peuvent être des armes contre la culture des idées loyales. Je pense à une politique monétaire nationale, évidemment, qui serait offensive, qui serait utilisée, comme le Japon a su le faire pour relancer les exportations, relancer la machine.

Je pense à un État stratège qui doit retrouver des marges de manœuvre alors qu'aujourd'hui, il est corseté par la réglementation européenne et au-delà de l'Union européenne par celle de l'OMC et bien d'autres, des instances supranationales. Et cet État stratège pourrait faire du patriotisme économique, pourrait notamment aider nos PME, nos PMI, parce que ce sont elles qui traient l'essentiel de l'emploi aujourd'hui en France. Voilà le projet qu'il faudrait mettre en œuvre.

Ils font l'inverse, strictement l'inverse. La France, en tout cas, est abordée sous l'angle quasiment religieux. C'est-à-dire que l'Union européenne, aujourd'hui, c'est une religion, donc elle a son credo.

En gros, c'est la concurrence libre et non faussée. Elle a ses dogmes. Les dogmes, vous avez l'ouverture totale des frontières, vous avez la monnaie unique, vous avez l'idée du grand marché.

Et elle a donc ses grands prêtres, comme toute religion. Alors les grands prêtres, ce sont des responsables politiques, ce sont des technocrates, comme M. Barroso, et ce sont aussi des experts autoproclamés, des éditorialistes qui sont là depuis 30 ou 40 ans, qui débite toujours leur salade, qui se sont trompés 15 fois, mais c'est pas grave, on continue à les entendre, et qui disent absolument n'importe quoi, mais qui parlent de l'Europe comme d'une religion.

Bon. Donc c'est vrai que c'était difficile d'imposer le débat, surtout qu'on est un peu seul, on n'est pas totalement seul, il faut être honnête, dans la vie politique française, mais on n'est pas très nombreux, en tout cas dans les grands partis politiques, à vouloir en parler. L'ULT, LPS n'ont aucun intérêt à parler du débat européen, aucun, parce que ça montre, dès qu'on en parle, les Français prennent conscience de leur collusion totale sur le sujet, et je rappelle qu'ils votent ensemble quand même 97% des directives à Strasbourg et à Bruxelles, mais je crois qu'on y est arrivé.

On y est arrivé, on l'a imposé depuis quelques années dans le débat public. Aujourd'hui, il n'y a quasiment pas une semaine, pas une semaine ne passe, sans qu'à un moment ou un autre, dans le débat public, dans l'actualité, on parle d'une question européenne, parce que les Français se sont rendus compte, et certains médias aussi, il faut être honnête, que l'Europe était partie, en réalité. Vous abordez la question des délocalisations, il y a une question européenne.

Vous abordez la question agricole, il y a une question européenne. Vous abordez la question des Roms, il y a une question européenne. Vous abordez même la question des programmes scolaires, des endroits où on ne croirait pas.

Et oui, il y a une question européenne. Les retraites, vous l'avez démontré vous-même, il y a une question européenne. Même le mariage homosexuel, il y a une question européenne.

Voilà. En réalité, cette question-là, elle est tellement présente, la défense, je pourrais multiplier les exemples comme cela, que les Français ont fini par faire les liens. C'est plus simplement pour une boîte noire, une chose abstraite qui relèverait simplement de la politique étrangère.

Non, non, c'est très concret. C'est un impact dans leur vie, dans leur porte-monnaie, dans leur usine, dans leur bureau, dans leur salle de classe. Et ça, c'est la grande victoire de ces dernières années.

Notre grande victoire idéologique, c'est qu'on a réussi à imposer ce thème-là et à donc devenir le centre de gravité de la vie politique française. Nous, on parle beaucoup de l'Europe, on en parle beaucoup. On a fait, par exemple, c'est vrai, en février 2012, en pleine campagne présidentielle, un colloque.

Il y avait M. Rosa qui était là, M. Norman Palma et, troisième économiste très connu, M.

Lafay, autour de Marine Le Pen et ils ont débattu pendant une heure et demie. Ils ont échangé sur l'euro, notamment, sur des vraies questions de fond. Les médias étaient évidemment invités.

Mais vous savez ce qui est sorti de cette réunion-là. Deux images pour illustrer les signatures pour les parrainages à l'élection présidentielle. Parce qu'on était en pleine quête des parrainages, donc les médias sont venus.

Il n'y avait pas de problème, ils étaient tous là. Mais uniquement pour demander à Marine Le Pen quel était le chiffre du jour. Combien avez-vous de signatures ?

Alors, 432, 434, combien par rapport à hier de plus, etc., etc. Et personne, je crois, il y a peut-être une dépêche à récupérer maximum, n'a relaté ces une heure et demie d'échanges, pourtant extrêmement intéressants.

Vous voyez comment ça fonctionne ? Et c'est pour ça que c'est très compliqué et qu'il faut y aller remettre 100 fois le métier sur l'ouvrage parce que c'est difficile de briser ce mur. Parce que beaucoup d'acteurs ont l'intérêt à ce qu'on ne parle pas de l'Europe aujourd'hui.

Alors, à nos militants, à nos adhérents, on en parle beaucoup. Nous, on fait des fiches argumentaires hebdomadaires sur tous les sujets et souvent, il y a des questions européennes. voilà, on fait des séances de formation, c'est normal et je crois que les adhérents et les militants du Front National sont particulièrement socialisés sur ces questions-là.

Merci.