Barnier à Matignon : cohabitation ou coalition ? - C à Vous - 05/09/2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:15OuverteRéponse directe
Votre première réaction à cette nomination de M.Barnier? C'est une surprise ou c'est un choix par défaut?
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Il vous perturbe?
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Est-ce que c'est un choix par défaut? En début de semaine, E.Macron a reçu B.Cazeneuve et X.Bertrand, qui semblaient des pistes sérieuses.
- 1:45RelanceRéponse partielle
Ou des leurres. C'est le sujet. De ce que l'on sait, il a été appelé il y a 2 ou 3 jours par A.Kohler, le secrétaire général de l'Elysée. Il faudrait peut-être parler un jour du rôle politique qu'il joue. Ca me semble poser un problème démocratique.
- 2:15FerméeRéponse directe
Vous dites que c'est lui qui a choisi M.Barnier?
- 2:45OuverteRéponse directe
Pourquoi?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:45P.DuhamelFait
« Il faudrait peut-être parler un jour du rôle politique qu'il joue. Ca me semble poser un problème démocratique. »
- 3:45P.CohenFait
« Les discussions se sont faites très en amont, notamment avec B.Cazeneuve et X.Bertrand dès la fin juillet. »
- 4:15P.DuhamelFait
« Il y avait des calculs mathématiques. »
- 4:45R.BachelotFait
« E.Macron était extrêmement inquiet de voir des personnes qui voulaient remettre sur l'établi la question de la réforme des retraites. »
- 5:15P.DuhamelFait
« Ce sera plus une coalition qu'une cohabitation. »
- 5:45P.CohenFait
« L'Elysée affirme que le président laissera le Premier ministre gouverner, dans la plénitude de la Constitution. »
- 6:15E.Tran NguyenFait
« Le 20 décembre 1981, il avait voté avec d'autres députés de droite contre la dépénalisation de l'homosexualité pour les mineurs de plus de 15 ans. »
- 6:15E.Tran NguyenFait
« En 1982, il avait voté pour le remboursement de l'IVG par la Sécurité sociale. »
- 6:45R.BachelotFait
« Il a aussi créé la Commission nationale du débat public, une instance particulièrement importante sur les questions environnementales. »
- 6:45R.BachelotFait
« La taxe Barnier, sur les bateaux qui vont vers des endroits touristiques... La taxe Barnier sur les contrats d'assurance, qui permet de faire des politiques de prévention des inondations. »
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pour une sorte de collaboration, de coexistence exigeante. Je ne sais pas si l'expression passera à la postérité, mais voilà comment l'Elysée voit les mois et les années à venir. - A.-E.Lemoine: Votre première réaction à cette nomination de M.Barnier?
C'est une surprise ou c'est un choix par défaut? - R.Bachelot: Il y a plusieurs jours que le nom de M.Barnier circule dans certains cercles.
J'ai bu un verre avec lui bien avant l'affaire de la dissolution et de ces nouvelles élections législatives. - P.Cohen: Donc il boit des verres, c'est une première information! - R.Bachelot: C'est ça.
Je pense que c'est utile de se réhydrater. - A.-E.Lemoine: Il vous perturbe? - R.Bachelot: Oui!
Je l'avais senti à l'époque, non pas dans une stratégie de spectateur, mais dans une stratégie d'attente et d'acteur qui se prépare. J'en avais fait l'observation aux gens qui m'accompagnaient. Michel, je le connais très bien.
C'est un ami de 30 ans. On a rappelé que j'avais été au gouvernement de F.Fillon, lui était à l'Agriculture et moi à la Santé.
Mais depuis 30 ans...
Il est à l'Assemblée nationale. A l'époque où je suis arrivée, il était dans le mouvement des rénovateurs. Il y avait Fillon, Séguin...
Toujours est-il que je vais l'avoir aussi comme successeur, quand je suis ministre de l'Environnement. Il n'est pas au gouvernement Raffarin avec moi, mais ce qu'il a fait, de porter dans le code de l'environnement les principes fondateurs, en particulier le principe de précaution qui a suscité beaucoup d'oppositions...
Je vais travailler à les inscrire dans la Constitution. Et comme conseillère régionale, présidente de commission au conseil régional, il est aussi commissaire aux politiques régionales. M.Barnier, c'est un gars...
Pardon, c'est un homme politique qui m'a accompagnée dans ma vie politique. Je n'ai pas de mauvais souvenirs avec lui. C'est quelqu'un de loyal.
Quand il dit qu'il fait quelque chose, il le fait. Il ne fait pas de coups tordus. Ce n'est pas un faible.
Il est capable, contrairement à ce qu'on dit, d'un peu de sens de l'humour. Il est capable de se moquer de lui-même. - A.-E.Lemoine: Est-ce que c'est un choix par défaut?
En début de semaine, E.Macron a reçu B.Cazeneuve et X.Bertrand, qui semblaient des pistes sérieuses. - P.Duhamel: Ou des leurres.
C'est le sujet. De ce que l'on sait, il a été appelé il y a 2 ou 3 jours par A.Kohler, le secrétaire général de l'Elysée.
Il faudrait peut-être parler un jour du rôle politique qu'il joue. Ca me semble poser un problème démocratique. Sur le plan politique, il joue un rôle trop important. - A.-E.Lemoine: Vous dites que c'est lui qui a choisi M.Barnier? - P.Duhamel: Pas du tout, mais il a une influence énorme. - R.Bachelot: Vous pensez que D.de Villepin n'avait pas une influence aussi terrible? - P.Duhamel: A la fin, peut-être.
A l'arrivée, compte tenu du paysage politique, c'était peut-être la seule solution possible, réaliste, raisonnable, pour le président de la République. - A.-E.Lemoine: Pourquoi? - P.Duhamel: Ca ne pouvait pas être quelqu'un de son ancienne majorité.
C'était impossible, il a connu 3 échecs aux élections. Ca ne pouvait pas être quelqu'un du NFP, compte tenu de ce qui s'est passé. C'était impossible que ce soit quelqu'un du RN.
Il ne restait que les LR...
Avec un virage à 180 degrés, plus ou moins piloté par N.Sarkozy. - A.-E.Lemoine: Donc c'est un choix d'A.Kohler, d'E.Macron et de N.Sarkozy, si on vous écoute.
L'Elysée a essayé d'expliquer comment on en arrive à cette solution? - P.Cohen: Oui.
Les discussions se sont faites très en amont, notamment avec B.Cazeneuve et X.Bertrand dès la fin juillet.
Les leurres, ça ne dure pas des semaines. Le choix s'est fait par élimination. Vous avez parlé de choix par défaut, mais on peut le tourner dans l'autre sens.
Une personnalité de la société civile...
On a cité T.Beaudet et tout le monde a dit non. A l'Elysée, il y a eu un consensus parmi les consultations qui ont pu avoir lieu, parmi les chefs de partis, pour que le Premier ministre soit une personnalité politique.
Un des ministres démissionnaires? Impossible. Les Français ont voté pour le changement.
Ca a été dit très tôt par l'Elysée. C'était inconcevable d'avoir un Premier ministre venant du bloc central, de l'ex-majorité. La gauche, le NFP, les proches d'E.Macron répètent qu'il y a, contre la gauche, une majorité de blocage à l'Assemblée.
Ca aurait entraîné une censure automatique. Pour preuve, l'échec du communiste A.Chassaigne, qui était le candidat de gauche pour la présidence de l'Assemblée nationale en juillet.
Reste des opposants qui auraient pu rassembler au-delà du bloc central et sans être renversés d'emblée...
Les positions du RN ont montré qu'avec B.Cazeneuve et X.Bertrand, ça n'aurait pas marché.
On dit que M.Barnier coche beaucoup de cases: opposant, capacité à rassembler, esprit de compromis...
Il a aussi connu tous les étages de la vie locale. Président du conseil général, c'est important dans le vote des Français fin juin et début juillet. Il a été député et sénateur, il connaît les rouages de la vie parlementaire.
Dernière case, importante: il n'a aucune intention d'être candidat en 2027! - A.-E.Lemoine: Ah bon? - P.Duhamel: Juste, sur le leurre...
J'ai parlé il y a quelques jours, la semaine dernière, à la fois avec X.Bertrand et B.Cazeneuve.
Ils m'ont dit tous les deux: "On sait que le président ne nous nommera pas." J'appelle ça un leurre! - A.-E.Lemoine: Comment ils savaient? - P.Duhamel: Il y avait des calculs mathématiques.
Le fond du problème, c'est qu'on a à l'Elysée un président et son secrétaire général qui n'ont pas envie de partager le pouvoir. Avec B.Cazeneuve ou X.Bertrand, ce serait une cohabitation sans doute plus dure qu'avec M.Bernier. - A.-E.Lemoine: Là, on parle plutôt de collaboration, de coexistence? - R.Bachelot: Oui.
Je crois qu'E.Macron était extrêmement inquiet de voir des personnes qui voulaient remettre sur l'établi la question de la réforme des retraites. Pour lui, c'était vraiment la ligne rouge de son action.
Il pense d'ailleurs, à juste titre, que la réforme des retraites est la mère de toutes les batailles, pour reprendre une expression bien connue. On peut même juger que cette réforme était globalement insuffisante. - P.Duhamel: M.Barnier était pour 65 ans! - R.Bachelot: Je trouve quand même merveilleux que, dans ces dernières élections législatives, il y a quand même un parti qui s'est pris une raclée phénoménale, ce sont Les Républicains, et on choisit un Premier ministre qui est Républicains.
Je trouve quand même qu'il y a une sorte de résilience de mon ancienne famille politique qu'il faut saluer! - A.-E.Lemoine: Justement, quelles peuvent être les relations entre M.Barnier et E.Macron?
En novembre 2021, il était sur le plateau de "C à vous". - M.Barnier: Il a parfois été...
Comment dirais-je? Arrogant et distant. Vous ne m'entendrez jamais dire, le jour où je serai président de la République, qu'il y a des gens "qui ne sont rien".
Vous ne m'entendrez jamais parler des "premiers de cordée". En Savoie, dans une cordée, tout le monde est important. C'est chacun pour tous. - A.-E.Lemoine: Un président solidaire dans l'exercice du pouvoir, arrogant...
Ca risque d'être feutré ou orageux, dans cette collaboration de coexistence? - R.Bachelot: Il n'y aura pas d'éclats de voix, mais... - P.Duhamel: Ce sera plus une coalition qu'une cohabitation.
Il va y avoir une coalition entre le bloc central...
Je pense qu'il ne faut plus parler de macroniens. - R.Bachelot: Ils sont dispersés façon puzzle! - P.Duhamel: C'est une coalition minoritaire.
Ca fait à peu près 180. - R.Bachelot: Non, un peu plus. - P.Cohen: Environ 200. - P.Duhamel: Mais il manque quand même 90 voix.
Je pense que le choix de M.Barnier, et c'est pour ça que je disais que c'était sans doute la seule solution possible...
Dans l'urgence absolue des affaires européennes, il a une grande connaissance de Bruxelles. Vous avez vu comment il a été salué aujourd'hui? Tout le monde boit le champagne, à Bruxelles.
Il a d'ailleurs un contentieux personnel avec le président de la République. Il comptait beaucoup sur Macron pour être président de la Commission européenne et Macron lui a préféré U.von der Leyen. - R.Bachelot: Déjà, je lui conseille de ne prendre aucun ministre du gouvernement sortant.
Ce n'est pas une question de personnes. Il faut faire table rase. S'il fait un tant soit peu un recyclage...
Je sais bien que c'est un ancien ministre de l'Environnement, mais s'il fait un recyclage de sortants, ça va être une catastrophe. - P.Cohen: Il y a 30 candidats à leur maintien! - R.Bachelot: Evidemment! - P.Duhamel: Il ne va pas prendre des ministres que dans la haute fonction publique... - A.-E.Lemoine: On en reparlera.
Je parlais de la relation entre les deux hommes? - P.Duhamel: Courtoise. - R.Bachelot: M.Barnier n'est pas un type qui fera des éclats de voix. - A.-E.Lemoine: Il n'est pas lisse? - P.Duhamel: Je le connais depuis près de 50 ans.
Il a l'image de quelqu'un de lisse, mais ce n'est pas à Roselyne que je vais apprendre que la réalité des responsables politiques, ce n'est pas ce qu'on voit à la télé et ce qu'on entend à l'Assemblée. C'est un faux gentil. Il est très dur dans la négociation.
C'est quelqu'un de très exigeant avec ses équipes. - R.Bachelot: Sur le plan technique, il n'aime pas du tout les gens qui n'ont pas bossé leurs dossiers. - P.Duhamel: Quand il négocie, il est ouvert, mais quand la décision est prise, il ne faut plus en bouger.
C'est d'ailleurs pour ça qu'il a réussi la négociation avec B.Johnson. - A.-E.Lemoine: Vous avez remarqué un geste paternaliste à l'égard de G.Attal à son arrivée à Matignon tout à l'heure? - R.Bachelot: Tout de suite, il met la main...
Il lui dit: "Gamin, c'est mon tour." - A.-E.Lemoine: Quel rôle aura donc E.Macron dans cette collaboration de coexistence? - P.Cohen: L'Elysée affirme que le président laissera le Premier ministre gouverner, dans la plénitude de la Constitution.
Il pourra proposer les ministres qu'il souhaite pour son futur gouvernement. Le rôle d'E.Macron, après 7 ans de présidence toute-puissante, sera radicalement différent.
Il va lâcher les manettes. Il n'impulsera plus les décisions publiques tel qu'il a pu le faire depuis le début de sa première présidence. Ca reste évidemment à démontrer.
Mais c'est le message envoyé. - R.Bachelot: Je pense que c'est le pacte qu'il a passé avec M.Barnier. - P.Duhamel: Ce n'est pas dans sa nature... - R.Bachelot: Mais il y a la force des choses. - P.Duhamel: Il ne veut pas qu'on touche à la réforme des retraites. - R.Bachelot: Ca n'empêche pas...
Il savait aussi que M.Barnier était de cet avis. Il n'y avait pas de difficultés entre eux sur ce sujet. - P.Cohen: Je ne jurerais pas que la réforme des retraites ne sera pas remise, d'une façon ou d'une autre, sur le métier. - P.Duhamel: Mais ce ne sera pas sur la colonne vertébrale, sur l'âge pivot, etc. - E.Tran Nguyen: Sur les questions de société, notamment, on voit depuis quelques heures des votes passés de M.Bernier remonter à la surface.
Ils sont exhumés depuis cet après-midi. Le 20 décembre 1981, il avait voté avec d'autres députés de droite contre la dépénalisation de l'homosexualité pour les mineurs de plus de 15 ans. En 1982, il avait voté pour le remboursement de l'IVG par la Sécurité sociale.
C'est un conservateur? - P.Duhamel: Il faut se remettre dans le contexte de l'époque. - R.Bachelot: C'était le côté godillot.
On votait pareil. - P.Duhamel: Sauf pour certains, sur la peine de mort. - E.Tran Nguyen: Donc vous diriez que c'est un progressiste? - R.Bachelot: Alors...
Je n'aime pas ces catégorisations. Est-ce qu'on est progressiste quand on veut, par exemple, une Europe plus forte? On peut considérer que c'est une forme de progressisme.
Ca ne s'évalue pas seulement sur les questions de société. - P.Cohen: Il y a aussi son bilan en matière d'environnement.
C'est lui qui a introduit le principe de précaution dans la loi. - R.Bachelot: Il a aussi créé la Commission nationale du débat public, une instance particulièrement importante sur les questions environnementales.
Elle est consultée, amenée à travailler sur tous les grands projets d'infrastructures, autoroutiers ou autres, aéroports...
C'était aussi un souci de concertation qu'il a acté dans la loi. Il a fait des choses très importantes. La taxe Barnier, sur les bateaux qui vont vers des endroits touristiques...
La taxe Barnier sur les contrats d'assurance, qui permet de faire des politiques de prévention des inondations...
Il a fait un travail environnementaliste, pendant ses 2 ans sous le gouvernement d'E.Balladur, avec des choses de fond sur les questions environnementales. - P.Lescure: Et en ces temps de Paris 2024, faut rappeler le fait d'armes: en 1992, il présidait le Comité d'organisation des Jeux d'hiver d'Albertville. - R.Bachelot: Avec J.-C.Killy! - F.Mitterrand: Je proclame l'ouverture des Jeux olympiques d'Albertville, célébrant les 16es Jeux olympiques d'hiver. - M.Barnier: A vous tous de jouer maintenant, mais aussi à vous de rêver.
Il est en effet des rêves que l'on peut construire. Quels qu'aient été les difficultés de cette construction, et de nos efforts communs, jamais nous ne regretterons d'avoir mis tout notre enthousiasme au service d'une certaine idée de la France, et en même temps au service de l'idéal olympique. - P.Lescure: Les Jeux paralympiques et Paris 2024 se terminent dimanche.
C'est une belle pirouette du destin qu'il soit dimanche l'homme qui accompagnera cette clôture de Jeux magnifiques. - P.Duhamel: Pendant un an ou un an et demi, il ne parlait que de ça.
Il était devenu très lié avec J.-C.Killy, comme T.Estanguet
Jean-Philippe Tanguy