Crise énergétique, élections européennes... Le "8h30 franceinfo" de Yannick Jadot
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Le 14 juillet 2016, à Nice, juste après le feu d'artifice, un poids lourd fonce sur la promenade des Anglais et tue 86 personnes, dont 15 mineurs. La particularité de cette attaque terroriste, c'est d'avoir visé les familles et notamment les enfants présents ce soir-là. Alors que s'ouvre le procès, France Info est allé à la rencontre de ceux dont la vie a été bouleversée par cette soirée. Attentat de Nice, les enfants du 14 juillet, un podcast original France Info, à retrouver sur l'application Radio France.
Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Gazprom a donc décidé de couper ses livraisons de gaz à la France à partir de demain. Le gouvernement se prépare au scénario du pire pour cet hiver avec un possible rationnement pour certaines entreprises. Est-ce que le ton adopté par l'exécutif ces derniers jours est le bon ?
La question, ce n'est pas le ton, c'est ce qu'on fait. Vous prenez d'autres pays européens, ça fait des mois et des mois que le gouvernement, si on prend le cas de l'Allemagne par exemple, qui est confronté à une situation encore plus difficile, mais travaille avec les collectivités. Et rouvre ses centrales au charbon. Attendez, on va y arriver. La France aussi rouvre ses centrales au charbon et négocie avec l'ensemble des secteurs économiques pour justement se préparer à la fois à la sobriété, comment on fait des économies, et potentiellement à certains rationnements. Là, on a l'impression que, encore une fois, le gouvernement n'a pas anticipé.
D'un seul coup, on a une dramatisation par le ton, et paf, ça n'est plus discuter, travailler, organiser l'hiver prochain, c'est le conseil de défense d'Emmanuel Macron. Moi, ce que je propose, c'est un pacte de patriotisme écologique avec toutes les forces sociales du pays. Comment, avec les Françaises et les Français, évidemment, on fait la chasse au gaspille. Évidemment, il y a des comportements plus vertueux à adopter sur le chauffage, sur l'utilisation de l'électricité.
Mais surtout, comment on fait de cette crise une opportunité pour sortir de notre, parfois, notre ébriété énergétique pour une partie de la population, la précarité énergétique pour une autre partie de la population, plus nombreuse, et comment on organise structurellement.
Vous voyez, un pacte de patriotisme écologique.
On a, d'un côté, la sobriété, en énergie, en eau, on le voit. De l'autre côté, sortir du carbone. On a nos conditions d'existence qui sont remises en cause par le dérèglement climatique, avec deux principes. La justice sociale et l'innovation, l'économie de l'intelligence. Et ça, c'est un projet pour notre pays.
Ça veut dire que dans votre pacte patriotique, vous, à la place du gouvernement, vous n'auriez pas mis la pression, parce que c'est ce qui se passe aujourd'hui, la pression aux entreprises, avec un risque de rationnement à la clé, s'ils ne jouent pas le jeu de la société.
Quelle pression ? On est quand même, c'est lunaire. On a, prétendument, la pression du gouvernement pour augmenter les salaires des entreprises, mais aucune contrainte, aucune obligation, y compris sur les minima sociaux.
Vous seriez allé plus loin, vous, sur la sobriété ?
Mais il faut l'organiser avec les entreprises.
Il y a plein d'entreprises. C'est-à-dire, dire, dans un mois, vous devez avoir réduit de tant de pourcents. Exactement.
Et sinon, il se passe quoi ? Et sinon, on va avoir un problème. La question, c'est pas... Non, non, si les entreprises ne le font pas. Ah ben écoutez, si les entreprises, de toute façon, moi je l'ai toujours dit, ne font pas, ne prennent pas leurs responsabilités, sur le climat et aujourd'hui, sur les économies d'énergie comme les économies en ressources, on a quand même des problèmes d'approvisionnement sur toutes les ressources et une catastrophe écologique mondiale. Eh bien, vous pouvez parfaitement stopper les aides publiques à une entreprise lorsqu'elle n'assume pas ses responsabilités. Mais aujourd'hui, la question, c'est pas de pénaliser, c'est d'organiser cette sobriété.
Comment on a... Vous savez, c'est ce qu'on appelle l'économie circulaire en écologie. C'est le pire terme. Personne ne comprend rien quand on dit économie circulaire, on a l'impression que c'est l'économie qui tourne en rond. Non, c'est cette économie qui réduit profondément l'extractivisme. Aller chercher du pétrole, du gaz, des minerais, tout ça pose des problèmes majeurs à la planète. C'est réduire les pollutions de nos processus et c'est arrêter de jeter pour réemployer, réutiliser. Mais ça, c'est pas simplement les vêtements de son gant de main. C'est les blockchains, c'est le photovoltaïque, c'est les batteries électriques.
J'essaie de comprendre. Je reviens aux entreprises. Vous dites, moi, je serais allé plus loin avec les entreprises. J'aurais coupé les subventions publiques aux entreprises qui ne baissent pas suffisamment leur consommation. Mais c'est surtout, aujourd'hui, la question, c'est pas de sanctionner.
Marc Ovel, aujourd'hui, c'est de dire, comme on fait dans les autres pays, voilà les industries qui consomment le plus d'électricité, qui consomment le plus de gaz. Quels sont, dans ces secteurs-là, ce qui est prioritaire ?
Ça a été fait. Il y a un plan de délestage qui a été mis en place dans les entreprises, puisqu'on est en train aujourd'hui de recenser les entreprises qui se verront couper en premier le courant s'il n'y en a pas assez.
Pourquoi est-ce qu'à un moment donné, on n'est pas capable, dans ce pays, de travailler justement avec tous les secteurs, avec les salariés, avec les syndicats ? Quelle part de télétravail ? Comment on organise, enfin, de manière structurelle, le covoiturage ? Comment on relance les transports collectifs pour éviter d'avoir à prendre sa voiture ?
Un plan arrive fin septembre, c'est ce que nous a dit Olivier Véran hier.
Voilà, un plan arrive. On a procrastiné, on a retardé, on n'a pas anticipé.
Mais en même temps, Yannick Jadot, quand le gouvernement vous invite autour de la table, vous et les autres formations, la semaine prochaine au Conseil National de la Réservation, vous annoncez que vous n'y allez pas. Bien sûr, mais ils ont raison.
Ah bon ? Vous avez vu l'invitation du Président de la République ? Non, je ne l'ai pas reçu, moi. Bon, écoutez, on va faire un conseil et on va traiter de tout. De la démocratie, de la transition écologique, des services publics. Ce n'est pas ce que vous demandez là. Mais non, moi ce que je ne demande pas, c'est un énième comité dont personne ne sait comment il est structuré, ce qu'il va donner, qui contourne le Parlement, qui contourne le Conseil économique et social. Est-ce qu'on peut rappeler dans ce pays qu'il y a une institution forte de notre République qui s'appelle le Conseil économique et social et environnemental, qui réunit toutes les forces sociales ?
C'est toujours la volonté de contourner, de mettre en place des dispositifs qui ne servent à rien, et à la fin, il fait un conseil de défense pour décider seul dans son bureau, avec Alexis Collère, son secrétaire général.
Plus d'anticipation, plus de planification, quels sont pour vous... Et travailler avec les forces sociales. Quels sont pour vous les efforts qu'il va falloir demander aux particuliers, aux ménages, aux Français ?
Il y a un, je l'ai dit, c'est la chasse au gaspille. Vous vous souvenez, on l'a déjà fait ça après le premier choc pétrolier, en 1973, vous vous souvenez, d'ailleurs c'était marrant, on éteignait la télé à 23h. La télé ne mettait plus à 23h pour limiter les consommations d'électricité. Vous voulez qu'on fasse la même chose aujourd'hui ? Non, je veux dire, c'est qu'il y avait des mesures, on réduisait la vitesse. Bon, un, la chasse au gaspille. Comment on ne chauffe pas des pièces inoccupées ? Comment on coupe ses veilles ? Évidemment, l'éveil des téléviseurs électroniques. Bon, tout ça. Donc ça, c'est la chasse au gaspille. Deux, sobriété individuelle.
C'est-à-dire réduire potentiellement son chauffage, mais on a 12 millions de précaires dans notre pays. C'est évidemment pas aux Françaises et aux Français en situation difficile de faire des sacrifices. Et c'est surtout, aujourd'hui, organiser la sobriété qu'on appelle la sobriété collective. Comment, aujourd'hui, vous vous rendez compte que le plan du gouvernement pour les mesures, c'est d'appliquer la loi. Appliquer la loi sur la température, 19 degrés et climatisation. Appliquer la loi sur les terrasseurs.
Mais vous aussi, c'est appliquer la loi. Vous dites, il n'y a pas de nouvelles contraintes dans ce que vous proposez quand vous dites, chauffage à 19, c'est sur la bonne volonté des gens.
Alors, à domicile, oui. Mais en entreprise, dans les administrations, on peut l'imposer et vérifier que ça se passe bien. Mais c'est surtout notre spécificité. C'est de traiter structurellement les problèmes. On n'est pas simplement à une crise cet hiver et après, on recommence comme avant. Ce qu'il faut quand on se bat pour qu'on ait un plan massif de rénovation des logements et des bâtiments. Mais massif, c'est pas ce que fait le gouvernement qui, là aussi, continue à retarder les efforts. C'est pour que les Françaises et les Français consomment moins et protègent leurs revenus. C'est pour que les Françaises et les Français ne soient plus en précarité énergétique.
C'est pour qu'on soit moins dépendants du gaz et de nos importations. C'est pour qu'on lutte contre le dérèglement climatique et qu'on ait, du point de vue sanitaire, essentiel, moins chaud l'été, moins froid l'hiver. Pourquoi est-ce que le gouvernement ne le fait toujours pas ? Pourquoi est-ce qu'on n'a toujours pas des panneaux photovoltaïques sur tous nos parkings ? C'est dans la loi qui arrive. Ça va venir peut-être.
Mais c'est toujours ça va venir. C'est toujours ça va venir. Du coup, cette loi-là, qui arrive là, pour le coup, dans quelques semaines, les écologistes vont la voter. Ben écoutez, on va voir ce qu'ils vont faire. Les panneaux sur tous les parkings. Ben oui, ça c'est sûr. Les recours plus difficiles pour l'éolien. Ça dépend, là aussi.
J'ai allégé les procédures pour...
Est-ce que je vous propose comme si c'est un sujet un peu technique ? On va se laisser le temps. Non, non, attendez. Je connais une boîte. Non, non, je vous interromps une seconde. Je vous interromps, ce n'est pas pour le plaisir de vous interrompre. Le fil info, 8h41 de Maureen Suignard. Et on poursuit et on détaille juste après, si vous voulez bien.
Le président russe, Vladimir Poutine, exprime ses sincères condoléances après la mort de Mikhail Gorbachev, 91 ans, le dernier dirigeant de l'URSS qui avait engagé des réformes sociales et un rapprochement avec l'Ouest en pleine guerre froide, prix Nobel également de la paix en 1990. Ce sont au moins trois jours sans gaz russe qui débutent pour les Européens. Une maintenance du gazoduc Nord Stream prévue, indique Gazprom ce matin. Dans le même temps, le groupe russe prévient que les livraisons au groupe ENGIE sont suspendues, cette fois pour des factures impayées.
Si Elisabeth Borne promet que les ménages ne subiront pas de coupure de gaz cet hiver, la Première ministre prévient que celles d'électricité sont possibles, deux heures maximum, quartier par quartier, en cas d'une conjugaison de mauvaises circonstances. Ils font leur rentrée avec un jour d'avance sur leurs élèves, les plus de 850 000 professeurs de France. Une rentrée convenable, mais pas optimale, reconnaît le ministre de l'Éducation, Papendiaï, qui souligne des problèmes de recrutement liés à l'attractivité du métier. 1700 enseignants en primaire, en collège et en lycée qui ont démissionné l'année dernière. C'est quatre fois plus qu'il y a dix ans. France Info
Le 830 France Info Salia Brakia, Marc Fauvel
On est toujours avec Yannick Jadot, député européen écologiste. On en parlait à l'instant. Le gouvernement prévoit un projet de loi au mois d'octobre pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables dans le pays. Vous allez voter le texte, oui ou non ? Ça dépend ce qu'il y a à l'intérieur.
Ça dépend évidemment de ce qu'il y a à l'intérieur. Ça dépend des amendements qui seront retenus ou pas retenus. Moi je suis, évidemment, je me bats tellement, depuis tellement longtemps pour que la France soit à la hauteur du défi des énergies renouvelables. Vous savez que la France est le seul pays européen, le seul pays européen à n'avoir pas atteint ces objectifs. Et vous savez pourquoi sur les renouvelables ?
Notamment en raison des délais qui sont beaucoup plus longs chez nous que chez nos voisins. Oui, d'accord. Et c'est l'un des objectifs de ce texte.
Vous savez bien que ce type de délai... Aujourd'hui je crois qu'il faut huit ans entre le projet et la construction d'une éolienne. Ça ne vient pas de la Lune. C'est parce que les gouvernements successifs ont toujours organisé l'instabilité administrative, financière des énergies renouvelables. On change les règles tous les deux ans. Ce qui fait que ceux qui investissent sont toujours en difficulté.
Il arrive aussi sur le terrain, Yannick Jadot, que des écologistes s'opposent à des éoliennes ou à des champs de panneaux photovoltaïques.
C'est le cas aujourd'hui pour certaines associations de protection de la nature qui disent qu'on va lever des procédures. Résultat, ça risque d'endommager le environnement.
La logique doit être, si on prend l'éolien terrestre, où est-ce qu'on peut faire de l'éolien terrestre ? Et à partir du moment où on a défini les zones où il n'y a pas de problème d'acceptabilité sociale, c'est discuter avec les populations, et surtout aujourd'hui il n'y a pas ou quasiment pas d'éolien. Et bien à ce moment-là, sur ces zones privilégiées, on accélère les procédures. Et on met, je l'ai dit, du photovoltaïque et du solaire thermique.
Je disais, il y a une boîte à Marseille qui s'appelle Dual Sun, pour ne pas la nommer, c'est des jeunes français, ingénieurs, qui ont inventé, simplement, vous collez du panneau photovoltaïque pour faire de l'électricité sur du solaire pour faire de l'eau chaude. C'est du bon sens. Vous mettez ça sur les hôpitaux, vous mettez ça sur le logement social. Ça fait de l'électricité et de l'eau chaude qui viennent du soleil et non pas de Russie. C'est ça. Il y a du génie français. Et vous avez raison, il y a ce projet de loi. Et puis le grand projet du quinquennat, ça va être ce qu'on appelle la programmation des investissements en matière énergétique.
Quel est notre avenir énergétique pour les 20, 30 ou 40 prochaines années ? Et bien j'espère, et ce sera le combat des écologistes, qu'enfin, ces économies d'énergie, cette sobriété, cette économie de l'innovation et de l'intelligence, couplée à la justice sociale, avec les renouvelables, ce sera le cœur de notre projet pour qu'on soit un grand pays énergétique. Alors, il y a la question bien sûr des économies et de la sobriété,
et puis il y a la question des énergies qu'on va continuer à produire. Dans votre programme, vous souhaitiez qu'on sorte du nucléaire à l'horizon 2040-2050. Ce qui n'est pas l'avis de l'homme que nous avons reçu avant-hier sur ce plateau, c'est Jean-Marc Jancovici, qui se définit lui aussi comme vous, comme un écologiste. Il est membre du Haut Conseil pour le climat. Voici ce qu'il nous a expliqué sur cette question du nucléaire.
On va rentrer dans un avenir dans lequel, de toute façon, on va devoir augmenter notre prise de risque.
C'est-à-dire peut-être ouvrir des réacteurs, y compris s'il y a une part de risque.
Exactement. Le risque nucléaire est plus faible que le risque d'un défaut massif d'approvisionnement électrique. Ça, c'est sûr. Si vous avez un défaut massif d'approvisionnement électrique, vous avez des systèmes de communication qui ne fonctionnent plus, vous avez des transports qui ne fonctionnent plus, vous avez des systèmes de soins qui ne fonctionnent plus, vous avez des systèmes de chauffage qui ne fonctionnent plus. Et ça fait beaucoup plus de morts, tout ça, que la quantité de morts que vous pourriez avoir à cause d'un accident dans le réacteur.
Le risque nucléaire est plus faible que les autres.
Oula, ça vous fait soupirer. Au moment où la communauté internationale est en état quasiment de panique autour de la plus grande centrale européenne de Saporizhia, je trouve qu'avoir cette vision un peu dilettante du risque, on a quand même des risques. Mais surtout, on a le dérèglement climatique. Ça nous tombe dessus, c'est d'une violence terrible. Donc, il faut accélérer la lutte contre le dérèglement climatique. Deuxièmement, on a un nucléaire, plus de la moitié de nos réacteurs à l'arrêt, des EPR, il n'y en a pas un qui tourne dans le monde. Non, il n'y en a pas un seul qui tourne dans le monde.
Et si on investit sur le nucléaire, de toute façon, c'est pour dans 20 ans pour obtenir des réacteurs. Donc, l'urgence, l'urgence, c'est de développer des énergies nouvelles. Alors, je prends un exemple, puisque c'est vous qui l'avez cité tout à l'heure.
Et après, on se sentira progressifiquement du nucléaire de manière responsable et pragmatique. Vous avez cité au tout début de cet entretien l'exemple de l'Allemagne. Aujourd'hui, en Allemagne, Olaf Scholz envisage de prolonger la durée de vie des centrales alors qu'il avait été question sous Angela Merkel de les fermer purement et simplement. Mais je comprends parfaitement cette logique. Alors, attendez, est-ce qu'il vaut mieux prolonger les centrales ou rallumer les centrales à charbon ? Les centrales nucléaires. Est-ce qu'il vaut mieux le nucléaire ou le charbon, aujourd'hui, dans l'urgence du moment ?
Quand, en Allemagne, la feuille de route, le cap est très clair. On sort du nucléaire, on sort du charbon et il booste les énergies renouvelables. Attendez. Après, on est pragmatique et vous savez que j'ai toujours, sur cette question-là, voulu être pragmatique. S'il faut retarder la fermeture d'un certain nombre de centrales nucléaires parce que ça remet en cause l'approvisionnement en électricité de l'Allemagne dans la situation de guerre en Ukraine, bien sûr que ce que vous dites là, ce n'est pas la position de Greenpeace en Allemagne
qui dit « on préfère le charbon au nucléaire ». Écoutez, c'est Greenpeace dont vous avez été le porte-parole en France. Oui. Oui. Mais il faut suivre, enfin...
Mais non, mais on peut avoir des avis, si vous voulez, on est dans un moment... Greenpeace dit tout sauf le nucléaire. Non, mais attendez, on est dans un moment d'instabilité absolue. On est dans un moment où il y a une guerre en Ukraine, où notre dépendance à Poutine vis-à-vis des énergies fossiles a quand même conduit à des complaisances et à des massacres, à des atrocités aujourd'hui. On est dans un moment où tout l'été, on était tapé par le dérèglement climatique. Et ce n'est pas fini. Ça ne fait que malheureusement que commencer. Mais justement, Yannick Jadot, quand on voit que l'Allemagne a commencé le mouvement, il faut avoir un cap clair, mais il faut être pragmatique.
Et qu'on voit ce qui se passe aujourd'hui en Allemagne. Vous ne vous dites pas ? Bon, on va plutôt réfléchir à maintenir nos centrales, comme le dit Jean-Marc Jancovici, parce qu'il y a des besoins aussi à instaurer.
Mais tiens, qui parle de fermer les centrales en France aujourd'hui, demain ? Personne. Ce que nous disons, c'est que le pari industriel, le pari économique, EDF, 60 milliards de dettes cette année probablement. Je veux dire des EPR qui ne fonctionnent pas. Un investissement qui est aujourd'hui une faillite industrielle et financière. Tous nos problèmes de dépendance, tous nos problèmes climatiques sont liés à un retard majeur qui a été pris par les gouvernements européens, pas tous à égalité, sur les investissements dans les économies d'énergie et cette économie intelligente que j'appelle de mes voeux, et le développement des énergies renouvelables.
Si on avait fait beaucoup plus pour les énergies renouvelables, on ne se poserait pas la question du gaz russe aujourd'hui. Si on avait fait beaucoup plus sur la rénovation des bâtiments,
L'Allemagne est plutôt que nous, elle est quand même dans cette situation, elle est même pire que nous.
Mais bien sûr, mais je suis d'accord. L'Allemagne est en difficulté par rapport au gaz russe. Mais enfin, ce n'est quand même pas les écologistes qui ont placé Gerhard Schröder, chancelier allemand, et aujourd'hui proche de Vladimir Poutine. Ce n'est pas les écologistes qui ont placé en France François Fillon, proche de Vladimir Poutine, et de l'industrie pétrolière et du gaz. Il y a eu des puissances politiques et économiques qui se sont alliées, les sociodémocrates et les chrétiens démocrates, avec Poutine dans une attitude totalement irresponsable.
Et bien aujourd'hui, réparons, mettons le paquet sur les énergies renouvelables avec des filières européennes, et franchement, on dépendra du soleil, du vent, de l'eau, de la géothermie, plutôt que de Poutine, des Émirats arabes unis ou de l'Arabie saoudite ou du gaz de schiste américain.
Yannick Jadot, vous restez avec nous, 8h51, le fil d'info. Merci, voici Maureen Thuignard.
La première ministre se veut rassurante. Engie a déjà trouvé d'autres sources d'approvisionnement. Le groupe russe Gazprom va suspendre ses livraisons à cause, dit-il, de factures non réglées. Gazprom qui confirme aussi ce matin l'arrêt temporaire de ses livraisons de gaz à l'Europe via le gazoduc Nord Stream, cette fois pour des questions de maintenance pour les trois prochains jours. Déjà en Ukraine, l'équipe de l'Agence internationale de l'énergie atomique est en route vers la centrale nucléaire de Zaporizhia, ce matin la plus grande d'Europe qui est aussi au milieu des bombardements entre Kiev et Moscou. Il était le dernier dirigeant encore en vie de l'époque de la guerre froide.
Mireille Gorbatchev est mort à 91 ans, lui qui a dirigé l'URSS pendant six ans. Un leader rare ayant permis un monde plus sûr, réagit le président américain Joe Biden, un homme de paix dont les choix ont ouvert un chemin de liberté aux Russes pour Emmanuel Macron. C'est l'exploit de la nuit. La joueuse de tennis française Alizé Cornet, la 40e mondiale, élimine la tenante du titre au premier tour de l'US Open. Qualification aussi de Clara Burel qui sort la lauréate de Wimbledon.
France Info
Le 8.30 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvel.
Toujours avec Yannick Jadot, député européen écologiste. Yannick Jadot, si vous étiez au pouvoir, est-ce que vous demanderiez aux Français d'arrêter de manger de la viande rouge ?
Non. Je leur dirais de baisser leur consommation de viande. C'est indispensable du point de vue de la santé, c'est ce que disent tous les médecins. C'est évidemment essentiel du point de vue du climat et de la souffrance animale. Donc on sait qu'on doit réduire notre consommation de viande. Après, moi je ne suis pas pour l'interdiction de la viande, y compris je défends, vous le savez, l'élevage paysan. L'élevage avec des animaux qui pâturent, avec des estives dans nos montagnes. Je défends l'élevage paysan contre l'élevage industriel. Vous avez fait des barbecues cet été ? Pardon ?
Vous avez fait des barbecues cet été ?
Oui. Oui, parce qu'en plus c'est plutôt moi qui cuisine. Ah, c'est pas votre compagne.
Donc je cuisine et je fais, j'ai fait des barbecues, oui. Bon, vous êtes exactement dans la situation décrite par Sandrine Rousseau, votre collègue députée écologiste qui a déclaré le week-end dernier que le barbecue était aujourd'hui un symbole de virilité et qu'il fallait changer de mentalité. Vous vous êtes senti visé donc après vos barbecues de l'été ?
Non, je fais les barbecues, mais je fais aussi la salade. Je fais aussi les légumes pour accompagner. Donc moi, je fais l'ensemble du repas. Voilà, après, encore une fois, moi je regrette ces polémiques. Je regrette ces polémiques parce que... C'est-à-dire, vous regrettez les propos de Sandrine Rousseau ou vous regrettez qu'on vous pose la question ? Plutôt que... Aujourd'hui, les Françaises et les Français ont parfaitement conscience du dérèglement climatique. Ont parfaitement confiance que ça les touche dans leur santé, dans leur chair, dans leur lieu d'habitation, dans leur environnement. Et donc, je pense, j'imagine, je les écoute, qui regardent les offres politiques.
Et notre responsabilité, c'est d'éclairer le débat et d'apporter des réponses.
C'est-à-dire que vous vous dites parfois, quand vous regardez vos amis écologistes, Yannick Jadot... Et on change la vie quotidienne, mais ça n'est pas d'enflammer le débat. Vous vous dites parfois, quand vous regardez vos amis écologistes, qu'il ferait mieux de parler un peu moins de burkini, un peu moins de barbecue et un peu plus de la planète ?
En tout cas, là, évidemment, et c'est le discours majeur des écologistes, nous sommes sur les grandes transformations. Vous savez, on est dans un moment qui est terrible, parce qu'il y a une instabilité mondiale à tout point de vue. L'instabilité, l'emballement climatique, l'effondrement de la biodiversité, les inégalités qui explosent, la démocratie qui s'affaisse. Et en fait, il faut qu'on arrive à démontrer que, pour retrouver de la sérénité et de la stabilité, il faut de grandes transformations. Que le statu quo, c'est plus d'instabilité, plus d'insécurité, plus d'injustice.
C'est ce que fait le gouvernement, en faisant croire que ce ne sont que des crises, mais il n'y a pas de changement structurel. Donc, il faut qu'on porte ces grandes transformations, il faut qu'on soit très pédagogique et qu'on arrive toujours à articuler les grands défis globaux et la vie quotidienne des Françaises et des Français. Le matin, comment ça va mieux se passer jusqu'au soir ?
Yannick Jadot, dans un tout autre sujet, le Conseil d'État a donné raison au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin pour l'expulsion de l'imam Hassan Nikouissen. On le rappelle, il lui reproche d'avoir tenu des propos antisémites, d'autres contraires à l'égalité femmes-hommes. Est-ce que vous félicitez, vous aussi, de cette décision du Conseil d'État ?
Vous savez qu'à chaque fois qu'on me pose la question, je ne commande pas les décisions de justice, parce que je pense que c'est très malsain quand la politique commande des décisions de justice, la justice a tranché, l'antisémitisme et cette discrimination, cette violence faite aux femmes est insupportable. Donc la justice a tranché.
Vous avez entendu les commentaires de certains à la France insoumise qui dit qu'il n'a jamais été condamné par la justice. Donc condamnons-le d'abord par la justice avant de l'expulser éventuellement.
Écoutez, là, encore une fois, la justice a tranché. Moi, ça ne me gêne pas que cette personne quitte le territoire français.
Vous avez fait moins de 5% Yannick Jadot à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon.
Merci pour la rentrée politique.
Bonne humeur. Jean-Luc Mélenchon, lui, a atteint presque les 22%. Est-ce que c'est lui aujourd'hui qui incarne le mieux l'écologie ?
Non. C'est ce qu'il dit ? Écoutez, chacun revendique. Vous savez, je l'ai dit, on est dans ce moment où il va nous falloir, aujourd'hui, pas simplement démontrer qu'il y a une urgence écologique. Tout le monde en est conscient. Alors on peut faire de la surenchère. On peut radicaliser les discours. Employer toujours plus de mots plus forts pour dire la situation. Ma ligne politique, vous le savez, c'est pas de parler aux convaincus. C'est pas parfois même de flatter les convaincus. Parce que ça, ça nous relassera toujours minoritaires.
C'est comment on fait en sorte que les Françaises et les Français qui doutent, les Françaises et les Français qui disent, Waouh, les écologistes ont eu raison. Est-ce qu'ils peuvent gouverner le pays ? Est-ce qu'ils ont des réponses économiques, sociales ? Eh bien, nous, écoutez, c'est aux Françaises et aux Français de trancher. Mais nous, nous mettons en place ces transformations au niveau local. Nous démontrons notre capacité à gérer, à gouverner. Mais ce que font nos maires pour l'adaptation des règlements climatiques, c'est extraordinaire. D'ailleurs, ils le font avec très peu de moyens. Ils veulent transformer notre vie en mieux.
Est-ce qu'aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, vous êtes ensemble au sein de la NUPES avec la France Insoumise ? Est-ce que cette coalition, elle peut se renouveler dans le cadre des Européennes ? Et s'il faut y aller ensemble ?
Mais on travaille avec les différents groupes socialistes ou de la gauche. Mais s'il faut renouveler la coalition. De la gauche, on travaille avec Manon Brie, avec Raphaël Guzman, pour reprendre les têtes de liste qui ont porté la France Insoumise et le Parti Socialiste. Mais moi, je suis un fervent partisan du scrutin proportionnel. Je veux dire, pas simplement pour qu'il y ait une bonne représentativité, ce qui est essentiel, mais parce que ça change totalement notre façon de faire de la politique. Quand vous êtes dans un scrutin proportionnel, vous savez que vous allez devoir faire des coalitions.
Vous savez que vous allez devoir faire des compromis, des bons compromis, mais des compromis. Donc pas d'accord avec la France Insoumise ? Et là, le scrutin européen, c'est déjà un scrutin à la proportionnelle. Et vous savez qu'avec la France Insoumise notamment, nous avons un certain nombre de différences sur l'Europe et sur la politique internationale. Ça ne vous a pas échappé. Mais justement, le scrutin proportionnel va permettre de valoriser et ce que pensent les Insoumis de l'Europe et de la politique internationale, ce que pensent les socialistes et ce que pensent les écologistes.
Parce que si on se mettait en liste commune comme on l'a fait, mais pour, au fond, compenser l'effet terrible du scrutin majoritaire pour l'Assemblée nationale, si on le fait aux Européennes, mais on va faire moins d'élus que si on valorise notre diversité. Donc faisons vivre la richesse et la force de l'élection au scrutin proportionnel. Merci Yannick Jadot, très bonne journée à vous. Merci.
Yannick Jadot