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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 18 octobre 2017 9 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéDéfense

Arnaud Danjean : "Il y a de nouveaux théâtres de djihad qui vont apparaître"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 20 %Défensif 70 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:14OuverteRéponse directe

    Comment cette organisation terroriste peut muter, d'après vous ?

  • 2:54OuverteRéponse partielle

    Donc, ni sur place, ni à l'exportation, si j'ose dire, l'État islamique n'est éradiqué.

  • 4:41OuverteRéponse directe

    On fait quoi, Arnaud Dangean ?

  • 5:05RelanceRéponse partielle

    Une chose est de perdre dans un combat, une autre est d'être liquidé. Vous établissez la différence ?

  • 5:59RelanceRéponse partielle

    Vous contestez l'idée parce que vous ne pouvez pas la confirmer.

  • 7:05OuverteRéponse directe

    Le procès Mera est en cours. Le patron de la DCRI dit qu'il n'a pas été écouté par Paris. C'est sidérant.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:37Invité politiqueFait
    « vos confrères journalistes américains qui avaient été tués à Raqqa, qui avaient été détenus d'ailleurs avec des journalistes français auparavant »
  • 0:43Invité politiqueFait
    « c'est leur mort et leur exécution sordide qui avait déclenché en partie la réaction militaire américaine à partir de septembre 2014 sur la Syrie »
  • 2:04Invité politiqueChiffre
    « beaucoup en sont issus, 5 à 8 000, d'après les statistiques »
  • 3:06Invité politiqueFait
    « Éradiquer ? Éradiquer. L'éradication du terrorisme, je crois que c'est un grand problème de notre narratif politique »
  • 4:00Invité politiqueChiffre
    « C'est une idéologie extrêmement virulente. C'est une idéologie qui concerne des centaines de milliers, voire des millions de personnes »
  • 4:25Invité politiqueFait
    « D'abord, on est en plein procès Mera. Ah, rappelons qu'il y a eu Mohamed Mera en 2012 »
  • 4:32Invité politiqueFait
    « dans les années 90, je regrette, mais les groupes du GIA, les groupes algériens, c'était des groupes qui étaient déjà djihadistes »
  • 5:12Invité politiqueFait
    « je conteste tout à fait l'idée que la France va envoyer des gens pour liquider des djihadistes français »
  • 6:32Invité politiqueFait
    « Je connais la communauté militaire, j'ai servi dans des services spéciaux français »

Temps de parole

  • Arnaud Danjean85 %
  • Présentateur15 %

1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Invité de France Inter jusqu'à 9h, un spécialiste de la défense et du terrorisme, député européen, Arnaud Dangean, bonjour. Bonjour. La ville de Raqqa, Bernard, le disait à l'instant, est tombée hier en Syrie, c'était le fief, la capitale de l'état islamique. Comment cette organisation terroriste peut muter, d'après vous ?

0:19
Arnaud Danjean

Plusieurs éléments. D'abord, le combat continue. Sur le terrain, la plupart des villes ont été reprises, Mossoul en Irak, Fallujah avant, Tikrit, et puis maintenant Raqqa en Syrie. Évidemment, c'est très important, c'est très important aussi symboliquement, compte tenu de toutes les exactions qui s'y sont commises. Je rappelle que vos confrères journalistes américains qui avaient été tués à Raqqa, qui avaient été détenus d'ailleurs avec des journalistes français auparavant, c'est leur mort et leur exécution sordide qui avait déclenché en partie la réaction militaire américaine à partir de septembre 2014 sur la Syrie. En août, en Irak, donc c'est très important.

Mais d'abord, il y a encore quelques poches qui subsistent. Dans le sud de la Syrie, à la frontière syro-irakienne, les combats continuent. Donc, il y a ce premier aspect. Deuxième aspect, c'est qu'une partie des djihadistes irakiens et syriens, qui étaient déjà présents dans des groupes de guérillas avant, et notamment en Irak, fusionnaient avec des anciens du régime de Saddam Hussein, ce qui avait précédé l'État islamique, va subsister sous forme d'un groupe, d'un mouvement insurrectionnel sunnite. Les frictions communautaires sont très fortes et elles vont demeurer.

Et donc, on aura toujours une insurrection sunnite, compte tenu de ces frictions communautaires, qui va persister en Syrie comme en Irak, et qui peut permettre de recycler un certain nombre de djihadistes. Et puis, troisièmement, il y a les djihadistes étrangers, qui, eux, vont essayer de partir, de quitter ce théâtre. Les revenants, comme on dit. Oui, les revenants, ce qui est une formule employée par un de vos confrères, qui préfère une formule peut-être plus les rentrants.

En tout cas, les djihadistes étrangers, qui vont essayer non seulement de revenir, pour certains d'entre eux, sur le territoire européen, puisque beaucoup en sont issus, 5 à 8 000, d'après les statistiques, mais qui peuvent aussi aller ailleurs. Et il y a de nouveaux théâtres de djihad qui vont apparaître. D'abord, l'Afghanistan constitue toujours une forme de sanctuaire où on a vu l'État islamique se développer, ce qui est relativement nouveau. Nous avons vu ce qui s'est passé, et ce qui se passe encore aux Philippines. Donc, l'Asie du Sud-Est constitue un foyer djihadiste plus que potentiel.

Et puis, vous avez toute la partie africaine, sahélienne, bien sûr, où nous sommes engagés militairement, mais également l'Afrique de l'Ouest. Nous attirons d'ailleurs, dans la revue stratégique dont j'ai présité le comité, nous insistons beaucoup sur ce phénomène inquiétant, qui est le prosélytisme islamiste radical, qui se développe en Afrique de l'Ouest, qui supplante, j'allais dire, les configurations traditionnelles de l'islam dans cette région, et qui peut déboucher sur du recrutement de djihadistes.

2:54
Présentateur

Donc, ni sur place, ni à l'exportation, si j'ose dire, Arnaud Dangean, l'État islamique n'est éradiqué.

3:02
Arnaud Danjean

Non, et d'ailleurs, c'est un mot que je n'emploie jamais. Éradiquer ? Éradiquer. L'éradication du terrorisme, je crois que c'est un grand problème de notre narratif politique, le récit politique qu'on a construit dans cette lutte antiterroriste, je trouve, devrait être plus vigilant sur les termes qu'on emploie. Vous préférez quoi ? C'est de la lutte antiterroriste. Donc, on essaye d'éliminer un certain nombre de personnes, et puis on essaye de contrer un phénomène, de contrer, de réduire, de contenir. Éradiquer, ça veut dire qu'on fait disparaître totalement. Bien malin, celui qui pourra dire qu'on va éradiquer totalement le djihadisme. Oui, et donc, je crois que ça crée des illusions.

Si vous voulez, ce n'est pas que je suis contre le principe d'éradiquer cette forme d'extrémisme. Bien au contraire, ça n'a aucun angélisme de ma part, aucune indulgence. Je n'ai aucun état d'âme en la matière. Simplement, ça donne l'illusion à notre opinion publique qu'il va y avoir un début et une fin. La fin, je ne suis pas sûr qu'on la voit de notre vivant, si vous voulez.

3:56
Présentateur

Carrément. Excusez la familiarité.

3:58
Arnaud Danjean

C'est une idéologie extrêmement virulente. C'est une idéologie qui concerne des centaines de milliers, voire des millions de personnes. Et donc, qui se nourrit en plus de beaucoup de facteurs. Des facteurs sociologiques, sociétaux, même lourds dans certains pays. Donc, ce n'est pas quelque chose qu'on va éradiquer comme ça, militairement a fortiori. Donc, la lutte antiterroriste, c'est une lutte de longue haleine. Je vous signale quand même qu'en France, nous avons été victimes d'attentats djihadistes dans les années 90. On semble avoir redécouvert tout ça avec 2015. D'abord, on est en plein procès Mera. Ah, rappelons qu'il y a eu Mohamed Mera en 2012.

Donc, faire débuter tout ça en 2015, ce n'est pas cohérent. Et puis, dans les années 90, je regrette, mais les groupes du GIA, les groupes algériens, c'était des groupes qui étaient déjà djihadistes. Donc, ça fait déjà plus de 20 ans. Donc, vous voyez qu'on n'est pas au bout de nos peines.

4:41
Présentateur

On fait quoi, Arnaud Dangean ? C'est une question qu'on pose souvent à nos invités sur France Inter. Des combattants français sur place, on les liquide ?

4:50
Arnaud Danjean

Écoutez, ils sont engagés dans des combats. Donc, la logique des combats dans lesquels ils sont engagés, c'est que là, pour le coup, il peut y avoir un vainqueur et un perdant. Et s'ils sont du côté des perdants, moi, je n'en nourris absolument aucun état d'âme.

5:02
Présentateur

Une chose est de perdre dans un combat, une autre est d'être liquidé. Vous établissez la différence ? Non, non, je crois qu'il y a un faux débat. Pourquoi c'est un faux débat ?

5:09
Arnaud Danjean

Il y a un faux débat, parce que je ne connais pas, je ne connais pas, et je conteste tout à fait l'idée que la France va envoyer des gens pour liquider des djihadistes français. Elle peut sous-traiter aux forces sur place. Écoutez, les forces sur place, elles sont engagées dans des combats. Des combats qui sont d'ailleurs asymétriques. Ça veut dire, en gros, où les djihadistes considèrent que tous les coups sont permis. Et donc, les armées auxquelles ils font face, armées irakiennes, groupes combattants kurdes, et parfois armées occidentales avec leurs forces spéciales, leur font la guerre. Et quand vous faites la guerre, vous neutralisez les gens que vous avez en face de vous.

Mais je conteste l'idée que la France envoie des gens, des commandos spécifiques pour cibler particulièrement les Français. En plus, compte tenu du bazar qu'il y a sur place, permettez-moi l'expression un peu familière, je ne suis pas certain qu'on arrive à cibler précisément tel Français ou un autre, ou les familles françaises, dans le chaos de Mossoul ou de Raqqa.

5:59
Présentateur

Vous contestez l'idée parce que vous ne pouvez pas la confirmer.

6:03
Arnaud Danjean

C'est très séduisant, journalistiquement, de croire qu'il y a les tueurs de la République, comme j'ai entendu cette expression, qui vont aller opérer à Raqqa.

6:10
Présentateur

François Hollande avait reconnu dans un livre... Je ne sais pas ce qu'il a fait de plus intelligent. Oui, mais est-ce que pour autant, c'était faux ?

6:17
Arnaud Danjean

Je crois que ça ne correspond pas à la réalité des engagements militaires français. Je ne crois pas que ça corresponde à la réalité des engagements militaires français. Je connais la communauté militaire, j'ai servi dans des services spéciaux français. Ce n'est pas de cette façon qu'on procède. Je vous le dis, je comprends que l'événementiel autour de tout ça, mais je conteste cette vision des choses. Il y a un conflit, il y a une guerre. Quand vous faites la guerre, vous éliminez les gens que vous avez en face de vous, vos ennemis. C'est de cette façon qu'on procède. Oui, mais c'est dans les combats que ça se passe. Dans des combats, dans des frappes.

Donc il y a des djihadistes français qui sont certainement parmi les victimes. Il y a des djihadistes européens, il y a des djihadistes irakiens, il y a des djihadistes syriens.

7:05
Présentateur

Le procès Mera est en cours. Le patron de la DCRI, du renseignement dans la région, dit qu'il n'a pas été écouté par Paris. C'est absolument sidérant. Je ne dis pas que des morts auraient pu être évités, mais en tout cas, l'information aurait pu mieux circuler. C'est réglé ces problèmes-là maintenant de transmission qui ont été quand même payés au prix fort ?

7:28
Arnaud Danjean

Je pense qu'il y a eu un vrai traumatisme qui n'a pas forcément été visible à la surface des choses. Il y a eu un vrai traumatisme dans la communauté du renseignement avec cette affaire Mera. Et je pense que toute l'ampleur du phénomène n'avait pas été perçue, effectivement, au moment où ça s'est produit. Quel phénomène ? D'abord, ce retour du djihadisme sur notre sol. Encore une fois, on tend trop à dater de 2015 avec Charlie, mais avant Charlie, il y a eu Mera, et c'est quelque chose de tout à fait considérable. Et puis des ratés qu'il y a eu, effectivement, dans la machine du renseignement intérieur. J'ose croire que ces problèmes sont en partie résorbés.

Je crois que l'articulation qui a été mise en place au niveau de la coordination des services est quelque chose d'utile, efficace, on va voir, parce qu'il faut que ça met du temps à se mettre en place. Mais en tout état de cause, je crois qu'il y a eu une prise de conscience sur ce qui n'avait pas marché. Et donc, je pense que c'est en partie résorbé. Il faut poursuivre l'effort. C'est un travail, encore une fois, de longue haleine. Le renseignement n'est tout sauf une science exacte, malheureusement. Et donc, il faut poursuivre l'effort. L'effort de réorganisation, l'effort de rationalisation, l'effort de décloisonnement, voire d'intégration entre les services pour combattre ce fléau.

C'est quelque chose, c'est une œuvre de tous les jours. Je sais qu'il y a des grands professionnels qui y travaillent. Moi, je leur rends hommage. Je pense qu'ils sont dans la bonne direction.