Demande de démission de Gérald Darmanin, "plan eau" du gouvernement et interdiction des voitures à moteur thermique… Ce qu'il faut retenir de l'interview de Yannick Jadot
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Bonjour Arnaud Rousseau, vous dirigez donc depuis hier le premier syndicat agricole de France, la FNSEA, vous avez été désigné dans un contexte de difficultés croissantes pour les français, notamment en termes de pouvoir d'achat, c'est difficile de se nourrir, certains se privent même, réduisent les portions, sautent des repas, 79% des français ont sérieusement restreint leur consommation alimentaire selon une récente enquête de l'IFOP, la baisse des prix, c'est pour quand ?
Écoutez, la baisse des prix, ce sera quand les agriculteurs pourront se rémunérer et vivre de leur métier et d'une manière générale, la baisse des prix, ce sera le choix des français de ce qu'ils mettront dans leur assiette. Ce qu'on observe en agriculture, c'est que depuis deux ans, c'est 32% d'augmentation des coûts de production et que les lois EGALIM que nous avons voulu permettent aujourd'hui aux producteurs de garantir qu'à partir des coûts de production, ils pourront continuer à faire leur métier.
Moi, j'entends ce que nous disent les français et pour l'agriculteur que je suis, voir mes compatriotes ne pas être toujours en capacité de se nourrir, c'est un vrai problème et c'est la raison pour laquelle on a proposé au gouvernement ce chèque alimentaire. Alors les prix commencent...
On va revenir sur cette disposition. 32% juste d'augmentation des coûts de production en quoi ? En deux ans ? Et vous disiez, qu'est-ce qui augmente ? C'est quoi concrètement ? C'est l'engrais ?
C'est les intrants, absolument. C'est l'engrais, c'est l'alimentation animale, c'est le coût des collaborateurs. Et ça, ça ne baisse pas depuis quelques mois puisque le coût des matières premières commence à baisser ? Et ce que nous montrent les indicateurs de coûts de production faits par filière, qui sont la base de la construction reconnue par tous les partenaires des filières, c'est qu'au moment où je vous parle, les coûts ne baissent pas encore. Probablement vont-ils le faire dans les semaines qui viennent, mais je le redis, pour les agriculteurs, en ce moment, ça n'est pas le constat dans les exploitations.
Mais pour bien comprendre, donc Arnaud Rousseau, vous dites, les augmentations que les Français constatent quand ils font leurs courses, ça ne se traduit pas aujourd'hui par une amélioration du niveau de vie des agriculteurs.
Alors depuis 10 ans, on a eu de la déflation dans les négociations commerciales. Les prix ont baissé. Exactement. 10 ans. Quel métier supporterait une déflation pendant 10 ans ? Eh bien, c'est ce qu'a vécu l'agriculture française. Et c'est vrai qu'avec les lois EGALIM, l'année dernière, pour la première année, nous avons eu une augmentation. Et je m'en félicite. Parce que la vérité, c'est qu'on a perdu près de 25% de nos éleveurs. C'est qu'il reste 425 000 exploitations professionnelles. Et que le choix, c'est encore une fois, qu'est-ce qu'on veut ? Est-ce qu'on veut une agriculture française avec des produits français dans son assiette ?
Ou est-ce que finalement, on fait la place à l'importation ? Et c'est ce qu'on observe.
Mais vous avez dit, les prix baisseront quand les agriculteurs arriveront à se rémunérer ou à vivre correctement. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Vous dites, les prix qui ont augmenté, ce n'est pas dans la poche des agriculteurs.
La loi EGALIM, elle garantit aux agriculteurs la non-négociabilité de la matière première agricole. Voilà ce qu'elle prévoit. Et donc, au moment où je vous parle, ces indices de coût de production ne baissent pas. Et quand ils baisseront, alors de manière normale, il y aura une répercussion. Mais ce que je veux dire encore une fois...
Mais dit autrement, qui profite de la hausse des prix ?
Ce sont les industriels ? Ce sont les distributeurs ? Non, mais je crois que les Français doivent comprendre, dans des proportions raisonnables, qu'une alimentation française de qualité, ça a un coût. C'est le prix de notre modèle social. C'est le prix des exploitations nombreuses sur le territoire national. Et finalement, c'est le refus d'une alimentation de plus en plus importée en France.
Aujourd'hui, ils disent qu'on ne peut pas se le permettre. Vous parlez, par exemple, de la nourriture, de l'alimentation de qualité. Il y a un secteur qui s'ouvre particulièrement, c'est le bio. Trop cher, les Français peuvent plus le permettre.
Oui, c'est exact. Et c'est un vrai, parce que nos producteurs en agriculture biologique traversent une crise sans précédent. Mais c'est aussi la réalité de l'adéquation au marché. Aujourd'hui, il y a à peu près 10% des surfaces françaises agricoles qui sont en agriculture biologique. Ça représente un peu moins de 60 000 producteurs en France.
Et l'objectif européen, c'est 25% d'ici 2030.
Et l'objectif français, 18%. Mais encore une fois, il faut rester corrélé au marché. Il faut rester corrélé à la capacité pour les Français d'investir. Moi, ce que je veux redire, encore une fois, c'est que si on veut une alimentation française de qualité, et c'est ce que nous avons, nous sommes reconnus comme étant l'agriculture parmi les plus durables au monde. Et que cette agriculture, elle a un coût. Et une agriculture, finalement, importée à bas coût, c'est aussi une mise en difficulté des producteurs français sur tout le territoire.
Et si les Français veulent demain, dans leur assiette, une alimentation de qualité et d'origine française, ce qui est de moins en moins le cas, alors il faut accepter d'en payer le prix. En revanche, et on l'a bien dit, ce qui est important, c'est que l'ensemble de nos concitoyens puissent se nourrir. Et c'est la raison pour laquelle cette histoire du chèque alimentaire comporte. C'est aussi le moyen d'accompagner ceux qui sont dans la difficulté.
Le chèque alimentaire, c'est un serpent de mer, justement. Le gouvernement en parle depuis deux ans. Est-ce que vous avez une réponse des pouvoirs publics sur pourquoi ça prend autant de temps ?
Écoutez, nous avons réinterrogé, notamment le ministre Bruno Le Maire, sur ce sujet. Nous ne sommes pas favorables au panier anti-inflation, parce qu'à nouveau, il exerce une pression à la baisse sur les prix des producteurs français. Or, tous les Français ont vu que les salaires ont augmenté, que leur vie est augmentée. Quel est le problème de fond ? Le problème de fond, c'est qu'on a délégué notre souveraineté à d'autres pays. Et l'inflation a explosé depuis que le conflit russo-ukrainien a fait monter, parce que nous n'avons ni l'énergie ni l'alimentation, très sensiblement les prix.
Nous, on dit, si on veut être capable de résister à ça, d'offrir une souveraineté alimentaire française, produire pour nourrir les Français, c'est ça notre métier à nous, les agriculteurs. Alors, il faut le faire sur les territoires et il faut accepter d'empêcher le juste prix.
Pourquoi le chèque alimentaire, ça ne se fait pas ?
Le chèque alimentaire ne se fait pas, j'imagine, parce que Bruno Le Maire considère que ça coûte trop cher à la nation.
Ce serait quoi ce chèque alimentaire ? Ce serait un chèque qui serait ciblé ? On ne pourrait pas acheter n'importe quoi avec ? Uniquement des produits français ? Des produits bio, par exemple ?
Bien sûr. Dans notre tête, c'est quoi ? Dans notre tête, c'est de l'ordre de 1 à 3 euros par jour éparé en droit, évidemment en contrôlant que ce soit bien ciblé sur ceux qui en ont le plus besoin, et évidemment sur des produits français, puisqu'on ne va pas avec de l'argent public financer de l'alimentation, d'importation. Après, ça peut être du bio, évidemment des produits de première nécessité, des choses qui vont permettre aux gens de pouvoir s'en sortir dans le contexte difficile qu'ils vivent.
Vous évoquiez le bio, l'objectif de 18% pour la France en 2030 de surface convertie au bio. Est-ce qu'on va y arriver ? Vu le contexte actuel ?
Je ne sais pas si on y arrivera. La première chose dont je pense qu'il est urgent d'agir, c'est aider les producteurs bio qui sont en ce moment dans une difficulté majeure.
Comment ?
Eh bien par un plan massif, on l'a fait dans d'autres, le gouvernement l'a fait quand il s'est agi d'aider les viticulteurs après le gel ou d'aider les producteurs porcins en pleine crise. On doit aider le bio et le projet qui a été annoncé d'une dizaine de millions d'euros n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Donc avant de viser l'objectif de 18%, sauvons déjà les entreprises qui en ce moment sont dans une difficulté majeure.
Il faut bien comprendre, sans le plan d'aide, vous dites les 18%, on n'y arrivera pas, personne n'ira au bio.
Mais ça n'est pas possible, il faut pouvoir, évidemment, je vous ai dit, on est à de l'ordre de 10%. Si on veut atteindre cet objectif, il faut que les produits se vendent, il faut que le consommateur achète ses produits. Or, plus vert, c'est plus cher, les produits bio valent plus cher. Et vous nous avez rappelé que le contexte inflationniste ne permettait pas toujours d'atteindre l'objectif. Donc corrélons le marché à la demande, faisons en sorte de sortir les entreprises, les agriculteurs qui produisent dans l'agriculture biologique de la panade dans laquelle ils sont, avec un plan massif, et ensuite on pourra se fixer des objectifs ambitieux.
Et ça, pour bien comprendre, l'Europe le permet ? L'Europe ne va pas dire, c'est de la distorsion, vous aidez des secteurs, il faut rembourser, comme ça a été le cas.
Non, non, l'Europe permet d'aider dans des situations de crise. On peut le faire aussi sur le plan national, dans un certain domaine. Et c'est ce que nous demandons très clairement pour les producteurs en agriculture biologique.
10 millions, ça ne suffit pas, en un mot, il faut combien, d'après vous ?
Il faut l'estimer, non, les chiffres ne sont pas ressortis, mais c'est de l'ordre de 50 à 100 millions rapidement. 5 à 10 fois plus que ce qui est mis sur la table. Absolument, mais on a été capable de sortir entre près de 300 millions pour les viticulteurs il y a deux ans, 230 millions pour les producteurs porcins l'année dernière. Encore une fois, si on veut une agriculture biologique de proximité, et l'objectif ce n'est pas d'importer des produits bio, c'est de les faire chez nous, avec une demande sociétale, mais en ce moment, une crise majeure dans ce domaine.
Arnaud Rousseau veut rester avec nous, nouveau président de la FNSEA, on est au lendemain de votre désignation, on va parler de la situation qui menace pour cet été la sécheresse, avec des nappes phréatiques qui sont déjà à des niveaux bas, à très bas. 8h41, d'abord le Filinfo avec Elia Bergel.
Quel sera l'avis du Conseil constitutionnel sur la réforme des retraites ? Réponse ce soir, 18h, une centaine de rassemblements prévus partout en France. Pour cette journée décisive, les manifestations sont interdites jusqu'à demain matin, aux abords du Conseil constitutionnel. Les sages se prononcent également sur le référendum d'initiative partagée, porté par la gauche. Un des deux opposants au projet de méga-bassine, blessé pendant les affrontements de Sainte-Solines dans les Deux-Sèvres, fin mars est sorti de l'hôpital. Son pronostic vital était engagé un temps. Un autre homme de 32 ans est lui toujours dans le coma, sans amélioration.
En Savoie, quatre skieurs italiens ont été emportés par une avalanche. Hier en août, Tarentaise, l'un d'entre eux a réussi à s'en sortir, mais trois sont toujours portés et disparus selon un bilan provisoire. Le week-end dernier, six personnes sont mortes dans une avalanche en Haute-Savoie. Le foot de partout, hier soir entre le GC Nice et Bâle, pour le quart de finale allée de la Ligue Europe à conférence. Les Niçois joueront leur place en demi la semaine prochaine à domicile.
Toujours avec Arnaud Rousseau, nouveau président de la FNSEA, le premier syndicat agricole. Vous avez, vous, en fait, une double casquette, puisque vous êtes producteur, vous êtes agriculteur, vous faites du colza, du tournesol, du blé, de la betterave et du maïs. Vous êtes aussi transformateur, puisque vous présidez un groupe, le groupe Avril, que le grand public connaît plutôt par ses marques d'huile. Les marques, par exemple, Le Sueur et Puget. On parlait de Bruno Le Maire, ministre de l'économie. Il dit, mais moi, je vois que les prix baissent. Il dit, l'énergie, ça baisse, le blé, ça baisse, le fret maritime, ça baisse.
Est-ce que ça veut dire que sur les produits de base, les pâtes faites à base de blé, les huiles éventuellement, le sucre, est-ce que ces prix-là peuvent baisser ?
Ces prix-là pourront baisser, et c'est l'objectif, à partir du moment où l'ensemble des maillons de la filière, que ce soit le producteur, le transformateur, aura les moyens de répercuter ces baisses. Ce qui est sûr, et c'est pour ça que je vous parlais des indicateurs de production, c'est qu'il faut objectiver cette baisse. Le coût de l'énergie...
C'est-à-dire, Bruno Le Maire ne regarde pas les bons indicateurs ? Quand il dit, ça baisse, il faut que les prix baissent...
Je pense que Bruno Le Maire souhaite que la pression soit mise pour accompagner la baisse qu'on est en train d'observer, mais dont, je vous dis qu'au moment où on se parle, elle n'est pas objectivée dans les chiffres des entreprises. Maintenant, évidemment, notre objectif, c'est d'accompagner ces coûts de production et de faire en sorte que, dans le cadre contractuel qui unit les transformateurs et les distributeurs, les clauses puissent se mettre en place. Et donc, quand ça monte, pouvoir accompagner la hausse, et quand ça baisse, pouvoir accompagner la baisse.
Donc, pour les Français qui nous écoutent et qui sont impatients, vous dites, ça va baisser. Alors, pas tout de suite, mais il y a de l'espoir pour la fin de l'année, peut-être pour le milieu d'année.
Il peut y avoir de l'espoir pour la fin de l'année, pour autant, encore une fois, que les sujets qui concernent les salaires, qui concernent l'énergie, le packaging, les transports, tout ça, soient accompagnés. Ce que je voudrais redire, c'est qu'une agriculture sans valeur, c'est une agriculture sans saveur. Et que si on veut conserver de la production en France et de la transformation en France, et nos produits agricoles ont besoin d'être transformés, la brique de lait, le paquet de farine ou le kilo de sucre, n'arrivent pas comme ça dans la cuisine des Français sans une transformation. Si on veut obtenir ça, il faut qu'on garde de l'activité en France ou alors on importera.
Et donc, faisons le pari que la baisse des prix devrait s'enregistrer dans les mois qui viennent. Mais encore une fois, les indicateurs aujourd'hui que nous regardons ne mesurent pas cette baisse.
Les discussions vont reprendre quand entre industriels, distributeurs, producteurs ? Bruno Le Maire voudrait que ça aille plus vite.
J'imagine dans les mois qui viennent, mais là encore, les relations entre les distributeurs et les transformateurs font l'objet d'accords contractuels. Je ne connais pas les contrats de tout le monde. J'imagine que dans les semaines et les mois qui viennent, les choses seront moins gardées.
L'autre actualité qui concerne notamment l'agriculture, c'est le niveau des nappes phréatiques qui est bas à très bas pour 75% des nappes en France. A expliqué hier le Bureau de recherche géologique et minière, ça a quelles conséquences sur les agriculteurs ? Parce qu'aujourd'hui en France, des agriculteurs, combien sont privés d'eau ?
Écoutez, d'abord, ce sujet de l'eau qui est un sujet en ce moment qui est devenu très clivant, je voudrais rappeler qu'il n'y a pas d'agriculture sans eau. On ne sait pas faire pousser des légumes, des fruits, des végétaux, la pousse d'air pour les animaux. On ne sait pas le faire sans eau.
L'agriculture puise 60% des ressources en eau de la France ?
Non mais l'agriculture, par définition, elle vide l'eau, et l'agriculture, elle ne cape pas l'eau puisqu'elle la transforme en aliments pour les Français. Elle disparaît pas cette eau. Évidemment, un Français qui mange une tomate ou qui mange une salade, par définition, il a l'eau que l'agriculture a utilisée pour lui fournir ce produit. C'est une préoccupation, ce que vous dites sur la baisse des nappes phréatiques.
Et c'est la raison pour laquelle, en conscience, les agriculteurs se disent que face à des mouvements de pluviométrie de plus en plus erratiques, on a besoin de planifier et de faire ce que la planification écologique est proposée par le gouvernement, et notamment de stocker l'eau. Et de le faire en responsabilité, quand l'eau est disponible. Et non pas, comme j'entends, forme de privatisation ou de captation de l'eau. On sait que dans un certain nombre de territoires...
La référence à Sainte-Solide, notamment dans les Deux-Sèvres, qui sont au centre un certain nombre de...
Absolument. Nous, on dit, en fonction des territoires, les besoins ne sont pas les mêmes. On sait qu'il va pleuvoir plutôt un peu plus au nord de la Loire, plutôt un peu moins au sud de la Garonne, et qu'entre la Garonne et la Loire, les choses sont moins précises. On sait aussi que, s'il faut de l'eau pour l'agriculture, il en faut évidemment pour l'ensemble de nos concitoyens, de l'eau potable, pour le reste de l'activité économique, et que donc la question du partage de l'eau est une question centrale auxquelles les agriculteurs vont répondre. On sait aussi qu'on aura besoin de participer à la sobriété. L'agriculture le fait déjà, le fait déjà depuis des années.
Avec un mètre cube d'eau, aujourd'hui, on fabrique 30% de plus d'alimentation qu'il y a 15 ans. Donc, on est sur cette activité-là. L'agriculture n'ignore pas que le changement climatique en route va être un changement majeur dans ses pratiques.
Vous dites que l'agriculteur n'est pas climato-sceptique, je crois, je vous ai déjà entendu dire ça.
Bien entendu, tous les agriculteurs constatent que la fenaison, les vendanges, les moissons depuis 15 ans ont été avancés de l'ordre de 10 à 15 jours. Et donc, factuellement sur le terrain, les agriculteurs l'observent.
Mais quand l'eau vient à manquer, il faut privilégier qui ? Il n'y a pas assez d'eau pour tout le monde.
Écoutez, d'abord, évidemment, la consommation d'eau potable. Mais encore une fois, ce qu'il convient, ce n'est pas de constater le manque. C'est de planifier les conditions qui permettront d'utiliser au mieux l'eau disponible. Et donc, ce que nous disons, c'est que, évidemment, s'il n'y a pas d'eau, il faudra qu'on puisse la rationner et la partager. Mais que ce qu'on constate, c'est qu'à certains moments de l'année, et notamment l'hiver, on peut avoir des excès d'eau. Et qu'on se dit que c'est bien dommage de ne pas la stocker. Ça n'a d'ailleurs, permettez-moi d'inciter, rien de nouveau.
Quand on a fait, dans les années 60, les barrages de Serponçon, le lac du Derre, le lac de la Forêt d'Orient, qui permet à la Seine, l'été, donc aux Parisiens, d'avoir en permanence un flux d'eau, ça ne posait de problème à personne. Donc, accès pour de regarder les choses.
Mais à l'époque, l'eau était en abondance, ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui.
Oui, mais la Seine continue à couler l'été à Paris, y compris en ce moment. Et donc, c'est bien la question du stockage qui nous est posée. Et la manière d'utiliser, de manière raisonnable, avec la sobriété nécessaire, l'eau disponible.
Mais on voit que l'Espagne, qui a construit beaucoup de ses retenues d'eau, aujourd'hui, ne parvient même plus à remplir suffisamment ses bassines pour fournir suffisamment d'eau pour les agriculteurs. Et elle traverse en ce moment aussi un épisode de sécheresse accrue, l'Espagne. Est-ce que, finalement, la solution, ce n'est pas changer de culture ? Ce que sous-entend déjà Emmanuel Macron en évoquant la réorientation du modèle de production agricole en France dans les années à venir.
C'est déjà fait, Leïla, si je peux me permettre. L'agriculteur que je suis, dans ma ferme Seine-et-Marnaise, produit depuis deux ans du tournesol, qui est une culture que mon exploitation et que mes parents et mes grands-parents n'avaient jamais faite.
Et avant, sur ces parcelles, il y avait...
Avant, il y avait du maïs, il y avait des betteraves, que je continue à faire par ailleurs. Mais ce que je veux dire, c'est que j'ai introduit des nouvelles cultures dont le cycle nécessite moins d'eau. Parce que l'agriculteur, c'est un pragmatique et qu'il voit bien ce qu'on peut faire. Donc, il y a l'assolement, mais il y a aussi les méthodes culturelles. On sait que, par exemple, quand on fait de l'agriculture de conservation des sols, on augmente le niveau de matière organique des sols qui permet de mieux retenir l'eau et donc de la restituer plus facilement. On sait que grâce à l'innovation, on pourra, avec le peu d'eau dont on dispose, mieux l'apporter.
Vous voyez, donc c'est un panel de solutions qui vont nous permettre, demain, grâce à l'innovation, d'être meilleurs.
– Juste pour en finir sur Sainte-Soline, est-ce que le jour en vaut la chandelle ? Est-ce que cette bassine agricole mérite toute cette tension, ce niveau de tension et cette violence qu'on a vu parfois ces dernières semaines ? Est-ce qu'il ne vaudrait mieux pas, finalement, abandonner ce projet ?
– Alors, je ne veux pas que Sainte-Soline soit l'alpha et l'oméga du sujet de l'eau. Elle a été montée en épingle. Je voudrais juste rappeler que ce projet a fait l'objet d'une large concertation, encore en début de semaine, d'une confirmation par la justice de sa pertinence. Donc, Sainte-Soline, c'est un modèle qui est valable.
– Vous dites Sainte-Soline se fera.
– Sainte-Soline se fera. La justice vient de le rappeler. – Coute que coûte. – Non, pas coûte que coûte, parce qu'encore une fois, elle correspond à un projet largement concerté qui permet, dans le marais poids de vin, dans ce type de modèle, d'avoir ce type de réserve de substitution qui n'est pas forcément le modèle ailleurs. Le sujet profond, ce n'est pas Sainte-Soline. Le sujet profond, c'est comment demain, en France, avec globalement moins d'eau à certains endroits, globalement plus d'eau à d'autres, on est capable de planifier écologiquement des choses qui ont du sens pour l'agriculture, pour le reste de nos concitoyens, pour les écosystèmes.
– Vous dites écologiste ? Vous dites planifier écologiquement, vous vous dites écologiste ?
– Mais bien sûr, les agriculteurs sont les premiers écologistes, mais tout le monde le sait depuis longtemps. Mais on distingue l'écologie, qui est une science, de l'écologie politique, qui est un mouvement politique par ailleurs.
– Arnaud Rousseau, président de la FLSE, invité du 8.30, vous restez avec nous. 8h51, c'est le Filinfo avec Elia Bergel.
– Des manifestants bloquent ce matin les grands axes d'entrée dans Rouen. Action coup de poing d'opposants à la réforme des retraites, alors que tous les regards sont braqués sur le Conseil constitutionnel. Les sages rendent leur avis sur la réforme à 18h. Journée d'attente et de suspense du côté d'Emmanuel Macron, selon les infos de France Info, le chef d'État reporte sa réunion avec les cadres de la majorité prévue cet après-midi à lundi 15h. Pas d'embauche jusqu'à nouvel ordre chez EDF. L'entreprise gèle les recrutements en raison de pertes record l'an dernier. Un jeune homme de 21 ans arrêté aux États-Unis dans l'enquête sur la fuite de documents confidentiels.
Le Pentagone assure que l'affaire pose un risque très grave pour la sécurité nationale. Le suspect est un employé de la Garde nationale aérienne. Novak Djokovic chute dès les huitièmes de finale au Masters 1000 de Monte Carlo. Le serbe pourtant favori, battu hier en 3-7 par l'italien Lorenzo Muzetti.
Arnaud Rousseau, président écologiste de la FNSEA, le premier syndicat agricole. On parlait de la question de l'eau, la question de la qualité de l'eau aussi s'est posée ces dernières semaines avec l'utilisation des phytosanitaires. On en a trouvé dans l'eau potable, un phytosanitaire interdit depuis 2019 et qu'on ne cherchait pas jusqu'à présent, qu'on trouve encore. En l'occurrence, comment vous expliquez que ces pesticides se trouvent dans l'eau potable ?
Alors d'abord, je voudrais peut-être, avant d'attaquer le sujet, revenir sur le sujet des pesticides puisqu'aussi, là, on a du mal à avoir une vision claire sur le sujet. Nous, ce qu'on porte à l'FNSEA, c'est le fait qu'il n'y ait pas d'interdiction d'utilisation de molécules sans solution alternative.
Y compris quand ce sont des molécules, là, je parle du S-métholaclore, substances cancérigènes suspectées au niveau européen.
On va faire en sorte de pouvoir se passer de toutes les molécules qui posent un problème à la société. Nous ne sommes pas, nous, les agriculteurs, en dehors de la société. Nous disons, en revanche... Vous êtes même, on pourrait dire, les premières victimes de l'utilisation de ces pesticides. Mais c'est la raison pour laquelle, encore une fois, il faut planifier écologiquement les sujets qui vont nous permettre, dans un monde ouvert, de faire en sorte qu'on continue à produire pour nourrir en France et faire en sorte qu'on apporte toutes les garanties sur l'innoquité de la manière dont on produit.
Mais pourquoi ça prend autant de temps ? Je vous pose la question autrement.
Parce que ces eaux, elles sont polluées, de fait. Vous savez, les eaux, on retrouve aujourd'hui à peu près tout ce qui est utilisé par le consommateur dans l'eau. On retrouve des pesticides, mais on retrouve aussi de l'oestrogène, par exemple, qui est le fruit de la contraception féminine. On retrouve tout un tas de produits de l'industrie. Le sujet, c'est comment, demain, on est plus performant sur le plan environnemental et comment on le planifie.
Et c'est la méthode qu'on a souhaité mettre en place avec la Première Ministre qui consiste à dire, faisons le point des molécules qu'on a besoin d'abandonner, regardons ce qu'on peut faire en termes de recherche et d'innovation pour faire en sorte que, demain, l'agriculture continue à produire et, surtout, qu'on renouvelle les générations, qu'on permette à des jeunes, demain, de venir s'engager dans ce métier et qu'il va y avoir un fort renouvellement.
Je vous pose la question encore différemment. Pourquoi est-ce qu'on a à tout prix besoin de ces pesticides alors qu'on sait qu'ils favorisent les cancers ?
Mais parce que, si on ne produit plus demain en France, on importera de l'alimentation qui utilise des produits dont on ne veut pas en France dans des conditions qui ne sont ni notre modèle social, ni notre qualité, et qu'on détruira l'agriculture française.
Donc c'est la souveraineté alimentaire avant la santé ?
Pas du tout. C'est l'un et l'autre. Et d'ailleurs, on ne peut pas départir les deux. Les produits qui, aujourd'hui, sont retrouvés dans l'eau seront à terme retirés. Je dis à terme, parce que là encore... Les produits sont déjà retirés. Non, le S-métholaclore, au moment où on se parle, n'est pas retiré. Et c'est la raison pour laquelle...
Oui, le S-métholaclore voulait le retirer. Oui. L'Union Européenne dit d'attendre encore un an et finalement, le gouvernement a préféré choisir la voie européenne.
Vous avez compris que, pour l'enjeu pour l'agriculteur, c'est de continuer à produire une alimentation de qualité parmi les plus durables pour le consommateur français. Et je veux dire à vos auditeurs que, quand ils consomment français, ils ont ce qui se fait de mieux sur la planète. Qu'il y a des efforts à faire en termes de pesticides, en termes de méthodes de production, qu'on est prêts à le faire, mais que tout ça ne se fait pas du jour au lendemain.
Quand on mange français,
on mange moins de pesticides que quand on mange... En tous les cas, on mange clairement une alimentation bien supérieure en qualité que quand elle est importée. Il suffit pour ça de voyager ou de regarder un certain nombre de reportages quand vous voyez ce qui se fait en Chine, quand vous regardez ce qui se fait en Russie. Alors, je peux vous dire que les agriculteurs français sont très fiers de ce qu'ils produisent. Mais on est aussi des champions européens des pesticides. Ça n'est pas exact, pardonnez-moi. Et on a bien diminué. Alors, évidemment, en volume, on peut le regarder comme ça parce que l'agriculture est le plus gros producteur agricole européen.
Mais quand on regarde à l'échelle ramenée à la tonne utilisée, on est 9e en Europe et on a diminué, si je peux dire, de l'échelle. Mais encore une fois, essayons d'être pragmatiques autour de cette question. L'agriculture a déjà entamé largement, et regardons ce qui a été fait depuis 15 ans, les progrès en la matière. Regardons comment on peut planifier la sortie potentielle des pesticides que les agriculteurs seraient prêts à ne plus l'utiliser pour peu qu'ils aient des alternatives. Nous ne voulons pas d'interdiction sans solution parce que sinon, ce sera moins de production. Et si on ne produit pas, on ne nourrit pas en France et on importera. Et ça, on ne le veut pas.
Arnaud Rousseau, depuis bientôt 20 minutes, on parle d'augmentation des prix, des Français qui se privent, on parle de l'eau qui manque, y compris pour irriguer des parcelles agricoles, de ces pesticides que l'Europe, de toute façon, veut grandement contenir à l'échéance 2030. On se dit, au fond, l'agriculture de demain, elle ressemble à quoi ? Pas de pesticides ? Peu d'eau ? Mais quand même des produits qui coûtent un peu plus cher que ceux à quoi on a droit aujourd'hui ?
L'agriculture de demain, elle continuera à être une solution pour notre pays. Et d'ailleurs, dans les projets qu'on porte, on veut rediscuter d'un pacte avec la société. C'est ce qui est porté dans le pacte pour la loi d'orientation agricole que le gouvernement travaille en ce moment.
Vous parlez de l'agriculture comme d'une citadelle assiégée ?
Oui, parce que moi, je veux expliquer aux Français, je veux expliquer à l'ensemble de nos compatriotes que les agriculteurs, encore une fois, ils veulent bien faire. Ils veulent continuer à faire vivre leurs exploitations qui sont des micro-entreprises, mais qui irriguent les territoires. Enfin, ils veulent renouveler les générations, expliquer que ce métier a du sens et que si demain, comme on a fait pour l'industrie il y a une trentaine d'années, on la voit disparaître, alors ce sera une agriculture d'importation, ce sera une agriculture finalement sans valeur et sans saveur et ça, on ne le veut pas.
Pour autant, l'adaptation a commencé, elle va continuer et on est résolument engagé vers ça. Les agriculteurs veulent reprendre l'initiative à l'offensive, veulent expliquer comment ils font, ils ouvrent leurs fermes, ils expliquent. Mais encore une fois, regardons ce qui se fait ailleurs et chacun comprendra que l'alimentation française est parmi les meilleures au monde.
Arnaud Rousseau, merci beaucoup. Président de la FNSEA, invité ce matin du 8.30 de France Info. Bonne journée à vous. Merci à vous. Sous-titrage Société Radio-Canada
Yannick Jadot