Gabriel Attal : un candidat trop pressé ? - L’édito de Yaël Goosz
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
- M.Bouhafsi: Le directeur de la rédaction de "Valeurs actuelles" et le directeur général de l'Ifop sont nos invités. Bonsoir et merci à tous les 2 d'avoir accepté notre invitation.
Tout de suite, l'édito de Y.Goosz. Et un de plus lancé dans la course à la présidentielle.
G.Attal a officialisé sa candidature qu'il prépare depuis des mois. Un lièvre lancé à toute allure, concurrencé par E.Philippe, dont la victoire est loin d'être assurée. - Y.Goosz: Tout est méthodique chez G.Attal.
La politique en mode "Guerre des étoiles". Il collectionne les figurines de "Star Wars". Il s'identifie à Luke Skywalker, le héros, fils de Dark Vador, passé du côté obscur.
Toute ressemblance avec la vie politique française et la brouille avec E.Macron est fortuite. Méthodique, G.Attal.
Il garde le mouvement. Le 23 avril, il sort son livre "En homme libre". Le 16 mai, vous avez un appel de 500 élus locaux à sa candidature.
Le 30 mai, premier grand meeting à Paris, Porte de Versailles. Juste avant, c'était aujourd'hui, la déclaration de candidature et de son amour pour la France. - G.Attal: J'aime son histoire, sa culture, son agriculture, ses paysages.
J'aime son génie. Je me dis qu'on a décidément le plus beau pays du monde. - Y.Goosz: Pour les connaisseurs, peut-être avez-vous repéré la place du Mur-de-Barrez, petit village de l'Aveyron, à 50 km d'Aurillac. - M.Bouhafsi: Pour montrer que sa candidature vient du plus profond des territoires? - Y.Goosz: Une communication calquée sur le modèle chiraquien.
C'était le maire De Mur-de-Barrez qui a demandé à G.Attal s'il était candidat. C'était tout sauf spontané.
La maire d'Avignon avait posé la question à J.Chirac, à l'époque. - J.Chirac va-t-il déclarer sa candidature?
Rires. - J.Chirac: Vous m'avez posé une question directe et franche.
Eh bien, j'y répondrai dans le même esprit. Oui, je suis candidat. Acclamations. - Y.Goosz: Vous voyez la vieille ville d'Avignon, derrière.
Ce n'est pas la première fois que G.Attal tente de corriger une image trop parisienne. Début 2024, quand il est Premier ministre, il s'invite sur le piquet de grève des agriculteurs qui bloquent l'A64. - M.Bouhafsi: Pourquoi il accélère autant? - Y.Goosz: Opération commando pour rattraper E.Philippe dans les sondages et espérer le doubler cet automne, avec une comparaison assumée par son équipe de campagne.
La référence, c'est la présidentielle 1995. E.Balladur, favori de l'époque, serait E.Philippe.
G.Attal serait J.Chirac: le challenger puis vainqueur.
Trop de com tue la com. G.Attal a les qualités et les défauts d'un homme pressé.
Carte au PS en 2007. LREM en 2017. Il a été porte-parole du gouvernement en 2020, puis ministre du Budget, puis de l'Education nationale avec le choc des savoirs et l'interdiction de l'abaya, puis Matignon pour presque 8 mois en 2024. - G.Attal: Il faut revenir à un principe clair: tu casses, tu répares.
Tu salis, tu nettoies. Tu défies l'autorité, on t'apprend à la respecter! - Y.Goosz: Du Sarkozy dans le style.
Quelle est sa véritable colonne vertébrale? Entre travail le 1er-Mai, l'interdiction du voile pour les mineures, la GPA légalisée et critique du droit international, où habite-t-il réellement? Il veut se démacroniser en continuant à faire l'essuie-glace, quitte à susciter la méfiance.
On n'est plus en 1995 quand le FN faisait 15 %. Et si cette guerre des étoiles avec E.Philippe et B.Retailleau dure trop longtemps, le boulevard qui s'ouvre pour une finale entre le RN et LFI est immense. - M.Bouhafsi: Bonsoir, T.Denis et F.Dabi.
Il n'y avait pas vraiment de suspense. Il a présenté sa candidature. Il l'a officialisée.
Ca va réellement créer quelque chose dans l'opinion? - F.Dabi: Dans l'opinion, je ne pense pas.
Essayons de trouver une candidature à la présidentielle récente qui a été une vraie surprise. Rappelez-vous F.Mitterrand.
Ca va permettre de lancer son match à distance avec E.Philippe, de mobiliser ses soutiens. Ca lui permet une double distinction: par rapport à E.Macron...
De par sa jeunesse, on a tendance à l'associer à E.Macron. On dit qu'il ne connaît pas les Français, ne les comprend pas.
Il veut aussi se distancer par rapport à E.Philippe. Pour l'instant, l'avantage est à E.Philippe, mais on est dans une présidentielle inédite.
C'est le renouvellement. C'est normal qu'il y ait une offre électorale très forte. Maintenant, il y a le traumatisme de beaucoup d'électeurs, notamment du bloc central: la division ajoute à la division.
On arrive à un second tour mortifère pour ce public: Mélenchon-Bardella ou Mélenchon-Le Pen. - M.Bouhafsi: Trop de com Tue la com, disait Y.Goosz.
Une prise de parole en plein air, en Aveyron, avec un banquet et, au menu, de l'aligot-saucisse. G.Attal devait envoyer tous les signaux pour montrer qu'il n'était pas parisien? - T.Denis: Depuis le début de sa carrière, il fait exprès de faire oublier d'où il vient.
Ca peut être un inconvénient pour lui. Il est très parisien, très jeune. Il a été biberonné au PS.
Il a fait du cabinet ministériel très tôt. Il y a un côté apparatchik parachuté, enfant gâté de la politique. Il n'empêche qu'il a énormément de talent.
On ne devient pas Premier ministre et candidat à la présidentielle par hasard. De mon prisme, il m'amuse. Il ne peut pas s'empêcher de trianguler quand même avec la droite.
Quand il est devenu Premier ministre, mon journal, "Valeurs actuelles", qui n'est pas soupçonnable d'être macroniste ou de gauche...
Il sait envoyer les signaux. On finit par tomber dans les pièges. Vous avez remis l'image de son intervention à l'Assemblée, "tu casses, tu répares..." Il entretient de bonnes relations avec V.Bolloré.
Il a des conseillers qui connaissent l'ethos des électeurs de droite. Le choix du lieu de lancement de sa candidature prouve qu'il sait bien travailler les abdos profonds de la France. - M.Bouhafsi: Quand on parle de colonne vertébrale, vous donnez d'autres éléments pour dire qu'il n'a pas forcément de colonne vertébrale? - T.Denis: Il a un énorme sens tactique.
Il a de la culture générale. Je ne suis pas sûr qu'il s'appuie sur une conviction née de tel ou tel choix dogmatique. Il s'adapte un peu à la situation.
C'est pour ça qu'il sait aussi parler à la droite, même si ce n'est pas son territoire d'origine. - F.Dabi: Il y a aussi un acte lourd.
Il y a eu deux moments très forts à l'Education nationale: l'abaya et le harcèlement scolaire. Ca lui assure une popularité plus forte à droite qu'à gauche, pour l'abaya. Ce n'est pas anodin.
Il a pris des décisions d'élu local. Il a "secoué le mammouth", si je puis dire. Ca a beaucoup plu aux Français, à droite.
Il n'a peut-être pas de colonne vertébrale, mais il y a une méthode. On l'a vu dans son discours de politique générale. Il y a un constat et une action. - A.Bégot: La dissolution a précipité son départ de Matignon. - F.Dabi: Ca lui a permis de rompre avec E.Macron moins brutalement qu'avec E.Philippe.
E.Philippe a rompu en juillet 2020, quand G.Attal a été nommé à Matignon.
Ca rappelle Fabius avec Mitterrand.
Gabriel Attal