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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 28 juillet 2022 28 minActualité / polémiqueSécuritéEurope & internationalInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

Conférence de presse conjointe avec le Président de Guinée-Bissau Umaro Sissoco Embaló.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 10:00OuverteRéponse directe

    Qu'attendez-vous concrètement de la Guinée-Bissau dans la lutte contre le djihadisme ?

  • 12:00OuverteRéponse directe

    Allez-vous condamner l'agression de la Russie contre l'Ukraine ?

  • 18:00OuverteRéponse directe

    Quel levier comptez-vous actionner face à la junte malienne ?

  • 22:00OuverteRéponse directe

    Quel rôle pour les médias africains dans la coopération Afrique-Europe ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:00Emmanuel MacronChiffre
    « Après une aide budgétaire globale de 1,5 million d'euros octroyée en 2021, la France accordera une nouvelle aide budgétaire pour contribuer à la stabilité du pays, à très court terme d'au moins 3 millions d'euros. »
  • 20:00Umaro Sissoco EmbalóPromesse
    « Il est déjà sur la table, en création d'une force anti-putsch qu'on est en train de penser à créer. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour, Monsieur le Président, Madame Macron, bonjour. Mesdames et Messieurs, pour les délégations que j'accompagne. Je viens de finir un grand entretien avec le président français Emmanuel Macron, un ami personnel, ami de la Guinée-Bissau.

Je suis très ému, c'est la première fois que le président français visite la Guinée-Bissau. C'est une histoire, pour nous. Je te remercie, je remercie le peuple français et la délégation qui t'accompagne.

Votre présence aujourd'hui à Bissau témoigne du grand intérêt que vous portez pour notre continent en général aux pays d'Afrique de l'Ouest en particulier. Nous comptons beaucoup avec la France, et cette visite témoigne l'attachement que vous avez pour l'Afrique, et particulièrement pour la Guinée-Bissau. Dans ce cadre, j'estime [ INAUDIBLE ] bonne coopération.

Mais, là, cela va renforcer encore dans tous les domaines, et surtout dans le domaine sécuritaire. [ INAUDIBLE ] Aujourd'hui, nous sommes confrontés au terrorisme, et le terrorisme ce n'est pas juste dans la zone du Sahel, c'est toute l'Afrique qui est confrontée à ce fléau [ INAUDIBLE ] avec la France. Je sais que votre agenda ne vous permet pas de rester plus, je ne voudrais pas être plus long, pour vous donner plus de temps.

Le monde et le peuple bissau-guinéen vous attendent, pour écouter vos belles paroles. Merci beaucoup. Merci, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs.

Je suis extrêmement honoré, d'abord de vos mots et d'être, en effet, le premier président de la République française à être reçu ici à Bissau. Je voulais vous dire la fierté qui est la nôtre avec ma délégation, et vous remercier très sincèrement de la chaleur de l'accueil que nous avons reçu hier soir et ce matin, en étant à vos côtés. Nous avons décidé du principe de cette visite lorsque je vous ai reçu en octobre dernier, cher Président, à Paris.

Je veux ici féliciter le Président pour son élection à la présidence de la Cédéao, rendre hommage au travail [ INAUDIBLE ] Nana Akufo-Addo, qui a défendu les principes et les valeurs de l'organisation. Mais vous avez maintenant pris la présidence de cette organisation régionale dans un contexte inédit que vous venez de rappeler, celui d'un défi sécuritaire pour toute l'Afrique de l'Ouest, avec une extension du terrorisme, avec un défi pour la stabilité politique et la multiplication de coups d'État dans plusieurs pays, et donc un agenda clé. Nous avons, ce matin, parlé évidemment de la relation bilatérale, mais également de la situation au Mali, au Burkina Faso et en Guinée-Conakry.

Nous avons longuement évoqué le risque de déstabilisation que la situation au Sahel fait peser sur l'ensemble de la région de l'Afrique de l'Ouest, et j'ai réitéré au président la détermination de la France d'abord à rester engagée au Sahel et dans toute la région, mais aussi à changer sa doctrine et les modalités pour, d'une part, venir en soutien aux armées, formation, équipement et accompagnement, et pas en substitution à celles-ci mais, d'autre part, pour insister sur le fait que la stratégie qui seule peut être efficace face à la multiplication des groupes terroristes, c'est un agenda de sécurité au service des États, mais complété par un agenda politique de retour de l'État et de ses services [ INAUDIBLE ] libérer des groupes terroristes, et un agenda de développement de projets, de création d'opportunités éducatives et économiques pour les populations. Donc c'est bien la synergie entre nos stratégies politiques, sécuritaires et de développement qui seule peut être efficace face au fléau du terrorisme. C'est exactement la même chose que j'ai pu évoquer hier avec le président Talon.

Dans ce contexte, le président m'a fait part de sa volonté d'organiser, dans les prochaines semaines et les prochains mois, en fonction de discussions avec ses partenaires, un sommet de la Cédéao auquel il souhaitait convier la France pour bâtir cet agenda commun face aux groupes terroristes. Je veux ici lui dire ma disponibilité et notre volonté de coopérer dans cette direction. Nous avons aussi partagé nos inquiétudes sur l'amplification des violences contre les populations civiles au Sahel, plus largement maintenant dans toute la sous-région, et en particulier des exactions commises par les éléments mercenaires déployés au Mali et dont les agissements sont désormais documentés par les rapports des Nations Unies, Wagner, pour ne pas les citer.

J'ai fait part aussi au Président Sissoco Embaló de l'alarme de la France et de ses partenaires face à ce qui s'apparente, sous couvert d'opération de lutte contre le terrorisme, à des violences systématiques ciblant les populations peules. Nous avons partagé l'urgence d'enrayer cet engrenage qui pourrait déstabiliser l'ensemble de la région et avons souligné la responsabilité première des États de la région, pour sanctionner les coupables et exercer leur vigilance, ceci pour illustrer la complexité de cet agenda et la nécessité d'agir ensemble. Pour finir, je voudrais juste dire un mot de notre coopération bilatérale.

En effet, s'agissant de la Guinée-Bissau, je voudrais réitérer la condamnation ferme de la tentative de coup d'État de février dernier, et saluer les efforts qui ont été faits sur la voie de la stabilité ; dire ici tout mon soutien au Président et à son gouvernement dans la lutte contre le narcotrafic et toutes formes de trafics qui déstabilisent le pays. Nous avons, par le passé, entretenu une coopération dense avec la Guinée-Bissau, brutalement interrompue avec la guerre civile de 1998. Nous souhaitons aujourd'hui participer à la réouverture du pays en direction des partenaires internationaux permise par cette stabilité retrouvée.

À ce titre, la France poursuivra son soutien à l'économie de votre pays, dans un contexte lourdement impacté par la pandémie de Covid-19 et aggravé par la guerre en Ukraine. Après une aide budgétaire globale de 1,5 million d'euros octroyée en 2021, la France accordera une nouvelle aide budgétaire pour contribuer à la stabilité du pays, à très court terme d'au moins 3 millions d'euros. Suite à notre discussion, j'ai décidé de pouvoir compléter celle-ci.

Nous allons également financer un projet dans le domaine de l'agriculture, d'un montant de 1,5 million d'euros pour la formation d'une quinzaine de jeunes agronomes, dont dix femmes, à l'école d'agronomie de Yamoussoukro en Côte d'Ivoire. C'est une démarche originale qui donne tout son sens aux efforts d'insertion régionale de votre pays, et je souhaite que nous puissions la poursuivre et la continuer par la construction d'une coopération renforcée dans le domaine agricole et alimentaire avec votre pays, pour aider à accroître la production, en formant un investissement dans plusieurs filières, en particulier celle du riz. Je salue aussi la place importante de la langue française en Guinée-Bissau, comme en témoigne le nombre croissant de francophones.

Nous serons en mesure d'accompagner cette dynamique avec l'ouverture prochaine d'une école française, grâce à la mobilisation d'investisseurs privés issus de la sous-région. Notre objectif est d'ouvrir dès la rentrée 2023. Au-delà de cela, nous avons aussi décidé de renforcer la coopération bilatérale sur le plan de la défense dans les domaines de l'équipement, de la lutte contre la piraterie maritime et la pêche illicite et de la formation des cadres militaires.

Voilà les quelques points que je souhaitais faire en complément de cet agenda régional et de la lutte contre le terrorisme sur notre coopération bilatérale. Enfin, je veux saluer la présence à nos côtés de la basketteuse de l'équipe de France, Émilie Gomis, engagée dans le domaine du sport en Guinée-Bissau. Avec l'appui de l'AFD, nous allons lancer un ambitieux programme de réhabilitation des structures omnisports, de formation et d'éducation sportive à Bissau, au profit de plus de 15 000 lycéens.

C'est, là aussi, un des axes de notre coopération, et c'est une fierté pour nous de faire vivre le lien à travers la diaspora, parfois les binationaux, en tout cas tous celles et ceux qui fertilisent la relation bilatérale. Voilà, cher Président, les quelques mots que je souhaitais dire. C'est une étape historique de notre relation que notre présence aujourd'hui parmi vous parce que c'est une première, mais ce n'est qu'une étape.

Parce qu'il nous reste beaucoup de travail devant nous, parce que vous avez beaucoup d'ambition et parce que nous avons beaucoup d'affection et d'amitié pour vous et pour votre peuple. Donc nous serons là dans la durée, merci beaucoup. [ INAUDIBLE ] La première question s'adresse à Monsieur le président Macron.

La Guinée-Bissau et la France sont en train d'ouvrir une nouvelle page de coopération et, pourtant, depuis 1975, beaucoup d'accords avaient été signés, [ INAUDIBLE ]. Aujourd'hui, trois grands axes ont été mis, dont la sécurité, donc formation et équipements. Mais qu'attendez-vous concrètement de la Guinée-Bissau, Monsieur le Président, dans ce cadre-là, dans la lutte contre le djihadisme et le terrorisme ?

La deuxième question s'adresse à Monsieur le président Embaló. Puisque nous subissons fermement les revers du conflit entre l'Ukraine et la Russie. Si, sur ce plan bien précis, les Africains ont été très timides pour condamner exactement cette agression d'un pays vers un autre, Monsieur le Président Embaló, allez-vous condamner cette agression ?

Tu commences. Merci beaucoup. Effectivement, malgré nos politiques non alignées en Guinée-Bissau, nous condamnons cette agression à l'Ukraine.

Je pense qu'avec le 21, on ne peut pas accepter la guerre, surtout entre voisins. On a vu les répercussions que cette guerre a menées pour le monde. Ce n'est pas juste pour la Russie ou l'Ukraine, nous tous on vit les séquelles de cette guerre.

La Guinée-Bissau a plusieurs fois appelé à la retenue par rapport à cette guerre. Donc notre position est claire par rapport à cette guerre entre l'Ukraine et la Russie. Merci beaucoup.

D'abord, je veux saluer la clarté du propos que vient d'avoir Monsieur le Président. Je pense que c'est important d'expliquer, sur un continent qui a tant lutté pour la liberté et la souveraineté des peuples et leur intégrité territoriale, qu'aujourd'hui, sur le sol européen, la seule puissance qui conteste l'intégrité territoriale et la souveraineté d'un peuple, c'est la Russie. Comment même des peuples qui ont pu être proches de l'Union soviétique puis de la Russie, sur la base d'un agenda historique, pourraient accepter ou être ambigus avec ce qui est une agression unilatérale caractérisée niant l'intégrité et la souveraineté populaire ?

Je ne le crois pas et je salue la clarté du président qui est aussi la trace d'une cohérence historique. Pour ce qui est de notre coopération bilatérale, je l'ai dit, nous avons eu une coopération, vous l'avez parfaitement rappelé, dès après l'indépendance et jusqu'à 1998. À partir de ce moment-là, les choses ne sont jamais totalement reparties au même niveau.

Ma conviction, c'est que d'une part, pour la Guinée-Bissau elle-même, nous avons besoin de renforcer cet agenda et, pour la stabilité de la région, il nous faut renforcer cet agenda. Donc notre volonté est d'abord de faire beaucoup plus en termes de formations parce que c'est la clé. C'est pourquoi nous allons ouvrir cette école française et accroître nos coopérations.

C'est aussi pour ça que nous décidons du déploiement d'une coopération en matière de sport, parce que c'est la synergie qu'il y a entre le sport et l'éducation qui nous importe. La deuxième chose, c'est que nous croyons à une coopération culturelle beaucoup plus forte. Vous avez, d'ailleurs, des membres de la diaspora qui sont au cœur de ces projets que nous poursuivons et la volonté que nous avons de renforcer avec le président.

Troisième chose, nous croyons à un agenda agricole et alimentaire, comme je l'ai dit. Là, ce que nous attendons très clairement de la Guinée-Bissau, c'est qu'elle développe son autonomie alimentaire. Le président a rappelé l'importance de cet agenda dans le contexte.

Pour ne pas subir les pressions faites par des puissances extérieures sur la question alimentaire, il faut produire davantage ce que le peuple consomme ici. Il y a la possibilité de le faire, et donc ça c'est la responsabilité du pays. La nôtre, c'est de tout faire pour vous y aider, en finançant, en formant et en accompagnant par le matériel.

Enfin, sur le sujet sécuritaire, je considère que notre responsabilité est de vous aider à lutter contre les narcotrafics, contre toutes les prédations illégales, mais aussi à stabiliser le pays, à avoir une armée au service d'un projet politique démocratique, et à contribuer à la lutte contre l'instabilité et le terrorisme partout dans la région. C'est la volonté du président, c'est pourquoi nous sommes au soutien de cette politique. Voilà comment nous envisageons la nouvelle phase de contrat, de coopération que nous lançons, celle d'un partenariat équilibré, parce qu'elle est aussi au service d'un projet de renforcement d'un État démocratique, d'une autonomie alimentaire, d'une formation des enfants et des jeunes et d'une sécurité au service de la population.

Bonjour, Jérôme Rivet de l'AFP. Maintenant que les sanctions économiques ont été levées contre le Mali, quel levier comptez-vous actionner en tant que président de la Cédéao face à la junte ? Et vous, Monsieur Macron, qu'attendez-vous de la Cédéao sur ce dossier malien et que répondez- vous aux critiques qui disent que vous cherchez à piloter la Cédéao en sous-main ?

Je pense que la position de la Cédéao est assez claire. C'est vrai, on a enlevé les sanctions, progressivement. Là, on a enlevé les sanctions économiques.

J'étais à Conakry avec le président de la Commission, pour faire comprendre à la junte militaire la décision du Sommet et des chefs de l'État, que la transition ne pouvait pas dépasser les 24 mois et qu'on avait proposé les 36 mois. On a réussi à les convaincre. On a fait la même chose avec le Burkina Faso.

Bientôt, la ministre d'État des Affaires étrangères de Guinée-Bissau va partir au Mali pour rencontrer la junte et, après, moi-même je serai là-bas pour discuter avec nos frères maliens. Je pense qu'on va arriver à un accord parce que c'est très important qu'on en finisse avec la transition au Mali, en Guinée-Conakry et au Burkina Faso. Je peux vous dire aussi qu'il est déjà sur la table, en création d'une force anti-putsch qu'on est en train de penser à créer.

Cela va permettre que tout le monde comprenne que nous sommes en plein siècle 21. Les coups d'État sont inadmissibles et inacceptables. On ne peut pas penser que, pour arriver au sommet de l'État, c'est un fast truck, non.

Comme je l'ai bien dit au président Macron, il y a des procédures pour arriver chef d'État. Donc il faut qu'on soit tous républicains. C'est le peuple qui a le droit de sanctionner les dirigeants, malgré le fait que beaucoup de fois aussi les peuples soient complices, tenant les niveaux en constellation, mais c'est avec ça qu'on doit faire, ce n'est pas avec des coups d'État militaires.

Concernant le Mali, je suis sûr et certain qu'on va trouver un agenda de la Cédéao conforme à la décision du dernier sommet d'Accra. Par rapport à votre question, je rappelle que la France est intervenue en 2013 au Mali, à la demande de l'État malien qui était menacé par les groupes terroristes et à la demande de la Cédéao. Donc nous avons toujours respecté la position de cette organisation régionale extrêmement importante, et j'ai toujours considéré que notre rôle était de venir en soutien des décisions qu'elle prend et en cohérence avec celles-ci.

C'est pourquoi la Cédéao, à plusieurs reprises, a condamné le premier puis le deuxième coup d'État militaire qui s'est tenu au Mali. Le président maintenant en exercice, avec l'ensemble des équipes, va œuvrer pour clarifier les éléments de transition. Une partie des sanctions a été levée à l'égard du Mali, mais pas toutes.

Donc je crois que la responsabilité de la Cédéao, c'est d'œuvrer d'une part pour que le peuple malien puisse retrouver la voie consistant à exprimer sa souveraineté populaire, parce qu'on ne peut pas considérer que c'est une bonne chose pour le peuple malien qu'une junte ait pris le pouvoir sur la base d'un coup d'État, et c'est, je crois, la fonction première de la Cédéao à cet égard. Deuxièmement, que la Cédéao puisse ainsi bâtir le cadre de stabilité qui, au-delà de ce retour de la souveraineté populaire, permette de lutter efficacement contre les groupes terroristes puisque force est de constater que les choix faits par la junte malienne aujourd'hui et sa complicité, de fait, avec la milice Wagner sont particulièrement inefficaces pour lutter contre le terrorisme. Ce n'est d'ailleurs plus leur objectif, et c'est ce qui a présidé à notre choix de quitter le sol malien.

Ce sont les deux priorités de la Cédéao, telles qu'elles ont été exprimées par le président. J'ai été informé par le président Sissoco Embaló, de la volonté de la Cédéao de bâtir également une force luttant contre les putschs dans les différents États membres. Je pense que c'est un instrument extrêmement efficace pour lutter contre les déstabilisations qu'on a vu fleurir dans la région, où des groupes militaires ont exploité parfois l'affaiblissement des États, soumis soit à l'instabilité endémique, soit aux coups de boutoir des terroristes pour prendre le pouvoir.

Voilà ce qui est attendu de la Cédéao, ce qui est, je crois, son rôle historique. La France continuera de bâtir son action dans la région au service d'États souverains légitimes et de cette organisation régionale, car nous considérons que notre rôle est d'aider la région à réussir cette bataille contre le terrorisme, parce que c'est important pour les États africains et c'est important pour nous tous, et à permettre le développement stable et la formation de la jeunesse de cette partie du continent. Bonjour, je suis Philomène Tine, journaliste pour Africa 24.

Monsieur le Président français, je suppose que vous connaissez la chaîne panafricaine Africa 24, qui est média leader, partenaire officiel de l'Union africaine. La question s'adresse à vous deux. Quel rôle pensez-vous que les médias leaders africains comme Africa 24 peuvent jouer dans la valorisation de la coopération entre l'Afrique et l'Europe ?

La question suivante, je l'adresse à Son Excellence Monsieur le Président Umaro Sissoco Embaló. Monsieur le Président, vous avez récemment indiqué, lors de l'entretien sur l'Africa 24, qu'il n'y a pas de petits États mais des États équivalents. Quelles sont vos attentes et perspectives maintenant que, pour la première fois de l'histoire, un président français effectue une visite officielle en Guinée-Bissau ?

Pour finir, Monsieur le président de la République, Monsieur Emmanuel Macron, dans le cadre de votre tournée africaine, vous avez évoqué la mise en avant de l'application des nouvelles relations entre la France et ses pays partenaires africains. Quel rôle attendez-vous de voir la Guinée-Bissau et son président ici présent exercer dans votre nouvelle mission ? Je vous remercie.

Merci beaucoup, Madame. C'est vrai que, dernièrement, on a eu des entretiens ici et que je vous dis qu'il n'y a que des États. C'est normal parce qu'il n'y a pas de petits États et de grands États, mais il y a des grands pays.

C'est pour cela que le président français, aujourd'hui, malgré le fait qu'il soit membre permanent du Conseil de sécurité, se trouve aujourd'hui à côté du président de la Guinée-Bissau. Ça montre que, malgré le fait qu'il soit plus costaud, il se trouve aujourd'hui à côté de son frère. Cela s'appelle la solidarité.

Aujourd'hui, je préside la Cédéao. C'est la première fois aussi qu'un pays lusophone préside la Cédéao. Cela montre que, devant le Nigéria, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Ghana, ce sont des grands États.

Dans cette logique, je vous dis qu'il n'y a pas des petits et des grands États, il n'y a que des États. Voilà la réponse. Merci beaucoup.

En deux mots, la volonté de l'Union européenne et des Européens est de bâtir en effet un nouveau partenariat avec les États africains et l'Union africaine, réciproque et équilibré. D'ailleurs, le Sommet que nous avons tenu en début d'année a été conçu et bâti ensemble, sur cette base. La sécurité y prend une place, mais c'est beaucoup plus la bataille pour l'éducation de la jeunesse, le combat commun de lutte pour la biodiversité et contre le dérèglement climatique ; la solidarité en matière de santé et la construction d'une capacité propre africaine à bâtir des réponses en matière de santé ; la volonté d'être des partenaires du développement autonome alimentaire de l'Afrique qui sont au cœur de notre stratégie.

Voilà quelques uns des axes mais, au fond, ce que nous voulons faire c'est rénover en profondeur l'approche qui est la nôtre, concevoir un agenda commun, le bâtir ensemble, l'exécuter ensemble de manière extrêmement respectueuse, et permettre au continent africain de relever les défis contemporains qui sont communs à nous mais, je dirais, les défis au carré que l'Afrique a à relever, compte tenu de sa démographie et de la nécessité de former sa jeunesse et de lui apporter des opportunités économiques. Dans ce contexte-là, je pense que le rôle que vous jouez c'est de pouvoir exercer le jugement libre et indépendant de la presse, et d'informer librement l'ensemble des Africaines et des Africains. Je pense que c'est un noble combat et absolument indispensable car, on le voit, l'Afrique est aussi le théâtre d'une guerre d'information ou plutôt de désinformation et de manipulation de l'information, qui a de plus en plus d'organes de propagande au service de projets géopolitiques ou d'influences.

Je pense que toute journaliste et tout journaliste qui essaient de manière critique et indépendante, comme c'est votre métier et sa déontologie, d'informer et de faire comprendre, jouent un rôle essentiel dans le cadre de cet agenda et de ses défis. Quant à la relation bilatérale et à la place que prend la Guinée-Bissau dans ce que j'ai pu essayer de décrire lors de cette tournée africaine, elle joue un rôle clé. D'abord parce que, comme je viens de vous le dire et comme notre discussion l'a illustré, la formation de la jeunesse, l'égalité femmes/hommes, la lutte contre le dérèglement climatique et pour la biodiversité et l'autonomie alimentaire qui sont au cœur de cette stratégie sont des défis pour votre pays.

Donc, à cet égard, tout ce qu'on fait pour vous aider, toute la part que vous y prendrez et l'ambition de votre agenda est complètement cohérent avec le nôtre. Enfin, la lutte contre le terrorisme, le président s'en est saisi ici et en tant que président de la Cédéao. Pour moi, le rôle que la Guinée-Bissau joue dans cet agenda est absolument structurant.

Merci beaucoup. Je voulais, ce faisant, quand même vous remercier toutes et tous pour l'hommage formidable que vous avez rendu à la francophonie, votre président en premier chef mais les journalistes lusophones qui sont là, aussi.