Antisémitisme : Jean-Marie Le Pen embarrasse le RN - C à Vous - 09/11/2023
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Pourtant il y a un passé que tente de faire oublier Marine Le Pen.
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Jean-Marie Le Pen a été condamné à de multiples reprises pour antisémitisme.
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Même si vous estimez que certains peuvent être sincères parmi les électeurs et élus du RN à lutter contre l'antisémitisme, il y a ce passé-là pour lequel ils n'ont pas tant fait que sa repentance ?
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Le risque, en se focalisant sur la présence du Rassemblement national, c'est d'oublier le motif principal de cette marche, lutter contre l'antisémitisme, qui certes explose depuis un mois, mais n'est évidemment pas un phénomène nouveau.
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Depuis l'attaque du 7 octobre, on assiste à des comparaisons entre le gouvernement israélien et le régime nazi. Comment est-ce que vous avez réagi à ces propos ?
- 11:26OuverteRéponse directe
Est-ce que vous partagez cette impression ou est-ce qu'il y a un effet de loupe sur les incidents ou les agressions antisémites recensées en Allemagne ces dernières semaines ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:29InvitéFait
« Jean-Marie Le Pen avait mis sa famille politique dans une impasse totale. »
- 3:50InvitéChiffre
« Le point de détail, c'est 87, il est au second tour en 2002. »
- 6:50InvitéChiffre
« Les intentions de vote chutent drastiquement. Mais combien de temps est-ce que ce potentiel met à se reconstituer ? Eh bien, il met six mois. Six mois. »
- 11:52InvitéChiffre
« 14 600 militants fichés par l'Office de protection de la Constitution comme militants orientés vers la violence. »
Temps de parole
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Pourtant il y a un passé que tente de faire oublier Marine Le Pen. Jean-Marie Le Pen a été condamnée à de multiples reprises pour antisémitisme. Même si vous estimez que certains peuvent être sincères parmi les électeurs et parmi les élus de Rassemblement National à lutter contre l'antisémitisme, il y a ce passé-là pour lequel ils n'ont pas tant fait que sa repentance ?
C'est précisément la repentance que le Rassemblement National refuse. C'est une disposition d'esprit qui consiste à dire « non, on ne se reprend pas ». Alors peut-être que c'est un trait de caractère de l'homme de droite, mais c'est vrai que Marine Le Pen ne veut pas faire repentance, ce qui ne l'a pas empêché de déclarer avec de la vraisemblance qu'elle ne partageait pas les idées de son père. Je pense qu'elle n'est pas antisémite, je pense qu'elle souscrit à la vérité historique qui est l'existence d'un génocide des Juifs commis par les nazis et leurs complices pendant la Seconde Guerre mondiale.
Après, c'est vrai qu'il manque ce document officiel qui ferait que le RN condamne la période passée, et non seulement les déclarations de Jean-Marie Le Pen, mais aussi quand même la présence sur son sein d'un certain nombre de personnes qui étaient au moins aussi contestables que lui sur ce sujet. Et certaines qui gravitent toujours dans l'entourage de Marine Le Pen, et parfois au groupe RN à l'Assemblée nationale. Il y en a quelques-uns, notamment Boccaletti, on l'a cité plusieurs fois ces derniers jours. Marine Le Pen qui avait dit au moment où elle prenait la succession de son père, « J'assume toute l'histoire et tout l'héritage du Front National ».
Alors ça, c'est vraiment une disposition d'esprit de cette famille politique. C'est vraiment une disposition d'esprit qui consiste à dire... Les néo-fascistes italiens, les fascistes italiens disent « Ne me frage go ». C'est une façon d'assumer, de dire « Ça ne me fait pas peur, moi je prends tout ». Et vous n'aurez pas ma repentance, si vous voulez. C'est pas forcément une adhésion ou un refus de se démarquer ? Non, très honnêtement, je suis persuadé que Marine Le Pen n'est pas antisémite. Et puis il faut bien voir aussi quelque chose. La déclaration de cette députée RN qui s'appelle Mathilde Paris est très intéressante.
Il a dit hier à l'antenne de BFM TV que selon elle, Jean-Marie Le Pen est antisémite.
Après beaucoup d'hésitation et beaucoup d'insistance de la part des journalistes. De même que Jean-Philippe Tanguy disait ce matin chez un de vos confrères que Jean-Marie Le Pen avait été condamné parce que ses propos étaient condamnables. Chez ces gens qui sont d'une autre génération, je crois qu'on se rend compte, mis à part évidemment chez ceux dont l'antisémitisme reste la matrice idéologique, que ce qui passait encore dans les années 80-90, parce que dans les années 80, il y avait encore beaucoup de gens qui avaient connu la Seconde Guerre mondiale et qui n'avaient pas tous un pédigré, je ne parle pas uniquement des gens du RN, qui n'avaient pas tous un pédigré nickel-chrome.
Il y a des choses qu'on ne peut plus dire aujourd'hui. – Et ça, la nouvelle génération, au RN l'a bien compris. – Elle l'a bien compris par conviction, puis elle a bien compris aussi que politiquement, Jean-Marie Le Pen avait mis sa famille politique dans une impasse totale. Voilà un homme qui part d'un groupuscule de quelques centaines d'individus en 1972, qui réussit à se hisser à 15% à plusieurs élections présidentielles, qui atterrit au second tour de la présidentielle de 2002, malgré le point de détail. Le point de détail, c'est 87, il est au second tour en 2002, ce qui prouve quand même que ça ne porte pas tant que ça dans l'opinion publique.
Mais tout de même, il a passé une manipulation, il s'est fusillé tout seul, il s'est tiré une balle dans le pied. Et naturellement, je crois que tout le monde, lui compris d'ailleurs, c'est en tout cas ce qu'il m'a affirmé, lui aussi, a compris juste après que…
Le risque, en se focalisant sur la présence du Rassemblement national, c'est d'oublier le motif principal de cette marche, lutter contre l'antisémitisme, qui certes explose depuis un mois, mais n'est évidemment pas un phénomène nouveau. On se souvient qu'après la profanation du cimetière de Carpentras, il avait fallu cinq jours pour qu'une immense mobilisation ait lieu, 200 000 personnes, un cortège avec François Mitterrand à la tête de ce cortège. Là, on a mis du temps à organiser cette marche, et au fil des années, depuis cette époque-là, il y avait de plus en plus d'actes antisémites, et de moins en moins de monde dans les rues.
Alors c'est vrai que ce sentiment de solitude, moi qui suis juif, je le dis parce qu'il faut qu'on sache de où je parle, je l'ai ressenti, alors particulièrement dans la manifestation qui a eu lieu après l'assassinat d'Ilan Halimi. Où on s'est dit que finalement, oui, on s'est dit que finalement, on était bien entre nous, mais que la foule n'était pas là. Et peut-être pire encore, pardon, l'absence de manifestation, on l'a oublié, après les crimes de Bahamène Mera en 2012. Et la foule, il n'y a pas eu, il y a eu pour la première fois des enfants juifs tués en France. Oui, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, oui.
Et il n'y a pas eu de rassemblement, il n'y a pas eu de manifestation. Il y a eu un rassemblement officiel, mais... Non, et pire que ça, les premiers coups de téléphone que j'ai reçus au moment de... C'était avant la tuerie de Zahra Torah, mais juste après l'assassinat des militaires que Bahamène Mera a tué à Montauban. Les premiers coups de fil que j'ai reçus envisageaient une piste d'extrême droite. L'idée, c'était que des militants d'extrême droite, s'en étaient peut-être pris à des militaires français d'origine maghrébine pour protester contre le fait que notre armée, vous voyez, a été souillée par la présence de gens d'origine étrangère.
Bon, il n'a pas fallu longtemps pour que l'hypothèse tombe, mais enfin, ça montre quand même un réflexe. Comme d'ailleurs après Carpentras, parce que, soyons honnêtes jusqu'au bout, la profanation de Carpentras n'était pas le fait de militants du Front National. – Et je ne suis pas sûr qu'on ait rendu grand service à la vérité, en embrayant immédiatement sur un mouvement qui est très intéressant à ce niveau d'ailleurs. – C'est quand même des nazions. – Parce que Donna Maillère, à l'époque, a réalisé une étude sur le vote. – Politologue. – Tout à fait. – Politologue à science. – Et pionnière des études sur le FN.
Elle a réalisé une étude sur le capital électoral du FN, avant Carpentras, après Carpentras, évidemment, juste après, ça chute. Les intentions de vote chutent drastiquement. Mais combien de temps est-ce que ce potentiel met à se reconstituer ? Eh bien, il met six mois. Six mois. – Je voulais vous parler d'un phénomène. Depuis l'attaque du 7 octobre, on assiste à des comparaisons entre le gouvernement israélien et le régime nazi. C'est ce qu'a fait d'ailleurs l'humoriste Guillaume Meurisse en qualifiant Benyamin Netanyahou de nazi sans prépuce. Comment est-ce que vous avez réagi à ces propos ?
– Vous savez, ça fait déjà un certain nombre d'années que des milieux de marge, à la fois islamistes radicaux, militants d'ultra-gauche, militants d'ultra-droite aussi, diffusent cette idée que j'ai vue pour la première fois apparaître dans un opuscule qui avait été distribué dans des manifestations au début des années 2000 et qui s'intitulait « Le manifeste judéo-nazi d'Ariel Sharon ». Alors, mis à part le terme « judéo-nazi », appliqué à l'époque au premier ministre israélien, qui a fait évacuer ce qu'on appelle en hébreu le « gouche catif », c'est-à-dire les colonies qui étaient à l'époque dans la bande de Gaza, pour l'oublier. Pourquoi est-ce que ce document est distribué ?
Eh bien, parce qu'il s'agit de faire croire que le judéo-nazi Ariel Sharon a, comme les nazis à la conférence de Vancey, élaboré un plan d'extermination du peuple palestinien. C'est un petit peu ça la trame, si vous voulez, de ce renversement qui consiste à faire, non pas simplement des Israéliens, mais des Juifs, des nazis, c'est qu'au fond, ils ont aussi une intention génocidaire, et que c'est même encore pire, parce qu'eux qui ont subi un génocide, eh bien, ils ont oublié ce qui leur est arrivé. Ils infligent maintenant, ou ils essayent d'infliger la même chose, à leurs adversaires. Et ce mot « nazi », vous trouvez qu'il a été banalisé ? Ah, complètement.
« Nazi » sur les réseaux sociaux, c'est une insulte qui a à peu près la même valeur que « zut ». Alors, on peut y voir, évidemment, la facilité d'écrire en 280 caractères, mais je pense qu'effectivement, la mémoire du génocide, et la connaissance même du génocide diminue. Peut-être est-ce que, finalement, on a fait un petit peu trop de... Je ne peux pas dire de pathos. Peut-être qu'on a un petit peu trop expliqué le génocide par les émotions, et qu'on a un petit peu moins fait ce à quoi, moi, je reste attaché, c'est-à-dire l'enseignement historique de base, avec des dates, avec des faits, avec des lectures, de sorte qu'aujourd'hui, 80 ans après, naturellement, « nazi », c'est devenu...
C'est très loin, d'abord. C'est très, très loin. Songez qu'en Allemagne, il y a une directrice de crèche qui a demandé à débaptiser une crèche Anne-Franck parce que le nom était, c'est le motif officiel, trop compliqué à assumer pour des petits-enfants, alors il est bien évident que l'histoire d'Anne-Franck, le journal d'Anne-Franck, ça se lit pas à 4 ans, ça se lit pas à la crèche. Il faut au minimum être adolescent pour comprendre tout cela. Mais enfin, le symbole est quand même très fort. En Allemagne, c'est finalement la mémoire d'une victime du génocide qui s'efface derrière les émotions des uns et des autres.
Un mot sur l'Allemagne, justement, parce que nous sommes le 9 novembre et que c'est un anniversaire. Dans la nuit du 9 au 10 novembre, c'était la nuit de cristal, 9 au 10 novembre 1938, pogrom contre les Juifs, mené par le Troisième Reich. À cette occasion, le chancelier Olaf Scholz, qu'on va voir ou pas, si on a le temps, on a pas le temps, on a le temps, a fait cette promesse, on va le voir avec sa équipe.
Im Kern geht es darum, das Versprechen einzulösen, das in den Jahrzehnten nach 1945 wieder und wieder gegeben wurde. Das Versprechen, auf den unser demokratisches Deutschland gründet. Das Versprechen nie wieder. Dieses Versprechen müssen wir gerade jetzt einlösen. Nicht nur in Worten, sondern vor allem auch in unserem Handel.
Plus jamais ça, promet Olaf Scholz, face à ce qui paraît à certains observateurs comme une sorte de bouillonnement antisémite avec des actes repérés un peu partout dans le pays. Est-ce que vous partagez cette impression ou est-ce qu'il y a un effet de loupe, un effet de grossissant sur les incidents ou les agressions antisémites recensées en Allemagne ces dernières semaines ?
Non, non, il y a contestablement une hausse comme d'ailleurs à chaque pic de violence au Proche-Orient et de manière générale un problème d'antisémitisme qui existe à la fois à l'ultra-droite, 14 600 militants fichés par l'Office de protection de la Constitution comme militants orientés vers la violence c'est la terminologie allemande donc prêt à passer à l'acte mais également un énorme problème d'antisémitisme masqué par l'antisionisme au sein d'abord de la très grande communauté turque et de sa composante islamiste et de sa composante d'extrême-lauche et puis dans une partie de la population qui est issue de l'immigration.
Mais pour avoir participé assez fréquemment à cette marche du 9 novembre qui passe par la Oralien-Borgestrasse là où il y avait la grande synagogue avant la Nouvelle-Christale je veux souligner une chose quand même c'est que la meilleure victoire sur ce qui s'est passé c'est qu'aujourd'hui à Berlin il y a une vie juive et qu'à l'endroit même où les synagogues ont été brûlées il y a aujourd'hui quelque chose qu'on n'aurait jamais imaginé il y a 30 ans qui est des gens qui prient des gens qui étudient des écoles un système très bien fait pour les gens qui mangent cachère vous pouvez avoir absolument tout ce que vous souhaitez bref finalement aujourd'hui à Berlin il y a une vie juive intense et partout en Allemagne il y a des communautés qui ont ressurgi même dans des endroits où juste après-guerre il n'y avait plus que quelques personnes qui survivaient je connais beaucoup de communautés allemandes j'ai prié dans pas mal de synagogues de Dresde à Cologne il y a une école rabbinique à plein temps qui a ouvert il y a quelques années à Francfort c'était une grande première depuis la seconde guerre mondiale donc il y a davantage que l'action du gouvernement allemand pour garder la mémoire et pour agir il y a quelque chose qui doit parler à tous les antisémites c'est que tout ce qui a été éradiqué a été reconstruit pas seulement en Allemagne partout ailleurs