La domination des GAFAM sur l'information est une menace ! - Anne Stambach-Terrenoir
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Aujourd'hui, quand les plateformes numériques se gavent, les journalistes eux crèvent de faim car quand vous consultez un article en ligne, Google ou encore MTA capte une part massive des revenus publicitaires grâce au contenu d'information. Mais pendant ce temps, ceux qui font l'information, les journalistes, sont de plus en plus précaires. Pigistes, en contrat court, payés à l'article, parfois de manière dérisoire, sans stabilité, sans visibilité sur l'avenir.
Celles et ceux qui produisent l'information n'en vivent pas, mais ceux qui la diffusent s'en mettent plein les poches. C'est à ce déséquilibre que les droits voisins étaient censés répondre en obligeant les plateformes numériques à payer les médias, agences de presse et éditeurs de presse quand elles utilisent leurs articles. Mais aujourd'hui, ça fonctionne pas.
Pourquoi ? parce que le rapport de force est totalement déséquilibré. On l'a vu très concrètement lorsque la loi de 2019 relative au droits voisin a été adoptée, Google qui détient 90 % de part de marché des moteurs de recherche a tout simplement menacé de ne plus afficher les extraits d'articles de presse dans ses résultats de recherche.
Alors, des médias ont été contraints d'accepter des conditions défavorables pour ne pas disparaître en ligne. Ce n'est donc pas une négociation entre ég, c'est une dépendance vitale à des acteurs numériques monopolistiques et surpuissants. Cette proposition de loi va donc dans le bon sens.
Elle renforce la transparence, elle donne un rôle à l'ARCOM, elle tente de mieux encadrer les discussions entre plateformes et éditeur de presse, mais elle ne modifie pas le rapport de force. Bref, elle ne change pas le système. Or, derrière cette question économique, il y a en réalité aussi une question démocratique parce qu'aujourd'hui les moteurs de recherche sont devenus des points d'accès cruciaux des citoyens à l'actualité et aux articles de presse.
Entre 47 et 62 % des Français s'informment via les réseaux sociaux quotidiennement et c'est la principale source d'information pour la moitié des jeunes de 15 à 30 ans. Or, les offres en ligne, les articles gratuits avec publicité et cetera rendent les médias de presse totalement dépendants des acteurs du numérique et de la visibilité qu'il leur offre ou pas. Car quand vous faites une recherche sur Google, l'ordre des résultats n'est pas neutre.
Il dépend d'un algorithme. Certains articles sont visibles, d'autres non. Certaines sources remontent, d'autres disparaissent.
Sur les réseaux sociaux, c'est la même chose. MTA décide quel contenu apparaissent dans votre fil Facebook ou Instagram. Une enquête, un débat peuvent être largement diffusés ou restés totalement invisibles selon des critères que personne ne maîtrise totalement.
Autrement dit, des entreprises privées hiérarchisent l'information, choisissent ce qui est important et ce qui ne l'est pas. Et ces entreprises sont dirigées par des individus. Marc Zuckerberg pour Meta, Sundar Pishai pour Google qu'on a vu tous les deux bien alignés à côté d'Elon Musk et Jeff Bezos au premier rang de l'investiture de Donald Trump après avoir chacun versé 1 million de dollars pour ce bel événement.
D'ailleurs, hier Marc Zuckerberg et Sergey Brin, le cfondateur de Google ont été nommés au conseil scientifique de et technologique de Trump. Ce n'est pas anodin surtout quand on sait que s'inspirant d'Elon Musk qui a transformé son réseau social X en machine à désinformer, Marc Zuckerberg a mis un terme pour Facebook et Instagram à son programme de fact checking de vérification des fausses informations par des médias et il a limité sa politique de modération notamment sur les thèmes de l'immigration, de l'identité de genre et du genre. Dans le même temps, il remet en cause les politiques de diversité et d'inclusion dans son entreprise et il promeut une énergie masculine affirmant même une culture qui fait un peu plus la parbelle à l'agressivité à ses mérites.
Et il joint l'acte à la parole puisqu'il vient d'annoncer 15000 suppressions d'emplois tout en investissant des milliards dans l'intelligence artificielle pour automatiser le travail humain. Dans un monde de plus en plus béliqueux, de moins en moins humain. Donc cette délicieuse personne qui structure une grande partie de notre accès à l'information et qui avec ses petits camarades propriétaires des grands acteurs numériques influence le débat public à l'échelle du monde entier.
Souhaitons-nous vraiment confier à quelques grandes entreprises privées aux idéologies de plus en plus douteuses un tel pouvoir ? Aujourd'hui, l'information dépend d'algorithmes opaques, de décisions privées et de logique de rentabilité. Cela pose un problème démocratique majeur.
Alors oui, ce texte est utile, il tente de corriger certains déséquilibres, mais c'est largement insuffisant et il ne répond pas non plus à une question essentielle qui bénéficie réellement de la valeur créée. Aujourd'hui, même quand de l'argent est versé par les acteurs numériques, il reste largement capté par les groupes de presse. Les journalistes, eux s'enfoncent chaque jour un peu plus dans la précarité.
Nous défendons une idée simple. Ceux qui produisent l'information doivent en vivre. Cela implique une redistribution réelle de la richesse, de la transparence, des droits renforcés pour les journalistes, mais cela suppose aussi d'aller plus loin.
Car le problème est plus profond, il tient au modèle économique lui-même. Un modèle basé sur la publicité, sur la captation de l'attention, sur la concentration entre quelques acteurs, un modèle où l'information devient une marchandise. Et tant que l'information dépendra de ces logiques de marché, elle restera fragile.
Fragile économiquement, fragile démocratiquement. Nous faisons donc un autre choix, celui de réguler de réguler beaucoup plus fortement les plateformes, celui de sortir de la dépendance aux grands acteurs du numérique, celui de garantir une véritable souveraineté informationnelle, ce qui veut dire aussi soutenir les médias indépendants et renforcer le service public de l'information. Parce que l'information n'est pas un produit comme les autres, c'est un pilier de notre démocratie.
La domination des plateformes numériques sur l'information et sur celles et ceux qui la produisent est une menace. Elle doit tomber. Merci madame la députée
Anne Stambach-Terrenoir