François Hollande : invité spécial - C à Vous - 01/10/2019
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 65 %Attaque 15 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:58FerméeRéponse directe
Qu'avez-vous glissé à l'oreille de Carla Bruni qui suscite chez elle un tel étonnement ?
- 1:12FerméeRéponse directe
Ça vous agace même ?
- 2:44OuverteRéponse directe
Votre retour à l'Élysée, la deuxième fois seulement depuis 2017, à l'occasion du déjeuner organisé à l'issue de la cérémonie. On vous voit donner l'accolade à Emmanuel Macron. Une accolade chaleureuse.
- 3:15OuverteRéponse directe
C'était une bonne analyse ou ce sont encore des commentaires ?
- 4:26RelanceRéponse directe
Votre Chirac, vous l'avez dit, c'est l'homme avec qui vous avez noué des liens de sympathie après son départ de l'Élysée. Mais il a été aussi un adversaire politique pendant 35 ans. Est-ce que vous n'êtes pas en train de réécrire l'histoire ?
- 5:07OuverteRéponse directe
Est-ce que vous avez changé d'avis ou de regard sur la présidence Chirac ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00Invité politiqueFait
« Pourquoi Bernadette Chirac n'est pas là dans la cérémonie à l'Église ? Et je lui confirmais que son état de santé ne lui permettait pas d'être là. »
- 5:24Invité politiqueFait
« Je suis arrivé dans la vie politique en Corrèze en me présentant contre Jacques Chirac dans une circonscription qu'il détenait depuis 1967. »
- 5:36Invité politiqueFait
« J'ai été très sévère sur son action, et notamment pendant la période de cohabitation où Jacques Chirac était le chef de l'opposition, en réalité, et utilisait sa position. »
- 6:14Invité politiqueFait
« Je pense que la droite, et Jacques Chirac en était le chef, la droite a utilisé, hélas, des événements très graves. »
- 7:00Invité politiqueFait
« Il n'était pas heureux ce soir-là, quand il apprend qu'il est en face de Le Pen. Il peut se dire « j'ai gagné », il avait gagné. »
- 7:32Invité politiqueFait
« l'homme lui-même, j'avais du respect pour lui, parce que je connaissais son humanité. »
- 8:56Invité politiqueFait
« Les Français, qu'ils aient apprécié l'action, la personne qui a présidé la France, veulent comprendre ce qu'il a pu vivre durant son mandat. »
- 9:38Invité politiqueFait
« Je dois dire que les files d'attente n'étaient pas tout à fait comparables. »
- 10:30Invité politiqueFait
« Je fais partie de ceux qui ont contribué à la recette du livre. »
- 11:00Invité politiqueFait
« c'est dur de perdre, comme c'est dur de ne pas être candidat. Et on en veut, non pas aux Français, on n'a pas le droit d'en vouloir aux Français, on en veut forcément à celui qui vous a battu. »
- 12:10Invité politiqueFait
« Oui, je lui ai demandé conseil. Il l'a peut-être oublié. »
- 13:29Invité politiqueFait
« Je pense que, à mes yeux, le meilleur président, au sens historique du terme, c'est Charles de Gaulle. »
- 13:51Invité politiqueFait
« le meilleur président, à mes yeux, et pas simplement comme homme de gauche, à mes yeux, c'est François Mitterrand, même s'il y a des éléments de la présence de François Mitterrand que j'ai moi-même regretté ou contesté. »
- 14:22Invité politiqueFait
« je suis fier, moi je m'inscris dans cette perspective. De la même manière, sur le septennat, le premier septennat de Jacques Chirac, c'est Lionel Jospin qui, en réalité, gouverne la France pendant cinq ans. »
- 15:50Invité politiqueFait
« La justice, elle va jusqu'au bout et je n'ai jamais agi sur la justice. »
- 16:35Invité politiqueFait
« Il a été condamné pour provocation à la haine et à la discrimination raciale. Ce n'est pas la première fois. »
- 17:20Invité politiqueFait
« Ce que je veux dire, moi, c'est que nous avons tous une responsabilité. Ceux qui ont exercé le pouvoir encore davantage. Mais les médias aussi ont une responsabilité. »
- 18:37Invité politiqueFait
« un mouvement politique, en l'occurrence le Parti Socialiste, celui qui doit normalement conduire la gauche, il doit se réinventer à chaque étape. »
- 19:42Invité politiqueFait
« ce qui me désole aujourd'hui, c'est qu'on dit qu'il n'y a plus de clivage gauche-droite, c'est terminé. Aujourd'hui, le clivage, c'est entre les nationalistes et les progressistes. »
- 22:39InvitéFait
« On a dit que de Jacques Chirac, il avait fait du Greta Thunberg avant l'heure, avec son fameux discours de 2002 à Johannesbourg, « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». »
- 23:27InvitéFait
« Cette jeune Suédoise si sympathique et si souriante est tellement originale dans sa pensée. »
- 23:46Invité politiqueFait
« Qu'une jeune fille, au nom de la jeunesse du monde, s'exprime à sa façon, comme la jeunesse à plusieurs moments de notre histoire a pu le faire. »
- 25:31Invité politiqueFait
« J'ai été le président qui a fait l'accord sur le climat. On avait tous pensé que le réchauffement climatique ne devrait pas dépasser 2 degrés à la fin du siècle. »
- 25:45Invité politiqueChiffre
« Que si on ne fait rien, on peut être à 3,5 degrés, voire davantage, disent les responsables du GEC. »
- 26:31Invité politiqueFait
« Moi, je pense qu'il faut être lucide. J'ai été le président qui a fait l'accord sur le climat. »
Temps de parole
- François Hollande69 %
- Présentateur10 %
- Invité8 %
- Invité 23 %
- Invité 33 %
- Invité 42 %
≈ 2,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Trois anciens présidents côte à côte pour rendre hommage à Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing, Nicolas Sarkozy et François Hollande réunis hier en l'église Saint-Sulpice. Emmanuel Macron les a salués, l'un à un, respectueusement et chaleureusement pour les deux premiers, plus froidement et brièvement selon les combattateurs pour François Hollande, une fois inédemain très observés. Mais l'image qui intrigue le plus, c'est celle-là, lorsque l'enchain chef de l'État glisse une confidence à Carla Bruni-Sarkozy dont l'étonnement suscite beaucoup de curiosité depuis hier. Peut-être un début de réponse ce soir, François Hollande est notre invité.
François Hollande, merci de votre présence ce soir. On va évidemment revenir sur l'hommage à l'anel rendu hier à Jacques Chirac sur les liens, la complicité même qui vous unissait en particulier pendant la campagne de 2012. Mais d'abord, pardonnez-moi cette question dérisoire, je vous l'accorde, mais que tout le monde se pose. Je suis en mission ce soir. Qu'avez-vous glissé à l'oreille de Carla Bruni qui suscite chez elle un tel étonnement sans trahir nos secrets d'État ?
Non, c'était quand même une cérémonie. Donc je suis un peu surpris qu'on ait retenu ces images.
Ça vous agace même ?
Oui, ça me heurte même, parce qu'on n'était pas là pour avoir simplement quelques interrogations sur des conversations. Mais puisque la question est posée, j'y réponds. Ce qui m'a surpris, c'est que les Français ou ceux qui sont les internautes ont énormément d'imagination.
Oui.
Et d'humour. Et d'humour aussi. Et donc, ils ont voulu mettre ce qu'ils pensaient que j'avais pu dire. De la curiosité aussi. Et de la curiosité légitime d'ailleurs. Et en fait, la réalité est beaucoup plus triste et simple. C'est qu'elle me posait la question que beaucoup avaient à l'esprit. Pourquoi Bernadette Chirac n'est pas là dans la cérémonie à l'Église ? Et je lui confirmais que son état de santé ne lui permettait pas d'être là. Et que c'était très difficile pour elle. Et c'est ce qui a sans doute suscité cette réaction humaine. Et je crois sincère.
De garde à l'abonnement.
Voilà, je suis dans la vérité qui n'est pas forcément celle que l'on croit. Et je suis certain que même là, quand je vous réponds, des téléspectateurs vont se dire non, ils se sont dit autre chose. Mais non. Rien que cela, tout cela, c'est-à-dire beaucoup de tristesse.
C'est la vie tout simplement dont il était question.
Oui. Et la vie d'une femme que je connais et qui souffrait. Qui souffrait de ne pas être là aussi. Et si elle n'était pas là, c'est parce qu'elle souffrait vraiment.
Encore une question formelle, une autre image qui a été beaucoup commentée. Votre retour à l'Élysée, la deuxième fois seulement, je crois, depuis 2017, à l'occasion du déjeuner qui était organisé à l'issue de la cérémonie. On vous voit donner l'accolade à Emmanuel Macron. Une accolade, cette fois, chaleureuse. Un peu plus tôt, c'était, selon les commentateurs, moins chaleureux, plus rapide à Saint-Sulpice. Emmanuel Macron aurait consacré plus de temps à vos prédécesseurs, Valéry Giscard d'Estaing et Nicolas Sarkozy. François Hollande, avec qui leurs relations sont compliquées, à l'image de la poignée de main et de la brièveté de leur échange, a commenté Julien Buvier sur France 2.
C'était une bonne analyse ou ce sont encore des commentaires ?
Là aussi, j'essaie d'être le plus simple possible. Quand le président salue ses prédécesseurs, j'ai toujours la même considération. Et ensuite, je n'ai pas parlé de quoi, d'ailleurs, dans une église à l'occasion d'un enterrement. Je vais évoquer un sujet particulier, ça n'a pas de sens. Et quand je me présente, si je puis dire à l'Élysée, attention, quand je me présente sur le perron, il vient vers moi et me serre dans ses bras. Je n'ai rien demandé, je vous l'assure. C'est une manière qu'il a, d'ailleurs, le plus souvent. Et je n'allais pas avoir un mouvement de recul. Pourquoi ? Il a souvent eu ce geste où j'ai pu l'avoir aussi. Et il n'y a pas d'autres interprétations à avoir.
Donc c'est un message à tous les observateurs, commentateurs, qui s'emparent peut-être...
C'est pour ça que j'essaie de ne pas avoir ce qu'on appelle de la communication non-verbale. Eh bien non, ma communication non-verbale, c'est d'être le plus simple possible. Je n'ose pas dire le plus normal possible.
La présidence normale.
Depuis jeudi, chacun raconte son Chirac. Votre Chirac, vous l'avez dit, c'est l'homme avec qui vous avez noué, après son départ de l'Élysée, des liens de sympathie, d'affection, de complicité corésienne, avez-vous dit. Mais il a été aussi un adversaire politique, un adversaire pour vous pendant 35 ans. Je dois dire que je suis un peu tombé de ma chaise hier en vous écoutant sur France Inter quand vous avez expliqué qu'il fallait, pour la politique, distinguer entre le Chirac d'avant 95 et celui devenu président, devenu, avez-vous dit, un homme sage, un grand père apaisant républicain.
Quand on se souvient, c'est évidemment mon cas, je vous ai suivi, de la sévérité, voire de la violence, non pas seulement de vos déclarations, mais de vos jugements de l'époque sur son action de président, est-ce que vous n'êtes pas en train de réécrire l'histoire ? Ou est-ce que vous avez changé d'avis ou de regard sur la présidente Chirac ?
De suivre avec autant d'attention. Mais c'est vrai que j'ai été non seulement un opposant, mais un adversaire, puisque je suis arrivé dans la vie politique en Corrèze en me présentant contre Jacques Chirac dans une circonscription qu'il détenait depuis 1967. Ce que j'ai voulu simplement dire, c'est la distinction qu'il convient d'opérer entre l'homme et son action. J'ai été très sévère sur son action, et notamment pendant la période de cohabitation où Jacques Chirac était le chef de l'opposition, en réalité, et utilisait sa position. Il n'était pas le premier à le faire, François Mitterrand l'avait fait au détriment de Jacques Chirac précédemment.
Et j'étais là dans un rôle qui n'était pas simplement un rôle de composition, qui était ce que, comme premier secrétaire du Parti Socialiste, j'avais à faire.
Mais encore plus pendant la campagne de 2002, la campagne de Lionel Jospin, où, vous vous en souvenez, Jacques Chirac a axé toute sa campagne sur l'insécurité, et vous avez même dit qu'il avait contribué par cette campagne à hisser Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle.
Je pense que la droite, et Jacques Chirac en était le chef, la droite a utilisé, hélas, des événements très graves. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, ce qu'avait été au conseil municipal de Nanterre, à Turin de Nanterre, oui, Richard Dune, et qui avait frappé les esprits, et à juste raison, et qui avait créé un climat, et dont la droite de l'époque, et Jacques Chirac comme candidat, avaient pu faire usage. Et c'est vrai que cet élément, mais ce n'était pas seulement la droite, il y avait aussi déjà un système médiatique qui avait largement joué, et ça a donné ce que l'on sait, c'est-à-dire Le Pen au second tour. Ça ne veut pas dire que ça a réjoui Jacques Chirac.
J'ai eu l'occasion d'en reparler avec lui. Il n'était pas heureux ce soir-là, quand il apprend qu'il est en face de Le Pen. Il peut se dire « j'ai gagné », il avait gagné. Il n'y avait pas de doute. Mais en réalité, c'était une victoire qui lui coûtait, et qui d'ailleurs n'a pas été l'occasion d'un changement politique profond. Donc vous n'avez pas changé de regard, simplement, vous avez appris à connaître l'homme. Mais l'homme lui-même, et je le connaissais bien avant, l'homme lui-même, j'avais du respect pour lui, parce que je connaissais son humanité.
Mais ce que j'ai dit sur 95, c'est que jusqu'en 95, Jacques Chirac, son image, c'est un homme cassant, c'est un homme brutal, c'est un homme raide, avec une diction scandée, avec l'usage d'arguments qui sont souvent faciles. en 95, peut-être parce qu'il est au plus bas dans les sondages, qu'il a à Baladur, qui lui a fait ce qu'on pourrait appeler une trahison. Et qu'il redevient lui-même, c'est-à-dire un homme plutôt sage, plutôt attentif aux autres, qu'il comprend, je ne crois pas que ce n'était simplement qu'une fête, ce qu'est la fracture sociale. Et c'est vrai que j'ai été sensible, comme beaucoup de Français, à ce changement.
Et j'ai vu d'ailleurs assez rapidement, connaissant Jacques Chirac, combien cette démarche nouvelle allait lui porter chance.
On a beaucoup évoqué la popularité de Jacques Chirac, l'affection que lui portait les Français. Une preuve s'il en est, l'immense succès de ses mémoires. 500 000 exemplaires pour les deux tomes lui-même s'en étonnaient, pensaient que ses mémoires n'intéresseraient personne. Est-ce que vous aviez, vous, ce doute-là, en rédigeant vos leçons du pouvoir ?
Non, moi, je savais, précisément parce que mes prédécesseurs, et notamment Jacques Chirac, mais pas seulement Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Valéry Giscard d'Estaing, avaient eu de gros succès de librairie. Et la raison, elle est là aussi très facile à comprendre. Les Français, qu'ils aient apprécié l'action, la personne qui a présidé la France, veulent comprendre ce qu'il a pu vivre durant son mandat. Et veulent savoir ce qu'il y a de l'autre côté de la coulisse, ce qu'ils ont pu voir sans forcément comprendre. Et ils viennent aussi aux séances de dédicaces pour ça, pour dire, finalement, j'avais pas bien saisi ce que vous aviez pu dire ou faire.
Et là, grâce au livre, grâce à ce contact, on comprend mieux. Et il se trouve que j'ai été à la foire du livre de Brive au moment où Jacques Chirac sortait son livre. Et j'étais pas encore candidat, mais je m'y préparais. Je dois dire que les files d'attente n'étaient pas tout à fait comparables. Mais Jacques Chirac, très élégamment, m'a pris sous son aile et m'a quasiment fait la séance de dédicaces à ma place. Donc là aussi, j'avais quand même une dette morale. Mais je crois que c'est très important que les présidents... C'est presque, je dirais, un devoir face à un compte-rendu de mandat qu'ils n'ont pas pu faire, y compris quand ils étaient en situation.
Avec dans l'ordre de grandeur du nombre de ventes, le général de Gaulle, Jacques Chirac, passion de Nicolas Sarkozy, vos leçons du pouvoir. Est-ce que vous suivez les chiffres ? Est-ce que vous en tirez des conclusions ? Et est-ce que vous avez lu passion de Nicolas Sarkozy ?
Bien sûr, moi je lis... C'est des documents. Tout livre d'un ancien président est un matériau pour les historiens et pour les citoyens. Et ça éclaire.
Vous l'avez acheté, passion, ou Nicolas Sarkozy vous l'a adressé ?
Je fais partie de ceux qui ont contribué à la recette du livre. Je ne pense pas qu'il m'en remerciera, mais pourtant...
Non, il est plutôt télère à votre rencontre dans Passion, à plusieurs reprises.
Il est un peu répétitif, si vous voulez. Il revient toujours un peu sur les mêmes événements. Mais je ne suis pas là pour revenir là-dessus.
Il a également parlé de vous lors de son passage ici sur le plateau de cette année,
il y a quelques semaines. Ce qui est assez compréhensible, et humainement, je l'admets, c'est dur de perdre, comme c'est dur de ne pas être candidat. Et on en veut, non pas aux Français, on n'a pas le droit d'en vouloir aux Français, on en veut forcément à celui qui vous a battu. Donc voilà, je lui donne et il lui accorde des circonstances atténuantes.
À la question, conseillez-vous Emmanuel Macron ? Voilà la réponse que Nicolas Sarkozy nous a faite à l'époque.
Quand le président de la République m'appelle, me demande mon avis, il sait très bien que je n'en parlerai pas à la presse et à personne. C'est mon devoir de le faire. Mais je vous dis une chose, si François Hollande me l'avait demandé...
Vous l'auriez fait.
Je vous donne ma parole d'honneur que c'est vrai. Simplement, le risque était assez faible puisqu'il considérait que c'était horrible de me demander quoi que ce soit. François Hollande s'est construit, a construit son quinquennat et c'était son choix, je ne lui en veux pas. Mais c'est pour dire, les heures supplémentaires c'est Sarkozy, je casse les heures supplémentaires. Le Grand Paris c'est Sarkozy, je casse le Grand Paris. Bon, je pense qu'il imaginait que tout commençait avec lui, tout finissait avec lui.
Si vous aviez éprouvé le besoin, imaginons, d'appeler Nicolas Sarkozy et de lui demander conseil, pensez-vous vraiment qu'il l'aurait fait ?
Oui, je lui ai demandé conseil. Il l'a peut-être oublié. Ah oui, visiblement. Mais il se trouve que quand il y a eu les attentats, donc janvier 2015, Nicolas Sarkozy revient en politique, il accède à la présidence de son parti. Et la première personne que j'appelle pour une consultation qui est indispensable après l'attaque contre Charlie, l'hypercachère et l'annonce d'une manifestation. La première personne que j'appelle, c'est Nicolas Sarkozy. Il vient et c'est jamais facile comme ancien président de revenir à l'Elysée. Il vient et nous avons eu une conversation.
Et plusieurs fois après, j'ai eu des entretiens avec Nicolas Sarkozy, pas simplement parce qu'il était mon prédécesseur, mais parce qu'il était le chef d'un parti. Et ça, je crois qu'il a oublié peut-être qu'il a été le chef d'un parti, y compris après avoir quitté l'Elysée.
– Juste avant de reparler, Nicolas Sarkozy, puisqu'on parle d'ancien président, vous avez vu le classement du journal du dimanche avec les meilleurs présidents. Jacques Chirac est tout en haut, vous êtes tout en bas. J'imagine que vous n'auriez pas fait ce classement-là. Si vous, on vous avait demandé qui mettre tout en haut comme meilleur président et tout en bas comme plus mauvais ?
– D'ailleurs, pour ce qui me concerne, je laisse le temps au temps pour reprendre une formule célèbre. Je pense que, à mes yeux, le meilleur président, au sens historique du terme, c'est Charles de Gaulle. – Pas François Mitterrand. – Au sens historique du terme. Parce que le jugement qu'on porte sur Charles de Gaulle, ce n'est pas le jugement du président de la Ve République, c'est le libérateur de la France. – On ne peut pas échapper à cette leçon de l'histoire. Après, le meilleur président, à mes yeux, et pas simplement comme homme de gauche, à mes yeux, c'est François Mitterrand, même s'il y a des éléments de la présence de François Mitterrand que j'ai moi-même regretté ou contesté.
Mais le bilan, parce qu'à un moment, ce qui compte, ce n'est pas simplement le jugement sur les personnes, c'est le jugement sur les actes. Et quand on regarde ce qu'a fait François Mitterrand, double septennat, même s'il y a eu deux cohabitations, quand on regarde toutes les réformes qui ont été faites, de l'abolition de la peine de mort jusqu'à la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, et des grandes réformes aussi de sociétés, de structures, la décentralisation, je suis fier, moi je m'inscris dans cette perspective. De la même manière, sur le septennat, le premier septennat de Jacques Chirac, c'est Lionel Jospin qui, en réalité, gouverne la France pendant cinq ans.
Et c'est là que l'on peut retrouver des réformes que certains n'approuveront pas, mais qu'on peut retrouver la couverture maladie universelle, les 35 heures, le Pax, etc. Donc moi je m'inscris dans cette perspective. Et tout en bas ? Tout en bas, c'est toujours facile. Moi j'ai contesté Nicolas Sarkozy, donc je ne vais pas dire que son quinquennat a été réussi,
sinon ça aurait été surprenant. Jonathan, c'est le premier nom qui vient. La Cour de cassation a levé le dernier recours pour un procès en correctionnel de Nicolas Sarkozy dans l'affaire de financement de sa campagne présidentielle, ce qu'on a appelé l'affaire Big Malian. Il y aura un ou deux procès où Nicolas Sarkozy sera prévenu dans les prochains mois. Est-ce que c'est une humiliation qu'on peut juger superflue pour un ancien président de la République ou est-ce que la justice doit passer ? La justice, elle doit passer. Elle est passée pour Jacques Chirac.
Pour Jacques Chirac, en son absence. Oui, elle est passée, même si elle avait été pendant un temps, puisqu'il était président, suspendu. Donc là, en France, il faut quand même aussi saluer le travail des juges. Ça prend du temps, mais ça va jusqu'au bout. Mais néanmoins, pour Nicolas Sarkozy, il est renvoyé en correctionnel, il n'est pas jugé. Et donc, au moment où nous parlons, il n'y a pas de raison de penser qu'il est coupable, puisqu'il est présumé innocent. Autre question d'actualité ? Mais la justice a travaillé, ce qui est parfois difficile à comprendre, mais a travaillé en toute indépendance.
Parce que sous mon quinquennat, on pouvait laisser penser que j'aurais influencé, vous voyez ? La justice, elle va jusqu'au bout et je n'ai jamais agi sur la justice.
Autre question d'actualité, Éric Zemmour, vous en avez parlé hier matin, une enquête a été ouverte aujourd'hui pour injure publique et incitation à la haine et à la violence. Est-ce qu'il doit continuer à avoir sa place, Zemmour ou un autre ? Est-ce que ces idées-là ont leur place dans le débat public ?
Il a été condamné pour provocation à la haine et à la discrimination raciale. Ce n'est pas la première fois. Ce n'est pas la première fois. Donc le racisme, ce n'est pas une opinion. C'est un délit. Après, il y a la liberté d'expression. Il est journaliste, il travaille au Figaro. C'est la responsabilité du Figaro de savoir si Éric Zemmour correspond à la ligne du jour. Le propos pour lequel il a été condamné n'a pas été devenu en Figaro. Je crois que le Figaro lui-même a pris un certain nombre de précautions. Et puis la rédaction du Figaro s'est également exprimée. Mais ce que je veux dire, moi, c'est que nous avons tous une responsabilité. Ceux qui ont exercé le pouvoir encore davantage.
Mais les médias aussi ont une responsabilité. Quand je dis les médias, je ne veux pas les mettre en cause, les journalistes. Mais quand des émissions sont construites sur un certain nombre de chaînes, pas la vôtre, mais sont construites sur le vacarme, la provocation, sur le fait qu'il faille de la confrontation, qu'il faille de l'outrance, pourquoi Éric Zemmour est-il invité dans autant d'émissions ? Parce que je ne crois pas du tout que les programmateurs soient, de quelque façon, complices de ces propos. Mais parce qu'on se dit, ça va faire de l'audience. Et si on le met en face d'un autre que l'on jugera extrême de l'autre côté, alors c'est formidable. Et là, on finit par tout banaliser.
L'outrance, c'est la banalisation du pire.
Dans vos prises de position récentes, vous êtes revenu sur le regret qu'il n'y ait pas un vrai débat démocratique entre droite et gauche. Parce que la droite et la gauche ne sont pas équipés pour l'instant. Il n'y a un peu pas de débat à gauche, faute de combattants. Ce n'est pas faire injure à Olivier Faure ou Raphaël Glucksmann. Alors, pour qu'il y ait un vrai débat et une reconstruction à gauche, qu'est-ce qu'on va dire ? L'hypothèse Cazeneuve ?
D'abord, un mouvement politique, en l'occurrence le Parti Socialiste, celui qui doit normalement conduire la gauche, il doit se réinventer à chaque étape. Parce que déjà depuis deux ans que je ne suis plus président, les défis ont changé. Regardez la place qu'a aujourd'hui la question nationale, le nationalisme, la question commerciale, la mondialisation, la planète. On y reviendra sur l'écologie. Et donc, un parti, un mouvement, et la gauche en particulier, doit à chaque fois être fier de ce qui a été fait, conscient de ce qui n'a pas été fait, ou même raté, mais avoir la capacité à proposer et à inventer des politiques. Ensuite, il y a la question de l'incarnation. Elle est légitime.
Bernard Cazeneuve, je l'ai eu comme ministre et comme Premier ministre. J'ai eu énormément de considérations pour lui. Il y en a d'autres, sûrement, mais c'est ce qui doit, à un moment, permettre que le parti, le mouvement, soit présent dans les élections. Mais ce qui me désole aujourd'hui, c'est qu'on dit qu'il n'y a plus de clivage gauche-droite, c'est terminé. Aujourd'hui, le clivage, c'est entre les nationalistes et les progressistes.
Il y a eu un second sur Macron-Le Pen, et on ne voit pas ce qu'il faut en être autrement en 2022.
Et donc, ce qui m'importe, si je veux éviter, que Le Pen soit finalement, à chaque fois, l'occasion d'un vote repoussoir, pour ceux qui vont l'exprimer, et avec le risque qu'un jour, il ne l'exprime plus. Donc, ce qu'il faut, c'est qu'on revivifie le débat politique. Il doit y avoir du consensus, il doit y avoir de la convergence là où c'est nécessaire, la République. Et on parlait de Jacques Chirac ou de ma présidente, on y a contribué dans certaines épreuves. Parce qu'on oublie toujours, ça nous a lié, Jacques Chirac et moi-même, qu'on a connu l'un et l'autre les attentats. On en a un peu parlé pendant la rétrospective de Jacques Chirac, mais les attentats de l'été 95 ont été terribles.
Et donc, moi, je ne m'en suis pas inspiré dans sa réaction, mais j'ai vu combien il était important d'unir. Mais il y a, au-delà de l'union, il y a du clivage, il y a du débat. Et si on ne met plus ce clivage-là devant les Français, eh bien, ils se détourneront de la politique. Et c'est ça qui peut faire le jeu des nationalistes.
Il faut donc bien des leaders pour aider à revivifier. On a parlé de Cazeneuve. Vous avez dit tout le bien que vous pensiez d'une Christiane Taubira qui pourrait se battre pour la gauche, pas forcément pour être présidente. C'est un peu ce qu'elle disait hier soir quand on la recevait. Et avec le sourire, je vous dirais que pour Nicolas Canteloup, vous imitant, il n'y a pas de doute, ce sera vous. J'ai décidé de me présenter à la présidence de la République en 2020. La présidence de Jacques Chirac que les Français m'étant, c'était quoi ? Résumons les choses. Ne rien faire. Être sympa. Et manger des soucis.
Les Français jugent que ce sont les meilleurs actes, les plus grands actes, les meilleures choses à faire pour gouverner. Qui mieux que moi pour poursuivre cet héritage et ses travaux ? Et en plus, quand on viendrait tous autour de cette table, je viens, moi aussi, de Coral. Ah, ça, oui, ça c'est sûr. Il plaisante, mais on ne va pas plaisanter toujours.
Non, mais une candidature ne peut pas être une candidature de témoignage. Quelles que soient les personnes, pour la gauche, pour ce qu'elle représente, pour ce qu'elle peut offrir au pays, doit être une candidature victorieuse. Et c'est à quoi il faut travailler. Moi, quelle peut être ma contribution, ce que j'ai commencé à faire par le livre des leçons du pouvoir, pour regarder le passé, je vais continuer, je vais sortir bientôt un livre sur les institutions, parce que la démocratie, parce que je pense qu'elle est vraiment le sujet d'aujourd'hui. Et je vois que Bernard Cazin a travaillé sur l'écologie. Voilà, il faut remettre de la question de fond.
Justement, vous abordez l'écologie. On a dit que de Jacques Chirac, il avait fait du Greta Thunberg avant l'heure, avec son fameux discours de 2002 à Johannesbourg, « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Greta Thunberg, qui est loin de faire l'unanimité chez quelques intellectuels et politiques. « Léonardin, elle venait faire la leçon au président de la République, en lui disant qu'il fallait qu'elle l'accueille. Eh bien, Greta, c'est la même chose. Elle vient faire la leçon aux dirigeants du monde entier. Ce ne reste quand même qu'une enfant de 16 ans qui ferait bien mieux d'étudier.
Il est clair qu'une enfant de 16 ans, quel que soit le symptôme dont elle souffre, est évidemment malléable et influençable. Nous avons mieux à faire pour sauver ce qui peut l'être de la beauté du monde que de nous mettre au garde-à-vous devant Greta Thunberg et d'écouter les abstraites sommations de la parole puéril. Cette jeune Suédoise si sympathique et si souriante est tellement originale dans sa pensée. Voilà, vous avez eu des points de convergence avec Jacques Chirac. On le disait tout à l'heure. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce que dit Nicolas Sarkozy ?
Qu'une jeune fille, au nom de la jeunesse du monde, s'exprime à sa façon, comme la jeunesse à plusieurs moments de notre histoire a pu le faire. C'est-à-dire plus sur la révolte que sur la réponse. Et c'est quand même plutôt une bonne nouvelle. C'est une bonne nouvelle que cette génération... Moi, je l'ai rencontrée en allant dans les lycées. La première question qui m'était posée, c'est alors qu'est-ce qu'on peut faire sur le climat ? Que cette génération puisse avoir une conscience, je ne dis pas encore politique, mais une conscience, qu'il est possible d'agir, que même c'est un devoir d'agir.
Je préfère cette jeunesse-là qu'une jeunesse silencieuse, indifférente, joueuse, qui se replierait sur elle-même. Et moi, j'ai été choqué, on ne va pas dire de grands mots, mais par les rires gras de ceux qui s'en sont pris à la personne, au caractère de Greta Thunberg. Pourquoi ? Parce que ce serait une enfant ? Il y a d'autres époques où on a eu plus de considérations à l'égard de la jeunesse, y compris en mai 68, pour certains qui ont pu connaître à un moment les héros. Et deuxièmement, parce que je trouve qu'elle nous disait que la maison brûlait, qu'elle voulait éteindre l'incendie, ce qui était quand même mieux que de vouloir le propager.
Donc voilà, je pense qu'on ne doit pas attendre de Greta Thunberg, ou de la jeunesse, ou des lycéens qui manifestent en grand nombre des réponses aux problèmes posés, des solutions. C'est aux responsables politiques, d'ailleurs, c'est ce qu'elle dit. Elle dit, écoutez les scientifiques. Et alors, après, je crois qu'il faut faire preuve de lucidité, mais pas de fatalité. Moi, je pense qu'il faut être lucide. J'ai été le président qui a fait l'accord sur le climat. On avait tous pensé que le réchauffement climatique ne devrait pas dépasser 2 degrés à la fin du siècle. Et il est tout à fait maintenant établi.
Que si on ne fait rien, on peut être à 3,5 degrés, voire davantage, disent les responsables du GEC. Donc il faut être lucide. La situation est plus grave qu'on ne l'avait pensée il y a encore 4 ans. Et bientôt, on fera l'anniversaire, on verra que les engagements n'ont pas tous été tenus. Les engagements de l'accord sur le climat. Mais il ne doit pas y avoir de fatalité. Moi, je m'inscris en fond contre le catastrophisme, on l'appelle la collapsologie. Oui, oui, l'éco-anxiété. Parce que ça, c'est très démobilisateur. Vous savez, le monde va s'éteindre, l'humanité va s'éteindre en 2050. Alors, qu'est-ce qu'on peut faire ? Rien.
Ou de dire, finalement, c'est irréversible, on va griller, on va cuire. Ben non, on peut agir. Parce que ce qui fait la force de l'engagement de cette jeune fille, comme de ceux qui auront à prendre des décisions, c'est qu'il est possible d'agir. On ne peut pas rester les bras ballants et qu'à un moment, l'engagement individuel rencontre le sursaut collectif et on inverse le processus. C'est pareil par rapport au totalitarisme, on a gagné. La démocratie, elle peut gagner. Eh bien, l'humanité, elle va gagner.
Merci François Hollande. Vous voulez bien rester avec nous ?
Oui ?
François Hollande