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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 31 octobre 2024 25 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergieEurope & internationalNumériqueInstitutions & élections

Inondations en Espagne : "Nous sommes en guerre contre les dérèglements climatiques"

Au micro : Simon Le Baron Source d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 20 %Défensif 35 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:07OuverteRéponse directe

    Peut-on déjà tirer des leçons de ce qui vient de se passer en Espagne ?

  • 1:00OuverteRéponse directe

    Vos réactions d'abord à ces inondations, donc dans le sud-est de l'Espagne, la vôtre, Arantxa González.

  • 2:15OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pouvez nous expliquer, Robert Votard, ce qu'on entend par « goutte froide » et pourquoi elle a été particulièrement virulente cette fois-ci ?

  • 3:40RelanceRéponse directe

    Et donc là, avec le réchauffement climatique, la mer Méditerranée est plus chaude, et donc il y a plus d'humidité dans l'air, ce qui a aggravé le phénomène.

  • 4:45RelanceRéponse directe

    Le lien avec le dérèglement climatique, il est établi ?

  • 6:56OuverteRéponse directe

    Venons-en à la question de la prévention que vous avez évoquée, Arantxa González.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15PrésentateurFait
    « près de 100 morts, des dégâts énormes. »
  • 2:41InvitéFait
    « C'est-à-dire que vraiment, on a eu des précipitations diluviennes qui ont piégé les populations au moment où ils rentraient des écoles et du travail, mais ça a continué toute la nuit. »
  • 2:59InvitéFait
    « Si on remonte dans l'histoire de ce territoire, on a eu un événement de quasiment la même intensité en 1996, avec plus de 80 victimes. »
  • 3:18InvitéFait
    « Et donc c'est là où on voit qu'il y a encore un gap énorme de travail à faire sur la manière de conduire les populations à comprendre les gestes qui s'auvent dans ces zones inondables. »
  • 4:35PrésentateurFait
    « Et donc là, avec le réchauffement climatique, la mer Méditerranée est plus chaude, et donc il y a plus d'humidité dans l'air, ce qui a aggravé le phénomène. »
  • 5:00InvitéFait
    « que les épisodes méditerranéens ont une intensité qui a augmenté. »
  • 5:05InvitéChiffre
    « Dans le sud de la France, les intensités des pluies ont augmenté d'environ 20%. »
  • 6:19InvitéFait
    « La pluie, quand elle est tombée, elle arrive sur un territoire complètement urbanisé. Donc, elle ruisselle en surface. »
  • 7:34Invité politiqueFait
    « Il y avait une alerte rouge. »
  • 10:50Invité politiqueFait
    « On n'acte pas assez sur la prévention, mais on acte, en France et en Europe, on n'est pas des préventeurs. »
  • 12:39InvitéChiffre
    « à hauteur de 80%. »
  • 17:10PrésentateurChiffre
    « de le porter à plus 75 millions d'euros pour le porter à 300 millions d'euros l'année prochaine pour prévenir les risques liés aux catastrophes naturelles. »
  • 23:29InvitéChiffre
    « 3% des financements mondiaux ont été mis sur les politiques climatiques sur la question de l'eau et des extrêmes de sécheresse et d'inondation alors qu'il s'agit de 93% des conséquences. »

Temps de parole

  • Présentateur27 %
  • Invité27 %
  • Présentateur 221 %
  • Invité 220 %
  • Invité politique4 %

≈ 2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Présentateur

France Inter, Simon Le Baron, le 7-10. Peut-on déjà tirer des leçons de ce qui vient de se passer en Espagne ? Ces inondations d'une violence extrême, en particulier dans la région de Valence, près de 100 morts, des dégâts énormes. Et encore une fois, trois questions essentielles. Celles de la lutte, de la prévention et de l'adaptation face aux dérèglements climatiques. Vos questions, auditeurs de France Inter, comme d'habitude, au 01-45-24-7000 et sur l'application de Radio France, et trois invités pour en parler ce matin. Arantxa González, bonjour.

0:35
Invité politique

Bonjour.

0:36
Présentateur

Ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères de 2020 à 2021 dans le gouvernement de Pedro Sanchez. Vous êtes aujourd'hui doyenne de l'École des Affaires internationales de Sciences Po à Paris. Emma Aziza, bonjour. Bonjour. Hydrologue, experte en adaptation climatique. Et Robert Votard, bonjour. Bonjour. Climatologue, coprésident du groupe de travail sur la physique du climat au sein du GIEC, le groupe d'experts mandaté par les Nations Unies pour étudier l'évolution du climat. Vos réactions d'abord à ces inondations, donc dans le sud-est de l'Espagne, la vôtre, Arantxa González. Quel est votre état d'esprit ce matin, celui de vos compatriotes espagnols ? C'est un pays qui est sidéré ?

C'est la tristesse, l'énorme tristesse pour des gens qui ont perdu les familles, leurs proches, et pour d'autres qui ont tout perdu dans un événement climatique fort, dans une région où on est habitué aux gouttes froides. La gotafrella, vous dites en espagnol, les gouttes froides, on connaît ça aussi en France. C'est un phénomène très courant dans cette région. C'est courant dans cette région, mais avec une virulence aujourd'hui qu'on n'a pas connue avant, et pour laquelle il faut se préparer. Et pour se préparer, il faut commencer par admettre que les changements climatiques, ce n'est pas une question idéologique, c'est un risque.

Et pour ce risque, à ce risque, il faut répondre à la fois dans les infrastructures, dans la préparation, dans l'adaptation, mais aussi dans la préparation des citoyens. La prévention, effectivement, et la sensibilisation, on va pouvoir aborder effectivement toutes ces problématiques. Emma Aziza, vous avez été surprise, les gens sur place ont été surpris eux-mêmes par la virulence, la violence extrême de cet épisode, vous aussi ?

2:22
Invité

Oui, j'ai suivi les images quasiment toute la nuit, jusqu'à 3h du matin, ça ne s'arrêtait pas. C'est-à-dire que vraiment, on a eu des précipitations diluviennes qui ont piégé les populations au moment où ils rentraient des écoles et du travail, mais ça a continué toute la nuit, et on avait un système qui était stationnaire.

2:41
Présentateur

Des mois de pluie en quelques heures.

2:43
Invité

Oui, c'est vraiment la forme orageuse la plus violente et la plus dévastatrice qu'on puisse connaître, que le pourtour méditerranéen connaît bien, que la région a déjà connu. Parce que ces épisodes méditerranéens ne sont pas nés avec le changement climatique, ils existent depuis toujours. Si on remonte dans l'histoire de ce territoire, on a eu un événement de quasiment la même intensité en 1996, avec plus de 80 victimes. Si on remonte un peu plus dans le temps, en 1957, on avait encore plus de 80 victimes aussi. Et si on remonte bien plus loin, on a plus de 75 événements de ce type-là sur les 7 derniers siècles.

Par contre, on voit que les choses se transforment, qu'on a une vulnérabilité énorme des masses et des populations qui sont là, et qui étaient sur ce territoire en train de vivre normalement, de traverser la route et qui ont été emportés sur le chemin. Et donc c'est là où on voit qu'il y a encore un gap énorme de travail à faire sur la manière de conduire les populations à comprendre les gestes qui s'auvent dans ces zones inondables.

3:40
Présentateur

Est-ce que vous pouvez nous expliquer, Robert Votard, ce qu'on entend par « goutte froide » et pourquoi elle a été particulièrement virulente cette fois-ci ?

3:49
Invité

Alors voilà, sur l'Atlantique, sur l'Europe, les masses d'air se divisent souvent en deux, avec des masses d'air froids au nord, des masses d'air chaudes au sud, avec une limite entre les deux, qui ondule et qui parfois, dans cette ondulation, il y a une bulle qui se détache, une bulle d'air froid qui vient du nord, qui se détache et qui va se promener sur des régions où les surfaces sont chaudes, notamment la mer Méditerranée, mais pas seulement, même aussi l'autéan Atlantique. Donc c'est cette confrontation des masses d'air qui arrive souvent à l'intersaison, qui va créer un petit peu cette instabilité très forte, de l'air froid en altitude, de l'air chaud près du sol.

4:35
Présentateur

Et donc là, avec le réchauffement climatique, la mer Méditerranée est plus chaude, et donc il y a plus d'humidité dans l'air, ce qui a aggravé le phénomène. Le lien avec le dérèglement climatique, il est établi ?

4:45
Invité

Alors, sur ce cas précis, il faut encore rester un petit peu prudent, on va faire les études, mais je pense qu'on a aujourd'hui suffisamment d'études sur le bassin méditerranéen pour pouvoir dire, et le rapport du GIEC le dit déjà, que les épisodes méditerranéens ont une intensité qui a augmenté. Dans le sud de la France, les intensités des pluies ont augmenté d'environ 20%. On a plusieurs études qui le montrent depuis le milieu du siècle précédent, donc c'est tout à fait clair aujourd'hui.

5:18
Présentateur

Juste un mot, on connaît ce terme de goutte froide, on l'entend ici, à la météo, en France aussi. Vous avez prononcé aussi les mots d'épisode méditerranéen tout à l'heure, Emma Aziza et ça, les Français le connaissent encore mieux. On en a eu un d'ailleurs il y a moins de deux semaines sur le centre-est, le sud-est de la France, avec de gros dégâts aussi. C'est un épisode méditerranéen qui a eu lieu là en Espagne ?

5:40
Invité

Clairement, oui. D'ailleurs, c'est la même goutte froide qui a concerné le Var que l'Espagne. C'est-à-dire qu'une goutte froide, c'est une anomalie de température située entre 4000 et 10000 mètres d'altitude. Elle va générer dessous une dépression et cette dépression, c'est ça qu'on n'arrive pas à localiser avec les modèles parce que c'est très complexe de déterminer où exactement ça va se produire. Ceci dit, on arrive tout de même à savoir qu'on va avoir des précipitations diluènes. Et là, qu'est-ce qui se met en place ? C'est un phénomène qu'on appelle en V. Vous avez des cellules orageuses qui naissent à la pointe du V et qui vont se propager à l'arrière. Là, ça s'est bloqué sur Valence.

Et donc, les cellules diluviennes sont arrivées, ont précipité sur Valence. La pluie, quand elle est tombée, elle arrive sur un territoire complètement urbanisé. Donc, elle ruisselle en surface. Et quand elle se met à ruisseler, vous ramenez de nouvelles cellules orageuses. Sauf que, en fait, le problème et la localisation qu'on avait exactement fait qu'on avait une surcôte marine. Donc, en fait, ces cours d'eau qui, normalement, permettent de s'échapper en mer, le fait que vous ayez une mer qui soit d'un mètre plus haut fait qu'il n'y a plus de possibilité d'écoulement.

En fait, on ferme le bouchon de la baignoire, on continue l'eau à s'écouler, on continue sur une zone complètement fermée et on piège toutes les populations localement. C'est vraiment ce qui s'est passé et c'est ce qui en fait la gravité.

6:56
Présentateur

Venons-en à la question de la prévention que vous avez évoquée, Arantxa González. Comment vous expliquez, je crois que c'est une question d'ailleurs qui fait polémique déjà en Espagne, comment vous expliquez que les gens n'aient pas vu venir le phénomène ? Est-ce que les alertes ont été efficaces ? Voilà, quelles sont les questions qui se posent autour de cette problématique en Espagne ? Je crois que la question qui se pose, c'est qu'il se pose en Espagne, mais partout en Méditerranée, c'est faire les liens entre la prévision qu'ils font, les météorologues, qui ont fait leur boulot, qui nous ont donné l'alerte. Il y avait une alerte rouge.

Ils nous ont donné une alerte rouge, qui depuis une semaine nous ont dit que cela arrivait. Donc faire les liens entre les météorologues et les responsables de la gestion des crises civiles et militaires. Et cette jonction n'est pas faite correctement. Les gens disent qu'ils ont reçu les messages sur leur téléphone portable trop tard. Mais parce qu'ils ont reçu les alertes quand ils étaient en plein milieu des inondations et des pluies torrentielles. Donc il aurait fallu, il faut anticiper. Mais j'irai en amont, il faut préparer les gens psychologiquement, il faut les éduquer dans la gestion des risques.

Nous devons améliorer notre propre éducation pour préparer les citoyens à recevoir, peut-être d'une manière un peu plus régulière, des alertes dans leur téléphone. Et qu'il n'y ait pas la panique, mais qu'il y ait la réponse. Faire des exercices, Robert Vota. Je crois que la ville de Paris a fait des exercices en cas d'épisodes de canicule à 50 degrés. Comment les services municipaux réagiraient ? On peut le faire, on pourrait le faire, on devrait le faire pour les épisodes plus vieux ?

8:42
Invité

Oui, on devrait le faire, on est trop souvent à imaginer la situation qui vient de se produire. Mais aujourd'hui, il faut bien prendre conscience que c'est avec le changement climatique, ces situations vont être en croissance en termes d'intensité. Donc je pense qu'en termes de risque, il y a une vraie nécessité à imaginer des situations, le pire des cas par exemple, ou des choses comme ça. qui permettraient dans les plans de protection de la population d'avoir vraiment les zones qui pourraient être impactées, le type de risque, etc. Donc ce type d'exercice se fait, mais peut-être mériterait d'être encore plus communiqué.

9:30
Présentateur

Simplement sur les alertes, on est évidemment très habitués, les Espagnols aussi, à ces alertes orange, rouge, si bien qu'on n'y réagit plus forcément. On se dit, il ne s'est rien passé la dernière fois, je peux prendre ma voiture ou je peux aller me promener au bord de la mer. Est-ce que la grille d'alerte, de vigilance, de météo France qu'on connaît aujourd'hui, Robert Votard, est adaptée ?

9:52
Invité

Alors, c'est toute une question de communication. Il est évident qu'avec l'augmentation des intensités et de la fréquence, on va avoir de plus en plus d'alertes orange et rouge, et la signification de ces alertes orange et rouge ne doit pas être banalisée comme une non-alerte en fait.

10:12
Présentateur

Une question justement sur la prévention, je crois, d'Esther, au Standard de France Inter. Bonjour Esther.

10:18
Invité politique

Oui, bonjour. Vous m'entendez bien ?

10:20
Présentateur

Très bien, on vous écoute.

10:22
Invité politique

Oui, donc je me présente, je m'appelle Esther. Je suis ingénieur en prévention des risques depuis maintenant des années. Donc j'ai travaillé sur ce qu'on appelle des plans de prévention aux risques inondations pendant mes études. et on m'avait appris quelque chose que je me rends compte et que je constate depuis maintenant des années. On n'acte pas assez sur la prévention, mais on acte, en France et en Europe, on n'est pas des préventeurs. Ça s'est inondé, c'est détruit, on reconstruit. Et on n'est pas assez dans la prévention des risques pour anticiper et mettre en place des choses. Et c'est, je dirais, en France et surtout au niveau de l'Europe.

Et ces catastrophes, en fait, se renouvellent. Et ma question, c'est pourquoi des gens compétents qui connaissent très bien la situation climatique n'ont pas un pouvoir au niveau des politiques pour faire changer les choses, tout simplement ?

11:21
Présentateur

Justement, on en a quelques-uns qui connaissent très bien la situation autour de ce plateau. Merci Esther. Emma Aziza, qu'est-ce que vous pensez de ce que vient de nous dire notre auditrice ?

11:29
Invité

Je pense qu'il y a beaucoup de choses encore qui restent à faire, mais il y a tout de même beaucoup de choses qui sont faites, qui souvent ne sont pas connues. Mais par contre, on parlait tout à l'heure de la gestion de crise, c'est obligatoire en France, lorsque vous habitez dans une zone où vous avez un risque d'inondation avéré, de faire votre plan communal de sauvegarde en tant que maire et d'organiser un exercice de gestion de crise et de le réorganiser régulièrement pour tester la population. C'est fait quasiment partout. Bien sûr qu'il y a encore des endroits où il faut qu'on aille plus loin, mais en tous les cas, on avance énormément et c'est systématique.

On le fait maintenant avec les écoles. On forme les enfants dans les écoles, sur tout le pourtour méditerranéen. Tous les enfants du CP quasiment jusqu'à la terminale vont avoir des programmes adaptés à leur cursus scolaire. Donc, je crois qu'on ne peut pas dire qu'on ne fait rien. Et puis surtout, il y a de très grands programmes qui existent aujourd'hui en France et je travaille au cœur de ce système. Donc, je le vois tous les jours. On va à l'intérieur des villes. On prend la main des populations. On les aide à faire gratuitement des diagnostics de vulnérabilité face au risque d'inondation. C'est-à-dire qu'on va leur dire quelle est la hauteur d'eau potentiellement chez eux.

On va les accompagner jusqu'à faire les travaux qui sont financés par l'État à hauteur de 80%. Ce que je veux dire, c'est qu'il y a tout de même beaucoup de choses. Bien sûr qu'on peut faire plus. Bien sûr qu'on peut aller plus loin et surtout plus vite.

12:46
Présentateur

On ne parle pas...

12:47
Invité

Parce que ça prend trop de temps. Mais par contre, on fait beaucoup...

12:49
Présentateur

Ça prend du temps mais on ne parle pas de zéro. Robert Votard, vous êtes d'accord ?

12:52
Invité

Non, non, on ne parle pas de zéro mais on n'a pas encore suffisamment intégré la notion de changement climatique. C'est-à-dire le fait que ces risques-là, ils changent, ils évoluent chaque décennie, presque chaque année. Ces risques évoluent et deviennent pour certains de plus en plus forts. Donc, les niveaux de risque doivent être pris en compte. C'est le risque du futur qu'il faut prendre en compte aujourd'hui. Ce n'est pas le risque du passé.

13:20
Présentateur

Alors justement, parlons de l'adaptation. Il y a la question de la bétonisation et vous l'avez évoqué d'ailleurs, et maziza tout à l'heure. Arantxa-Gonzalez, c'est vrai que vu d'ici, quand on pense à cette région espagnole, pardon, ça fait peut-être un peu cliché de dire ça, mais je pense à la Costa Brava, un territoire très urbanisé, ça a joué forcément énormément dans le caractère extrême de cette catastrophe. Je crois que le point de départ, c'est d'imaginer que les risques qui étaient extraordinaires il y a 30 ans sont devenus des risques habituels aujourd'hui.

Et donc, ça doit être notre point de départ pour préparer les citoyens, mais aussi pour revoir la résilience de nos infrastructures. C'est vrai que s'il y a une hausse du niveau de la mer, et c'est une réalité aussi, il faut revoir les infrastructures, toutes les infrastructures côtières. C'est vrai que s'il y a... Le problème, c'est qu'il était soulevé par Esther au standard il y a un instant, c'est-à-dire qu'on le fait après la catastrophe, il faudrait le faire en amont ?

Bon, peut-être c'est une des leçons que nous devons tirer, mais vous savez, c'est intéressant qu'au même moment que cela avait lieu en Espagne, à Valence, à Bruxelles, la présidente de la Commission européenne était en train de dévoiler un rapport qu'elle a demandé de l'ancien président finlandais, un rapport sur la préparation des citoyens au risque. Alors, elle l'avait demandé dans les cadres de la guerre en Ukraine, de la préparation psychologique des citoyens européens au risque majeur pour la sécurité et la défense.

Je crois que la leçon que nous devons tirer, c'est qu'aujourd'hui, nous sommes en guerre aussi contre les dérèglements climatiques, et qu'il faut intégrer cette notion des préparations psychologiques de nos citoyens. Nous sommes en guerre, on l'a beaucoup entendu au moment du Covid, vous dites, il faudrait utiliser ce même vocabulaire pour peut-être créer un électrochoc psychologique au sujet du dérèglement climatique. Ce que nous devons, c'est prendre plus au sérieux cet énorme risque qui est les changements climatiques, à la fois en réduisant les émissions, mais aussi dans tout cet agenda qu'on a un peu négligé chez nous comme hier, qui est celle de l'adaptation.

Il inclut l'adaptation de nos infrastructures. Alors justement, en France, vous qui avez été ministre, je pense que vous avez suivi ça de près, le Premier ministre Michel Barnier vient de présenter le troisième plan de prévention, d'adaptation plutôt, au changement climatique, tenter d'adapter la France à un réchauffement climatique de 4 degrés à l'horizon 2100. D'abord, la question que j'ai envie de vous poser, Emma Aziza, est-ce que c'est possible de s'adapter à un réchauffement, à une température de plus 4 degrés ?

16:02
Invité

Je ne sais pas vraiment ce que sera la France à 4 degrés, mais en tous les cas, ce qui est sûr, c'est que déjà, il va falloir s'adapter aux risques qu'on a toujours eus. Ces phénomènes météorologiques, on les est dramatiques et meurtriers, on les a toujours connus. Ce qui est intéressant, c'est que la France est très en avance parce qu'on a connu Nîmes en 1988, on a connu Vaison-la-Romaine en 1992, donc on a 20 ans de politiques très actives et intenses qui ont été mises en place pour justement travailler sur ces sujets.

Vous avez des villes qui sont très concernées comme Nîmes, Montpellier qui s'adaptent et qui transforment les bâtiments maison par maison qui essayent de travailler sur le danger, sur la menace avec la quantité d'eau qui arrive, qui vont la retenir en amont mais par contre, on voit très bien que sur ce type d'événement qui se produit en France comme en Espagne, de toutes les façons, on est complètement impuissant donc il faut de toute façon agir aussi à l'échelle des enjeux et des bâtiments.

En tous les cas, ce qui est sûr, c'est qu'on sait le faire et à l'époque, il y a eu un fonds Barnier qui a été mis en place du nom du Premier ministre qui a été la plus grande action qui a été menée en matière de prévention qui fonctionne encore aujourd'hui.

17:06
Présentateur

C'est l'une des mesures principales de ce plan d'adaptation et qui va être renforcée. de le porter à plus 75 millions d'euros pour le porter à 300 millions d'euros l'année prochaine pour prévenir les risques liés aux catastrophes naturelles. Pardon, mais 300 millions d'euros juste au Robert Veta, c'est du mercurochrome sur une jambe de bois ou c'est vraiment utile et efficace ?

17:24
Invité

C'est à peu près l'ordre de grandeur du coup des coûts d'une catastrophe liée aux inondations.

17:31
Présentateur

D'une catastrophe. D'une. Bonjour Philippe. Oui, bonjour. Une question pour nos invités, on vous écoute.

17:38
Auditeur

Oui, une question toute simple. Pourquoi on continue à construire sur ces zones qui sont parfaitement définies ? Toutes les cartes d'éboulement, d'inondation, de montée des eaux sont en mairie, sont en préfecture et on continue à construire sur ces zones.

17:54
Invité

Il y a quand même une réglementation qui est aujourd'hui très claire et très ferme sur le fait de ne plus construire en zone inondable. Ça ne veut pas dire que ça ne peut pas être fait localement mais en tous les cas, aujourd'hui, on a une cartographie réglementaire qui impose le fait de ne plus construire ou qui met en place des normes. Par contre, ce qui est sûr, c'est que ça, ce sont les chiffres assureurs. Sur ces cinq dernières années en France, 50% des personnes qui ont été inondées l'ont été en dehors de zones inondables. Là, ça signifie qu'on a une signature différente du cycle de l'eau et qu'on a des volumes d'eau précipitables qui sont beaucoup plus importantes.

Ça veut dire que l'eau n'a pas le temps de rejoindre le cours d'eau. Elle prend la moindre rue et ça se transforme en rivière. Et c'est là qu'on va devoir agir parce que déjà, il faut continuer à agir sur les zones inondables mais en plus, elles sont en train de se transformer et de s'étendre. Donc, le travail est colossal. Il faut aller plus vite. Il va falloir utiliser des outils aussi numériques parce qu'on ne va pas pouvoir continuer à aller maison par maison pour le faire. Il faudra développer ça massivement et surtout, dans les cinq années qui viennent pour pouvoir se préparer au mieux.

18:53
Présentateur

On a parlé prévention, adaptation, mais si on ne lutte pas vraiment pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, évidemment, tout ça ne servira à rien.

19:02
Invité

Il y aura des limites effectivement à l'adaptation et un climat donc globalement 3 degrés et sur la France 4 degrés va être extrêmement difficile à vivre avec les successions à la fois d'une part de vagues de chaleur mais aussi d'épisodes de pluie extrêmement intenses. Sècheresse et pluie. Sècheresse et pluie. C'est un petit peu les deux visages du changement climatique en France. donc c'est vraiment extrêmement important de se préparer.

19:36
Présentateur

On peut encore agir sur les émissions de gaz à effet de serre, la limitation des énergies fossiles. Il y a une COP qui va arriver, COP29. C'est possible ? Les solutions existent ?

19:47
Invité

Alors oui, bien sûr. L'espace se restreint donc les 3 degrés globalement c'est à peu près les politiques climatiques qui sont déjà mises en place. Ça correspond au réchauffement lié à ces politiques climatiques. Donc il est possible de réduire ça encore bien davantage et ça sera nécessaire mais il faut bien avoir conscience que ce n'est pas une théorie. Ces émissions de gaz à effet de serre elles sont liées à l'utilisation des combustibles fossiles qu'on utilise tous les jours. Donc il faut le relier à des choses très très simples. Donc le pétrole, le gaz et le charbon et principalement.

20:28
Présentateur

Arantxa González, vous qui avez dirigé la diplomatie espagnole, qu'est-ce que vous en attendez ? C'est dans 10 jours à Bakou, en Azerbaïdjan, la COP, la Conférence des Nations Unies pour le climat. Qu'est-ce que vous en attendez tout simplement ? Malheureusement, les attentes ne sont pas à la hauteur des besoins. Et il faut être clair, on peut réduire les émissions des gaz à effet de serre, on peut le faire. En Europe, on a montré comment on peut réduire ces émissions. Et comme on peut le faire face à des événements comme ceux qu'on vient de vivre, on doit le faire.

Alors, on doit le faire en Européen et il faut le faire en travaillant avec d'autres partenaires, à savoir la Chine, les Etats-Unis et l'Inde qui représentent les gros des émissions au monde. Et cela, où il y a un aspect non négligeable dans cette discussion qui est ces politiciens qui nient l'existence du changement climatique. D'où l'importance quand on va aux élections d'être conscient et quel est le choix ? Et je pense ici aux élections très importantes de la semaine prochaine. Dans le moins d'une semaine, élection présidentielle aux Etats-Unis, duel très serré entre Kamala Harris et Donald Trump. La perspective d'un retour à la Maison Blanche de Donald Trump vous inquiète ?

Ça m'inquiète énormément. Pas parce que je projette, mais parce qu'on a vécu une présidence de Donald Trump. On a vécu déjà la sortie des Etats-Unis de l'accord de Paris. On a vu que ce que cela veut dire en termes de signal que cela envoie aux entrepreneurs, au secteur des énergies fossiles, aux citoyens. Et on a compris que nous devons faire de cela aussi une bataille politique. Robert Votard, je m'adresse là à l'expert du GIEC, enfin comme je le fais depuis le début de cette interview d'ailleurs.

La neutralité carbone en 2050, c'est un objectif atteignable peut-être au niveau européen, mais effectivement comme le souligne Arantia Gonzalez, si la Chine, l'Inde, les Etats-Unis ne s'y mettent pas, on n'y arrivera pas ?

22:35
Invité

Alors, il y a beaucoup de pays qui ont déjà des plans. Aujourd'hui, ces plans-là, enfin les trajectoires ne sont pas à la hauteur de cette, ne vont pas vers cette neutralité en tous les cas globalement. Le fait qu'on ait besoin d'arriver à cette neutralité, c'est simplement pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Il est bien difficile aujourd'hui de savoir si les politiques qui vont être mises en place vont le permettre, mais en tous les cas, aujourd'hui, elles ne le permettent pas.

23:10
Présentateur

On parlait tout à l'heure du fonds Barnier, du coût des catastrophes naturelles, Emma Aziza, pour terminer, est-ce que finalement ce qui peut décider les politiciens à agir, c'est le coût, justement, parce que ça coûte très cher aux finances publiques ?

23:26
Invité

Exactement, ça coûte très cher et de plus en plus cher d'ailleurs. Et un chiffre de l'ONU assez intéressant, 3% des financements mondiaux ont été mis sur les politiques climatiques sur la question de l'eau et des extrêmes de sécheresse et d'inondation alors qu'il s'agit de 93% des conséquences. Je crois qu'il va falloir être à la hauteur de ce cycle de l'eau qui est en train de se déformer complètement. On en a toutes les stigmates à l'échelle mondiale. Toutes les études, aujourd'hui, se réunissent pour nous montrer à quel point on a de plus en plus de crues éclaires, de sécheresses éclaires. On bascule d'un extrême à l'autre. Au milieu de tout ça, on a notre habitat, on a nos populations.

Il va falloir les accompagner de manière très forte et très courageuse et effectivement, politiques plutôt qui vont dans le bon sens.

24:13
Présentateur

Aroncha González, c'est vrai que ça coûte des milliards. Vous l'avez constaté, vous, en tant que décideuse ou que ministre des Affaires étrangères espagnoles, que finalement, on ne cesse de parler d'économie en ce moment, que c'est ça qui peut faire bouger les politiques publiques. On va y aller à cet ancien diptongue « Mieux vaut prévenir que curer ». Et ça doit être une de motivation. Chaque pays doit trouver la manière de faire la lutte contre les dérèglements climatiques, la priorité politique. Dans chaque pays, ça va rimer avec une raison. Chez nous, franchement, les coûts des réparations sont tellement énormes que peut-être on devrait miser un peu plus sur l'adaptation.

Aaron Chagonsalès, merci beaucoup. Ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères et doyenne aujourd'hui de l'École des Affaires internationales de Sciences Po, Emma Aziza, hydrologue et experte en adaptation climatique et Robert Votard, climatologue, expert du GIEC. Merci à tous les trois. Sous-titrage Société Radio-Canada