Transition écologique, 110 km/h, remaniement... le "8h30 franceinfo" de Pascal Canfin
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:50OuverteRéponse directe
Pascal Canfin, cet électorat qui a généré la vague verte municipale a-t-il convaincu Macron d'accélérer la transition écologique ?
- 5:00FerméeÉludée
Vous avez voté en marche ou écologiste aux municipales ? Avez-vous voté ?
- 6:33RelanceRéponse directe
Vous vous réjouissez de la vague écologiste aux municipales. Mais LREM s'est alliée avec la droite contre les écologistes à Strasbourg, Lyon... C'était une mauvaise stratégie ?
- 10:22OuverteRéponse directe
150 propositions de la Convention climat. Macron en a écarté trois, dont la limitation à 110 km/h sur autoroute. Fallait-il la sacrifier pour sauver les autres ?
- 12:24RelanceRéponse directe
La transition écologique coûte cher. Macron évoque un fonds de 15 milliards. Mais en refusant la taxe sur les dividendes (2 milliards/an), comment financer cette transition ?
- 14:45RelanceRéponse directe
Si l'Europe finance la transition, cela signifie-t-il qu'un effort fiscal comme la taxe carbone est inimaginable ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:01InvitéFait
« C'est massif. C'est une accélération potentielle de la transition écologique en France, sans doute de manière jamais égalée dans l'histoire. »
- 2:23InvitéFait
« Les décisions de retenir les propositions de la Convention citoyenne avaient été prises avant. »
- 3:34InvitéFait
« La Convention citoyenne propose d'arrêter les vols intérieurs lorsqu'il y a une alternative en train à grande vitesse de 4 heures. »
- 8:03InvitéFait
« La République garantit l'action contre le dérèglement climatique et la protection de la biodiversité. »
- 18:38InvitéFait
« Certes, ils ouvrent une nouvelle centrale à charbon, ce qui est une aberration totale. »
- 18:48InvitéFait
« Dans 15 ans, il n'y aura plus de charbon en Allemagne. »
Temps de parole
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Bonjour. Vous êtes avec nous en direct du Parlement européen. Au lendemain des élections municipales, Emmanuel Macron a profité d'un déplacement hier en Allemagne, aux côtés d'Angela Merkel, pour évoquer brièvement les résultats du scrutin de dimanche.
Il ne s'agit pas dans la conduite de l'avis de la nation de tirer des conséquences excessives de scrutins qui sont d'abord des scrutins locaux.
Il a raison, le chef de l'État. Il ne faut pas tirer trop de leçons de ce qui s'est passé dans les urnes et notamment de la vague verte qui a touché plusieurs grandes villes.
Il en a déjà tiré lui-même. Ça dépend de tout ce qui veut dire par excessif. Ce que ça veut dire concrètement, c'est qu'il a reçu, vous le savez, les citoyens de la Convention climat à l'Élysée et qu'il leur a dit qu'il allait retenir 146 des 149 propositions de cette Convention. C'est massif. C'est une accélération potentielle de la transition écologique en France, sans doute de manière jamais égalée dans l'histoire, puisque pour la première fois, on va arrêter de perler les mesures les unes après les autres. On va le faire ensemble de manière systémique.
Et je pense que c'est ça, au fond, que l'électorat qui a voté pour Europe Ecologie Les Verts dans les grandes villes françaises dimanche et qui, d'ailleurs, est largement un électorat qui était celui d'Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle en 2017, c'est ce que cet électorat-là attend, à la fois des actes concrets et, en même temps, un projet de société qui montre le chemin à parcourir vers cette transition et cette neutralité climatique. Et je pense que les mesures qui ont été dessinées par la Convention pour le climat serviront exactement à cela.
Renaud Dely. Donc, Pascal Canfin, si je vous suis bien, cet électorat qui a généré ce qu'on a appelé une vague verte dimanche dans les urnes municipales, c'est lui qui a achevé de convaincre, qui a convaincu Emmanuel Macron d'enclencher cette accélération de la transition écologique en adoptant, en validant 146 de ces 149 mesures. C'est bien un effet du scrutin.
Il ne vous a pas échappé que les décisions de retenir les propositions de la Convention citoyenne avaient été prises avant. L'idée d'un référendum possible pour consulter les Français sur un certain nombre de sujets de société et sur la réforme de la Constitution, dont on peut dire un mot parce que c'est une réforme absolument décisive qui s'annonce, eh bien, tout ça avait été enclenché avant la fameuse vague verte. Mais c'est évident. Je pense qu'il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Et moi, j'ai rejoint la majorité présidentielle pour faire avancer l'écologie, pas pour fracturer l'écologie, pour la faire avancer.
Et donc, je me réjouis que l'écologie progresse partout en France.
Et ce qui va être intéressant, si on tire les leçons à la fois de dimanche et de lundi, à savoir la reprise par le président de la République des propositions de la Convention citoyenne, c'est que nous allons, le gouvernement va travailler, et c'est la proposition que je fais très concrètement aujourd'hui, de travailler avec les maires des grandes villes de France, soit les maires écologistes, soit les maires qui ont été élus sur une plateforme écologiste très nette à Rennes, à Nantes, à Lille, à Paris, avec Anne Hidalgo, c'est de les rassembler et de prendre les mesures de la Convention citoyenne qui les concernent directement. Et de dire, on va le faire ensemble.
Si vous me permettez, je donne un exemple. La Convention citoyenne propose d'arrêter les vols intérieurs lorsqu'il y a une alternative en train à grande vitesse de 4 heures. 4 heures, c'est évidemment Paris, Marseille, Lille, Nantes, Rennes, Bordeaux, Montpellier, Strasbourg. Toutes les villes qui, aujourd'hui, sont soit dirigées par des élus écologistes, soit sur une plateforme écologiste très forte. Eh bien, si tous ces maires sont d'accord pour supprimer les vols intérieurs qui les relient entre eux, type Lille, Nantes ou Lille, Rennes, et pour supprimer toutes les liaisons vis-à-vis de Paris, ce qui est la proposition de la Convention citoyenne, eh bien, alors, allons-y.
Si, inversement, ces maires disent, ah oui, certes, mais quand même, il faut quand même qu'on reste connecté à Paris, au hub, et puis ce serait bien quand même d'avoir quelques liaisons de temps en temps, eh bien, on restera sur... on définira un compromis qui sera le compromis qui sera à la fois soutenu par le gouvernement, mais qui sera soutenu par les élus écologistes concernés. Et c'est exactement ça, comme ça, qu'on fera avancer la société et l'écologie, dans le bon sens, mais de manière concrète, pragmatique et partagée, sans prendre des décisions hors sol, en quelque sorte, depuis Paris.
Pascal Canfin, on va revenir longuement sur ce qui reste des propositions de la Convention citoyenne et sur les trois mesures qu'Emmanuel Macron a écartées hier en recevant les citoyens à l'Elysée. Mais pour savoir qui nous parle précisément ce matin, je voudrais vous poser une question toute simple. Vous avez le droit de ne pas me répondre. Vous avez voté en marche ou vous avez voté écologiste au municipal en France ? Et d'ailleurs, avez-vous voté tout simplement ?
Je vais vous dire très... je vais vous répondre très sincèrement que je n'ai pas voté au municipal, puisque je vis à Bruxelles et que je ne vois pas pourquoi je votais au municipal. Vous faites des procurations en France, à vous. Je vis à Bruxelles, là, où il y a l'essentiel de l'activité du Parlement européen, avec Strasbourg. Je vous fais une réponse très pratico-pratique. Néanmoins, encore une fois, moi, je souhaite que la transition écologique s'accélère. C'est exactement le combat que je mène au Parlement européen. Et je peux vous dire d'ici, depuis le Parlement européen à Bruxelles, que la France est un des pays leaders de cette transition en Europe. Ce n'est pas moi qui le dis.
Ce sont les ONG environnementales européennes, qui sont donc détachées de la vie politique et des contingences des vies politiques nationales, qui classent la France dans le top 3, avec la Suède notamment et le Portugal. On est donc dans le top 3 des leaders de la transition écologique en Europe, déjà. Et si on y ajoute toutes les propositions qui vont être retenues et mises en œuvre de la Convention citoyenne, je pense qu'on peut, de manière extrêmement objective, dire que nous sommes un des tout premiers pays leaders de la transition écologique dans le monde. Et tant mieux. Moi, je pense que c'est une raison de fierté française.
Je pense que la France a besoin, c'est dans notre ADN national, politique, culturel, c'est comme ça, on a besoin de porter une cause universelle. On a besoin d'être les champions mondiaux de quelque chose. Pour bien comprendre. Parce que quelque chose, je pense qu'aujourd'hui, au XXIe siècle, c'est la transition écologique.
Juste pour bien comprendre, Pascal Canfin, et pour tourner la page de ces municipales, vous vous réjouissez de cette vague écologiste aux élections municipales. Est-ce que vous avez compris que dans plusieurs de ces grandes villes, Strasbourg, Lyon ou ailleurs, la République En Marche se soit alliée avec la droite pour faire face aux écologistes ? C'était une mauvaise stratégie ?
Je l'ai dit. Je l'ai dit quand Gérard Collomb, par exemple, a parlé de front anti-écologie, quelque chose comme ça, pour justifier son alliance avec les Républicains. J'ai dit, j'ai écrit qu'il fallait mieux perdre une élection que perdre son âme. Et d'ailleurs, en la réalité, il a perdu les deux.
Vous avez perdu les élections et perdu votre âme, si c'est la définition que vous en donnez.
Moi, je préfère, et c'est ce qu'on fait en Europe, travailler avec la droite progressiste sur ce sujet. Et elle existe. Elle existe dans certaines villes. Elle existe à Toulouse, elle existe à Amiens, elle existe dans plein d'endroits en France aussi. Mais ne pas travailler, passer une frontière avec une partie de la droite qui, clairement, est aujourd'hui encore engluée dans un logiciel qui n'est pas adapté au XXIe siècle. Et je le vois au Parlement européen, on va avoir l'occasion de le voir aussi en France, puisque une des propositions qui est issue de la Convention citoyenne et qui est reprise par le Président de la République, c'est la réforme de l'article 1 de la Constitution.
Cette réforme de l'article 1 de la Constitution, qu'est-ce qu'elle veut dire ? Elle dit « La République garantit l'action contre le dérèglement climatique et la protection de la biodiversité ». La République garantit. Ça veut dire que si cette réforme est adoptée, eh bien, l'un des enjeux de l'ADN, l'ADN républicain français, ce sera de garantir, quelle que soit la couleur politique du gouvernement, au-delà des partis, de garantir l'action climatique dans la durée. C'est fondamental, parce que ça se met au niveau constitutionnel. – Je vous interromps quelques instants. – Rien de ce qui se fera en dessous, on ne pourra aller contre ça.
– Je vous interromps, pardon pour nos auditeurs et nos spectateurs. – Pour aller jusqu'au bout de cette démarche, il faut que l'Assemblée nationale et le Sénat valident ce texte.
– Pascal Canfin, je vous interromps, si vous voulez bien, il y a un petit délai entre Paris, où nous sommes avec Renaud Deli, et Bruxelles, où vous êtes en ce moment, pardon auprès de nos auditeurs et téléspectateurs, ça ne rend pas toujours l'interview très simple et l'interactivité entre vous, Pascal Canfin, et nous, on s'interrompt une minute, il est 8h41 pour le Filinfo avec Maureen Suignard.
– La fin d'une ère dans le village alsacien de Fessenheim, le second réacteur de la doyenne des centrales françaises débranchées. Après plus de 40 ans de service, l'émotion très vive des 650 salariés du site, seuls 60 resteront pour le démantèlement qui durera 15 ans au moins. La bureaucratie envahit le système de santé. Si à la fin du Ségur, on n'a pas résolu cette question, on n'a rien résolu. – Voici ce que dit sur France Info le chef du service des urgences de l'hôpital Georges Pompidou à Paris, Philippe Juvin, aussi maire de la Garenne-Colombe. Les négociations pour rénover l'hôpital public se terminent vendredi. Mobilisation aujourd'hui du personnel soignant dans plusieurs villes.
La justice considère qu'ils n'ont pas harcelé leurs locataires du fait de sa profession, des propriétaires de Montpellier relaxés. Pendant le confinement, l'affaire avait suscité l'indignation. Une infirmière sommée de partir du fait de sa profession, c'est ce qu'on pensait. Le couple s'opposait en fait à la présence de 4 autres membres de la famille dans l'appartement. Les Français dépensent en moyenne 200 euros par an pour jouer. Du poker, des paris sportifs, de la loterie, la plupart des joueurs le sont occasionnellement. Et ce sont plutôt des hommes âgés de 25 à 54 ans et actifs professionnellement. France Info. Et tout est plus clair.
Toujours avec le député européen en marche, Pascal Canfin, en duplex depuis Bruxelles. Pascal Canfin qui est également le président de la commission environnement au Parlement européen. Il y avait, Pascal Canfin, 150 propositions sur la table issues de ces 9 mois de discussion, de concertation entre les citoyens de la convention. Ils en ont enlevé une eux-mêmes avant de les soumettre à l'exécutif. C'est la semaine de 28 heures en expliquant qu'elle risquait de polluer le débat en France dans les mois qui viennent. Emmanuel Macron en a enlevé trois hier pour sa part et notamment celle dont les médias parlent sans doute le plus depuis qu'elle a été exprimée par les citoyens.
C'était l'abaissement à 110 km heure de la vitesse maximum sur autoroute. Est-ce qu'il fallait la sacrifier pour sauver les autres ?
Je ne pense pas que ça se pose comme ça. Je pense que typiquement c'est quelque chose qu'on ne peut pas imposer sans prendre le pouls des Français. Et donc c'est une mesure qui avait vocation à passer à consultation, à référendum parce qu'on l'a vu juste avant les Gilets jaunes. Il y avait les fameux 80 km heure sur les routes départementales qui ont cristallisé, qui ont crispé sur beaucoup de territoires. Et donc je pense que ça aurait été absurde de refaire la même chose mais cette fois-ci sur l'autoroute. Donc il y a une forme de sagesse à le mettre de côté.
Mais de toute façon, à mes yeux, c'était quelque chose qui devait éventuellement être validé dans le cadre du référendum à questions multiples que moi j'ai appelé de mes voeux et que j'appelle toujours de mes voeux. D'ailleurs à la fin de ce processus, c'est ce que le président de la République a dit, si jamais, si jamais, au fur et à mesure du processus à l'Assemblée nationale et au Sénat, les mesures sont... l'ambition des mesures est diminuée, eh bien le président de la République, avec les citoyens, pourra proposer les mesures initiales au référendum pour valider le soutien ou non de la société française.
Je pense qu'on est vraiment dans quelque chose maintenant qui est très bordé, très clair. Dès juillet, le Conseil de défense écologique, en septembre, le projet de loi qui va rassembler toutes les mesures qui sont du niveau législatif, et puis ensuite, si nécessaire, un référendum début 2021.
Pascal Canfin, la transition écologique, ça coûte cher, ça nécessite des investissements. Emmanuel Macron a d'ailleurs évoqué la création d'un fonds doté de 15 milliards d'euros à terme pour accélérer la conversion écologique de notre économie. Et parmi les trois mesures qu'il n'a pas retenues des 149 propositions de la Convention, il y a la taxe de 4% sur les dividendes, une taxe qui aurait rapporté quelque chose comme de l'ordre de 2 milliards d'euros par an. C'est donc se priver d'un levier de financement. Comment est-ce qu'on va financer cette transition écologique si on refuse bien davantage de fiscalité, Pascal Canfin ?
Alors, la question du financement est centrale, c'est l'élément de la crédibilité, bien évidemment. Et c'est précisément la bataille que l'on mène en Europe aujourd'hui. Pour vous donner un ordre de grandeur, puisque vous me parlez de 2 milliards d'euros, moi, je vais vous répondre sur le plan de relance que nous sommes en train de négocier ici à Bruxelles. C'est 750 milliards d'euros, 750 milliards d'euros, dont 40 milliards d'euros pour la France.
Et je pense, et c'est très clair, dans les discours du président de la République, il a encore redit avec Angela Merkel hier, et c'est la volonté aussi de la Commission européenne, qu'une très grande partie de ces 40 milliards d'euros qui reviendront à la France permettent le financement de l'accélération de la transition écologique. Par exemple, le bonus, le super bonus pour les véhicules électriques, par exemple, l'isolation des bâtiments, ou aider la SNCF, l'investissement dans les petites lignes de chemin de fer. Voilà, des dizaines d'exemples, on en a tous en tête. C'est à ça que va servir l'argent européen, que nous sommes en train de négocier politiquement.
C'est pas facile, mais c'est une très grande victoire française que d'avoir fait bouger les lignes en Allemagne, d'avoir fait bouger la chancelière sur ce sujet. Donc c'est comme ça, très largement, que nous allons financer l'investissement supplémentaire dans la transition.
Donc c'est l'Europe qui va financer la transition écologique en France, si on vous écoute bien, Pascal Canfran, ça veut dire qu'il est inimaginable qu'un effort fiscal soit demandé, par exemple une réapparition de la taxe carbone, qui ne fait pas partie des propositions de la Convention ?
La taxe carbone, on va la mettre en place au niveau européen sur les importations, par exemple d'acier chinois, pour prendre un exemple parmi beaucoup d'autres, qui ne respectent pas les règles du jeu climatique. Ça aussi, c'est une bataille française depuis des années, mais il faut reconnaître, depuis Jacques Chirac. Sauf que celui qui a réussi à faire en sorte que les lignes bougent vraiment en Europe, et que la proposition soit mise sur la table, c'est officiellement maintenant la proposition de la Commission européenne, officiellement soutenue par l'Allemagne, c'est le président de la République.
Ça veut dire qu'en 2021, nous allons avoir une proposition législative européenne pour mettre en place une sorte d'écluse carbone aux frontières de l'Union européenne, qui fait que les importations qui ne respectent pas les règles du jeu de l'accord de Paris, qui ne donnent pas du tout de prix au carbone, eh bien, paieront cette taxe carbone. Je simplifie le langage pour que tout le monde comprenne. En jargon européen, ça s'appelle un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, mais je passe.
Eh bien, ça permettra de lever des fonds, ça permettra d'avoir une équité dans la concurrence, parce que sinon, ça veut dire qu'on demande des efforts à nos industriels, mais qu'ils se retrouvent en compétition avec des industriels chinois, indiens ou brésiliens, qui, eux, ne respectent pas du tout les règles du jeu climatique. On voit bien que ça ne peut pas marcher. Et donc ça, c'est une idée française, c'est une victoire française. Voilà encore des ressources supplémentaires qui sont déjà préfléchées pour financer la transition écologique en Europe et dans les pays membres.
Pascal Canfin, vous savez que la centrale nucléaire de Fessenheim a été débranchée, en quelque sorte, hier après-midi. Le deuxième réacteur, celui qui était encore en activité, ne produit plus de courant. Est-ce que c'était vraiment le bon moment pour faire ça en France, alors que de l'autre côté de la frontière, en Allemagne, on ouvre en ce moment une immense centrale à charbon ? Est-ce qu'il n'aurait pas mieux valu vendre l'électricité issue de cette centrale qui est donc décarbonée plutôt que de la fermer aujourd'hui et de laisser les Allemands produire davantage de CO2 ? Vous nous dites depuis tout à l'heure, la réponse, elle est européenne.
Là, est-ce que ce n'est pas l'illustration du chacun pour soi ?
Alors, c'est intéressant la question nucléaire parce que quand on repousse l'objectif de baisse de la part du nucléaire de 5 ans, ce qui a dû être fait par Nicolas Hulot pour des raisons pragmatiques, les écologistes disent « Ah là là, quel renoncement ! » Et quand on commence à fermer la première centrale et qu'il y en aura d'autres, d'ailleurs, ce gouvernement est le premier à avoir mis sur la table la liste des futures centrales qui vont fermer. On connaît les suivantes, précisément pour préparer la réindustrialisation, préparer les alternatives, préparer la transformation des sites, des territoires et des carrières professionnelles.
Eh bien, là, on nous dit « Ah, est-ce que c'est vraiment le bon moment ? Est-ce que ce n'est pas un peu dur ? Est-ce que ce n'est pas un peu radical ? » Vous voyez, c'est toujours cette tension-là. C'était pas ma question. Ma question, c'était « Est-ce qu'on se prive pas d'aujourd'hui une source d'énergie non carbonée ? » C'est pas bien de fermer Fessenheim. Pourtant, la CGT signe des textes avec Greenpeace, comme quoi il faut accélérer la transition écologique. Donc, tout le monde, toute la société est dans cette contradiction. C'est-à-dire que tout le monde veut avancer plus vite parce qu'on sent bien que l'urgence climatique est là.
Mais concrètement, quand il faut actionner, c'est parfois plus difficile. Et c'est cet équilibre-là qui est la responsabilité des législateurs européens que nous sommes et du gouvernement français. Et c'est ça, l'écologie, qui est, je pense, celle du président de la République. C'est « Le cap est clair, mais maintenant, on y va avec les territoires. » Et vous avez raison, c'est toujours difficile de fermer une centrale. Mais nous aussi, on ferme nos centrales à charbon. On ne ferme pas que Fessenheim, mais on ferme les centrales à charbon.
Et je ne peux pas vous laisser dire ce que vous avez dit sur l'Allemagne, parce que, certes, ils ouvrent une nouvelle centrale à charbon, ce qui est une aberration totale, et je suis le premier à le critiquer. Mais ils ont néanmoins un plan de sortie totale, pas de diminution, de sortie totale du charbon dans 15 ans. Dans 15 ans, il n'y aura plus de charbon en Allemagne. Et donc, ça veut dire que nous, nous sommes engagés dans un chemin de réduction de la part du nucléaire, 80% à 50%, et les Allemands sont engagés clairement dans une suppression du charbon. Il fait encore aujourd'hui à peu près 40% du mix électrique allemand. Dans 15 ans, ce sera zéro.
Donc, c'est cette double transition charbon et nucléaire qui est engagée en France et en Allemagne.
Deux sujets à venir, Pascal Canfin, si vous le voulez bien. Dans quelques instants, on parlera de la 5G, de certains maires écologistes nouvellement élus, pour lesquels ils proposent désormais un moratoire. Et puis de votre avenir, si vous voulez bien, puisque même à Bruxelles, j'imagine que vous lisez la presse et que vous voyez que votre nom revient très régulièrement, comme un possible entrant au sein du gouvernement à l'issue du remaniement qui pourrait être annoncé dans les jours qui viennent. Il est 8h52, on a battu un record dans le retard. C'est le Filinfo et c'est avec Maureen Suignard.
300 millions d'euros de plus pour augmenter les salaires des médecins hospitaliers en début et en fin de carrière. L'enveloppe annoncée par le ministère de la Santé hier. Pas de quoi freiner la fuite vers le privé, assure les syndicats, qui appellent à une nouvelle journée de mobilisation pour l'hôpital public. Aujourd'hui, les négociations avec le gouvernement se terminent vendredi. L'avocat des époux Fillon estime sur France Info que le tribunal a balayé trop vite les éléments factuels qui démontraient le travail de Pénélope Fillon.
La justice qui les a condamnés hier pour détournement de fonds publics, entre autres l'affaire des emplois fictifs qui éclate pendant la campagne présidentielle de 2017. Épopée judiciaire qui se poursuit, l'ancien Premier ministre et son épouse font appel. Malgré de nombreuses manifestations depuis un an, le Parlement chinois adopte la loi controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong. Les opposants dénoncent le risque du recul des libertés dans ce territoire semi-autonome. Le coronavirus continue de se répandre aux Etats-Unis. 42 000 nouvelles contaminations ces dernières 24 heures. Pour le moment, le nombre de décès quotidiens en baisse, mais celui des hospitalisations augmente.
France Info, et tout est plus clair.
Bonjour avec le député européen Pascal Canfin, président de la commission environnement au Parlement européen. Est-ce que vous partagez, Pascal Canfin, l'inquiétude de certains écologistes, et pas seulement eux, et certains maires écologistes élus dimanche, je pense notamment au nouveau maire de Bordeaux, Pierre Urmic, qui annonce des moratoires sur l'installation des antennes 5G, en disant « Ton compte, c'est pas tout sur cette technologie, il ne faut pas le faire. »
Écoutez, je pense qu'il faut toujours être prudent, évidemment, mais nous avions exactement les mêmes remarques sur les risques, avec les fameuses antennes relais il y a maintenant une dizaine d'années, quand il y a eu la 2G, puis la 3G, puis la 4G, maintenant la 5G, et pour l'instant, les risques ne sont pas avérés. Je me souviens qu'à un moment donné, il avait été envisagé de ne pas mettre le Wi-Fi, par exemple, dans les parcs publics. Aujourd'hui, je pense que ça semblerait aberrant à n'importe qui, que dès qu'il sort de chez lui et qu'il va dans un parc, il ne peut pas se connecter. Donc, c'est des choses qui évoluent avec le degré de connaissance.
Donc, c'est normal que la 5G, qui est une nouvelle technologie, qui est très puissante, génère potentiellement des risques et génère des questionnements. Il faut les écouter. De là à dire « Nous allons être les seuls à ne pas le faire, alors que les Américains, les Chinois, les Allemands, les Anglais, tout le monde le fait. » Et donc, on prendrait un retard considérable dans ce qui est un élément majeur de la compétitivité de demain. Moi, je serais très prudent. Donc, je pense qu'il faut continuer à avancer. Pas de moratoire. En revanche, il faut la transparence. La transparence absolue sur les résultats des études pour créer la confiance nécessaire.
Pascal Canfin, le président de la République envisage un remaniement qui devrait survenir dans les jours qui viennent. Votre nom circule. Il revient comme l'un de ceux qui pourrait incarner l'inflexion écologique, le virage vert de ce gouvernement. Est-ce que vous êtes disponible pour entrer éventuellement au gouvernement ? Ou est-ce que vous êtes tellement attaché à Bruxelles et à Strasbourg qu'il est hors de question pour vous d'accepter une telle proposition ?
Écoutez, c'est plutôt le deuxième scénario. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, je préside la commission environnement du Parlement européen, qui est la commission la plus importante du Parlement européen. J'ai été désigné, je me permets cette page d'autopromotion, député européen numéro 1. Et donc, j'incarne aujourd'hui en Europe la transition écologique avec le commissaire en charge de ce sujet, du Green Deal, Franz Timmermans. Et donc, je suis satisfait pleinement mon désir d'action. Je pense que c'est très utile et c'est aussi, non seulement très utile à l'écologie, je l'espère et je le pense, je le crois sincèrement, mais très utile à la France.
C'est très utile à la France parce qu'aujourd'hui, la transition écologique, ce qu'on appelle dans le jargon européen le Green Deal, c'est l'un des éléments clés de l'influence française. Je vous ai dit tout à l'heure, la taxe carbone aux frontières de l'Union européenne, c'est la France. Le changement des règles du jeu sur les accords commerciaux pour intégrer le climat, c'est la France. Et c'est ça qu'on porte à Bruxelles et à Strasbourg pour l'ensemble d'un continent européen. Et ça suffit largement à mon bonheur.
On a vu il y a quelques mois une ministre de la Santé quitter le gouvernement pour être candidate à Paris avec l'accord de l'Elysée. On ne vous verra pas, si j'entends bien vos propos ce matin sur France Info, quitter Bruxelles et Strasbourg pour prendre un ministère dans les jours qui viennent. Vous déclinez l'invitation si tant est qu'elle vous ait déjà été faite.
C'est ce que j'allais vous dire. Moi, je n'ai pas reçu d'invitation en ce sens. Je vous dis aujourd'hui quel est mon état d'esprit et je pense qu'il est assez clair.
Si je vous sens bien, votre état d'esprit, vous vous sentez très utile, voire plus utile au Parlement européen, justement, pour enclencher cette transition écologique. C'est en Europe que ça se joue quand on vous écoute.
Ce qu'on fait ici, c'est à l'échelle d'un continent. C'est le financement, le Green Deal, les accords commerciaux, le changement des règles du jeu sur les banques pour qu'elles financent davantage la transition. Tout ça est européen. Et d'ailleurs, je vais recevoir dans quelques jours les citoyens de la Convention citoyenne pour le climat pour lister avec eux toutes leurs propositions qui impliquent un changement des règles du jeu européen. Et je le porterai ensuite à mon niveau.
Merci à vous, Pascal Canfain, en direct du Parlement européen de Bruxelles. Pardon encore à nos auditeurs et téléspectateurs pour ce petit délai entre nos questions et les réponses de notre invité ce matin dans 2 minutes 9h sur France Info.
Pascal Canfin