Yannick Jadot : "Si on applique totalement le CETA, Monsanto pourra demander des milliards pour l'arrêt du glyphosate"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Hélène Roussel, le 5-7.
Il est 6h22, notre invité est à Strasbourg pour la session du Parlement européen. Bonjour Yannick Jadot, merci d'être en ligne avec nous ce matin. Vous êtes député européen Europe Écologie Les Verts, décision aujourd'hui très attendue de Bruxelles sur le glyphosate dont la licence expire en décembre. Glyphosate rapidement herbicide de Monsanto, le plus vendu au monde, efficace et pas cher, 8000 tonnes rien que pour la France, classé cancérogène par plusieurs agences. Alors a priori on est parti pour le renouveler, on parle d'une autorisation de 5 ou 7 ans et non plus de 10 ans. Vous avez mis la pression avec le Parlement européen hier, Yannick Jadot, satisfait ?
Satisfait du vote du Parlement européen puisque le Parlement européen dans sa très grande majorité ne veut pas un renouvellement, veut la sortie du glyphosate. L'interdiction et l'organisation de la sortie du glyphosate, c'est un cancérogène. Plusieurs milliers d'agriculteurs aux Etats-Unis aujourd'hui ont porté plainte contre Monsanto parce qu'une partie d'entre eux développe des cans d'environnement. C'est une saloperie aussi pour l'agriculture puisqu'on voit bien qu'on est l'agriculture aujourd'hui dans une impasse avec de moins en moins de paysans et de plus en plus de pesticides. Donc le signal du Parlement européen est très clair. Pas de renouvellement, une sortie.
Et c'est dramatique d'entendre et la position française et la position de la Commission européenne aller vers un renouvellement. Ce qui veut dire que tout le débat qu'on a eu ces derniers mois autour du scandale de Monsanto pris en flagrant délit de fraude scientifique, on va l'avoir dans 3 ans, dans 5 ans, dans 7 ans. Donc là, la position de la Commission européenne, comme aujourd'hui malheureusement la position de la France, est ininitible.
C'est si compliqué de l'interdire, Yannick Jadot ?
Non. Il faut avoir du courage politique. Il faut savoir s'affranchir de lobbies extrêmement puissants. Vous l'avez rappelé, Monsanto est une des plus grosses multinationales en matière de pesticides. En Allemagne, c'est Bayer. En France, on l'a vu, une manifestation de 100 céréaliers sur les Champs-Elysées. Et d'un seul coup, c'est la panique au sein du gouvernement. Il faut avoir du courage politique de dire, notre agriculture est dans une impasse, mais on met 10 milliards d'euros d'argent public sur l'agriculture française chaque année. Chaque Français contribue à hauteur de 130-140 euros par an à l'agriculture.
On peut au moins exiger que cet argent soutienne la transition de l'agriculture vers un modèle qui pollue moins. Et on sait qu'aujourd'hui, on a du glyphosate dans nos organismes, que c'est une saloperie, c'est un cancer. Il faut simplement du courage politique.
Et ce n'est pas si simple quand même pour les agriculteurs. Il y a beaucoup de témoignages depuis quelques jours de tous ceux qui essayent justement de revenir à une alternance des cultures, qui essayent de retrouver des méthodes de substitution. Ce n'est quand même pas si évident que ça.
Écoutez, on nous raconte beaucoup de bobards aussi sur cette affaire. L'agriculture n'est pas née sur les rives du Nil et de l'Euphrate avec le Roundup. 75%, les trois quarts du Roundup utilisés dans l'histoire, c'est sur les dix dernières années. Simplement sur les dix dernières années. Il ne m'a pas semblé qu'on ne cultivait pas des céréales ou d'autres choses il y a plus de dix ans. Simplement ce que ça veut dire, c'est qu'effectivement, plutôt que de prendre la solution de facilité, d'arroser les moissons juste avant qu'on récolte, pour tuer non plus les herbes nuisibles, mais pour tuer les céréales.
Vous avez des agriculteurs qui s'habillent, qui se recouvrent complètement avec des masques pour arroser des céréales juste avant qu'on les récolte et juste avant qu'on l'utilise dans nos petits déjeuners. Il suffit aussi de retourner un peu la terre entre deux moissons plutôt que d'arroser. Vous avez beaucoup d'agriculteurs aujourd'hui qui sont sortis aussi du Roundup pour protéger l'environnement, y compris pour recruter des jeunes dans les fermes. Donc franchement, ce n'est pas revenir à l'antiquité, c'est à la fois revenir à des pratiques qu'on avait il y a quelques années et puis s'inscrire dans des pratiques qui respectent l'environnement, qui respectent notre santé.
Tous les matins, vous avez un sujet sur les eaux qu'on boit sont très polluées. Vous avez un sujet sur 80% des insectes disparaissent à cause des pesticides. Franchement, il est temps d'avoir un peu de courage politique et c'est ce qu'on attend de Nicolas Hulot et d'Emmanuel Macron.
Un autre dossier du jour, puisqu'on parle de volonté et de courage politique, le CETA, l'accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada, le gouvernement français, l'accord a été signé à 90%. Le gouvernement français présente tout à l'heure un plan pour mieux l'encadrer. Vous y croyez, vous, au gouvernement qui mettrait le CETA sous surveillance ? Yannick Jadot ?
Un, c'est un engagement d'Emmanuel Macron. Dans sa campagne, il a dit, s'il y a un problème avec le climat et avec l'agriculture, et avec la santé, je le renégocierai. Ce que j'entends, c'est qu'il ne va plus le renégocier. Si c'est pour mettre des comités de suivi à tous les étages, des évaluations, des engagements, la main sur le cœur en disant la prochaine fois on fera mieux, tout ça c'est de la flûte. Il ne faut pas se raconter d'ici.
Pour vous, il est trop tard.
En revanche, non, non, la France peut parfaitement saisir la Cour européenne de justice, c'est ce qu'a fait la Belgique, pour regarder la conformité du CETA, cet accord de libre-échange, avec le droit européen, notamment sur le principe de précaution, notamment sur ces fameux tribunaux ou des entreprises, par exemple Monsanto, si on applique totalement le CETA, et bien Monsanto, si nous interdisons le glyphosate, pourra demander des milliards, des milliards d'euros à l'Union européenne pour l'interdiction du glyphosate et tous les bénéfices qu'ils ne feront pas en vendant du Roundup sur le marché européen.
Yannick Jadot, on va devoir s'arrêter là. Merci beaucoup d'avoir été en ligne avec nous depuis Strasbourg. Ce matin, je rappelle que vous êtes eurodéputé Europe Écologie, Les Verts, on va suivre bien entendu le vote de la commission aujourd'hui sur le glyphosate. Merci encore, bonne journée à vous. On peut réécouter l'interview sur franceinter.fr.
Yannick Jadot