Mathieu Darnaud : « Il faut des contrôles sur les prix des carburants pour éviter des dérapages »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Mathieu Darnot. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Sénateur à l'air de l'Ardèche, président du groupe Les Républicains. Ici au Sénat, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Fabrice Vesserudon du groupe Ébras, les journaux régionaux de l'Est de la France jusqu'à l'Ardèche.
Le don sous vous le verrez.
Exactement. Allez, on va parler des municipales et des conséquences politiques. Mais d'abord, l'actualité, ce sont ces déclarations de Roland Lescure hier. Le ministre de l'Économie, il évoque un nouveau choc pétrolier qui risque donc de peser sur la croissance. Mais pour le moment, pas de mesure générale qui concerne l'ensemble des Français, uniquement des mesures sectorielles. Est-ce qu'il faut prendre des mesures générales pour les Français ou est-ce qu'on n'a pas les moyens ?
Je crois qu'il faut déjà voir combien de temps ce conflit va durer. Il faut comprendre que le président américain avait dit qu'il y avait aujourd'hui des discussions, des négociations. Qu'adviendra-t-il de ces discussions ? J'ai la naïveté quand même de penser que ce conflit n'est pas fini. Et donc, il va falloir voir quelles sont les incidences sur, bien sûr, le coût des énergies. C'est un sujet que nous avons soulevé depuis un certain temps maintenant. D'ailleurs, la question de l'énergie dans son ensemble, c'est un sujet qui préoccupe notre groupe. Nous l'avons dit, notamment à l'occasion du budget.
Et puis, vous me permettrez quand même de dire un mot sur ce sujet parce que c'est important. Lors de l'examen du projet de loi de finances, nous n'avons cessé de dire qu'il fallait générer plus d'économies dans notre pays. Des économies pour ne pas entraver le pouvoir d'achat des Françaises et des Français, mais pour pouvoir aussi, le cas échéant, comme le font nos voisins européens, italiens, espagnols, allemands, prendre des mesures qui permettent de parer ce type de situation. Alors, encore une fois, attendons d'en savoir plus sur la durée du conflit.
Un mot quand même, si nous venions à baisser, notamment par rapport à l'assise, le coût des carburants de 10 centimes, comprendre que cela représente un effort budgétaire pour l'État de 5 milliards d'euros par an.
– Mais M. Darnot, c'est quand même un sujet, vous parlez des incidences de ce conflit. On y est déjà dans le dur, avec des prix carburants qui ont quand même explosé, il faut le dire. Vous êtes d'un département d'ailleurs où les transports en commun, ce ne sont pas les transports en commun de l'Île-de-France ou de la région lyonnaise. Je crois que vous êtes le seul département de France où il n'y a pas de train d'ailleurs. – Pas de train. – Si on pensait tous ces paramètres, pour les gens, pour le quotidien, les smicards qui prennent leur voiture, deux voitures parfois, ça a un coût.
– C'est un coût et c'est essentiel pour la vie, c'est essentiel pour le travail de nos concitoyens. On doit se déplacer et il n'y a pas à ce jour d'alternative crédible à la voiture. Donc l'essence, c'est un problème essentiel.
– Mais là, vous dites, comme Sébastien Lecornu, en gros, on n'a pas les moyens de faire la politique du chèque. – Je dis… – Là, vous êtes d'accord avec lui.
– La politique du chèque, je n'y suis pas favorable. Je pense que soit on prend des mesures sur l'assise, c'est-à-dire une baisse encadrée dans le temps, si le conflit vient à durer, la politique du chèque, on a vu qu'elle avait une efficacité limitée et qu'elle ne répondait pas, en tout état de cause, aux besoins des Françaises et des Français qui issus des territoires.
– Les socialistes qui demandent le chèque énergie, la sénatrice socialiste était juste avant vous, le chèque énergie, ce n'est pas une solution ?
– Mais on voit que ça a des incidences qui sont trop limitées et qui, en réalité, n'apportent pas de plus en matière de pouvoir d'achat ou en tout cas ne permettent pas de limiter durablement, pour une raison qui est très simple, c'est qu'on voit qu'il y a un usage qui est très différencié des Françaises et des Français de leur véhicule et donc des besoins en termes d'utilisation des carburants qui est largement différent.
– On a Roland Lescure qui évoque un nouveau choc pétrolier, puis on a le reste du gouvernement qui dit qu'il n'y a pas de problème de pénurie, qu'on peut compter sur nos réserves stratégiques, qu'il faut augmenter nos capacités de raffinage. Est-ce que vous y voyez clair ? Est-ce que vous allez demander des explications, des précisions cet après-midi à Sébastien Lecureux ?
– Nous allons demander des explications, nous allons surtout demander, encore une fois, je l'ai dit à plusieurs reprises ici même, que nous soyons éclairés sur ce type de situation par le gouvernement, qui est le gouvernement qui doit être celui qui nous éclaire, qui fixe la politique de la nation, y compris dans ce cas de figure…
– Ce matin, vous jugez que c'est flou encore ?
– Je considère qu'à part les annonces qui ont été faites hier par Annie Gennevar, notamment vis-à-vis des agriculteurs, et si j'ai pu le mesurer dans beaucoup de territoires dont le mien où il y a une urgence à agir, on attend d'avoir d'autres éléments, notamment pour parer aux conséquences de ce choc pétrolier.
– Un dernier mot sur les distributeurs, est-ce qu'il faut plus de coercition ? Ou est-ce qu'il faut continuer à privilégier le dialogue ?
– Ah, il faut du dialogue, mais il faut le cas échéant de la coercition, s'il y a des abus qui sont constatés.
– Vous pensez qu'il y a de l'enrichissement ?
– Écoutez, moi je ne pense rien, je vois les faits, et je pense qu'il faut avoir des contrôles, c'est évident, pour éviter justement qu'il y ait des dérapages, parce que je pense que la situation est suffisamment compliquée. Vous me permettrez d'ajouter juste un mot, quand on compare, attention aux comparaisons que l'on peut faire avec certains de nos voisins européens, si on compare avec nos voisins allemands, avant le conflit, le coût des carburants, le prix des carburants était supérieur en Allemagne d'environ 15 à 20 centimes d'euros par rapport à la France. Donc il faut vraiment regarder ce sujet, en ayant tous les éléments pour pouvoir avoir une analyse qui soit très claire.
– Alors on va parler des municipales et des conséquences politiques. Les Républicains qui restent la première force politique locale, plus de 57% des villes de plus de 9000 habitants, mais peu de grandes villes, des territoires grignotés par le Rassemblement national. Est-ce que ce n'est pas une victoire en trompe-l'œil ?
– C'est une victoire qui est très claire, une victoire, si je prends les chiffres du ministère de l'Intérieur, ce n'est pas l'interprétation ou la lecture de Mathieu D'Arnaud. Nous avons plus de la moitié des villes de 9000 habitants, celles qui sont comptabilisées par le ministère de l'Intérieur, qui seront demain dirigées par un maire LR ou des alliés d'hiver droite. Plus de 630 communes, très exactement. Donc ça, c'est implacable, c'est factuel, et aujourd'hui cela démontre un enracinement de notre famille politique et de nos alliés dans les territoires. Je crois que nous avons su répondre aux aspirations, aux attentes de nos concitoyens.
Ce chiffre est peut-être même un peu plus élevé, même si nous n'avons pas de données exactes du ministère de l'Intérieur pour les communes de moins de 9000 habitants. Après, il y a un constat sur les plus grandes villes, mais là aussi, il faut regarder l'ensemble des éléments. Nous n'avons pas gagné Paris, Lyon et Marseille. En revanche, nous sommes majoritaires sur les métropoles, notamment sur la métropole de Lyon, ce qui n'était pas le cas en 2020. Donc nous avons progressé, et on sait, qui plus est, que la métropole de Lyon est une collectivité aujourd'hui à part entière.
Donc cela donnera un poids considérable à la future présidente, à la future gouvernance pour pouvoir traiter des sujets.
Mais juste un mot, Paris, Lyon et Marseille, c'est quoi ? C'est un problème de la droite ? C'est un problème de candidat de mauvaise campagne ?
Non, je crois que c'est une question que nous devons aujourd'hui nous poser. comment arriver demain à reconquérir ? Si je regarde le cas lyonnais, on est très proche. Il y a moins d'un point qui...
Jean-Michel Hollas, il était donné 20 points devant un mois avant l'élection.
Oui, mais vous savez comme moi qu'il faut être très prudent vis-à-vis des enquêtes d'opinion.
Il n'a pas raté sa campagne ?
Et que l'on sait... Non, je pense qu'il y a un moment donné, il a fait un bien meilleur score que nous n'avions fait en 2020 à Lyon. Il y a une progression. Il faut continuer dans ce sens-là. Il faut continuer aussi à Paris, à Marseille. Je pense que c'est un des sujets qui doit nous interroger. Comment réaliser de meilleurs scores ? Comment arriver à compter dans ces grandes villes ?
Est-ce que la loi PLM a été une erreur ? Qui a modifié le mode de scrutin, rendant plus directe l'élection ?
Vous avez eu l'expression de notre groupe. Nous sommes opposés vertement à cette loi Paris-Lyon-Marseille pour des raisons qui nous paraissaient essentielles. Pour la bonne possibilité du scrutin...
On a entendu qu'elle serait favorable à Rachida Dati, par exemple.
La notion de proximité, pour moi, ça n'était pas une loi souhaitée ni souhaitable. On verra. Mais pour l'instant, je considère qu'en tout état de cause, ça n'a apporté absolument rien, y compris sur, comme je le disais, l'intelligibilité du scrutin.
Vous disiez au global, les scores vous sont favorables sur cette municipale. Sur les villes moyennes, ce n'est plus discutable. Il y a une érosion de la droite, quand même. On ne parle pas des grosses, vous venez de l'évoquer. Cette érosion, vous l'expliquez par quoi ? Qu'est-ce qui vous manque, là ? Ce sont les absensionnistes ? Est-ce que c'est des électeurs du RN qui vous ont quittés ?
Un mot quand même sur les villes moyennes. C'est là aussi où nous progressons, avec des villes emblématiques. Hermont-Ferrand, Besançon. C'est des villes historiquement socialistes que nous avons réussi à conquérir. Sur les 3 000 plus grosses... Je crois qu'il y a quand même un petit sujet qui est celui de la participation, qui concerne l'ensemble des formations politiques et bien sûr la nôtre. Je crois qu'il faut encore un peu plus assumer ce que nous sommes. Je crois que nous avons été au rendez-vous de plusieurs attentes de nos concitoyens, ce qui a permis ce succès.
Je pense notamment à la question de la sécurité, qui était la préoccupation numéro 1 pour 57% de nos concitoyens sur cette élection municipale. Donc nous avons eu des candidats qui ont largement investi ce sujet, qui ont fait des propositions très concrètes, qui ont permis justement de remporter ces communes. Après, bien sûr qu'il y a d'autres sujets sur lesquels il va falloir pouvoir demain être encore un peu plus présent pour pouvoir espérer conquérir de nouvelles communes et affirmer notre présence sur l'ensemble des territoires.
dans une petite fuite de vos électeurs qui se poursuivraient vers l'extrême droite ?
Écoutez, j'observe quand même que la percée du Rassemblement national, elle est très limitée. Aujourd'hui, au premier tour, puisqu'on juge du pourcentage d'adhésion, enfin de vote pour une formation, c'est le premier tour. Et aujourd'hui, au premier tour, le Rassemblement national qui a gagné 40 communes de plus de 9 000 réalise un peu moins de 4% des voix. Ça vous rassure ? Là, nous en sommes à 35. Ça vous rassure ? Ce n'est pas histoire de nous rassurer ou de nous inquiéter. Nous sommes tout à fait lucides. Je crois que nos concitoyens attendent de nos candidats des maires, bien sûr sur une lecture qui est territorialisée.
Ne nous trompons pas non plus, parce qu'il ne faudrait pas croire qu'une élection municipale réussie soit la garantie d'avoir une élection demain présidentielle qui se passe…
Non, mais surtout, vous dites que c'est limité, mais ils gagnent, ils se renforcent dans les territoires où ils étaient déjà présents, le Sud-Est, l'Occitanie, le Bassin minier, mais ils gagnent aussi une commune dans la Sarthe, en Alsace. Ils n'avaient pas de commune en Alsace. Est-ce que quand même, il y a une extension du Rassemblement national sur nos territoires ?
Il y a une progression qui est largement limitée et il nous appartient à nous de faire en sorte que demain, nous puissions stopper ces progressions. Et cela passe, encore une fois, par le fait d'assumer les propositions que nous avons faites et que nos candidats ont fait tout au long de cette campagne pour justement, demain, éviter que d'autres communes ne basculent dans les mains du Rassemblement national.
Est-ce que ça passe aussi par une clarification de votre ligne ? C'est ce que vous demandez hier, Gabriel Attal, est-ce qu'il faut clarifier la ligne DLR ? Qu'est-ce que vous lui dites ?
Notre ligne, elle est tout à fait claire et je pense qu'il n'y a aucune forme d'ambiguïté. Nous n'avons eu aucune porosité à aucun moment. Et les quelques rares exemples où il y a eu, et c'était des candidats qui n'appartenaient plus à notre famille politique, et pour ceux qui en ont eu la tentation, les choses ont été très claires. Je vous rappelle le sujet qu'il y a eu à Marseille, Marcine Vassal s'est maintenue, et aucun accord n'a pu être constaté. Nous avons été très clairs dans nos propositions, il n'y a pas de proposité, ni avec l'UDR, ni avec le Rassemblement national.
Mais quand vous avez hier matin Laurent Wauquiez, qui dit qu'il faut un candidat unique qui va d'Edouard Philippe à Sarah Knafow, est-ce que vous êtes d'accord avec ça ? Et est-ce que ça, ça n'entretient pas l'ambiguïté ?
Mais moi, je ne mets pas Sarah Knafow dans les possibles candidats à une primaire. D'ailleurs, y aura-t-il une primaire ? Ça, c'est une autre question.
Mais ça, on va en parler. Mais pour vous, s'il y a un candidat unique, ça ne doit pas aller d'Edouard Philippe à Sarah Knafow ?
Non, je suis clair là-dessus. Ça doit aller d'où ? Mais vous arrêtez où ? Surtout à droite ? À la famille politique que je représente ici, à savoir les Républicains.
Mais vous ne trouvez pas que ces propos, ils entretiennent l'ambiguïté ? Ces propos de Laurent Wauquiez ?
Écoutez, je suis désolé. Pour l'instant, c'est les propos de Laurent Wauquiez. Moi, je considère que sur ce point-là, les choses sont relativement claires. Elles ont été réévoquées hier en bureau politique. Donc, il n'y a pas d'ambiguïté pour moi.
Quand Bruno Retailleau, dans l'entre-deux-tours, ne soutient pas Christian Estrosi, membre d'Horizon, il y a Dominique Estrosi-Sasson sur sa liste, il a l'investiture DLR, ça n'entretient pas l'ambiguïté ? Vous les avez approuvés, ces propos ?
Le sujet… Non, mais j'ai dit très clairement, quand on a un accord, on doit le respecter. Mais Bruno Retailleau a eu l'occasion clairement de s'exprimer. Et il l'a bien redit, absolument pas appelé au vote d'Éric Ciotti. Et je crois qu'il a été très clair sur l'ensemble des points. Donc, je trouve que c'est un mauvais procès.
Comment ça a été perçu dans le groupe LR, cette déclaration de Bruno Retailleau ? Vous en avez reparlé hier à la réunion de groupe ?
Oui, c'est exprimé très clairement sur ce sujet-là. Il n'y a pas eu d'ambiguïté. Ces réserves étaient liées à des considérants locaux. Mais en aucun cas, il n'y a eu de remise en cause des accords que nous avions sur la ville de Nice comme ailleurs. Et les faits me donnent raison.
Fabrice ?
On poursuit sur les municipales. Sur le cas parisien, par exemple, cette ambiguïté avec l'extrême droite, enfin, Sarak Nafou en particulier, a quand même beaucoup coûté à Rachida Dati. À moins que l'échec soit lié à sa personnalité.
Mais sauf à ce que vous me démontriez qu'il y a eu une alliance entre Mme Dati et Mme Knafou. Je ne l'ai pas vue, alors vous m'apprendriez quelque chose. Il n'y a pas eu d'ambiguïté. D'ailleurs, l'alliance, elle a eu lieu entre la liste issue des rangs de M. Bournazel, d'Horizon et de Renaissance, et de Mme, la liste de Rachida Dati.
Oui, au Havre, Édouard Philippe réélu, plutôt bien. Est-ce que vous sentez que cette victoire le remet en selle pour 2027 ?
Écoutez, je ne vais pas commenter… C'est un ancien de la maison, vous le connaissez bien. Oui, d'accord, je ne vais pas commenter la candidature d'Édouard Philippe, qui par ailleurs est quelqu'un de qualité, quelqu'un qui assurément a des choses à dire aux Françaises et aux Français.
Il pourrait être votre candidat ?
Écoutez, nous n'en sommes pas là. Hier, nous avons eu un bureau politique. Il revient d'abord de consulter, comme c'était l'engagement, comme nos statuts nous y invitent, article 21, les militants, les adhérents de notre famille politique. Et je le dis très clairement, moi, je fais partie de ceux qui considèrent que notre famille politique, et finalement, l'un des enseignements qu'on peut tirer des municipales, c'est bien cela, c'est que notre famille politique, elle a une voix singulière sur des sujets comme le régalien, sur des sujets budgétaires, sur beaucoup, beaucoup de sujets qui concernent la vie quotidienne de nos concitoyens, mais plus généralement, les enjeux nationaux.
Moi, je considère que nous devons avoir un candidat issu de nos rangs. Viendra le temps où il faudra discuter avec nos autres partenaires, et moi, je crois en notre famille politique, je crois en sa voix singulière, je crois en propositions que nous allons faire.
Si vous regardez l'actualité législative, si vous regardez des sujets importants, qui concernent notamment la sécurité, je pense aux questions liées au narcotrafic, je pense aux questions de la sécurité du quotidien, aux questions comme l'entrisme, aux questions économiques, à beaucoup de sujets aux questions agricoles, je crois que nous sommes une des familles politiques, peut-être la famille politique, qui a fait le plus de propositions, permis de voter le plus grand nombre de textes. Je ne vois pas pourquoi demain, nous n'aurions pas un candidat qui porte cette voix à l'élection présidentielle.
jusqu'au bout, jusqu'en 2027 ?
Je le dis parce que l'élection présidentielle, c'est la mère des batailles, c'est l'élection suprême. Et je crois qu'une famille politique, elle a vocation, si elle veut continuer à exister, à perdurer, à avoir un candidat qui porte sa voix.
Mais est-ce que le bloc central a les moyens de se diviser ?
Moi, je pense qu'à la fin des fins, il faudra qu'il y ait un candidat. C'est évident si on veut se qualifier au second tour. Pour l'instant, moi, je défends un candidat à l'air. Et j'espère, et j'espère que ce candidat à l'air. Est-ce que par la suite, vous pourriez vous ranger
derrière Edouard Philippe, derrière Gabriel Attal, derrière Gérald Marmanin ?
La politique, c'est aussi des propositions, c'est aussi un programme, et ce n'est pas anticiper, ce n'est pas faire déjà des accords ou engager des discussions sans savoir ce que pensent les autres personnes. Moi, je ne sais pas ce que proposera M. Attal, je le dis très clairement.
M. Attal, il propose des discussions déjà.
Oui, mais d'accord, mais les discussions sur quelle base, avec quel programme ? Moi, encore une fois, je sais ce que pense notre famille politique, je sais ce que pense quelqu'un comme Bruno Retailleau, je ne sais pas très clairement ce que pense M. Attal, quel sera son programme, ni même M. Philippe, même si je devine certaines de ses propositions. Il a déjà commencé à les ébaucher largement. Moi, je pense que, et c'est important, encore une fois, je le redis, que notre famille politique, qui vient de gagner les élections municipales, puisse faire entendre sa voix, puisse avoir un programme qui soit porté, incarné, et c'est pour ça que…
Mais juste de quelle manière ? Est-ce que vous êtes plutôt primaire ouverte, primaire fermée ou choix de Bruno Retailleau ? Puisque c'est désormais l'alternative.
Écoutez, ça, c'est aux militants clairement d'en décider. Moi, je pense que je ne suis pas un adepte de la primaire, vous l'aurez compris. Vous êtes plutôt choix de Bruno Retailleau. Donc, clairement, je pense qu'à un moment donné, on doit avoir une voix qui soit portée par celui qui incarne notre famille politique. Ce serait moins douloureux ? C'est-à-dire ?
– C'est-à-dire qu'on voit bien que vous avez quand même un choix énorme à droite en termes de candidature, bien plus encore que les autres sur l'échec qui est politique. Ça réglerait le problème ?
– Non, mais ça, c'est une richesse. Pardon, je le dis très clairement, ça, c'est une richesse d'avoir beaucoup de candidats… – Qui peut être mortifère aussi, voire franticide. – Qui peut être mortifère, c'est pour ça que je ne suis pas un farouche partisan des primaires. Après, je suis très clair, s'il doit y avoir, si c'est le seul moyen d'arriver à pouvoir départager, pourquoi pas ? Mais il reviendra alors aux uns et aux autres d'en discuter.
– Combien s'est passé le bureau politique hier ? Parce qu'il n'y a pas eu de totale unanimité sur cette récession ?
– Quasiment, il y a eu quasiment et puis je crois que c'était… – C'était quoi les voies divergentes ? – C'était un engagement, il y a eu moins de cinq voies divergentes. – Mais qui disaient quoi ? – Je pense qu'ils souhaitaient qu'on aille plutôt sur une primaire ouverte dès maintenant.
– Comme David Lysnard par exemple ?
– Comme David Lysnard, mais je respecte tout à fait ce choix. Et puis, bureau politique, c'est aussi l'expression d'une pluralité de visions qui est tout à fait respectable. Ça n'est pas nécessairement la mienne. En revanche, moi je fais partie, comme je viens de vous le dire, de ceux qui pensent que l'aspect programmatique… Vous savez, les Français, quand ils nous regardent, on n'est pas dans un concours qui vise à opposer ou à départager des personnalités. Ils veulent que ces personnalités, elles s'engagent sur un programme, qu'elles répondent à leurs problèmes du quotidien.
C'est-à-dire qu'on traite de la sécurité, qu'on traite des problèmes économiques de notre pays, qu'on traite des questions de la dette, du pouvoir d'achat, des questions de mobilité. C'est ça qui intéresse les Françaises et les Français. Et si nous ne sommes pas, nous les Républicains, en capacité d'apporter des solutions, alors quel est notre avenir ? Je le dis très clairement.
– Avant la présidentielle, il y a des sénatoriales. En septembre, la moitié du Sénat sera renouvelée, 130 sénateurs dans votre groupe à l'heure actuelle. J'imagine que vous avez sorti les calculettes depuis le 15 mars. Combien après les sénatoriales ?
– C'est très difficile de le dire parce qu'on n'est pas que sur des considérants politiques. Il y a aussi des considérants locaux. Ce qu'on peut dire, c'est que la séquence municipale nous conforte plutôt, là où nous aurions dû vraisemblablement perdre un certain nombre de sénatrices et de sénateurs si on regardait les projections.
– Elles ne vous confortent pas partout dans les actes maritimes ? – J'ai bon espoir. – Par exemple, vous avez cinq sénateurs. Vous pensez sortir avec…
– Bien sûr, mais typiquement, nous redoutions la perte d'une commune comme Toulon, d'une grande ville comme Toulon, ça n'a pas été le cas. Avignon a basculé. Nous avons, dans des territoires où nous pensions perdre un certain nombre de sièges, la capacité à stopper une éventuelle hémorragie.
– Donc ça s'équilibrera ? Vous resterez à peu près dans le même étiage pour vous ?
– Je l'espère. Nous perdrons peut-être quelques sénatrices et sénateurs, mais nous ferons tout pour que cette perte soit la plus limitée possible.
– Est-ce que vous craignez aussi de perdre des sénateurs, pas seulement dans les urnes, mais parce qu'il y aura probablement la création d'un groupe RN et des sénateurs de chez vous qui seront tentés de le rejoindre ?
– Nous verrons. On fera tout pour que ce ne soit pas le cas.
– Vous allez convaincre de rester ?
– Écoutez, d'abord, on s'adresse à celles et ceux qui sont grands électeurs. Dans les grands électeurs, vous avez des élus qui sont élus dans des communes de moins de 500 habitants dont les considérants ne sont pas nécessairement les mêmes que dans des villes de plus de 100 000 habitants. L'élection sénatoriale, c'est aussi cela. Cela nécessite d'avoir un regard approfondi sur des situations qui, comme je vous le disais, ne procèdent pas uniquement d'une lecture partisane ou politique. Je pense que beaucoup de collègues sénatrices et sénateurs nous le rapportent et nous le disent.
Les élus de leur territoire, ils veulent aussi que ceux qui les représentent puissent traiter leurs problématiques d'élus du quotidien.
Je reviens aux Alpes-Maritimes parce que c'est un cas assez emblématique. Vous avez la totalité des sénateurs du département qui avez perdu.
Il y a fort à parier que la perte de la ville de Nice est une incidence sur les élections sénatoriales. Il y aura d'autres endroits où nous espérons gagner des sénatrices et des sénateurs. C'est pour ça que j'espère et nous ferons tout pour que les pertes soient compensées par dégâts.
Vous les dites combien ? Deux, trois ?
Pour l'instant, c'est trop tôt pour le dire parce que comme vous le dites fort justement, dans ce département-là, il y a eu d'autres élections municipales que la ville de Nice.
Un dernier mot sur un sujet parlementaire puisqu'on a appris hier que les taxes fin de vie qui auraient dû être examinées la semaine prochaine au Sénat seront finalement reportées au mois de mai. Est-ce que vous approuvez ce report et est-ce que vous souhaitez qu'il soit examiné avant l'été où vous dites qu'il vaut mieux attendre la fin des sénatoriales ? Les deux collègues rapporteurs
On a fait une tribune lundi chez un de vos confrères, le Figaro, pour dénoncer justement les conditions d'examen de ce texte. Et je crois que, que l'on soit pour ou contre, quelle que soit la position, on peut regretter les conditions de travail sur un texte aussi important. Un texte quand même qui a un virage anthropologique, un texte sociétal, un texte qui nécessite qu'on puisse travailler dans des conditions apaisées, que l'on puisse entendre réauditionner celles et ceux qui le souhaitent. Nous avoir inscrit initialement ce texte au sortir de la coupure pour les élections municipales quand on est au Sénat, vous en conviendrez, ce n'était peut-être pas le meilleur calendrier.
On a demandé clairement au gouvernement qu'on puisse avoir de meilleures conditions de travail. Je crois vraiment que le sujet le nécessite.
Dernière question, Fabrice ?
Oui, qui est assez personnel, Mathieu Darnot, si vous me permettez. Vous êtes de plus en plus perçu comme un futur président de Sénat. Et je me demandais si le poste vous plairait ?
Écoutez, moi je suis président du groupe. Croyez-moi, dans la période, c'est une tâche qui nécessite beaucoup d'investissement. Je suis très attaché à mon département de l'Ardèche. J'y passe beaucoup de temps.
Ils seraient très heureux de vous avoir comme président du Sénat.
Non, mais écoutez, la question ne se pose pas. Nous avons un excellent président du Sénat avec qui je m'entends et avec qui nous travaillons avec confiance, complicité. Moi j'aspire à ce qu'il reste, c'est qu'il demeure président du Sénat le plus longtemps possible pour l'institution.
Moi, je prends part au quotidien à faire en sorte que notre groupe puisse, notamment par rapport à ce que vous disiez à l'instant, faire en sorte que le calendrier législatif puisse aussi répondre aux aspirations des Françaises et des Français qui, je vous le dis, parce que j'étais candidat au municipal et je me suis livré à un exercice que j'adore, c'est-à-dire le porte-à-porte, pour écouter, pour prendre un peu le pouls des territoires. Et j'ai perçu chez certains de nos concitoyens quelques critiques par rapport au fait que le Parlement dans cette période pourrait examiner des textes qui ont un peu plus de souffle qui permettraient de répondre à leur attente.
Voyez, moi je pense qu'aujourd'hui, ma mission c'est celle-là, c'est de faire en sorte que les textes qui seront proposés par notre groupe politique puissent être des textes utiles pour le pays.
Merci beaucoup Mathieu Arnaud d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Publix Sénat.
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Mathieu Darnaud