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interviewBFM TV (sur YouTube)· 3 décembre 2023 26 min

Attaque à Paris: l'interview intégrale du préfet de police de Paris, Laurent Nuñez

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonsoir Laurent Nunez. Bonsoir. Merci beaucoup d'être l'invité de CEPA tous les jours dimanche ce soir. Vous êtes préfet de police de Paris. On va revenir avec vous sur les faits, bien évidemment sur le profil de l'assaillant et les zones d'ombre qu'il peut y avoir quant à son suivi, que ce soit la sortie de prison et son suivi psychiatrique. Mais d'abord une question, l'assaillant présumé est toujours en garde à vue au moment où l'on se parle auprès de la section antiterroriste de la brigade criminelle de Paris. Est-ce que vous avez des informations sur la façon dont se passe cette garde à vue ? Est-ce qu'il est coopératif ? Est-ce qu'il répond aux questions des enquêteurs ?

0:31
Laurent Nuñez

Je vous confirme qu'il est effectivement en garde à vue à la section antiterroriste de la brigade criminelle de la préfecture de police, qui est un des services judiciaires, qui est saisi avec la Direction Générale de la Sécurité Intérieure. Il y a deux services qui ont été saisis par le PNAT dans cette affaire. Vous comprendrez que je ne peux pas en dire plus. Le procureur national antiterroriste d'ailleurs doit s'exprimer. Tout ça relève vraiment de sa compétence. Je crois qu'il faut respecter la séparation des pouvoirs, les attributions des uns et des autres.

1:00
Présentateur

Bien sûr. Une question juste sur ces gardes à vue. On a appris qu'il y avait trois autres personnes qui étaient en garde à vue, notamment les parents. Est-ce qu'il faut y voir une suspicion d'éventuelle complicité ? Ou vous qui connaissez parfaitement tous ces sujets-là, c'est au fond quelque chose d'assez, non pas traditionnel, mais d'usage quand il y a des affaires terroristes, d'aller interroger les proches et notamment ceux de la cellule familiale. Là, en l'espèce, les parents sont en garde à vue.

1:27
Laurent Nuñez

Oui, c'est l'usage évidemment. Quand il y a une attaque terroriste, les enquêteurs sous l'autorité du PNAT évidemment auditionnent les personnes de l'entourage et font tout un tas d'investigations techniques immédiatement. Et c'est ce qui est en cours actuellement. Mais encore une fois, j'insiste, sous l'autorité du PNAT, qui s'est saisie d'hier soir compte tenu du déroulement des faits et de la façon dont a été caractérisé l'auteur assez rapidement.

1:50
Présentateur

Et je rappelle que vous pourrez suivre à 19h30 la conférence de presse du procureur national antiterroriste. Laurent Nunez, revenons, si vous le voulez bien, sur la soirée d'hier. Et les faits, les policiers ont réussi à interpeller avec un taser l'assaillant, alors même qu'il disait, ce qui n'était pas vrai, qu'il avait un gilet explosif. Donc, souligner le courage de ces policiers, c'est une arrestation exemplaire. Parfois, souvent, les terroristes sont neutralisés, comme on dit, tués. Là, ça n'a pas été le cas. C'est quelque chose à souligner ?

2:21
Laurent Nuñez

Oui, non, bien sûr. D'abord, évidemment, je veux avoir une pensée pour la victime de cet attentat terroriste, puisque c'est bien un attentat terroriste dont il s'agit. Une pensée, évidemment, pour cette victime et ses proches, dont son ami qui assistait aux faits, en fait, qui l'accompagnait. Et puis, vous avez raison de le souligner, Benjamin Duhamel, on a eu une intervention des policiers qui a été remarquable. Elle s'est faite très vite. On a eu un appel police-secours au numéro 17 d'une agression sur le pont sur Bireyquem. Et assez rapidement, enfin, en quelques minutes, les policiers sont arrivés sur place et ont pu identifier l'auteur, l'isoler et le prendre en compte.

Alors, effectivement, il a été interpellé après usage du taser. Il aurait pu avoir d'ailleurs usage de l'arme administrative. Les conditions juridiques de la loi de 2017 étaient réunies. On s'inscrivait bien dans le cadre d'un périple meurtrier. C'est ce qu'on entendait, évidemment, sur les ondes. Et les policiers sont intervenus courageusement, avec beaucoup de sang-froid. Et un des policiers a fait usage à deux reprises de son taser pour pouvoir neutraliser l'individu et pouvoir l'interpeller. D'ailleurs, le ministre de l'Intérieur, qui était sur place hier soir, a pu rencontrer également ces policiers et évidemment les féliciter pour leur intervention.

Au total, ils ont été une dizaine à être impliqués dans l'opération d'interpellation, dont quatre qui ont été directement au contact et tout de suite au contact. Et vraiment, il faut saluer leur courage, leur détermination. Mais c'est aussi l'occasion de rappeler que tous nos policiers en France, partout en France, pas qu'à Paris, partout sur le territoire national, ils sont formés et préparés à ce genre d'intervention dans un contexte de menaces terroristes très élevé.

3:53
Présentateur

Est-ce que vous avez pu échanger ? Parce que, selon nos informations, ce qui a frappé les policiers, c'est la froide détermination de l'assaillant face auquel ils étaient. Qu'est-ce qu'ils nous ont raconté ?

4:04
Laurent Nuñez

Oui, c'est ce que les policiers... Alors, d'abord, les policiers, c'est ce qu'ils nous ont raconté, au ministre et à moi, évidemment, puisqu'on a pu discuter avec eux. Puis ensuite, ça devient des éléments de la procédure judiciaire, tout ça.

Mais effectivement, de ce qu'ils nous disaient, de ce qu'ils avaient entendu de l'auteur, ils ne faisaient guère de doute que le procureur national antiterroriste allait se saisir très vite par le fait qu'il ait crié plusieurs fois à l'Akbar, y compris quand les policiers étaient au contact, le fait, évidemment, qu'il ait tué quelqu'un et le fait que, très rapidement, aux enquêteurs, il a indiqué avoir tourné une vidéo d'allégeance, il a motivé son acte par rapport à ce qui se passait un peu partout dans le monde sur des théâtres ou des théâtres de conflits, l'Afghanistan, le Mali, et puis ce qui se passe actuellement en Palestine, à Gaza.

Donc, assez rapidement, on a vite compris que tout ce dossier allait basculer sous la compétence du PNAT, et donc maintenant, voilà, c'est le PNAT qui s'exprimera et qui en dira plus, mais encore une fois, bravo aux policiers, bravo aux policiers pour leur courage et leur détermination, et on a eu vraiment l'occasion avec le ministre de les saluer chaleureusement parce qu'ils sont intervenus très vite et ils ont empêché que ce périple ne se poursuive.

5:06
Présentateur

Je voudrais qu'on revienne, Laurent Nunes, sur le profil de l'assaillant. On en a beaucoup parlé aujourd'hui, en donnant un certain nombre d'éléments, le fait qu'il était fiché S, sa condamnation, et le fait qu'il ait son séjour en prison essayant de ce que vous savez de lui.

5:24
Laurent Nuñez

Encore une fois, c'est le PNAT qui le dira, mais nous, effectivement, hier, dès qu'il a été interpellé, on avait évidemment la mention qu'il était connu, fiché S, suivi par les services de renseignement, mais dans le même temps qu'il avait un profil psy, psychiatré avec des troubles psychiatriques, donc le procureur s'exprimera là-dessus, ce sont toujours les individus qui sont les plus difficiles à suivre parce que c'était évoqué à l'instant, vous l'évoquiez à l'instant avec Marc Trévidic, il y a un certain nombre de mesures qui doivent être prises qui ne relèvent d'ailleurs pas forcément toujours des services de renseignement, qui font intervenir des médecins, qui font intervenir des juges des libertés, que généralement, évidemment, les services saisissent.

Ce sont toujours des profils qui sont les plus compliqués à suivre parce qu'à la fois, vous avez ce fond de radicalisation et puis vous avez ces troubles psychiatriques qui viennent parfois brouiller les cartes et qui rendent l'analyse des services de renseignement plus difficile. Ce sont, là je parle un peu d'expérience par rapport à mon expérience passée, à la fois des GSI et des coordonnateurs nationaux du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Ce sont les profils qui sont les plus difficiles à cerner et à suivre. Et on va revenir dans un instant sur... Mais pour toi, on le fait, j'insiste, on le fait. Et on va revenir dans un instant sur cette question du...

C'est parce qu'un individu souffre de troubles psychiatriques qu'il n'est pas suivi par les services.

6:35
Présentateur

Bien sûr, et on va revenir dans un instant sur cette question et notamment sur les soins qui ont été faits ou pas, mais juste pour rester sur le profil, même si bien sûr le procureur s'exprimait dans quelques instants, il y a un flou sur sa nationalité. Est-ce qu'il est... Le ministre de l'Intérieur a dit « Français né en France ». On a pu voir à d'autres endroits lire qu'il était franco-iranien.

6:54
Laurent Nuñez

Non, non, je n'ai pas d'informations là sur ce point. Je l'ai vu comme vous dans la presse. Moi, ce que je peux vous dire, c'est qu'il est certainement français et qu'il est né en France. Voilà, il n'y a aucune ambiguïté là-dessus. Mais j'ai vu comme vous dans la presse... Pas d'informations sur cette... Je n'ai pas d'informations complémentaires là-dessus, mais il est bien né en France et français. Désinformations en ce sens, mais vraiment, c'est le procureur qui le dit. Bien sûr.

7:19
Présentateur

Fiché S, condamné à 2018 à 5 ans de prison. Il sort en 2020 et l'on apprend qu'il a eu d'autres contacts avec des terroristes. Celui de Magnanville, Larossiabala, de Saint-Etienne-du-Rouvray, Adèle Kermiche, avec également l'assassin de Samuel Paty, Abdoulak Andzorov, quelques semaines avant qu'il passe à l'acte. Au fond, ce que cela dit, c'est que ce n'est pas l'expression que certains utilisent, un loup solitaire ou un autoradicalisé. C'est la preuve que là, vous avez affaire à quelqu'un qui fait partie d'une sorte de djihadosphère s'il est Fiché S et O, F, S, P, R, T. C'est ce que dit ce profil-là.

7:54
Laurent Nuñez

Le fait d'avoir des contacts en soi ne veut pas dire que vous vous inscriviez dans un groupe terroriste manipulé. Si cette information est exacte, encore une fois, comme vous, j'ai vu certaines fuites de presse qui indiquent qu'il a pu avoir des contacts avec un environnement assez radicalisé. Ce n'est pas pour autant qu'on peut avoir un groupe constitué que ces personnes l'aient incité à passer à l'action. C'est vraiment l'enquête qui le déterminera.

8:18
Présentateur

Vous comprenez que ceux qui nous regardent avec ces éléments puissent se dire que quelqu'un qui était donc Fiché S, qui a fait 4 ans de prison, qui avait voulu commettre un attentat, c'était la raison pour laquelle il avait été condamné, se demande ce que cet individu faisait dehors.

8:33
Laurent Nuñez

D'abord, plusieurs choses. Là-dessus, plusieurs choses. Je comprends évidemment parfaitement les questions qui se posent et elles sont légitimes. Je veux quand même rappeler que depuis 2017, les services de renseignement travaillent de manière beaucoup plus structurée, beaucoup plus coordonnée que par le passé avec un chef de file, c'est clair, c'est précis, c'est la DGSI pour la partie renseignement. Pour la partie judiciaire, maintenant, on a un parquet national antiterroriste. Il y a des rôles qui sont clairement établis, des collaborations renforcées entre les services. Il faut aussi que vos téléspectateurs intègrent bien le fait que ce dispositif permet de déjouer de nombreux attentats.

Et sans même parler d'attentats déjoués, permet de détecter beaucoup de profils qui sont ensuite neutralisés ici parce qu'on fait une visite domiciliaire parce qu'on met en place les fameuses mesures administratives, les MICAS, dont vous parliez à l'instant avec M. Trébidic. Il ne faut pas être suffisante. Il faut bien avoir ça en tête. Les services font un travail remarquable et on a plus de 40 attentats qui ont quand même été déjoués.

Évidemment, après, les questions sont légitimes et c'est l'enquête qui permettra de déterminer comment le suivi de cet individu, je ne parle pas du suivi physique, il n'y a pas que des suivis physiques, c'est évidemment, heureusement, mais des suivis techniques, comment cet individu a évolué, comment, si ces troubles psychiatriques sont confirmés, comment ils ont été appréhendés, comment ils ont été mesurés, est-ce qu'un caractère de dangerosité avait été établi ou pas ? Tout ça, c'est l'enquête qui va le révéler. Mais encore une fois, quand on a un profil psychiatrique, les choses sont toujours beaucoup plus compliquées.

9:58
Présentateur

Mais, en l'état de ce que vous voyez, est-ce que vous pouvez dire qu'il n'y a eu aucune défaillance ?

10:03
Laurent Nuñez

Ah non, moi je ne dirai pas ça, c'est l'enquête qui le révélera. Ce que je veux dire, c'est que, évidemment, quand il y a un attentat, pour les services de renseignement, c'est toujours quelque part un échec, chaque fois qu'il y a un attentat. Et je peux vous dire, moi je connais bien les services de renseignement, pour les services, c'est toujours quelque chose de dramatique quand un attentat survient, évidemment. Mais, il faudra bien voir le déroulé de l'enquête, voir les actes, les mesures qui ont été prises. Voilà, le PNAT fera toute la lumière sur cette affaire.

Mais je veux insister, et c'est aussi mon rôle en tant qu'ancien patron d'un service de renseignement et d'ancien coordonnateur national du renseignement et de la lutte antiterroriste, de bien dire que les choses depuis 2017 ont significativement évolué. On ne peut pas dire que rien n'est fait sur le sujet. Au contraire, on a beaucoup renforcé nos dispositifs de collaboration entre les services. En tout cas, cette collaboration est bien plus forte qu'elle ne l'était avant. Et on a essayé de limiter au maximum les trous dans la raquette. Et on continue de le faire. Et on continue de le faire.

11:03
Présentateur

Laurent Nunez, je vous donne un exemple d'une information BFM TV que l'on a pu révéler il y a quelques instants. On a appris que la DGSI, en octobre 2020, avait demandé une visite domiciliaire. Il était sorti de prison en mars 2020 et qu'elle avait été refusée par le JLD, le juge des libertés et de la détention. Est-ce que ça, typiquement, c'est quelque chose qui caractérise une sorte de sous-estimation de la menace que pouvait représenter cet individu ?

11:28
Laurent Nuñez

Alors là, je n'ai pas cette information. Je la prends tel que vous le dites. Mais étant en ancien des services, j'ai connu effectivement quand on fait une visite domiciliaire, il faut que vos téléspectateurs comprennent bien, la visite domiciliaire, c'est quand on va à 6h du matin chez un individu dont on pense qu'il constitue une menace, on va chez lui, c'est une forme de perquisition, donc autorisée par un juge, effectivement, par un magistrat, et qui nous permet d'accéder au domicile, de prendre ses téléphones, ses ordinateurs, y compris même après une seconde autorisation d'un juge de les exploiter pour vérifier la réalité de la menace.

Si ce que vous dites est exact, ça veut donc dire qu'un juge a considéré que cet individu, au moment où la demande a été faite, finalement, ne constituait pas une menace. Et j'entendais ce que disait Marc Trévidic à l'instant. Il a peut-être mal apprécié la dangerosité. J'entendais ce que disait Marc Trévidic à l'instant, ça dépend de ce qu'on lui donne au juge. Moi, je peux vous dire qu'en tant qu'ancien DGSI, des visites domiciliaires, j'en ai demandé, j'en ai demandé beaucoup même, et d'ailleurs, le ministre de l'Intérieur demande d'en faire énormément, et il a parfaitement raison. Généralement, on donne tout au magistrat.

Bon, ça veut dire qu'à ce moment-là, si cette information est exacte, encore une fois, moi, j'attends ce que va dire le PNAT, mais ça veut dire qu'il y a un magistrat qui a considéré à ce moment-là que cet individu ne constituait pas forcément une menace.

12:42
Présentateur

On va parler dans un instant du suivi psychiatrique. Est-ce que ce qui a pu rendre difficile ce suivi, c'est, on en parlait il y a quelques instants avec Marc Trévidic, la stratégie de dissimulation présumée de cette assaillance qu'on appelle la taquilla ? Au fond, on a vu notamment, c'est assez singulier, le fait qu'il avait, en sortant une fois sorti de prison, il avait dénoncé ce qui crie à l'islamophobie pour se positionner en victime, ce qui est pour le moins paradoxal et singulier quand on voit comment a terminé son périple meurtrier hier soir. Est-ce que ça, ça a pu jouer aussi dans cette difficulté à estimer la menace ?

13:14
Laurent Nuñez

Peut-être. Alors encore une fois, je mets de côté cette affaire dont je n'ai pas parlé, mais pour avoir connaissance des cas où on est confronté à des individus radicalisés qui souffrent de troubles psychiatriques, la balle n'est pas que dans le camp des services de renseignement. À un moment, il faut saisir un médecin, peut-être essayer d'obtenir une injonction de soins, essayer d'obtenir une analyse de psy, et les services de renseignement n'ont pas toujours la possibilité de l'obtenir aussi facilement que ça. Et puis ensuite, il faut que cette analyse soit cohérente et qu'elle nous éclaire sur ce qu'est l'individu.

C'est-à-dire, est-ce que ce qu'il emporte dans son profil, c'est la prégnance de troubles psychiatriques ou est-ce qu'il y a d'abord une radicalisation et avec un substrat de troubles psychiatriques ? Et pour nous, ce n'est pas toujours facile à déterminer, mais c'est très important. Par contre, ce diagnostic est fondamental dans les mesures de suivi qui vont être mises en œuvre de l'individu en termes de lutte antiterroriste.

14:06
Présentateur

Vous parlez avec beaucoup de prudence, mais si j'essaye de, non pas de traduire, mais de comprendre ce que vous dites, c'est qu'au fond, s'il y a eu dysfonctionnement ou mésestimation de la menace, elle peut venir de la façon dont le suivi psychiatrique a été fait. Et là, je vais vous soumettre encore une fois les informations des FMTV qui ont été révélées cet après-midi. L'assaillant arrête son traitement médicamenteux en mars 2022. Six mois plus tard, le juge de l'application des peines ordonne une injonction de soins qui n'est pas suivie, notamment parce que le médecin coordonnateur ne conclut pas à la nécessité de reprendre un suivi.

Est-ce que ça, c'est quelque chose qui peut interpeller et a pu conduire à ce qu'il y ait le passage à l'acte que l'on a vu hier soir ?

14:45
Laurent Nuñez

Alors encore une fois, moi je n'ai pas ces informations, mais oui, typiquement, dans le suivi d'individus qui souffrent de troubles de psy, les services peuvent être confrontés à ce genre de difficultés, c'est-à-dire qu'on a bien une injonction de soins qui d'ailleurs parfois est même judiciaire, elle est même judiciaire et elle peut ne pas être suivie d'effets, effectivement. Et donc, vous avez une information qui va manquer pour les services de renseignement, notamment les services principalement ceux du ministère de l'Intérieur, vous avez une information qui va leur manquer en renseignement pour dresser un profil complet exhaustif de l'individu.

Je ne sais pas ce qui s'est passé dans cette affaire, mais ça peut arriver, en tout cas moi je l'ai vécu où on avait du mal à obtenir des analyses

15:23
Présentateur

psychiatriques. Et dans ce cas-là, il n'y a pas moyen de contraindre une personne aussi dangereuse, en tout cas avec

15:28
Laurent Nuñez

une présomption de dangerosité ? En droit, actuellement, il n'y a pas de moyen de contraindre cet individu. En tout cas, les services de renseignement n'ont pas cette mesure à disposition.

15:38
Présentateur

Je fais le bilan avant d'aller sur les questions de sécurité plus généralement et de la menace terroriste. Si on met côte à côte tout ce que vous nous avez dit là, du mal à comprendre comment cette personne a pu ne pas être traité pour les troubles qu'il présente visiblement, la fiche S, la sortie de prison, est-ce qu'il y a quelque chose qui s'est mal passé ? Est-ce que par exemple, dans le suivi qui est fait par la DGSI en sortie de prison, est-ce que ce suivi, il est suffisant pour ceux qui sortent de prison et qui peuvent représenter une dangerosité et passer à l'acte ?

16:12
Laurent Nuñez

D'abord, je vous redis que quand il y a un attentat, c'est toujours un échec. Donc, que les choses soient claires. Après, il faut utiliser de comprendre pourquoi et que ça ne se reproduise pas. C'est ce qui est plus important pour nous. Et là, les sortants de prison sont suivis de manière systématique, surtout quand ils ont été condamnés pour des faits de terrorisme, comme c'était le cas de cet individu, de ce que je comprends. Ils sont suivis systématiquement. Mais j'insiste sur un point. Ce suivi systématique n'existait pas avant 2017. Donc, il faut aussi, à un moment, remettre un peu l'église au milieu du village. Nous faisons beaucoup de choses.

Ce qui s'est passé hier montre qu'il faut faire encore plus de choses, mais on ne peut pas dire que rien n'est fait. Et le ministre insiste beaucoup là-dessus. Les sortants de prison, surtout ceux qui ont été condamnés pour des faits de terrorisme, font l'objet d'un suivi très... Un suivi... On verra si cet individu en a fait l'objet. Mais de ce que je comprends, oui. Ça veut dire qu'il y a des micas qui le concernent. Il y a des mesures administratives. Il y a des mesures de suivi qui sont judiciaires, qui sont décidées par le magistrat. Et ces individus ne sont pas lâchés dans la nature comme ça. Ils sont bien suivis et judiciairement et par les services de renseignement.

Et j'insiste, ça n'existait pas forcément il y a encore quelques années.

17:19
Présentateur

Mais Laurent Nunez, vous avez par exemple le président du Rassemblement national ce matin qui dit qu'il faut de la rétention de sûreté pour ces individus-là qui peuvent représenter une forme de dangerosité.

17:27
Laurent Nuñez

Oui, de la rétention de sûreté. Alors, je n'ai pas à me prononcer sur une proposition faite par un responsable politique. Non, mais ce n'est pas pour le coup de mon état de la politique. C'est sur la... Non, mais il faut forcément modifier la loi. Et ça veut dire qu'on aurait des individus qui seraient privés de leur liberté après avoir purgé leur peine au regard d'un critère de dangerosité qui de toute façon serait établi par les services de renseignement. Et c'est déjà ce que nous faisons. Ça veut dire que cette mesure, si elle était mise en œuvre, elle serait systématique. Elle serait très attentatoire aux libertés. Il y a aussi un cadre juridique. Il y a aussi un cadre juridique.

Il y a une constitution. Il y a des principes fondamentaux qu'il faut respecter. Voilà. Moi, je n'ai pas d'avis sur cette mesure, mais il faut qu'elle vole juridiquement. Ce n'est pas évident.

18:06
Présentateur

Alors, attendez. Juste parce qu'on a des images en direct de cette réunion qui a lieu en ce moment à Matignon autour d'Elisabeth Borne. On peut y voir le ministre de l'Intérieur, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, pour faire le point précisément sur ce qui s'est passé hier soir. On aperçoit aussi Aurélien Rousseau. On a percevé, il y a quelques instants, le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran. Laurent Nunes, j'élargis la question à celle de la menace terroriste au sens large. Gérald Darmanin parlait dans la foulée de l'assassinat de Dominique Bernard à Arras d'une atmosphère de passage à l'acte.

Est-ce que ce qui s'est passé hier soir confirme cette atmosphère de passage à l'acte ? Comment est-ce que vous caractérisez la menace en ce moment ?

18:49
Laurent Nuñez

Moi, je ne sais pas quelles ont été les motivations de l'individu. De ce que j'en comprends, c'est un individu qui est passé à l'acte par rapport au contexte international. Oui, nous sommes dans ce que le ministre a appelé cette atmosphère de djihadisme, le djihadisme d'atmosphère. Ce que dit Gilles Kepel et d'autres, ou ce qui peut se passer à l'international, peut inciter des individus radicalisés, connus ou pas d'ailleurs, connus ou pas, à passer à l'acte. Et donc, c'est bien un des éléments caractéristiques de la menace terroriste que connaît notre pays actuellement. Oui, ça le confirme tout à fait.

19:23
Présentateur

Est-ce que compte tenu de ce qui se passe au Proche-Orient en ce moment, vous évoquiez la menace dans les jours qui ont suivi le 7 octobre, est-ce que vous considérez aujourd'hui, on est fin décembre, que cette menace va en s'accroissant ? Est-ce que ce sont des informations dont vous disposez ?

19:39
Laurent Nuñez

J'ai envie de vous dire, elle est permanente, elle est récurrente maintenant, permanente depuis plusieurs années. Et quand il y a des tensions internationales, elle est un peu accrue, effectivement, elle monte en puissance. et des tensions internationales ou quand il y a la publication de caricatures ou quand la propagande de l'État islamique ou d'Al-Qaïda cible la France, et c'est beaucoup le cas en ce moment, évidemment, cette menace est à ce moment-là accrue.

Et c'est d'ailleurs pour ça que nous sommes maintenant, depuis quelques semaines, passés en urgence attentat dans la classification du plan Vigipirate, ce qui veut dire plus de policiers, plus de concentration des services de renseignement, plus de militaires sur la voie publique pour protéger nos concitoyens.

20:18
Présentateur

Et ça veut dire que cette catégorie d'urgence attentat, on va y rester ?

20:22
Laurent Nuñez

Pour l'instant, nous y sommes, et puis il y a les Jeux Olympiques qui arrivent, donc évidemment, moi je ne suis pas celui qui décide, ce sont des décisions qui sont prises par le gouvernement et notamment par la Première ministre, donc pour l'instant, les faits d'hier confirment que nous allons sans doute y rester.

20:38
Présentateur

Une question très précise, juste avant d'aborder la question des Jeux Olympiques, précisément Laurent Nunez, est-ce que vous allez renforcer la sécurisation des lieux autour de la tour Eiffel, de Birakem ? On sait, pour ceux qui nous regardent et qui ne connaissent pas forcément, ce sont des lieux très touristiques, c'est un pont où on voit souvent des touristes, même parfois des mariés qui viennent se prendre en photo, est-ce que vous allez renforcer la présence policière dans ces lieux-là compte tenu de ce qui s'est passé hier soir ?

21:04
Laurent Nuñez

Oui, bien sûr, dès aujourd'hui, on a renforcé la présence, mais il faut bien avoir...

21:08
Présentateur

C'est-à-dire, dès aujourd'hui, concrètement, qu'est-ce que vous avez décidé ?

21:10
Laurent Nuñez

On avait un peu plus de patrouilles, mais là, on est dans la dimension psychologique, il y a eu ce drame, il fallait renforcer les patrouilles, mais d'une manière générale, la présence policière, en tout cas, moi, depuis que je suis préfet de police, le ministre de l'Intérieur me demande de déployer des effectifs visibles sur la voie publique en sécurisation, c'est ce que nous faisons en permanence. Ça permet d'abord, un, de faire baisser la délinquance, qui baisse à Paris comme celui qu'on a connu hier, mais encore une fois, en quelques minutes, l'individu a pu être pris en compte et interpellé.

21:42
Présentateur

Laurent Nunes, l'attaque d'hier soir s'est donc déroulée dans un lieu symbolique, près de la Tour Eiffel, là où une partie de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques dans huit mois aura lieu. Est-ce qu'il est vraiment raisonnable de maintenir cette cérémonie d'ouverture compte tenu du risque terroriste qui s'est encore une fois prononcé, qu'on en a vu hier soir ?

21:58
Laurent Nuñez

J'ai entendu, effectivement, aujourd'hui, beaucoup de prises de position sur ce sujet. Certains parlent de plan B, du fait qu'il faille annuler cette cérémonie, mais elle a déjà été préparée avec un haut niveau de menace terroriste. Tout a été mis en œuvre avec une menace terroriste qui est celle que nous connaissons. Et je parle de la cérémonie d'ouverture, mais pas que. Vous avez aussi la protection de tous les sites olympiques où on aura des périmètres de sécurité qui seront très renforcés, avec des périmètres antiterroristes autour de chaque site. Le jour de la cérémonie, ce périmètre englobera même les habitations qu'il y a autour de la Seine.

D'ailleurs, les faits se sont déroulés à un endroit où il y aura un périmètre antiterroriste, un périmètre de protection. Pour entrer, vous êtes palpé, fouillé et vous devez justifier d'une raison d'entrer dans ce périmètre.

22:42
Présentateur

Et donc, vous continuez de dire pas de plan B, pas d'adaptation supplémentaire, malgré... Au fond, ce qu'on voit hier soir, c'est-à-dire la facilité, le mot est terrible, de passer à l'acte avec un couteau,

22:53
Laurent Nuñez

un marteau. On est déjà préparé à un très haut niveau de protection des Jeux olympiques pour la menace terroriste. Le nombre d'effectifs de policiers qu'il y aura sur le terrain sera énormissime. Enfin, on aura en moyenne, moi j'aurai 35 000 fonctionnaires de police militaire ou militaires de la Gendarmerie nationale à disposition. Pour la cérémonie, il sera 45 000 avec des périmètres de protection qui seront contrôlés. J'ai envie de vous dire, au contraire, ce qui se passe, légitime les mesures que j'ai présentées il y a quelques jours encore avec un début de polémique vite atteinte. Sur la question

23:25
Présentateur

des QR codes, de la difficulté

23:28
Laurent Nuñez

de rentrer dans certains périmètres. La polémique a été vite atteinte parce que juridiquement, évidemment, avec le ministre de l'Intérieur, nous avons réfléchi à la mise en place de ces mesures qui juridiquement sont tout à fait possibles. Mais ça légitime complètement ces périmètres de protection qui seront à très haut niveau parce qu'on s'adapte justement à cette menace terroriste. Regardez la Coupe du monde de rugby, il n'y a eu aucun incident et nous avions les mêmes dispositifs. Nous avions les mêmes dispositifs.

23:52
Présentateur

J'ai une toute dernière question, Laurent Nunez, avant de vous libérer. Ces derniers jours, vous avez interdit des manifestations d'ultra-droite. Il y en a une, c'était samedi, dont l'interdiction a été annulée par le tribunal administratif. Ce n'était pas samedi, c'était vendredi, pardon. Est-ce que vous craignez que ce qui s'est passé hier soir aboutisse à d'autres de ces manifestations et d'autres revendications ? Est-ce que c'est une crainte ?

24:19
Laurent Nuñez

Oui, évidemment, parce qu'à chaque fois qu'il y a des drames qu'on ne peut que regretter, évidemment, je pense à ce qui s'est passé à Crépaule, oui, évidemment, la mouvance ultra-droite, j'ouvre les guillemets, surfe sur ce genre d'événement pour essayer donc de diffuser ces thèses qui sont des thèses de haine, d'incitation à la violence, de haine de l'autre, de haine de l'étranger, de haine de la différence, finalement. Et on est à peu près certain que, évidemment, suite à l'attentat d'hier, ce sera le cas. Mais la manifestation de vendredi s'est déroulée. Moi, j'ai souhaité l'interdire. Le tribunal administratif ne m'a pas suivi en ce sens.

Je respecte tout à fait, je respecte évidemment cette décision. Mais il faut bien avoir à l'esprit que, d'ailleurs, des images ont pu choquer ensuite. Avec les saluts nazis. On a vu un certain nombre de choses, notamment des saluts nazis. Voilà, c'était une manifestation de l'ultra-droite dont les slogans pour l'appel à manifester pouvaient interpeller. Il fallait en venir à bout de la racaille. C'était quand même des mots qui étaient très forts. On avait tout le panel de l'ultra-droite qui s'était rassemblé pour cette manifestation. des néo-nazis aux identitaires en passant par les nationalistes. J'ai pensé que dans mon rôle de préfet de police, je devais interdire cette manifestation.

Je ne regrette pas de l'avoir fait, mais je me plie évidemment à la décision du tribunal administratif. Si j'ai la même déclaration avec le même motif et fort de ce qu'on a pu constater vendredi soir, croyez-moi bien que j'interdirais évidemment de nouveau une manifestation de cette nature.

25:45
Présentateur

Merci beaucoup, Laurent Nunez, préfet de police de Paris, d'avoir été l'invité de C'est pas tous les jours dimanche.