Daniel Cohn-Bendit : "Pour moi, tous les partis politiques sont des has been, dépassés par la réalité"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 52 %Attaque 23 %Défensif 25 %
Questions et réponses
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- 0:06OuverteRéponse directe
Est-ce qu'avoir raison trop tôt en politique n'équivaut pas finalement à avoir tort pour toujours ?
- 0:14OuverteRéponse directe
C'est sympathique d'être reconnu au moment d'entrer dans la postérité, mais ça vous fait une belle jambe puisque vous n'êtes plus en état de poser sur grand chose par définition.
- 3:49OuverteRéponse directe
Est-ce que votre européanisme ne tient pas finalement davantage de l'inné que de l'acquis ?
- 4:45OuverteRéponse directe
Apatride, c'est une fierté et une force plus qu'une douleur et un handicap dans vos jeunes années ?
- 6:32OuverteRéponse directe
Au-delà de ça, comment vous définissez votre identité ? Et d'ailleurs, qu'est-ce que l'identité pour Daniel Cohn-Bendit, le concept même ?
- 7:50OuverteRéponse directe
Est-ce que ça a, de façon naturelle, presque obligatoire, indiqué le sens que vous alliez donner à votre vie, le fait d'être orphelin à 17 ans ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:09PrésentateurFait
« les belles âmes le trouvant bien trop fumeux, c'était le CBD. »
- 4:09Invité politiqueFait
« Que de l'inné, je ne dirais pas oui, mais c'est évident que le fait d'être né, d'avoir été apatride, et puis après du fait d'avoir vécu en France et puis en Allemagne, je ne peux pas dire je suis français, je suis allemand. »
- 10:41Invité politiqueFait
« C'est ce que mon frère m'a appris. Et c'est cette conscience libertaire. »
- 10:58Invité politiqueFait
« les libertaires ont quand même été toujours les victimes des communistes, que ce soit pendant la révolution russe, que ce soit en Espagne, en 36 et partout. »
- 12:48Invité politiqueFait
« L'évolution des sociétés, ce sont des luttes très profondes et un processus de réforme poussé par des luttes comme celles que nous vivions en 68. »
- 13:31Invité politiqueFait
« Je ne voulais pas m'inscrire. J'étais vraiment spontané. »
- 15:23Invité politiqueFait
« Dans les mouvements dans les années 70 en Allemagne, avec l'évolution, d'ailleurs, la naissance du parti écologiste, le parti vert allemand, je comprends que pour changer la société, il faut trouver des majorités. »
- 17:40Invité politiqueFait
« j'ai été pendant quatre ans, trois, quatre, non, cinq ans même, j'ai été éducateur. »
- 18:03Invité politiqueFait
« la société allemande, puisque c'était en Allemagne, était quand même très bloquée. »
- 22:55Invité politiqueFait
« L'invention d'Europe Écologie était géniale. »
- 23:22Invité politiqueFait
« la transformation écologique et le dépassement de l'état-nation, de la nécessité de l'Europe. »
- 28:51Invité politiqueFait
« Nicolas Hulot n'était pas fait pour être ministre. »
- 30:10Invité politiqueFait
« La politique, quand vous êtes au gouvernement, c'est d'essayer de maîtriser les contradictions. »
- 36:25Invité politiqueFait
« dans un pays qui, plus que respecte la parole des intellectuels, on a souvent sous-estimé la force morale d'Albert Camus. »
- 37:10Invité politiqueFait
« Camus, c'est cette force de l'intellectuel qui, par devoir pour la vérité, garde toujours toute sa liberté. »
- 37:55Invité politiqueFait
« Ils viseraient tout mouvement qui devient un autoritarisme moral. »
- 38:16Invité politiqueFait
« l'exemple de Camus. »
- 38:21Invité politiqueFait
« Camus n'arrive pas, il n'arrive pas à se solidariser avec la violence des Algériens, du FLN. »
- 38:39Invité politiqueFait
« Camus était libertaire. »
- 38:47Invité politiqueFait
« la société que nous propose le FLN est une société non libre. »
- 39:23Invité politiqueFait
« Ce qu'elle pense politiquement ne m'intéresse pas. »
- 40:19Invité politiqueFait
« Salmane Rouchdi est les deux. »
- 40:52Invité politiqueFait
« j'essaye de décélérer. »
Temps de parole
- Daniel Cohn-Bendit63 %
- Présentateur30 %
- Présentateur 25 %
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Bonjour, est-ce qu'avoir raison trop tôt en politique n'équivaut pas finalement à avoir tort pour toujours ? C'est sympathique d'être reconnu au moment d'entrer dans la postérité, mais ça vous fait une belle jambe puisque vous n'êtes plus en état de poser sur grand chose par définition. Deux petits exemples en passant, on s'est rendu compte depuis le début de la saison de Sens Politique. Aujourd'hui, quand on est un responsable de droite, il est de bon ton de revendiquer une filiation évidente avec Philippe Séguin. Tous des enfants de Séguin, incarnation du gaullisme, du social, de la République, n'en jetez plus.
Mais cela plus de dix ans après sa mort, lui qui arrêta la politique dès 2001 au sortir d'une campagne municipale à Paris où il s'est senti bien seul, abandonné, caricaturé par la droite en général et Jacques Chirac en particulier. Papier calque, à gauche, Michel Rocard a l'intelligence, la vision, le pragmatisme, sans lâcher un gramme de socialisme, quel homme d'état, regrets éternels pleure la gauche qui, du vivant politique de celui-ci, le faisait passer pour un techno austère, un petit homme gris, méprisé, moqué par le spectre le plus large qui puisse être de François Mitterrand au bébé de chaud, c'est vous dire.
Séguin, Rocard, s'ils ont eu raison trop tôt, ils sont en tout cas morts en ayant tort, peut-être même morts d'avoir eu raison trop tôt. Alors réjouissons-nous, oui, il en existe un autre qui a eu raison trop tôt et qui est absolument vivant, preuve irréfutable. Il se trouve en face de moi dans ce studio. Pour saisir à quel point notre invité du jour dans le sens politique fut un visionnaire, revenons quelques instants à son époque originelle, l'époque initiale, comprenez l'époque désinitiale. Il n'existait alors que des gens lettrés, c'est-à-dire des gens qui n'étaient que des lettres. Le monde entier pleurait JFK, PPDA n'était pas encore ce qu'il allait devenir.
VGE roulait en DS, préférait subitement le chant des sirènes élyséennes à la mélopée sucrée d'un accordéon au Vernia. JJSS avait créé l'Express, Express comme le fut sa carrière de ministre, 12 jours c'est peu pour JJSS dans un gouvernement sous VGE. Bref, entre la DS, JFK, PPDA, JJSS, VGE, il y en a un qui faisait déjà du bruit mais qu'on n'écoutait pas, les belles âmes le trouvant bien trop fumeux, c'était le CBD. Ils auraient dû se méfier, les politicards en veston, car même si à cette époque on fumait beaucoup, il n'y avait pas de fumée sans feu, personne dans les années 70 ne croyait aux vertus du CBD.
Bien résultat, VGE, JJSS, PPDA ont vécu, tandis que le CBD séduit désormais aussi bien les nostalgiques des années pétards que leurs enfants et petits-enfants, oui, il est à la mode et nous le recevons sur France Culture, le CBD. Cone Bendit, Daniel, bonjour. Bonjour. L'inclassable, libéral, libertaire comme il s'est lui-même défini, matiné de vert, dès une époque où cette couleur n'avait pas sa place dans les collections de prêt-à-parler des politiques. La France le découvre en 68, année électrique, puis vient 69, année germanique. Depuis il va, il va, il vient, entre les rives du Rhin. Libéral, libertaire peut-être, mais libre avant toute chose.
Daniel Cone Bendit, soyez le bienvenu dans Sens Politique. Sur nos quatre derniers invités, deux sont nés à Toulouse, un à Cahors. Alors on s'est dit que ça allait finir par se voir, que nous aimions cette région, et qu'avec vous, Daniel Cone Bendit, ancien conseiller municipal de Francfort, on allait prendre un peu de distance. C'est raté. Vous êtes né à Montauban, c'est-à-dire pile à mi-chemin, entre Toulouse et Cahors, à une cinquantaine de kilomètres. On a malgré tout maintenu l'invitation, ça c'est pour la blague. Montauban, vous y naissez en avril 45, au hasard des persécutions et des fuites auxquelles sont contraints vos parents.
Votre mère est d'une famille juive, Ashkenaz, de Poznan, en Pologne. Votre père avocat est déchu de sa nationalité allemande pour ses accointances communistes. Et vous voilà, Montauban, apatride. Daniel Cone Bendit, est-ce que votre européanisme ne tient pas finalement davantage de l'inné que de l'acquis ?
En tout cas de l'inné. Que de l'inné, je ne dirais pas oui, mais c'est évident que le fait d'être né, d'avoir été apatride, et puis après du fait d'avoir vécu en France et puis en Allemagne, je ne peux pas dire je suis français, je suis allemand. Donc je suis le plus allemand des Français et le plus français des Allemands. Et donc c'est vrai que pour moi, la perspective européenne, c'est celle qui correspond à mon inné, qui correspond à mon état d'esprit et qui correspond aussi à mes fulgurances politiques.
Apatride, c'est une fierté et une force plus qu'une douleur et un handicap dans vos jeunes années ?
D'abord, mes premières années en France jusqu'au lycée Buffon, donc l'école communale comme on disait à l'époque, et puis le lycée Buffon, je n'y ai même pas réfléchi. Les seules fois où je savais que c'était un problème, c'est pour voyager. Quand vous êtes apatride, vous avez besoin d'un visa partout et tout ça. Et donc, mais j'étais français. J'étais français, j'étais élevé à Paris parce que j'ai quitté Montauban, j'avais trois mois. Et voilà, donc, en fait, le fait d'avoir été apatride et donc pour des décisions après un peu burlesques, pourquoi je suis devenu allemand ? Parce que je suis devenu allemand parce que mon père était avocat et son métier, c'est être avocat.
Il ne pouvait pas être avocat en France. Il aurait fallu qu'il repasse son bac à l'époque, c'est un truc qui était impossible. Donc, il est rentré en Allemagne en 50. Et c'est là où il m'a dit, écoute, voilà, dans les années, quand j'avais 14 ans, donc dans les années 50, mon frère devait faire son service militaire, etc. Et moi, j'ai dit, je ne veux pas être mon service, je ne veux pas te faire mon service militaire. Il m'a dit, écoute, si tu deviens allemand, tu n'as pas besoin de faire ton service militaire parce que les enfants de fils persécutés, de parents persécutés n'ont pas besoin. Et je suis devenu allemand.
Donc, en 59, vous devenez allemand sur les papiers d'identité. Au-delà de ça, comment vous définissez votre identité ? Et d'ailleurs, qu'est-ce que l'identité pour Daniel Cohn-Bendit, le concept même ?
N'existait pas dans ma tête. N'existait pas dans ma tête. Ça, c'est quelque chose qui, bien plus tard, disons, a commencé à vraiment me travailler. J'étais un gamin de Paris en 59. J'étais, je ne voulais pas aller en Allemagne, mais bon, j'étais dans un internat en Allemagne. Enfin, tout se passait bien. Tout se passait bien. La seule chose qui m'a marqué, c'est que mes parents sont morts très tôt. Mon père est mort, j'avais 14 ans, et ma mère est morte, j'avais 17 ans à peine. Et donc, ce fait d'être orphelin quand même assez jeune, conscient mais jeune, m'a poussé. Bon, celui qui m'a aidé, c'est mon frère qui a neuf ans plus que moi.
Mais pour mon identité, c'était très important parce qu'en fait, j'ai gagné, entre guillemets, en autonomie du fait d'avoir été très jeune orphelin et donc un peu livré à moi-même. Même si avec l'aide de mon frère.
Est-ce que ça a, de façon naturelle, presque obligatoire, indiqué le sens que vous alliez donner à votre vie, le fait d'être orphelin à 17 ans ? C'est-à-dire l'engagement à gauche, au-dessus des frontières, au-delà du passé mortifère franco-allemand, comme pour perpétuer ce que vos parents n'ont pas eu le temps d'accomplir jusqu'au bout ?
Alors, l'engagement. J'étais dans un internat en Allemagne. J'y étais donc de l'âge de 13 ans à 18-19 ans quand j'ai passé mon bac, il y a 13 ans d'école en Allemagne. Et là, c'était un lycée assez moderne où il y avait un parlement des élèves. On l'appelait une école non conventionnelle. C'est ça. Voilà. Et dans cette école, il y avait un parlement des élèves et j'ai été le plus jeune secrétaire du parlement des élèves et j'ai été deux fois président, les plus jeunes présidents de ce parlement. Donc, j'avais là un engagement, disons, pour les autres, avec les autres, pour les autres. D'ailleurs, j'ai inventé, la première fois que j'ai été élu, une campagne électorale.
Je me rappelle que j'étais monté à la fenêtre d'un bâtiment où il y avait les réfectoires en bas et j'ai fait prononcer mon premier discours politique, c'est à l'âge de 15 ans, pour être président du parlement des élèves de l'école. Donc, c'est là qu'a commencé mon engagement, mon envie de politique aussi. Et donc, ça a imprimé le sens de ce que seront vos années 60 et 70 ? Alors, à gauche, c'est mon frère. C'est mon frère qui a 9 ans de plus que moi, qui a fait d'abord des études de philo, il était communiste et puis il a été exclu des communistes, il était critique des communistes, il a été trotskiste, il a été exclu des trotskistes.
Il est passé par socialisme ou barbarie pour finir à Nard. Et donc, moi, je n'ai pas eu besoin de passer par toutes les bêtises inimaginables et j'ai tout de suite commencé en tant que libertaire. Mais ça, c'est en suivant la trajectoire de mon frère, qui était très ami avec Castor Yadis, Claude Lefort, Edgar Morin, etc.
On ne va pas refaire aujourd'hui, dans Sens Politique, le film de mai 68. Ce n'est pas l'idée de l'émission, mais on va quand même se poser quelques minutes sur le sens de ces événements, Daniel Cohn-Bendit. Et c'est bien le moins pour ce qu'on appellera humblement votre contribution. Vous êtes alors, Daniel Rouge, mais partisan d'un anticommunisme de gauche, c'est-à-dire que vous souhaitez qu'on renonce au modèle communiste soviétique et chinois. On parle quand même d'une époque où Jean-Paul Sartre passe plusieurs semaines, chaque été en URSS. Qu'est-ce qui fait que vous vous démarquez aussi nettement dès 67-68 du communisme ?
Ce n'est pas juste ce que vous avez vu et ce dont vous avez débattu avec votre frère ?
C'est ce que mon frère m'a appris. Et c'est cette conscience libertaire. C'est-à-dire que les libertaires ont quand même été toujours les victimes des communistes, que ce soit pendant la révolution russe, que ce soit en Espagne, en 36 et partout. C'est-à-dire que pour moi, très tôt, l'idée de révolution, l'idée d'émancipation était liée à une idée très forte de liberté. Et pour moi, le communisme était l'anti-liberté. Et d'ailleurs, encore aujourd'hui, je me demande comment des gens intelligents, quand je prends les maoïstes intelligents qui critiquaient la société autoritaire de De Gaulle ou en Allemagne d'Adenauer.
Comment on pouvait, contre l'autoritarisme de nos sociétés capitalistes, prôner un modèle de la Chine où des millions de personnes se baladaient avec un petit libre rouge qui était le symbole de l'uniformisme et de l'anti-liberté. Et c'est ça, moi, c'est cette envie de liberté qui a fait de moi un militant anticommuniste et c'est pour ça que, d'ailleurs, les communistes me décidaient que j'étais d'extrême droite.
Comment, à ce moment-là, vous comptez transformer l'essai en 68 ? Vous inscrire collectivement, personnellement aussi, dans la durée, dans le paysage politique français pour un changement de société ?
Alors, m'inscrire dans la durée, dans le paysage, ça ne va pas du tout. Moi, je dis une chose très simple. Il y a dans le débat que j'ai eu avec Jean-Paul Sartre, qui a été publié en 68, Sartre voulait me faire dire quand arriverait la prise du palais d'hiver. Et moi, je lui explique, avec tout mon savoir de mes 23 ans, que c'est fini, ça. Ça n'existe plus. L'évolution des sociétés, ce sont des luttes très profondes et un processus de réforme poussé par des luttes comme celles que nous vivions en 68. Je ne croyais pas en la révolution. Il me faisait rire les trotskistes et tout ça qui pensaient à la révolution.
D'ailleurs, les trotskistes, Ben Saïd avait fait un livre après en disant, 68, c'était 1905, et la révolution bolchevique allait suivre en France. Et je disais, mais vous êtes complètement marteau. Il n'y aura pas ça, il n'y aura pas ça. Donc, moi, je ne voulais pas m'inscrire. J'étais vraiment spontané. Et je crois que De Gaulle m'a sauvé en m'expulsant. Parce qu'il m'a exfiltré de la folie post-révolutionnaire de tous ces groupuscules qui sont venus me voir à Francfort, qui voulaient que je devienne leur drapeau pour continuer. Et ce n'était pas ça, ma tasse de thé. Ça n'a duré que 10 ans.
Vous allez revenir, mais vous mettez ces années à profit. Vous poursuivez votre parcours politique à Francfort, précisément, auprès de Joska Fischer, futur ministre des Affaires étrangères. C'est lui qui a parfait son parcours à mes côtés. C'est ça. Vous lui avez permis de devenir ministre des Affaires étrangères. Et un des hommes politiques, des personnalités politiques les plus populaires aujourd'hui encore. Absolument. En Allemagne. À ce moment-là, quel est le sens de votre engagement ?
Alors, en fait, ce qui est arrivé, c'est qu'une fois 68 passé, il y a tous ces mouvements antinucléaires, contre l'énergie nucléaire, pacifistes en Allemagne, etc. Et j'ai commencé une réflexion sur qu'est-ce qu'un soulèvement ? Quels sont ces mouvements ? Et je les ai comparés à des marées. La marée monte, les mouvements montent, et puis, mais c'est scientifique, c'est automatique. La marée, après avoir monté, elle redescend. Et ces mouvements redescendent. Et 68 était quand même ma période où on dit des phrases pas tellement intelligentes. Je passe sur CRSS, ce qui était d'une bêtise incroyable. Mais surtout, quand on était contre l'élection piège à con.
C'est-à-dire, et ne pas comprendre le sens de la démocratie. Le sens de la démocratie parlementaire. Et dans les mouvements dans les années 70 en Allemagne, avec l'évolution, d'ailleurs, la naissance du parti écologiste, le parti vert allemand, Je comprends que pour changer la société, il faut trouver des majorités. Et où il y a le changement, la prise de pouvoir révolutionnaire, qui est une prise minoritaire, où c'est un changement par une majorité parlementaire. Et là, le sens de mon engagement devient, entre guillemets, plus traditionnel. C'est-à-dire, m'engager dans un processus démocratique. Je deviens, non, je ne suis pas conseiller municipal, je suis adjoint au maire.
Je deviens, à la fin 89, adjoint au maire de la ville de Francfort, responsable de l'immigration. D'une ville où il y a 30% d'immigrés. On dit affaires multiculturelles. Affaires multiculturelles, exactement. Je crée, d'ailleurs, cette administration. Et après, je deviens député européen.
Je prends au bon votre expression. On dit des phrases pas très intelligentes. On va faire un dernier arrêt sur la ligne 68 avant de plonger dans la politique et la cause écologiste. On ne va pas redétailler la polémique suscitée au début des années 2000 par votre livre, Le Grand Bazar, 25 ans après la parution de celui-ci. Livre écrit à la première personne à propos des débats anti-autoritaristes qui vous occupent dans les années 70, comme l'éducation et la sexualité. Et vous mentionnez notamment les formes d'érotisme qui pouvaient se dégager d'un lien adulte-enfant. Alors, vous avez largement fait votre mea culpa sur ces écrits.
Daniel Cohn-Bendit expliquant que vous étiez victime de votre propre personnage de provocateur. Ce besoin maladif de provoquer, alors même jusqu'à déclarer que votre livre était intolérable, inaudible et mal écrit. Ce que je voudrais identifier... Cinq lignes. Aujourd'hui. Cinq lignes. Cinq lignes. Mal écrit.
Sont intolérables.
Que c'est cinq lignes. Ce que je voudrais identifier aujourd'hui dans le sens politique, c'est à quel moment et pourquoi vous avez pris conscience que ce que vous caractérisez comme une provocation, globalement, était devenu intolérable. Est-ce que c'est la société qui a changé au point que, ou c'est vous qui avez changé ?
C'est les deux, mon capitaine. Dans le sens que j'ai été pendant quatre ans, trois, quatre, non, cinq ans même, j'ai été éducateur. Donc, j'ai travaillé dans des jardins d'enfants. Et c'était une expérience extraordinaire parce que ça vous oblige à réfléchir sur ce que sont les enfants. Et la société allemande, puisque c'était en Allemagne, était quand même très bloquée. Il faut quand même comprendre que l'Allemagne, comme la France, l'homosexualité était interdite. Il y avait même, en France, dans les années 60, si vous étiez, si une femme n'avait l'autorisation d'ouvrir un compte en banque que si elle avait l'autorisation écrite de son mari.
Donc, c'était une lutte contre une société bloquée. Une société. Et donc, et l'éducation, de lutter contre, par exemple, pour l'interdiction de battre des enfants, etc., était un combat. Et dans cette dynamique de provoquer la société, je me suis laissé aller à une provocation bête et méchante du bourgeois, qui n'était surtout, ce qui est bête, c'est que ce n'est pas une réalité. La réalité, c'est que, oui, je décris que les enfants, entre eux, ont un érotisme. Ils jouent, ils jouent à certaines choses. Et de rapprocher ça à moi était une provocation qui, en fait, n'expliquait plus rien. Donc, c'est là, et puis, il faut voir, j'avais les cheveux très longs.
Je veux dire, oui, il y avait un moment, on était une contre-société. On était contre cette société complètement. On était hors de la société. Et quand j'ai compris que non seulement ça nous marginalisait, mais ça marginalisait notre histoire, notre discours, c'est là qu'il y a eu, disons, une reprise en main de ma propre conscience.
Le sens de ce que nous vivons depuis cinq ans est la vague MeToo, ce qui va de la libération de la parole des femmes jusqu'à la traque du patriarcat. Est-ce que vous le considérez, Daniel Cohn-Bendit, comme une sorte de révolution miroir de mai 68, dans la continuité ou non, d'ailleurs ?
C'est une... Ça fait partie de ces évolutions sociétales qui révolutionnent nos comportements. Voilà. Ça, c'est évident. Ce mouvement... D'abord, c'est le mouvement féministe qui a commencé, puis qui est arrivé à... d'attaquer directement certains types de rapports entre les femmes et les hommes et les hommes et les femmes. Et je crois que c'est... C'est fondamental pour l'évolution de nos sociétés. Mais comme tous les mouvements, comme tous... Et c'est ça, c'est comme la marée montante qui monte et qui descend, comme tous les mouvements, il y a des excès. comme si un mouvement révolutionnaire ne pouvait pas se passer des excès. Moi... Vous les identifiez où, aujourd'hui, les excès ?
Moi, je vais vous dire. L'histoire Bayou, le secrétaire national d'Europe Écologie et l'Hiver. C'est pas mon copain. Politiquement, je suis à l'opposé de tout ce qu'il dit, qu'il pense, l'écologie. Donc, vraiment. Mais, franchement, un parti politique d'intervenir dans un processus de séparation d'un couple, c'est complètement fou. Et de croire qu'un parti politique peut développer une éthique de la séparation d'un couple, c'est complètement dingue.
Et il y aura une marée descendante pour ce phénomène ?
Il peut y avoir une marée descendante si ce phénomène devient ce caricature lui-même. Ce caricature lui-même. Mais, qu'une femme comme Sandrine Rousseau puisse dire à la télévision « Mon homme est déconstruit. » Mais, moi, je suis l'homme, je me suicide. Ah, bonjour, monsieur le déconstruit. Vous pouvez m'expliquer comment ça se passe d'être déconstruit ? Qu'est-ce que ça veut dire d'être déconstruit ? Où est-ce que vous êtes bien construit ? Comment vous êtes reconstruit ? Non mais, je veux dire, on ne fait pas des choses comme ça.
Si vous le permettez, on va profiter de cette transition toute trouvée pour évoquer vos relations, allez, disons, passionnelles avec la famille écologiste française. L'apogée sera le score de 16% que vous obtenez aux européennes de 2009. C'est la naissance du mouvement Europe Écologie. au propre, comme au figuré à ce moment-là, on se dit que tous les feux sont au vert. Et puis non, en 2012, vous arrêtez, vous quittez le parti Europe Écologie, les verts, avec des mots très durs. Qu'est-ce qui vous fait considérer que la machine qui semble promise après le résultat de 2009 à des lendemains merveilleux fonce en réalité dans une impasse ? En fait,
je ne devrais pas dire ce que je vais dire. Dites-le, s'il vous plaît. L'invention d'Europe Écologie était géniale. C'était génial. Je me rappelle qu'on a dit qu'il faut créer quelque chose de nouveau pour les élections européennes. Donc c'était un mouvement pour les élections de 2009. Pour les élections de 2009. Et j'ai trouvé Europe Écologie, cette Europe Écologie. Pourquoi ? Parce que ça définissait le nouvel horizon politique dont nous avons besoin. La transformation écologique et le dépassement de l'état-nation, de la nécessité de l'Europe. Et c'est tout un programme. Rarement, un programme se retrouve comme ça dans deux termes qui définissent l'avenir.
Le problème, c'est que le parti vert était à l'opposé de la réalité de ce qu'on avait créé dans cette élection. Cette élection, par exemple, je me rappelle, cette élection de 2009 était fantastique et on avait dit à quelques-uns qu'on ne parle pas de Sarkozy. On parle de l'Europe, de l'écologie, de la transformation de la société. On ne parle pas de Sarkozy. Et François Bayrou, qui était aussi candidat, n'a parlé que de Sarkozy. Donc, il n'a parlé que de la France. Et je crois que c'est... Et pourquoi, après, ça n'a pas marché ? Parce que le parti vert a repris, a continué son fonctionnement de parti vert et était incapable de se mettre dans le moule de la nouveauté.
France Culture, Sens Politique, Arnaud Rousquet. Daniel Kohn-Mendit, dans la deuxième partie de notre émission, nous revisitons le parcours et l'intime de notre invité à l'aide d'archives sonores. Volontairement, aujourd'hui, dans Sens Politique, j'ai souhaité laisser ces extraits dans la longueur. En tout cas, un peu plus long que d'habitude parce que ce sont trois archives qui ont compté, je crois, dans l'histoire politique et intellectuelle de notre pays, voire pour certaines de notre continent ou même du monde. Donc, présentation et question courte à chaque fois, on prend le temps de l'écoute et de connaître ensuite le sens que vous donnez Daniel Kohn-Mendit à chacun des extraits.
Le premier, c'est vous. Je ne précise pas où ni quand. Vous allez le découvrir en même temps que les auditeurs de France Culture.
Je suis né en 1945, le 4 avril. Imaginez que le 4 avril, j'arrive sur Terre et je commence à parler et je dis à mes parents dans 50 ans, il n'y aura plus de frontières entre la France et l'Allemagne. Le Rhin ne sera plus une frontière mais un fleuve commun. Mes parents auraient dit on a un problème. Ils parlent trop tôt et ils disent n'importe quoi. Voilà l'histoire européenne. Vous l'avez tous dit, on a réussi l'invraisemblable. L'invraisemblable que la première guerre, que la deuxième guerre mondiale, ce n'est plus possible en Europe. Inch'Allah, Inch'Allah. En Ukraine, évidemment, ce n'est pas la guerre qui est en jeu.
Mais si nous laissons tomber les Ukrainiens, demain, nous laissons tomber d'autres peuples. Donc l'Europe doit dire l'Ukraine se bat pour la liberté et pour l'Europe et nous sommes prêts à défendre par tous les moyens sauf militaires les Ukrainiens. Sinon, ce n'était pas la peine de construire l'Europe. Merci.
16 avril 2014, Strasbourg, discours d'adieu au Parlement européen. Daniel Cohn-Bendit, c'est la fin de 20 années de mandat européen. Est-ce que la réalité s'est au moins rapprochée de votre idéal européen ?
Oui et non. Oui et non. Alors, non parce que l'on voit que le défi, et la guerre en Ukraine le montre, le défi est tellement grand, tellement difficile à digérer parce que nous comprenons qu'aujourd'hui, l'Europe, ce n'est pas simplement un projet de paix, c'est un projet nécessaire de défendre la paix, de se défendre. Donc, ça doit être même un projet militaire, un projet de défense. Et là, nous sommes un peu désemparés, nous avançons à tâtons et l'Ukraine, aujourd'hui, nous oblige toujours à aller plus loin.
Deuxième archive de l'émission, et vous ne savez toujours pas ce que nous avons sélectionné, Daniel Cohn-Bendit, extrait en lien avec votre parcours et votre engagement, nous remontons le temps un peu plus de 4 ans. 4 ans en arrière, nous sommes le 28 août 2018, le ministre de l'écologie en poste depuis 16 mois et l'élection d'Emmanuel Macron est invité sur France Inter, il s'appelle Nicolas Hulot.
Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là. Et donc, je prends la décision de quitter le gouvernement. Je me surprends tous les jours à me résigner, tous les jours à m'accommoder des petits pas, alors que la situation universelle au moment où la planète devient une étuve, mérite qu'on se retrouve et qu'on change d'échelle, qu'on change de scope, qu'on change de paradigme à l'observation. C'est l'ensemble de la société et je peux m'y mettre également qui porte-t-on nos contradictions.
Peut-être n'ai-je pas su convaincre, peut-être n'ai-je pas les codes, mais je sais que si je repars pour un an, oh, nous aurons quelques avancées. Mais ça ne changera pas l'issue.
Daniel Cohn-Bendit, est-ce que vous croyez sincèrement que Nicolas Hulot a découvert une fois au gouvernement qu'il allait devoir s'accommoder de petits pas ? Il découvre à 63 ans qu'entre solidarité gouvernementale et conviction, il faut choisir.
Moi, je crois que Nicolas Hulot n'était pas fait pour être ministre. Je connais une autre personne qui n'est pas faite pour être ministre. Il s'appelle Danny Cohn-Bendit. À qui on a proposé de succéder à Nicolas Hulot ? Écoutez, Nicolas Hulot explique d'une manière extraordinaire d'une clarté les défis écologiques du moment. Être ministre, c'est justement faire de la politique des petits pas. Vous savez, l'exemple, vous prenez le ministre de l'économie et de la transition écologique allemand, Robert Abeck, aujourd'hui. Il arrive au gouvernement avec un plan bien arrêté de transition écologique, de lutte contre le réchauffement climatique. Patatra, c'est la guerre d'Ukraine.
Patatra, c'est la crise de l'énergie. Qu'est-ce que vous voulez ? Tout ce qu'il doit faire pour sauver, disons, les réserves énergétiques de l'Allemagne pour que l'Allemagne ait de quoi se chauffer cet hiver, est en contradiction avec ce qu'il veut et doit faire sur le réchauffement climatique. Donc, c'est ça la politique. La politique, quand vous êtes au gouvernement, c'est d'essayer de maîtriser les contradictions. La voie pure, la voie, disons, n'existe pas, n'existe pas. Et Nicolas Hulot n'est pas un homme de parti. Moi, par exemple, j'aurais eu des avancées aussi sur la transition écologique. Puis arrive le problème des bateaux des réfugiés.
Et la France refuse d'accueillir un bateau de réfugiés. Je sors de l'Élysée après la réunion interministérielle et donc les journalistes me disent « M. Cohn-Bendit, oui, voilà ce que le programme sur la transition écologique. » Ah, très bien. On voulait vous poser une question sur les réfugiés parce que vous avez toujours pris... Et là, quoi ? Je dis quoi ? Je dis « Ah, le président a raison. Je ne peux pas. Ce n'est pas moi. Je dis « Ah non, il faut faire autrement. » Macron dit... Je veux dire, tout le monde n'est pas fait... C'est le sens de votre refus. C'est le sens de ma vision de comment moi je dois agir politiquement. Je crois que j'étais d'un très très bon parlementaire européen.
Là, je défendais une idée et dans cette idée de parlementaire européen, j'arrivais à trouver des compromis. À trouver... Donc, je travaillais avec des gens de droite. Je me rappelle sur la Bosnie, etc. Tout ça, ce n'était pas mon problème. Mais je ne suis pas fait. Ce n'est pas parce que je suis meilleur. c'est mon caractère, c'est ma vision de la politique, ma volonté de m'exprimer toujours à tout bout de champ qui fait que bon, vous savez, on n'est pas obligé de devenir ministre.
Et c'est peut-être même surtout parce que vous n'êtes pas ministre que vous discutez avec Emmanuel Macron. Il vous l'avait promise, une loi créant le terme de crime d'écocide. Est-ce que la loi climat et résilience promulguée l'an dernier va suffisamment loin ou en tout cas dans le bon sens selon vous ? Oui,
ça va dans le bon sens. Ça va dans le bon sens. Moi, je crois que si vous voulez, ma relation avec Emmanuel Macron au début était très bonne. Aujourd'hui, disons, elle est un peu au frigidaire. C'est son droit. Emmanuel Macron n'a plus envie ou ne se croit plus obligé de se faire engueuler par moi. Il dit, voilà, ce n'est pas nécessaire. c'est son choix, il est président, etc. Vous savez, le présidentialisme français, c'est quelque chose quand même d'assez bizarre. Déjà, l'Elysée, l'Elysée isole et je crois que c'est un des problèmes de la démocratie.
France Culture, sens politique, Arnaud Bousquet. La troisième et dernière archive est la vôtre. Daniel Cohn-Bendit, celle que vous avez choisie, c'est un privilège dont nous sommes fiers sur France Culture et qui nous oblige à casser les formats et prendre le temps qu'il faut pour savoir, pour s'imprégner, pour se nourrir de ce que nous écoutons. Alors, l'extrait que vous avez souhaité partager avec nous est un trésor, plus de deux minutes de trésor aujourd'hui dans le sens politique. Daniel Cohn-Bendit, nous vous laissons le soin de nous le présenter.
J'ai choisi le discours d'Albert Camus quand il a reçu le prix Nobel. En fait, c'est un hommage à Albert Camus. Pourquoi ? Parce que nous devons beaucoup à Albert Camus et on va le comprendre en l'entendant.
Tout homme et à plus forte raison tout artiste désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m'a pas été possible d'apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l'heure où en Europe d'autres écrivains et parmi les plus grands sont réduits au silence et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire. Il est au service de ceux qui la subissent ou sinon le voici seul et privé de son art.
Mais le silence d'un prisonnier inconnu abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde suffit à retirer l'écrivain de l'exil chaque fois du moins qu'il parvient au milieu des privilèges de la liberté à ne pas oublier ce silence et à le relayer pour le faire retentir par les moyens de l'art. Aucun de nous n'est assez grand pour une pareille vocation. Dans toutes les circonstances de sa vie, obscure ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera à la seule condition qu'il accepte autant qu'il peut.
Les deux charges qui font la grandeur de son métier, le service de la vérité et celui de la liberté. La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain, dès lors, oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Albert Camus, le 10 décembre 1957 à l'hôtel de ville de Stockholm, l'un des deux de ce qu'on appellera discours de Suède prononcé par Camus à l'occasion de la remise de son prix Nobel de littérature.
Daniel Cohn-Bendit, quel est le sens de votre choix outre le plaisir de nous faire un cadeau, évidemment ?
La vérité et la liberté. Je crois que dans un pays qui, plus que respecte la parole des intellectuels, on a souvent sous-estimé la force morale d'Albert Camus. Sartre, c'était l'intellectuel engagé, toujours engagé, prêt à dire n'importe quelle bêtise politique. Je veux dire, l'existentialisme a été pour moi la découverte, je suis ce que je fais, je suis maître de ma vie, mais c'est l'homme qui va en URSS, c'est lui qui écrit les communistes et la paix, qui va à Cuba. Et Camus, c'est cette force de l'intellectuel qui, par devoir pour la vérité, garde toujours toute sa liberté.
Et je crois que c'est pour moi, alors, je n'y arrive pas, évidemment, mais mon engagement, c'est essayer de dire ma vérité, qui n'est pas la vérité, c'est ma vérité que je mets en débat et surtout ma liberté où que je suis, que je suis, donc, même si j'étais ministre, d'avoir cette liberté de m'exprimer au nom de ma vérité.
Les prêcheurs de vertu, ils viseraient qui aujourd'hui, Camus, avec ces trois mots, prêcheurs de vertu ?
Ils viseraient tout mouvement qui devient un autoritarisme moral. Donc, tout mouvement qui libère, oui, mais qui respecte la contradiction de l'être humain. Je veux dire, l'exemple de Camus. Camus n'arrive pas, il n'arrive pas à se solidariser avec la violence des Algériens, du FLN. Il est touché, il est complètement divisé et qu'on lui reproche quoi ? Tu désespères Biancourt, tu n'es pas de gauche. Et Camus était libertaire. Il était libertaire et il disait la société que nous propose le FLN est une société non libre. Il avait raison.
On connaît Dany le Rouge, Dany le Vert et Dany la Malice aussi. Votre envie de diffuser Camus aujourd'hui dans l'émission et son évocation des prêcheurs de vertu n'a aucun rapport bien sûr avec l'attribution toute récente du Nobel de littérature à Annie Ernaud et sa présence dix jours plus tard à une manifestation en tête de cortège avec Jean-Luc Mélenchon. Moi,
je vais vous dire une chose. Annie Ernaud n'a pas eu le prix Nobel de la paix. Ce qu'elle pense politiquement ne m'intéresse pas. Je l'écoute mais elle est une grande autrice. Elle est une grande écrivain. Elle est quelqu'un qui dans sa subjectivité de femme nous en trouve une compréhension de de l'identité des femmes de femmes qui est une grande découverte. Mais ce n'est pas pour cela qu'elle dit vrai quand elle parle de la politique quand elle parle de Jean-Luc Mélenchon quand elle parle de l'Europe quand elle parle je ne sais quoi. Il faut faire la différence. La force de Camus était d'être les deux mais je ne demande pas à un prix de littérature d'être toujours les deux. C'est comme ça.
Salmane Rouchdi est les deux. Voilà il y en a mais ça ne veut pas dire que l'un est l'écrivain est au-dessus de tout. Non voilà c'est comme ça.
Lorsque et ce sera ma dernière question vous prenez en 2014 ce qu'on appellera pour faire vivre notre retraite politique on constate aujourd'hui sur France Culture que si vous êtes à la retraite vous êtes un retraité très actif vous expliquez Daniel Cohn-Bendit que vous voulez réorienter votre vie et prendre enfin du temps. Alors huit ans après quel autre sens vous avez donné à votre vie ?
C'est à dire que d'abord j'essaye de décélérer de décélérer. Deuxièmement c'est après avoir donc quitté le Parlement européen que j'ai commencé à réfléchir sur mon identité. J'ai fait un film nous sommes tous des juifs sur mon identité juif allemand sur mon identité juive sur ce que c'est et ce que ce n'est pas notre identité mon identité est fluide donc j'ai plusieurs identités mais dedans il y a cette identité juive qui est difficile à cerner pour moi donc de réfléchir un peu plus sur moi et puis de prendre du temps pour quelque chose qui est extraordinaire c'est d'être avec ses petits-enfants.
Je vous remercie Daniel Cohn-Bendit de votre venue aujourd'hui sur France Culture à la recherche partagée du sens politique du sens personnel que révèle votre chemin de pratiquement 60 ans d'intuition de révolution de passion d'évolution aussi 6 décennies en 3 quarts d'heure c'était une gageure que nous avons modestement essayée dans cette émission que vous retrouvez à volonté et dès maintenant pour la réécouter sur le site franceculture.fr et sur l'appli Radio France. Des remerciements également à partager entre Grégory Wallon à la technique aujourd'hui Martin Desclozo à la réalisation et celle qui chaque semaine prépare avec moi l'émission Anne-Claire Bazin.
Daniel Cohn-Bendit