Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 29 mars 2021 26 min

Covid-19 : Yannick Jadot regrette “l’obstination quoi qu’il en coûte” d’Emmanuel Macron

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le Grand Entretien, un eurodéputé Europe Écologie des Verts, questions et réactions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Avant d'aborder la loi climat et résilience dont l'examen débute aujourd'hui pour trois semaines dans l'hémicycle, commençons par un point sur la situation sanitaire, 36 650 contaminations en moyenne sur les sept derniers jours, en hausse de 24% par rapport à la semaine dernière, ce sont les chiffres de Covid Tracker. En Ile-de-France, la tension en réanimation est de 127,7%.

Face à cette situation, les médecins à l'air disent qu'ils vont devoir trier les malades. De l'autre côté, le Président de la République assume, il défend son choix de prendre en compte les conséquences psychologiques, économiques d'un nouveau reconfinement dur. Entre l'inquiétude des médecins et le pragmatisme du Président de la République, où vous situez-vous ?

1:09
Invité

Je me situe du côté du pragmatisme des médecins. C'est eux aujourd'hui qui connaissent la réalité. On est dans un moment où on a toujours 250, 300, 350 morts par jour. On ne regarde plus très souvent leur visage. On ne regarde plus ses familles endeuillées. On parle de faire le tri, mais il faut savoir qu'on fait déjà le tri. Écoutez Axel Kahn. Il vous dit que là, on est en train d'avoir 10 000, 15 000 morts, des cancers qui n'auront pas été dépistés. On sait qu'il y a beaucoup d'opérations, de rendez-vous médicaux qui sont annulées.

Et donc, le Président de la République a fait un pari, un pari solitaire en janvier, celui de s'affranchir de la science, celui de s'affranchir de la réalité du virus, des conseils et des recommandations du Conseil scientifique et de son Président, M. Delfraissy. Et là, il va falloir agir, agir beaucoup plus vite, agir plus strictement.

2:10
Yannick Jadot

Alors justement, sur les écoles, puisque c'est l'un des sujets qui suscite toute l'attention, que pensez-vous de la proposition de Valérie Pécresse d'avancer deux semaines les vacances de Pâques en Ile-de-France, les faire démarrer dès la fin de cette semaine, ça veut dire clairement ? Est-ce que ce serait sage ou est-ce qu'il faut continuer à laisser les écoles ouvertes tant que c'est possible, comme le fait le gouvernement ?

2:28
Invité

Mais aujourd'hui, c'est le virus qui ferme les écoles. Et le manque d'anticipation du gouvernement est inquiétant. Moi, je soutiens la proposition de Valérie Pécresse. Effectivement, il faut anticiper les vacances, garder les classes pour les enfants des soignants, pour les enfants de celles et de ceux qui sont en première et en deuxième ligne, pour les populations les plus vulnérables, laisser ce temps des vacances, profiter du temps des vacances pour vacciner les enseignantes et les enseignants, pour qu'à la rentrée, on ait un personnel qui soit protégé. Et puis, dès la rentrée, organiser des demi-groupes dans toutes les classes, dans toutes les classes.

3:09
Yannick Jadot

C'est-à-dire collège et primaire compris, maternelle aussi ?

3:12
Invité

Collège et primaire compris, mais sans renvoyer à la maison. Ça fait un an que je demande qu'il y ait des demi-groupes en classe et des demi-groupes dans les musées, dans les théâtres, dans les cinémas, dans la nature.

3:27
Yannick Jadot

Vous voulez les emmener comment ? Ils sont fermés, les cinémas et les théâtres ?

3:30
Invité

Il faut rouvrir les cinémas et les théâtres ? Mais bien sûr, vous avez des troupes de théâtre qui font des répétitions. À partir du moment où on respecterait strictement les protocoles sanitaires, vous mettez 30 gamins dans une salle de spectacle, vous les emmenez dans la nature, vous les emmenez faire du sport, vous les emmenez au musée, ça élargirait leur apprentissage, leur connaissance. Ce serait une façon nouvelle de faire de l'éducation tout en réduisant le risque de propagation à l'école. Et puis, vous l'avez dit, puisqu'il va falloir probablement reconfiner, en tout cas prendre des mesures plus strictes, il faut accompagner.

Il faut prendre en charge l'ensemble des rendez-vous pour détresse psychologique. Il faut mettre en place immédiatement le RSA Jeunes. Il faut avoir ces emplois aidés qui vont aider les enseignants à s'occuper des gamins pour qu'ils ne soient pas forcément à la maison. Et donc, on a toutes les solutions. Et depuis des mois, on les propose. Moi, je regrette que ce gouvernement, aujourd'hui, finalement, il y a un an, c'était le confinement, quoi qu'il en coûte. Aujourd'hui, c'est l'obstination du président, quoi qu'il en coûte.

4:39
Présentateur

Plus de 10 millions de Français, Yannick Jadot, ont été à ce jour vaccinés, parmi lesquels 2,3 millions ont reçu deux doses. Emmanuel Macron maintient l'objectif de vacciner tous les adultes qui le souhaitent d'ici la fin de l'été. Est-ce que ce calendrier vous semble réaliste ?

4:58
Invité

On verra combien de doses arrivent dans notre pays. Il est évidemment souhaitable. Il faut mettre le paquet pour obtenir le plus de vaccins. Et évidemment, ça renvoie à la capacité de l'Union européenne, non seulement, au fond, à défendre, vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques, les engagements de ces laboratoires. Il faut savoir qu'on a reçu 88 millions de doses pour vacciner en Europe. On en a exporté 77 millions. On voit bien qu'il y a là...

5:28
Yannick Jadot

Donc c'est quoi ? C'est une faute de l'Union européenne ? Bien sûr. Emmanuel Macron a parlé de naïveté de l'Union européenne sur la question des vaccins. Est-ce que vous partagez ce point de vue ?

5:35
Invité

Il y a eu là aussi un manque d'anticipation. Là où il y a une faute, aujourd'hui, c'est de ne pas s'imposer le fait qu'on récupère des laboratoires les formules, les brevets, pour massifier partout la production. On ne peut pas. On a bloqué l'économie. On est dans un niveau de tristesse, de casse sociale, de détresse psychologique. Beaucoup craignent évidemment pour leur emploi. Et les seuls à qui on ne demande rien, ce sont les laboratoires pharmaceutiques. On ne remet pas en cause leur fonctionnement. Moi, je crois qu'aujourd'hui, les laboratoires pharmaceutiques, pour la plupart, ont fait des milliards et des milliards de bénéfices sur les vaccins.

Qu'on récompense des inventions, c'est normal. Mais aujourd'hui, il faut récupérer les formules et massifier la production partout, partout, partout.

6:34
Présentateur

Alors, venons-en à l'examen de la loi climat et résilience qui débute donc aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Elle vise à réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Sur ce texte, Yannick Jadot, le gouvernement vante une des lois écologiques les plus ambitieuses jamais présentées en France. Avant d'entrer dans le détail, diriez-vous qu'un président de la République est déjà, par le passé, était plus loin qu'Emmanuel Macron sur l'écologie ?

7:04
Invité

On est... Je pense qu'il ne se sort pas du lot, en fait. Et je ne parle pas de Nicolas Hulot, qui est aussi celui qui a quitté le gouvernement pour dénoncer cette inaction. Il ne sort pas du lot, il a fait de l'écologie un discours, il en a fait des slogans, mais on arrive au bout du quinquennat, un quinquennat essentiel du point de vue des climatologues, de la biodiversité, tellement la dégradation environnementale et climatique s'accélère. Et finalement, en bout de quinquennat, il fait une loi qui n'est pas à la hauteur des défis. C'est un peu comme si, vous voyez, on dit l'immunité collective en France, c'est 40 millions de vaccinés, et on se dit, finalement, on n'en aura que 10 millions.

Alors, on pourrait se dire, c'est mieux que rien. Oui, il vaut mieux 10 millions que personne. Mais avec 10 millions, vous n'avez pas l'immunité collective et vous ne luttez pas contre la pandémie.

7:56
Yannick Jadot

L'écologie d'Emmanuel Macron, ce ne sont que des slogans. Est-ce qu'il n'y a pas des actes aussi ? Lesquels ? Fessenheim, la fermeture de Fessenheim, la fermeture de Notre-Dame-des-Landes, l'abandon du projet d'Europa-City, les 30 milliards du plan de relance pour la transition écologique.

8:10
Invité

Écoutez ça, on les attend.

8:11
Yannick Jadot

Oui, non mais d'accord. Mais ce que je veux dire, c'est qu'est-ce que ce ne sont... Évidemment qu'il faut peut-être aller plus loin et plus fort, mais le gouvernement vous oppose le fiasco, par exemple, de la taxe carbone qui ont conduit aux gilets jaunes. Ça, c'est ce qu'on entend depuis quelques jours en disant « Vous voulez aller beaucoup plus loin, ça a donné les gilets jaunes ». Vous répondez quoi ?

8:27
Invité

Léa Salamé, on a un objectif qui est fixé aujourd'hui par l'Union européenne, qui est de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 55 à 60% d'ici 2030. Cette loi va nous permettre de réduire nos émissions d'à peu près 20%. Donc, on est à un tiers de l'objectif. C'est-à-dire qu'on s'éloigne de l'accord de Paris qui a été signé par la communauté internationale. Ce que je regrette fondamentalement, c'est qu'investir sur la rénovation thermique des logements, c'est évidemment baisser nos consommations d'énergie, être moins dépendant de la Russie et de la Birmanie, comme on entendait tout à l'heure. Mais c'est aussi créer des centaines de milliers d'emplois dans notre pays.

Il y a un renoncement sur les énergies renouvelables. Vous voyez, même les Texans, qui sont à moitié climato-sceptiques, ils investissent à fond sur les énergies renouvelables. Et nous ne le faisons pas. Dans cette période de pandémie, on a vu à quel point les Françaises et les Français voulaient une alimentation de qualité. Ça renvoie à une agriculture paysanne. Nous ne le faisons pas. Et je regrette que le président de la République, qui est un jeune président de la République, n'ait pas compris, comme les membres de la Convention citoyenne, à quel point lutter contre le dérèglement climatique et pour la nature. C'était extraordinaire du point de vue de l'emploi et de l'économie.

9:44
Présentateur

Dans cette loi, nombreuses dispositions sur l'encadrement de la publicité, les transports polluants, l'artificialisation des sols, l'alimentation, l'idée même d'écocide. Une des mesures phares concerne le bâtiment et ce qu'on appelle les passoires thermiques, qui sont responsables, à elles seules, d'un quart des émissions de gaz à effet de serre, à partir de 2028, dit Barbara Pompili, on ne pourra plus louer de passoires thermiques. Considérant l'enjeu, sur ce point-là, est-ce que la mesure va tout de même dans le bon sens ?

10:16
Invité

Elle est beaucoup trop tardive. Excusez-moi, ça fait des années et des années qu'on parle d'interdire les passoires thermiques. Moi, ce que je propose, c'est qu'on ait aujourd'hui une prise en charge à 100% sur les passoires thermiques et sur les populations les plus vulnérables, qui, alors aujourd'hui, il ne fait plus doux, mais qui ne se sont pas chauffés cet hiver, qu'on ait une prise en charge à 100% de leur rénovation thermique. C'est ça. Aujourd'hui, on peut emprunter de l'argent à 0%, quasiment à 50 ans. Ces investissements-là sont rentables. Je ne comprends pas ce gouvernement qui continue à procrastiner, à éviter, à renoncer.

10:52
Présentateur

Le projet de loi, Yannick Jadot, prévoit également une possibilité pour les régions de créer une éco-taxe pour le transport routier. Très bien. de marchandises. Que n'a-t-on attendu ?

11:01
Invité

Ça, c'est une bonne chose. Vous vous souvenez de Ségolène Royal et de tous ces portiques qu'on a encore sur les autoroutes et qui ne servent à rien. On aurait pu... Donc, il faut les activer, les portiques. Mais bien sûr, il faut les activer. Bien sûr qu'il faut l'éco-taxe. Aujourd'hui, on transporte plus les marchandises par camion que par train. C'est aberrant. Il faut rééquilibrer et faire, de fait, une concurrence loyale entre le train et la route et évidemment favoriser le frais de ferroviaire.

11:28
Présentateur

Sur la publicité, il y a la volonté de donner pouvoir au maire de réglementer les espaces publicitaires. On pense notamment aux sorties de villes où les panneaux publicitaires ne sont pas ce qu'on fait de plus agréable à l'œil. C'est le moins qu'on puisse dire. Donner davantage de pouvoir au maire sur ce sujet-là, ça va également dans le bon sens ? Très bien.

11:47
Invité

C'est aussi une façon de démissionner d'un enjeu essentiel. L'espace public, ça ne peut pas être qu'un espace commercial. On ne peut pas juste être percuté par une pub sur un écran, sur un panneau. La publicité existe, mais il va falloir favoriser les comportements vertueux. C'est pour ça que moi, également, je propose qu'on ait la TVA à 0% sur l'alimentation bio pour qu'elle soit accessible à tous, qu'on baisse la TVA sur ce qui est réutilisable, réparable, pour lutter contre l'obsolescence programmée et qu'au contraire, on monte la TVA pour ce qui pollue dramatiquement notre planète.

12:21
Yannick Jadot

Yannick Jadot, vous seriez député aujourd'hui, vous la votez, cette loi ?

12:25
Invité

Non.

12:26
Yannick Jadot

Vous votez contre ?

12:27
Invité

Je vote contre parce qu'on ne peut pas faire semblant que ce soit à la hauteur des enjeux. On peut faire tellement mieux. On peut faire tellement mieux et il faudra faire mieux dans les régions à partir du mois de juin et dans ce pays à partir de 2022.

12:39
Yannick Jadot

Dans les régions à partir du mois de juin, on attend l'avis du Conseil scientifique pour savoir si les régionales ne pourront pas se tenir. Quelle est votre position sur la question ?

12:48
Invité

J'attends aussi l'avis du Conseil scientifique mais je reste sidéré qu'on vote par correspondance aux Etats-Unis, qu'on vote par correspondance en Allemagne. En Allemagne, sur les dernières élections régionales, c'est 66% de participation grâce au vote par correspondance. Il y a un conservatisme, un conformisme dans notre pays à faciliter le vote pour chacune et chacun qui est totalement aberrant.

13:10
Yannick Jadot

Il y a beaucoup de questions. Encore deux questions sur l'écologie et notamment le nucléaire. Vous parliez des renouvelables à l'instant. Jean-Luc Mélenchon déclarait à ce micro il y a deux semaines être favorable à la sortie du nucléaire d'ici 2030. Aujourd'hui, on sait que 70% de l'électricité française est produite par le nucléaire. L'horizon de 2030 posé par Jean-Luc Mélenchon vous paraît-il atteignable. Quelle est votre position et votre calendrier ? Celui que vous défendrez que les écologistes défendront pour la présidentielle.

13:33
Invité

Pour les écologistes, il faut une bonne quinzaine d'années pour sortir du nucléaire tellement nous sommes dépendants. On voit bien là le manque d'investissement sur les économies d'énergie. D'abord, de la sobriété, de l'efficacité énergétique. On voit bien le retard incroyable de notre pays sur les énergies renouvelables. On ne pourra pas sortir du nucléaire sans avoir mille paquets sur les économies d'énergie et mille paquets sur les énergies renouvelables.

13:57
Yannick Jadot

Je ne sais pas si vous avez vu la Commission européenne a demandé aux experts du Centre commun de recherche de définir quelles activités économiques peuvent prétendre être considérées comme un investissement durable dans l'Union en se basant sur des critères environnementaux stricts. Une première mouture de ce rapport a été dévoilée la semaine dernière par Reuters. Je ne sais pas si la Commission européenne va reprendre les termes de ce rapport mais le rapport dit qu'il recommande d'accorder l'étiquette verte au nucléaire et à Yannick Jadot. L'étiquette verte...

14:24
Invité

C'est aberrant. C'est aberrant. Ils affirment

14:26
Yannick Jadot

que les analyses n'ont pas révélé la moindre preuve scientifique que l'énergie nucléaire fasse plus de mal à la santé humaine ou à l'environnement que d'autres technologies de production d'électricité. Il est aberrant ce rapport ?

14:35
Invité

Écoutez, on a eu Fukushima, on vient de fêter ou commémorer les 10 ans de la catastrophe de Fukushima. On a un EPR qui nous avait été promis à 3 milliards, il coûte 20 milliards. Tout cet argent pourrait tellement mieux investir et créer tellement plus d'emplois. Vous savez, vous parlez de l'Europe. La seule lettre que fait sur l'environnement le président Macron, il signe avec la Hongrie de Orban et la Hongrie et la Pologne de Kaczynski pour défendre le nucléaire en Europe. Est-ce qu'on a envie d'être dans le camp d'Orban et de Kaczynski ou est-ce qu'on a envie d'être dans...

15:07
Yannick Jadot

Ce n'est pas la question. La question est est-ce qu'on est du côté du nucléaire ou pas ? Non,

15:11
Invité

moi je suis pour la sortie du nucléaire. A 100% ? Mais bien sûr, il faudra en sortir un moment, on ne va pas en sortir demain. Mais franchement, soyons dans le camp de Biden, des pays d'Europe de l'Ouest qui créent de l'emploi, des filières, de l'industrie, des PME et pas dans celui d'un conservatisme terriblement dangereux pour nous et pour l'argent.

15:29
Yannick Jadot

Yannick Jadot, il y a beaucoup de questions de société et de politique également avec Nicolas dans un instant sur notamment ce que la maire écologiste de Strasbourg et la mosquée controversée. Mais d'abord une question. Ces derniers jours, on a vu sur les réseaux sociaux les leaders de la gauche s'étriper, s'insulter, s'invectiver, se répondre par médias interposés. On va encore ce matin dans Libération, interview croisée Jean-Luc Mélenchon contre Carole Delgaard. Est-ce que c'est normal ? Quelle image vous donnez là ? Quelle image vous donnez à un nom de la présidentielle toute la gauche ?

15:57
Invité

Écoutez, moi ce matin, je veux lancer un appel à Anne Hidalgo, à Olivier Faure, à Julien Bayou, à Christiane Taubira, à Jean-Luc Mélenchon. Il faut que dans les jours qui viennent, on se mette autour d'une table, qu'on se voit, qu'on se parle, qu'on se mette d'accord pour construire le grand projet d'espérance dont nous avons besoin pour 2022. On voit qu'Emmanuel Macron n'est ni un rempart à l'extrême droite, ni un rempart au dérèglement climatique. On voit la casse sociale.

16:26
Yannick Jadot

Ça sert à quoi de s'installer autour d'une table ? Vous avez essayé moult fois, la haine est trop forte, non ?

16:31
Invité

Non, et bien, notre responsabilité historique, c'est de dépasser nos différences, en tout cas d'en parler. C'est pas possible que dans ce pays, on ne puisse plus se parler avec nuance, qu'on ne puisse plus trouver des compromis, qu'on ne puisse plus débattre en respectant le concurrent ou le contradicteur. On est dans un pays qui est en train de s'écarter dangereusement d'un débat démocratique de qualité. On s'invective, on s'insulte, on se caricature, et tout ça n'est pas à la hauteur de notre pays.

Donc moi, ce que je veux, c'est que tous ces leaders de la gauche et des écologistes se mettent autour d'une table, évidemment pour se parler des débats d'aujourd'hui, mais surtout pour donner une espérance à notre pays pour 2022. Nous devons travailler à un projet en sorte...

17:23
Yannick Jadot

Comment ça se décante ? Parce que vous dites tous, Jean-Luc Mélenchon, il vous dirait très bien pour discuter, mais derrière moi, derrière ma candidature, Anne Hidalgo, elle dirait derrière ma candidature, vous vous dites, c'est l'heure de l'écologie.

17:31
Invité

Moi, je dis, oui, c'est l'heure de l'écologie. Moi, je défendrais une écologie sociale et républicaine, vous savez, ma fermeté et mes convictions sur tous ces sujets. Mais si nous ne nous mettons pas autour d'une table, nous n'avancerons pas. Donc, j'invite depuis Cédric Villani à Fabien Roussel, Delphine Bateau, Benoît Hamon, Raphaël Glucksmann, toutes et tous, aujourd'hui, nous devons avoir la responsabilité historique de nous parler. Peut-être, on n'y arrivera pas, mais tentons. Et puis, on verra. On définira ensemble, peut-être, un processus de désignation pour avoir une candidature unique. Mais parlons du fond, construisons cette espérance pour les Françaises et les Français.

Il n'y a pas à se résigner à l'extrême droite dans notre pays. Il n'y a pas à se résigner à Emmanuel Macron.

18:19
Présentateur

Morgane vous demande si vous êtes prêt à vous allier avec la France insoumise pour les présidentielles. D'autres auditeurs vous demandent si vous êtes prêt à vous rallier à d'autres candidatures. Gérard, Gérard, qu'on va entendre d'ailleurs. Gérard qui est au standard. Bonjour. On vous écoute. On vous écoute. Vous avez peut-être entendu l'appel de Yannick Jadot.

18:41
Invité

Oui, j'ai entendu l'appel de Yannick Jadot qui me rassure un petit peu mais je ne le trouve pas suffisant. Et donc, je modifie un peu la tenue de ma question compte tenu de ce qu'il a dit. Je disais à mon interlocutrice quand j'ai abordé cette question à France Inter que compte tenu de la situation actuelle, des sondages, de la division actuelle de la gauche qui vient de m'être confirmée par Léa Salamé et Yannick Jadot, ne serait-il pas opportun d'envisager une candidature unique de la gauche écologique au premier tour ? Et bien sûr, quelle disposition Yannick Jadot compte prendre dans ce cadre-là ?

Et moi, j'ajoute à ce qu'il vient de dire que je partage, il faut que tous les citoyens, c'est-à-dire il faut introduire des débats dans les régions, dans les départements parce que si vous n'associez pas les citoyens, on repartira vers une bataille d'égo.

19:33
Présentateur

Merci pour cette question Gérard. Yannick Jadot, vous savez qu'elle vous a été posée souvent à l'antenne de France Inter par nos auditeurs. 100% d'accord ?

19:44
Invité

100% d'accord. On a, je l'ai dit, si nous y allons diviser, nous n'avons aucune chance de gagner. Il nous faudra une candidature unique autour d'une écologie et d'une gauche.

19:57
Yannick Jadot

Jean-Luc Mélenchon, l'auditeur dit Jean-Luc Mélenchon.

20:00
Invité

Oui, mais là, si on commence par les personnes, on est mort. Si on commence par les personnes, on est mort. Si on commence par les projets, on a une chance. Si nous construisons avec les citoyennes et les citoyens sur les territoires, que, évidemment, il y a des différences, il y a des divergences. Avec Jean-Luc Mélenchon, on a des divergences très sérieuses sur l'Europe, sur la géopolitique, sur la façon d'organiser l'État et les territoires, sur les forces sociales de ce pays. Mais mettons-nous autour d'une table, discutons-en, discutons-en sérieusement, voyons...

20:32
Présentateur

Pour trancher à gauche entre toutes ces... Je ne sais pas le processus. Il faudra un processus.

20:38
Invité

Oui, mais mettons-nous autour de la table et discutons-en.

20:40
Présentateur

C'est une machine à perdre ou pas, selon vous, dans le cadre qui est le vôtre aujourd'hui ?

20:44
Invité

Une primaire qui devient une primaire identitaire, qui n'est pas une primaire qui se tourne vers les Françaises et les Français, mais qui se regarde le nombril pour savoir quelle est l'identité de la gauche ou de l'écologie. Ce serait une primaire de la défaite. Ce serait une machine à perdre. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un processus de désignation et d'un projet de conquête. Franchement, la casse sociale, franchement, regardez les mesures qu'il va y avoir sur l'assurance chômage, sur la réforme des retraites. Voyez le potentiel de recherche. Je vois tous ces entrepreneurs qui s'engagent dans cette transition écologique et qui ne sont pas soutenus par l'État.

21:22
Yannick Jadot

Yannick Jadot, il nous reste quelques minutes. La maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseguian, est la cible de critiques de plusieurs membres du gouvernement, dont Gérald Darmanin et Marlène Schiappa, pour avoir voté en conseil municipal la semaine dernière le principe d'une subvention de 2,5 millions d'euros destinée au chantier d'une mosquée portée par une association turque, la Confédération Islamique Miligourus. La préfète l'avait alertée sur le fait que cette association rejetait certains principes de la République. Est-ce que vous soutenez la maire de Strasbourg ?

21:46
Invité

La maire de Strasbourg a encore déclaré ce week-end qu'évidemment, si cette association ne respectait pas les principes républicains, il n'était pas question qu'il y ait de subvention.

21:56
Yannick Jadot

Mais alors,

21:57
Invité

pourquoi ils l'ont voté ? Parce qu'il y a une demande. Il y a une demande.

22:01
Yannick Jadot

Et pourquoi ils n'ont pas voté contre ?

22:02
Invité

Eh bien, ils n'ont pas voté pour non plus, puisque c'est un principe qui a été évoqué à partir du moment où, vous savez, Miligourus gère dans notre pays 70 mosquées. Vous me dites que la préfète a alerté la maire de Strasbourg. Après une semaine quasiment de polémique, ils n'ont pas été capables de produire une note, un rapport, qui confirme que non seulement ils ont alerté la maire de Strasbourg, mais l'ensemble des maires concernés. Souvenez-vous, le patron de Miligourus a été reçu il y a quelques semaines par le président de la République. C'est un interlocuteur régulier. Et les dernières nouvelles d'Azaz annoncent ce matin que Miligourus a touché de l'argent de l'État en décembre.

A touché de l'argent de l'État en décembre.

22:47
Yannick Jadot

Donc on vous fait un faux procès, c'est ça ?

22:48
Invité

Non. Moi, vous savez ma fermeté sur les principes républicains. Je le réaffirme. Cette association a pris des positions qui ne sont pas conformes selon moi aux principes républicains. Cette association ne doit pas toucher d'argent public ni de l'État ni des collectivités aujourd'hui.

23:06
Présentateur

Autre sujet, Yannick Jadot qui flambe dans le débat public. Les réunions non mixtes organisées par l'UNEF, Audrey Pulvar a déclaré ne pas être profondément choquée que des personnes discriminées pour les mêmes raisons et de la même façon sentent la nécessité de se réunir entre elles pour en discuter. Elle ajoute s'il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, il n'est pas question de là où le jeter. En revanche, on peut lui demander de se taire, d'être spectateur ou spectatrice silencieux. Est-ce que vous approuvez ces propos ?

23:37
Invité

Considérer qu'Audrey Pulvar puisse être raciste c'est totalement aberrant. Et moi j'ai écouté, je pense comme vous et que les auditrices et les auditeurs l'écoutent, Laura Adler qui disait que quand s'est construit le MLF, donc le Mouvement de Libération des Femmes, il y a eu ces groupes de parole et qu'elle avait été surprise à quel point surgissaient dans ces groupes de parole des vérités incroyables. Mais la seule règle...

24:07
Yannick Jadot

Vous êtes favorable à ça ? Vous êtes favorable aux réunions non mixtes ?

24:10
Invité

Ce n'est pas mon histoire militante. Mais qu'il y ait des groupes de parole qui permettent de libérer la parole, ça ne me pose pas de poil. En revanche, c'est un groupe de parole interdit aux Blancs ou que les Blancs

24:22
Locuteur non identifié

doivent se taire ?

24:23
Invité

Non, non. Je trouve que l'expression est très maladroite. Un groupe de parole, ce n'est pas une scène de théâtre où il y a des spectateurs et il y a celles et ceux qui ont le droit de parler. En revanche, qu'il y ait des groupes de parole où des victimes puissent dire leur vérité et leur douleur, ça me paraît bien. Mais là, ça ne doit être qu'une étape. Dès qu'on passe à la délibération, dès qu'on passe à la décision, il faut sortir de la non-mixité. Ça doit redevenir universel. Vous savez, moi, je suis blanc, je suis homme, je suis hétérosexuel, je suis de culture catholique.

Je me sens parfaitement légitime quand je travaillais en Afrique à travailler avec les paysans africains, quand je travaillais au Bangladesh à soutenir les femmes pour les sortir de la pauvreté. Je me sens, même si je suis de culture catholique, je me sens parfaitement légitime à lutter contre l'antisémitisme. Et malgré tout,

25:09
Yannick Jadot

vous dites pourquoi pas les réunions non-mixes, s'il le faut.

25:12
Invité

Non, des groupes de parole. Ce sont des groupes de parole où la parole non-mixe se libère. Mais la question, ce n'est pas de la mixité, c'est qu'on mette les victimes ensemble. en revanche, je le dis très clairement. L'horizon de l'universalité, c'est ça ce qui est important. On est tous et toutes une parcelle de l'humanité. C'est moi, c'est ça fond de mon engagement international et tous mes engagements politiques de faire partie d'une seule et même communauté humaine.

25:36
Présentateur

Yannick Jadot était au micro de France Inter ce matin.