Macron annonce « la fin » du Franc CFA
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« La banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest était tenue de mettre à la disposition du Trésor public français 50% de leurs réserves en devise. »
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Mes chers compatriotes. On vient d'apprendre que le président de la République était allé fêter son anniversaire en Côte d'Ivoire – pourquoi pas ? – et qu'à l'occasion de ce déplacement en Côte d'Ivoire, il a annoncé tout à trac, en présence de son homologue ivoirien Alassane Ouattara, la fin du franc CFA.
Alors c'est une information quand même qui a surpris beaucoup de monde, parce que le moins que l'on puisse dire, c'est que ça pourrait être une véritable révolution. Et la question se pose de savoir si c'est une vraie révolution monétaire et – au-delà de ça – géopolitique, ou bien est-ce qu'il s'agit encore une fois d'un enfumage. Personnellement, je réagirai de deux façons, en examinant la forme et le fond.
Alors déjà, faut rappeler ce que c'est que le franc CFA. Le franc CFA, en fait, ce sont deux monnaies différentes : la monnaie de l'Union économique et monétaire (ouest-africaine), avec 8 États, notamment le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Togo, le Mali, le Niger, le Burkina Faso, et puis le franc CFA, c'est également le franc de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale, (NDLR : avec le Cameroun et l'ancienne Afrique équatoriale française). Alors de quoi s'agit-il ?
Il s'agit que le franc CFA utilisé uniquement dans les 8 pays d'Afrique de l'Ouest...
On ne parle pas des pays d'Afrique centrale. Ce franc CFA utilisé donc dans l'Union économique et monétaire (ouest-africaine) va changer de nom en 2020, pour devenir l'éco. Alors sur la forme, sur la forme, il est quand même absolument extraordinaire que le président de la République française annonce tout à trac, alors que personne n'était au courant, ce changement, et qu'il le fasse de surcroît avec un seul des chefs d'État, les 8 États concernés : le président de la Côte d'Ivoire.
Moi, je serais le président du Sénégal, du Mali, du Niger, du Togo, du Bénin, etc., je ne serais pas particulièrement satisfait d'apprendre cette information de cette façon. Je serais parlementaire français, je serais pas non plus très satisfait de voir à quel point le Parlement français ne sert strictement à rien, puisque face à une décision qui est potentiellement d'une telle ampleur, qui met un terme à une création monétaire qui date de 1945 et qui avait un parfum largement critiqué, un parfum de néocolonialisme et de Françafrique, il est quand même extravagant que le président de la République décide comme ça.
On a l'impression qu'il sort ça d'un chapeau. Donc déjà, du point de vue de la forme, ça ne va pas. Maintenant, sur le fond.
Sur le fond, il y a plusieurs choses à dire. Personnellement...
Vous me connaissez. Ça fait des années que je l'ai dit, notamment parce que j'ai souvent ce genre de question. Nous, nous sommes favorables, à l'UPR, – et ça figurait d'ailleurs dans le programme présidentiel – au démembrement progressif du franc CFA.
Puisque nous sommes logiques avec nous-mêmes, nous, nous voulons sortir de l'euro. Nous disons – et toute l'histoire monétaire du monde nous donne raison – qu'une monnaie, c'est un peuple et une nation, et qu'une monnaie plurinationale ne peut pas durablement être viable. C'est d'ailleurs ce que l'on constate pour le franc CFA, puisque justement, ces réformes montrent bien qu'il y a un problème.
Donc sur le fond, l'idée que progressivement, on évolue sur le franc CFA, me paraît une bonne idée. Mais j'ai rappelé que la position de l'UPR, c'était d'aider les États qui le souhaitaient à créer leur propre monnaie, comme ça a d'ailleurs été le cas...
La Guinée l'avait fait. Le Mali a essayé de le faire, puis était revenu dans le franc CFA. Donc nous, nous aiderons les pays de la zone du franc CFA à sortir du CFA s'ils le souhaitent, afin qu'ils puissent disposer de leur souveraineté monétaire pleine et entière.
Mais de quoi s'agit-il ici en la matière ? Il s'agit d'abord d'une réforme – je l'ai dit tout à l'heure – qui ne concerne que l'Union économique et monétaire (ouest-africaine), l'UEMOA, et non pas l'autre franc CFA de l'Afrique centrale. Deuxièmement, ce qui va changer, c'est le nom de la monnaie.
Au lieu de s'appeler CFA, qui avait un parfum peut-être effectivement un peu de vestige de la colonisation, ça va devenir l'éco. Bon, on voit bien qu'il y a une espèce de parallélisme symbolique avec l'euro. L'éco, ça fait un peu un euro à l'économie.
Bon, moi, je trouve que ce genre de monnaie artificielle est un peu bizarre. Et du reste, ça va rester une monnaie plurinationale, donc une monnaie qui aura les mêmes inconvénients que toute monnaie supranationale dont je parlais à l'instant. Ce qui va changer également, c'est que M.
Macron a annoncé qu'il n'y aurait plus de...
Une des dispositions qui faisait beaucoup critiquer le franc CFA, notamment par la jeunesse des pays d'Afrique, c'était que la banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest était tenue de mettre à la disposition du Trésor public français 50% de leurs réserves en devise. Ce qui fait qu'il y a actuellement – je crois – un montant de l'ordre de 14 milliards d'euros qui est détenu par le Trésor public français, qui sont en dépôt au Trésor public français et qui représentent 50% des devises. Alors ce mécanisme avait été prévu pour solidifier, garantir la solidité du franc CFA.
Ça a fait beaucoup de critiques. Macron décide qu'il n'y aura plus cette nécessité. Donc il n'y aura plus les dépôts de réserves.
Par ailleurs encore, il y avait, au sein du comité monétaire de la banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest et dans les instances de l'Union économique et monétaire (ouest-africaine)...
Il y avait des dirigeants français qui en faisaient partie. Désormais, il n'y aura plus de représentant de la France dans ces institutions. Dont acte.
Ça peut montrer qu'il y a une volonté effectivement de donner leur souveraineté à ces pays d'Afrique de l'Ouest. Ça, c'est sur les points qui vont changer. Mais il y a des points qui ne vont pas changer, et non des moindres.
Le premier point qui ne va pas changer, c'est la parité monétaire. C'est-à-dire que le franc CFA est lié à l'euro. Donc le problème reste entier, c'est-à-dire que les États d'Afrique de l'Ouest sont handicapés par une monnaie qui a un lien fixe par rapport à l'euro.
Et l'on peut donc considérer que les pays d'Afrique de l'Ouest voient leur monnaie dépendre du taux de change de l'euro, et donc en particulier de la santé de l'économie allemande, ce qui est quand même dément. Déjà, c'est trop cher pour la France. A fortiori, c'est trop cher pour les États d'Afrique de l'Ouest.
Ça nuit à la compétitivité externe des produits des États d'Afrique de l'Ouest. Ça crée du chômage dans les États d'Afrique de l'Ouest. Il serait beaucoup plus sain d'avoir des monnaies nationales qui soient compatibles avec la compétitivité de chacune des économies de ces pays, qui étaient nouveaux en 1960 mais qui, maintenant, se sont affirmés sur la scène internationale, et qui ont commencé à avoir une véritable économie locale nationale.
Le deuxième point qui reste inchangé...
Et là, ça pose aussi un vrai problème, alors cette fois-ci pour la France. C'est que la France va conserver...
Elle se porte toujours garante pour la banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest. C'est-à-dire que si, par exemple, il y avait une pénurie en devises étrangères, c'est la France qui devrait se faire fort d'apporter ses devises à cette banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest. Ce qui signifie clairement que Macron a cédé sur la présence de représentants français, a cédé sur les dépôts en garantie, 50% des dépôts de devise en garantie auprès du Trésor public, mais en revanche, il a accepté de garantir toujours ces États.
C'est-à-dire que la France sort encore une fois, dans cette histoire, perdante, puisque auparavant, la contrepartie des garanties, c'était justement le dépôt de 50% des devises au Trésor public français. Personnellement, j'estime que s'il faut laisser leur pleine et entière souveraineté aux États d'Afrique de l'Ouest, il faut aller jusqu'au bout. Et donc il n'y a plus nécessité, dans la mesure où il n'y a plus le dépôt en garantie de 50% des devises auprès du Trésor public français...
Le Trésor public français n'a plus non plus à faire la garantie des États d'Afrique de l'Ouest. Sinon, on maintient d'ailleurs une relation de sujétion qui ne dit pas son nom, et la France prend des risques qui peuvent être importants. Au total, sur cette réforme, je dirai qu'il y a...
Au-delà de ça, on voit bien que l'idée même d'une monnaie plurinationale ne tient pas la route, même en Afrique de l'Ouest. Ce qui est dommage, c'est que Macron ait fait ça en maquignon comme ça, dans un coin, sans tenir informée la représentation nationale, sans que ceci s'inscrive dans un projet géopolitique plus global qui est celui que nous, nous proposons. Je rappelle que ce que nous, nous proposons, à l'UPR, c'est d'en finir avec la Françafrique, avec des relations d'assujettissement des pays d'Afrique à l'ancienne métropole, mais que l'on rebaptise des liens entre la France et l'Afrique cette fois-ci en adultes, entre pays libres et souverains.
Personnellement, je ne suis pas favorable à ce qu'il y ait des repentances à répétition, parce que certes, la période coloniale a connu des crimes, elle a aussi eu des points positifs. Il faut avoir un jugement nuancé sur l'Histoire. Ça, c'est un fait.
Je renvoie ici à ma conférence sur l'histoire de France. Donc je n'aime pas ces repentances à répétition, qui ne sont pas saines. D'ailleurs, les générations ont changé.
Maintenant, il faut regarder vers le XXIe siècle. La deuxième chose que je voudrais dire, c'est qu'autant je n'aime pas les repentances à répétition, autant je ne suis pas non plus favorable à cette construction européenne qui a pour effet de nous couper de nos véritables liens, notamment avec les pays de la francophonie. Je rappelle que par l'intermédiaire de l'UE, chaque Français verse des sommes considérables à des peuples comme les Estoniens, les Lettons, les Slovaques, etc., alors que cet argent ferait mieux d'aller – quitte à faire – vers les pays de l'Afrique francophone, notamment pour permettre d'y stabiliser leur population et de favoriser le développement, qui n'est pas nul, puisque – par exemple – le Sénégal a connu des taux de croissance tout à fait significatifs depuis plusieurs années : de l'ordre de 8% par an.
C'est ça qu'il faut favoriser. Et il faut favoriser un partenariat entre la France et les pays d'Afrique sur un véritable pied d'égalité. Un pied d'égalité qui nécessite la fin progressive du franc CFA et qui nécessite aussi que la France eh bien n'ait plus d'intérêt particulier en matière économique et monétaire.
C'est au peuple d'Afrique, à chaque peuple d'Afrique de se gérer. Tout ça pour dire qu'en définitive, eh bah cette réforme risque d'être encore une fois un enfumage général. On ne comprend pas très bien d'ailleurs pourquoi les 7 autres chefs d'État de l'Union économique et monétaire (ouest-africaine) ne faisaient pas partie de la réunion, pourquoi ceci a été décidé sur un coin de table, pourquoi d'ailleurs Macron a changé de pied, puisqu'en 2017, il se déclarait favorable au franc CFA.
Enfin c'est de l'approximation, c'est du « en même temps », c'est-à-dire du n'importe quoi, typique de Macron. Et ça ne s'inscrit pas dans une géopolitique. Lorsque Macron prend des grandes positions sur le fait que ci, que ça, la France et l'Afrique nani, nana, concrètement, il est un des vassaux de l'oligarchie euro-atlantiste qui tient la construction européenne.
Pour renouer des liens étroits avec les pays d'Afrique francophone, qui d'ailleurs participent au rayonnement de la littérature et de la langue françaises dans le monde, qui sont des pays d'avenir en matière économique, pour développer ces liens sur un pied sain d'égalité, il faut d'abord sortir de l'UE, qui nous assujettit. Voilà. Je rappelle d'ailleurs ici ce que font les Britanniques.
Au moment même où ils font le Brexit, ils vont donc éditer une pièce de 50 pence avec d'un côté, côté face, le profil d'Elizabeth II, la reine d'Angleterre, et côté pile, eh bien une devise qui est : « Pour l'amitié, la coopération et la paix avec tous les peuples du monde ». Et au même moment, le gouvernement de Sa Gracieuse Majesté a lié des quantités d'accords de libre-échange avec les pays du Commonwealth, les anciennes colonies britanniques, que ce soit l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Inde, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada. Voilà.
Les Anglais, encore une fois, ont tout compris. Sortir de l'UE, ça n'est pas se refermer sur le monde. C'est au contraire se rouvrir sur le monde, et en particulier vers les pays avec lesquels on a une longue histoire, une histoire faite de bien des choses, des hauts et des bas, du bien et du mal, des crimes et des œuvres extraordinaires.
C'est le propre de l'histoire humaine. Mais ce qu'il faut au XXIe siècle, c'est regarder tous ensemble vers l'avenir. C'est ce que nous, nous proposons.
Nous, nous proposons aux Africains de reprendre leur indépendance, leur souveraineté monétaires. Cette petite réformette de l'éco n'en est qu'une simple apparence. Nous, nous voulons couper les liens de sujétion entre la France et les pays d'Afrique, mais remettre ça sur un pied d'égalité.
Et l'une des mesures phares que nous proposions, c'était justement d'essayer de proposer la recréation, qui avait été prévue d'ailleurs par Charles de Gaulle et qui était tombée en désuétude, d'une espèce de parlement de la communauté des États francophones, qui pourrait siéger dans les locaux de l'UNESCO à Paris, que nous viderions des pays de l'UNESCO, puisque sortant de l'UE, le siège du Parlement européen à Strasbourg deviendrait vacant. Nous proposerions à tous les États membres de l'UNESCO d'aller dans les locaux beaucoup plus grands du Parlement européen à Strasbourg. Donc ils seraient beaucoup plus à l'aise.
Et puis les locaux de l'UNESCO à Paris...
Eh bien nous, nous proposerions aux États de la francophonie eh bien d'avoir un parlement où nous essaierions tous ensemble, sur un pied d'égalité, d'avoir des positions communes. Pas seulement d'ailleurs quant à la réforme du système financier mondial, qui va de toute façon, un jour ou l'autre, avoir lieu, pas seulement sur les questions géopolitiques, mais sur toutes les questions diplomatiques, culturelles, civilisationnelles, environnementales et écologiques, pour essayer d'avoir un pôle francophone qui pèse à l'échelle du monde. Encore faut-il, pour réformer donc le franc CFA, avoir une vision géopolitique, que Macron n'a pas.
Sur ce, je vous souhaite, à toutes et à tous, de joyeuses fêtes de fin d'année. Et je vous retrouverai très bientôt, dans d'autres petites vidéos comme celles-ci, pour commenter l'actualité d'ici au 31 décembre. Vive la République et vive la France.