Clémence Guetté (LFI) : "Avoir vécu de la violence sociale est moteur de mon engagement"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Un podcast France Culture. Elle choisit l'insoumission et Jean-Luc Mélenchon pour qui elle colle des affiches dès sa première campagne en 2012. Elle gravit les échelons dans un mouvement qui met les jeunes en avant et en 2016 participe à l'écriture de l'Avenir en Commun, le programme présidentiel, avant d'en devenir totalement responsable pour la présidentielle de 2022. Une intellectuelle qui vient de sortir un ouvrage collectif contre l'extrême droite, La Résistible Ascension, dit-elle. C'est le premier livre de l'Institut La Boétie qu'elle co-dirige avec Jean-Luc Mélenchon. Une fidèle dans un mouvement qui y tient tant.
Que pensent-elles des purges et des critiques contre le manque de démocratie interne ? Pense-t-elle comme son mentor qu'au-delà des jeunes et des abstentionnistes, il n'est pas nécessaire de faire campagne. Elle qui vient d'entamer un tour de la ruralité. Sans s'en démarquer, elle avance ses pions de son côté. Élu députée du Val-de-Marne en 2022 alors qu'elle a grandi dans les Deux-Sèvres, elle nous dira ce qu'elle entend dans sa permanence de Choisis-le-Roi et ce qu'elle perçoit du perchoir de l'Assemblée où elle a tout juste été élue vice-présidente au Palais Bourbon. Bonjour Clémence Guettet. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation. Nous sommes ensemble jusqu'à 13h30.
Alors depuis votre entrée en politique, vous tentez de lire un livre par semaine. Y arrivez-vous ?
A peu près. J'y arrive. J'essaye de m'y astreindre, pas pour faire du chiffre. Je ne fais pas une politique du chiffre en matière de livres, mais parce que j'ai besoin de m'aérer un peu l'esprit. Parce que l'Assemblée nationale, c'est un lieu très enfermant, très clos. On voit les mêmes personnes toute la journée. C'est un lieu de conflictualité politique et c'est bien normal. mais on est aussi très assujettis à l'actualité et à son rythme complètement dingue de nos jours. Et donc j'ai besoin de prendre un peu de temps intellectuel. Y compris, je ne lis pas que des essais. Je lis beaucoup de romans. Je vais beaucoup au cinéma aussi.
Et au début, je culpabilisais un peu et je me disais que ce n'était pas forcément du temps utile. Parce que quand on est élue, on a quand même une sacrée responsabilité vis-à-vis des gens. Et en fait, maintenant, je me dis que c'est nécessaire pour moi, pour bien exercer mon mandat, pour continuer à être ouverte au monde, à la production littéraire, culturelle. Ça me fait du bien. Qu'est-ce que vous lisez en ce moment ? Alors, en ce moment, figurez-vous que je viens de commencer Elena Ferrante, la suite, les quatre bouquins, parce que je ne les ai jamais lus et c'est des best-sellers. Et donc, on me les a recommandés ces derniers jours. Donc, je me suis dit, il faut que je le fasse.
J'ai commencé ça et j'avais fini le livre sur le génocide au Rwanda de Gaël Fay, juste il y a quelques jours. Petit pays. Ouais.
Alors, vous venez de publier cet ouvrage, Extrême droite, la résistible ascension. Je le disais en introduction, le premier livre du think-tank que vous co-présidez, Institut Labo-Essi. Avant de rentrer dans le vif du sujet, une question d'actualité qui est liée. Marine Le Pen est en ce moment devant la justice pour l'affaire des assistants parlementaires européens. Le parquet a requis 5 ans de prison et 5 ans d'inéligibilité contre elle. Le délibéré est attendu pour 2025. Beaucoup de voix se sont élevées ces derniers jours contre ces réquisitions, y compris celles de l'ancien ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.
Il a déclaré sur le réseau social X, il serait profondément choquant que Marine Le Pen soit jugée inéligible et ainsi ne puisse pas se présenter devant le suffrage des Français. Qu'en pensez-vous, vous, Clémence Guettet ?
Je trouve ça quand même assez étonnant que les voix les plus dures réactionnaires au sein de la Macronie, pour ce qui concerne Gérald Darmanin, puis aussi à droite et jusqu'à l'extrême droite, qui d'habitude réclament des peines exemplaires, l'automaticité, le durcissement pénal, cette fois-ci portent un autre discours. Alors après, il est clair que là, c'est les réquisitions du procureur, donc on verra bien ce que les juges décideront au printemps 2025. Il n'empêche que les faits qui sont évoqués sont extrêmement graves. Enfin, on parle...
Je vais mettre beaucoup de guillemets dans ce que je dis pour respecter, évidemment, la présomption d'innocence, mais de l'organisation d'un système au profit du parti politique par le Parlement européen. Donc évidemment, c'est très grave. Et évidemment, je pense aussi qu'il y a une nécessité d'exemplarité, même si, et là, je rejoins notamment l'expression de Jean-Luc Mélenchon à ce sujet, il n'y a de nôtre pas aucune naïveté sur la justice. C'est pour ça que la présomption d'innocence doit pouvoir être respectée, et qu'y compris jusqu'aux procédures d'appel, la possibilité d'exercer un mandat jusqu'à son terme doit être là aussi respectée. Mais est-ce que ce n'est pas précisément
le problème, Clémence Guettet, comme vous venez de le faire à l'instant, comme Gérald Darman, comme beaucoup d'autres, c'est de commenter les décisions de justice, en plus quand elles ne sont pas encore prises. C'est vous qui me le demandez, en l'occurrence. Justement, je m'attendais à ce que vous critiquiez le fait que Gérald Darman le fasse. Moi, j'ai connu une époque où, en fait, les politiques ne parlaient pas de la justice, encore moins quand elle n'était pas rendue,
à cause de la séparation des pouvoirs. C'est pour ça que, dans ma réponse, j'ai rappelé deux fois la présomption d'innocence, parce qu'en effet, je pense qu'il y a le temps de la justice, il y a le temps de l'actualité politique immédiate, et que ce ne sont pas des temps qui doivent être confondus. Et en réalité, on nous demande beaucoup trop de commenter l'actualité judiciaire, y compris sur des dossiers qu'on ne maîtrise pas, on n'est pas nous-mêmes magistrats. Donc, je déplore avec vous, à vrai dire, la confusion de ces temps-là.
Alors, dans ce livre, le vôtre, Extrême droite, la résistible ascension, vous faites intervenir un certain nombre de chercheurs, dont Félicien Faury, qui est l'auteur, cette année, d'une enquête sur la normalisation de l'extrême droite, intitulée Des électeurs ordinaires, c'est paru au seuil. Et à la page 57 de votre livre, il relate le rapport pessimiste des électeurs du RN à leur lieu de vie. Ils ont le sentiment, je cite, que leur quartier ou leur commune se dégrade. Alors, on pourrait se dire, puisque vous signez la post-phase de cet ouvrage, Clémence Guettet, que l'une des solutions, c'est d'aller à la conquête des collectivités territoriales.
Depuis plusieurs années, est-ce que vous diriez que la France insoumise les a un peu oubliées, ces élections intermédiaires ou locales ?
Non. Déjà, je pense qu'il faut quand même partir du fait qu'on ait une formation politique extrêmement jeune, en réalité. À force de dire ça, elle n'est plus si jeune, on va bientôt fêter les 10 ans. D'accord, mais 2016, donc on est là à nos 8 ans, et donc une seule élection municipale, par exemple, celle de 2020, qui est intervenue à un moment où je pense que le mouvement n'était pas forcément mature pour aborder toutes les élections comme elles se présentaient.
Et vous le savez, pour nous, l'élection présidentielle, dans la Ve République et dans le système tel qu'il est fait en France, le système politique, l'élection présidentielle, est une élection absolument fondamentale, sur laquelle nous avons mis beaucoup de force. Mais là, on est en train, justement, en ce moment, de préparer les prochaines échéances municipales, celles de 2026, et on s'y prépare là très sérieusement, avec plus d'un an et demi d'avance, pour ce qui me concerne, parce que moi, je suis chargée du programme, par exemple, on prépare des kits programmatiques à destination des gens qui vont faire les campagnes sur le terrain.
Parce que vous ne faites pas le même programme municipal dans une toute petite commune ou dans une très grande, dans une qui est en milieu très rural ou qui est proche d'une extrêmement grande ville. Donc, tout ça, le lien à l'intercommunalité, fait que les camarades qui militent sur le terrain ont besoin d'être accompagnés. Et donc là, c'est ce qu'on va faire. Et là où je vous rejoins, et je rejoins en partie le propos du livre, c'est qu'on a besoin d'investir ces exécutifs locaux.
Parce qu'on voit, et on reviendra peut-être sur les faiblesses de l'extrême droite qui sont détaillées dans le livre, mais on voit aussi que leur implantation locale à l'extrême droite et au rassemblement national, notamment, est un point d'appui très fort. Un point d'appui très fort qui est aussi un peu hypocrite parce qu'en fait, il permet à des élus locaux de dire strictement l'inverse au niveau municipal de ce que les députés, par exemple, votent à l'Assemblée nationale. Je pense à la question du pouvoir d'achat des gens, mais qui est un point d'appui parce que les réseaux de sociabilité, le fait d'être vu dans les événements locaux est extrêmement important.
Et donc, nous, on se prépare sérieusement pour ces municipales. Pourquoi les négociations programmatiques pour le Nouveau Front Populaire ont été aussi importantes pour nous et pourquoi, dans l'imposition d'un autre modèle, d'un contre-modèle, le travail sur le programme, sur le chiffrage, pour nous, est aussi important ?
C'est parce que, par exemple, dans la séquence budgétaire qu'on vient de vivre, quand on fait des amendements communs au Nouveau Front Populaire sur la base du programme et de la plateforme qu'on a âprement négocié discuté, disons que l'option que nous défendons, c'est-à-dire celle de la gauche de rupture et celle d'une vraie rupture avec le néolibéralisme et d'une vraie répartition des richesses et de mesures qui impactent un peu, elles se sont faites sur cette base parce qu'on a négocié ça. Donc, ce joue aussi dans la séquence quand même la question du rapport de force à gauche, de fait, et de l'imposition d'un programme de rupture comme un contre-modèle.
Je vais le dire peut-être encore plus franchement, si le Parti Socialiste avait été encore hégémonique au moment de cet accord et donc ses propositions programmatiques, on n'aurait pas eu les 60 milliards de recettes symétriques à la cure austéritaire promue par Barnier, on aurait eu un bloc complètement différent. Donc, ce qui se joue aussi, c'est une contre-proposition politique extrêmement nette. Et c'est pour ça que quand Jean-Luc Mélenchon notamment dit que ça se terminera entre eux et nous, c'est que d'ores et déjà on voit les prémices d'un affrontement idéologique très net entre deux visions du monde, notamment en matière économique.
C'est votre voix qu'on entend, Clémence Guettet, députée LFI du Val-de-Marne lors d'une émission diffusée par l'Institut La Boétie, le think-tank que vous coprésidez, diffusée le 6 novembre dernier sur les réseaux sociaux. Alors, on s'est demandé avec l'équipe de Sens Politique qu'est-ce que vous vouliez dire exactement entre eux et nous que vous parliez du Parti Socialiste ?
Ah non, en l'occurrence, eux et nous, c'est la polarisation extrêmement forte à laquelle on assiste dans le champ politique. En fait, moi j'ai 33 ans, on a connu pendant très longtemps un système en France où Parti Socialiste, UMP, on savait grosso modo que ça se jouerait comme ça pour les élections présidentielles et puis il y avait des partis plus petits. Le macronisme en 2017, ça a été quand même un bouleversement du champ politique avec une tripolarisation pour le coup.
les 22% à l'élection présidentielle de 2022 de la gauche radicale au sein du bloc de gauche alors que Mme Hidalgo faisait 1,7%, c'est là aussi une reconfiguration cette fois-ci plutôt à la gauche et ce à quoi on assiste en ce moment avec le budget où le Rassemblement National sauve M.
Barnier, sauve son projet, s'oppose à la réinstauration de l'ISF, ce à quoi on assiste à mes yeux c'est à une fusion très nette entre le bloc dit central de droite et d'extrême droite qui ne forme qu'un bloc idéologique qui est dans l'accompagnement du néolibéralisme en matière économique avec une connotation raciste pour ce qui est de l'extrême droite plus forte que pour ce qui est du centre et de fait un bloc en face qui est un bloc qui s'oppose à cette alternative néolibérale qui propose un contre-modèle auquel nous entendons donner la tonalité de rupture qui est celle de notre programme et donc quand je dis eux et nous c'est pour le dire vite la gauche radicale contre l'extrême droite et l'extrême droitisation de la société et c'est d'ailleurs en partie le propos du livre c'est comment on se prépare à ça à cet affrontement idéologique
vous écrivez dans votre postface page 258 qu'il nous faut donc et nous essayons de le faire rétablir un clivage vertical le peuple contre l'oligarchie c'est pas exactement la même chose que le bloc NFP nouveau front populaire si je vous suis bien et l'extrême droite et le centre
mais cette question du clivage elle est fondamentale si on veut avoir une analyse sérieuse de la situation parce que trop souvent il y a eu des caricatures qui ont été faites sur les populismes de droite comme de gauche on va dire ça comme ça ça ça vient du bloc du bloc central pour nous renvoyer dos à dos mais parce qu'à un moment Jean-Luc Mélenchon revendiquait
le populisme de gauche de Chantal Moude
oui mais une grande différence et c'est notamment Eric Fassin qui explique ça une grande différence entre ce qu'on peut appeler populisme de gauche et d'extrême droite c'est que le populisme d'extrême droite il est ternaire c'est à dire qu'il dit à la fois il y a un clivage peuple-oligarchie donc vertical mais il pointe aussi un groupe situé au sein même des classes populaires à savoir les immigrés les musulmans les étrangers je mets des guillemets autour de tous ces termes de division du peuple ça c'est ternaire le populisme si on peut le dire comme ça de gauche la grande différence c'est qu'il est binaire et qu'il est uniquement vertical entre les classes populaires dans leur ensemble et dans leur diversité et une oligarchie qui détient tout et je veux dire cet accaparement des richesses au détriment de 90% de la population française en Macronie on l'a vu s'accélérer de manière drastique
et justement vous dites pour poursuivre quand ils sont eux du côté du tous contre tous du chacun pour soi nous portons le projet d'une société de l'harmonie on a un peu de mal à voir la société de l'harmonie quand on fait un affrontement comme ça Clémence Guettet est-ce qu'il ne faudrait pas plutôt rassembler ?
Moi je pense au contraire que par exemple la justice fiscale par exemple faire en sorte que quand les plus riches s'enrichissent autant ils payent l'ISF que les grands groupes ne puissent pas verser des dividendes je pense à Michelin je veux dire ils ont fait des records de bénéfices 3,6 milliards 1,2 milliards pour leurs actionnaires sous forme de dividendes et 1254 personnes qui sont virées du jour au lendemain à Cholet et à Vannes notamment je pense que ça ça ne réconcilie pas du tout la société dans son ensemble ça creuse un clivage et que pour faire en sorte que les gens puissent vivre ensemble il faut du commun le commun c'est les services publics les services publics ça se finance et pour les financer il n'y a pas d'autre moyen que partager un peu le gâteau qui là a été tellement inégalement partagé en faveur des plus riches mais quand on dit eux et nous est-ce qu'on crée du commun ?
quand comment dire il y a une conflictualité très forte avec l'extrême droite notamment parce que ce projet donc eux et nous c'est l'extrême droite contre vous Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise ah bah oui oui c'est ce que j'ai essayé d'expliquer je pense qu'il y a vraiment une bipolarisation entre deux blocs qui portent deux projets radicalement différents l'extrême droite c'est le néolibéralisme avec un projet raciste ils prennent la compétition néolibérale comme un acquis c'est à dire voilà c'est tous contre tous on peut pas faire autrement c'est comme ça et ils promettent aux classes populaires notamment qu'il y aura des perdants sur une base raciste voilà que les perdants ce seront les étrangers les immigrés les musulmans voilà nous on propose aux classes populaires au contraire de s'unir les classes populaires c'est les classes populaires féminiser raciser ubériser les ouvriers de leur permettre de s'unir et de réclamer ce qui est dû c'est à dire des bonnes conditions de vie dans le pays tout simplement
un dernier mot sur votre livre et sur votre postface en particulier Clémence Guettet que vous signez Extrême droite la résistible ascension aux éditions Amsterdam vous écrivez on ne se bat pas ici pour des parts de marché électoral on essaye de construire un peuple révolutionnaire je l'ai déjà entendu de la part de vos collègues insoumis à ce micro mais comment expliquez-vous par exemple que les gilets jaunes n'aient pas voulu de soutien politique pas plus du vôtre que celui des autres est-ce que vous êtes bien sûr qu'un peuple révolutionnaire ça se construit et ça n'est pas plutôt spontané
non je pense que je pense que véritablement ça se construit ça se construit au cours de mobilisation d'ailleurs on a discuté un tout petit peu du terme populisme de cette notion et une des particularités c'est qu'on ne choisit pas les mobilisations populaires elles sont en l'occurrence spontanées ça peut être celle des agriculteurs il y a quelques mois et qui d'ailleurs sont en train de ressortir et de ressurgir parce que les problèmes n'ont pas été réglés il s'agit des gilets jaunes d'ailleurs dont ce sera l'anniversaire du mouvement ce dimanche et ça notre rôle politique c'est de les accompagner et de proposer une grille de lecture les gilets jaunes en l'occurrence ça partait d'une revendication fiscale pour aboutir à une revendication
démocratique Clémence Guetté vous qui êtes en charge du programme et de la stratégie je sais que vous n'aimez pas les sondages quand ils sont mauvais mais enfin quand même 72% des français pensent qu'elle est fille la France insoumise attise la violence 69% des français pensent que la France insoumise est dangereuse pour la démocratie Jean-Luc Mélenchon personnalité la plus rejetée devant Éric Zemmour c'est des sondages qui datent de 2023
et 2024 alors bon j'aime pas les sondages quand ils mentent par exemple les 27 sondages sur 27 qui ont déclaré que le Rassemblement National allait gagner aux élections législatives alors que c'est le nouveau Front Populaire qui a gagné mais vous en sondage les sondages ils disent des choses ils disent qu'il y a du clivage dans la société ça c'est sûr et certain ils disent aussi que par exemple pour ce qui est de Jean-Luc Mélenchon puisque vous venez de citer un sondage à son propos il y a 40% des gens qui peuvent avoir une adhésion forte à ce qu'ils portent et à ce qu'ils revendiquent et la conflictualité en politique permet d'avoir du débat je ne crois pas du tout que le consensus mou puisse provoquer quoi que ce soit d'intelligent et de désirable électoralement
France Culture Sens Politique Astrid De Villene
Le nouveau Front Populaire respectera le mandat que lui ont donné les votes pour ses candidats la parole donnée sera tenue le nouveau Front Populaire appliquera son programme rien que son programme mais tout son programme en effet celui-ci forme un tout dont on ne peut dissocier ni les différentes parties ni les recettes et les dépenses ni le déroulement de l'entrée en vigueur des mesures qu'il contient dès cet été les mesures prévues par ce programme peuvent être prises par décret sans vote l'abrogation de la retraite à 64 ans en vocation des conférences salariales par branche professionnelle le plan de gestion de l'eau et le moratoire sur les grands travaux inutiles
Les mots de Jean-Luc Mélenchon peu après 20h au soir du 7 juillet dernier second tour des élections législatives anticipées Clémence Guettet vice-présidente de l'Assemblée députée insoumise est-ce que Jean-Luc Mélenchon commet une erreur d'analyse ce jour-là ou tire une balle dans le pied
du nouveau Front Populaire ? Non je pense pas en fait en écoutant ça je me dis quand même quel gâchis que c'est moi passé quel gâchis que que Macron n'est pas reconnu en fait ce qui s'est passé électoralement ce sursaut je fais partie d'une circonscription où il y a beaucoup d'abstention et où les gens massivement ils sont allés plein de fois c'était la première fois de leur vie qu'ils venaient au vote et avec un grand un grand espoir et je dis quel gâchis parce que tout ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon dans cet extrait on aurait pu le faire en fait et vous n'avez pas fait on aurait pu le faire
et est-ce que vous répondez donc pas à ma question est-ce que c'est une erreur d'analyse ou est-ce qu'il ne veut pas gouverner
ah non non honnêtement vous êtes d'accord avec cette façon
d'avoir analysé les résultats vous n'aviez même pas 200 députés Clémence Guettet
d'accord on n'avait pas 200 députés mais vous avez vu combien on a monsieur Barnier voilà la situation d'aujourd'hui c'est une profonde illégitimité et c'est pas la nôtre c'est celle de la droite en l'occurrence donc c'est pas de la faute de Jean-Luc Mélenchon ah non c'est pas de la faute de Jean-Luc Mélenchon et je vais vous dire un autre truc c'est aussi une question d'honnêteté de transparence vis-à-vis d'un électorat quand vous réussissez à convaincre les gens de venir se déplacer et que le lendemain vous leur diriez oh ben non on va faire que la moitié parce qu'on sait pas exactement comment faire la différence entre cette version ramollie de la politique et la nôtre c'est que quand on propose un programme dans son entièreté quand on le chiffre entièrement c'est pour être sûr qu'il va être faisable parce que moi quand je vais voir les gens et que je leur dis oui vous allez pouvoir partir à la retraite à 60 ans ou oui le SMIC il va être à 1600 euros pour vivre un peu mieux et bien je vais être sûre qu'on est en capacité de le faire donc c'est aussi juste une question de transparence et de rapport sain il me semble à l'électorat et je vais vous dire une dernière chose celles et ceux qui signent des programmes des plateformes programmatiques qui n'en ont rien à faire qui dès le lendemain peuvent dire oh ben en fait le nouveau front populaire le programme était infaisable on n'y croyait pas ça me dégoûte voilà ça me dégoûte et c'est l'inverse de ce pourquoi je fais de la politique
et vous prenez Clémence Guettet en effet une gauche de rupture c'est votre terme est-ce que vous avez des exemples dans le passé ou dans les autres pays où ça a fonctionné la gauche de rupture
il y a quand même des périodes historiques où on a fait des choses qui étaient qui étaient comment dire qui ont tranché voilà avec un modèle dominant en France en France je veux dire le début du mandat Mitterrand par exemple le programme il était extrêmement ambitieux je vais vous dire même une autre chose en matière de nationalisation il était plus ambitieux que ce qu'a pu faire le programme du nouveau front populaire mais aussi à l'étranger comme Claudia Sheinbaum au Mexique la campagne qu'elle a fait c'est une campagne véritablement de rupture c'est la présidente la mieux élue depuis des dizaines et des dizaines d'années donc oui cet espace électoral existe et je suis un peu parfois fatiguée qu'on nous fasse des procès en illégitimité ou en manque de crédibilité quand par exemple Hollande et la social-démocratie c'est le président qui n'a pas pu se représenter tellement il était impopulaire quand la gauche fait des promesses qui consistent à être de gauche du genre mon ennemi c'est la finance et que finalement elle fait un programme qui n'est pas de gauche le peuple les gens sont déçus et ils sanctionnent ça très durement y compris électoralement et je vais faire un lien avec le bouquin puisqu'on en a parlé à plusieurs reprises une des raisons et c'est la fondation Georges Ress qui l'a montré pour laquelle il y a eu une désaffection électorale et parfois une entrée dans l'abstention d'électeurs de gauche c'est parce que quand Hollande a fait la loi El Khomri la déchéance de nationalité quand il n'y a pas eu des paroles suffisamment claires à une autre époque après le non de 2005 pour la constitution européenne il y a une déception immense donc oui je pense qu'il faut un programme de rupture tenir bon et que ça trouve un écho électoralement et ça a été le cas en 2022 à la présidentielle
Un dernier mot sur Jean-Luc Mélenchon puisque c'était le deuxième extrait sonore qu'on vient d'entendre Clémence Guettet vous êtes très proche de lui vous ne le critiquez jamais ne craignez-vous pas que ça gâche le potentiel politique que vous êtes en train de construire ? Pourquoi ça serait le cas ? Je vous pose la question Mais quel est le sous-entendu de votre question ?
Les sondages de tout à l'heure l'image qu'il peut avoir Et je vais aller au fond des choses si vous le voulez les fameuses purges pour compléter ma question qui ont eu lieu ces investitures qui n'ont pas eu lieu Les désinvestitures Donc voilà Est-ce que vous pour un mouvement qui prône la sixième république on a la sensation de l'extérieur que c'est très difficile
de critiquer le chef Alors c'est pas comment dire les désinvestitures ce n'est pas parce que les gens auraient critiqué Mélenchon et d'ailleurs c'est le récit qu'ils ont essayé d'installer Je vais vous dire une chose J'ai vécu les deux années de mandat parlementaire avec une ambiance pourrie par des gens qui n'ont pas le sens du collectif Alors vous vous dites ça n'est pas possible de critiquer le chef Moi je vais vous dire chacun notamment dans une organisation révolutionnaire doit prendre sa part du travail collectif Parce que sinon en fait Ça veut dire qu'il faut une discipline bolchevique ?
Non ça veut dire que si vous venez uniquement pour répéter des critiques en boucle sans aucune proposition sans jamais mettre les mains dans le cambouis de ce que ça veut dire que de gérer un mouvement qui a 400 000 personnes dont des milliers de personnes qui militent activement quotidiennement je pense que dans ce cas-là les critiques que vous pouvez émettre perdent de leur légitimité et votre question elle était sur ma relation avec Jean-Luc Mélenchon je lui suis immensément reconnaissante de tenir bon parfois en notre nom à tous parce que vous savez d'abord c'est un humain en réalité parfois les gens l'oublient mais c'est extrêmement dur et les campagnes de calomnie qu'on vit elles sont extrêmement dures à encaisser et qu'il tient bon pour ça et que il a prouvé sa capacité pour moi à tenir bon face à une adversité qui n'est que le début d'un début de rigolade par rapport à ce que ce serait si jamais on accédait véritablement au pouvoir
un dernier mot là-dessus vous avez je le disais en introduction participé à l'écriture du programme de 2017 avec Charlotte Girard intellectuelle comme vous du mouvement qui a claqué la porte en 2019 en raison encore une fois du manque de démocratie interne et voilà ce qu'elle disait à l'époque tant qu'on est d'accord tout va bien mais il n'y a pas de moyen de ne pas être d'accord or une dynamique politique surtout révolutionnaire dépend de la capacité des militants à s'approprier des raisonnements c'est-à-dire potentiellement à les contester
je suis absolument d'accord sur le fait que le débat est nécessaire et la seconde chose sur laquelle je suis d'accord c'est que je vous parlais en début d'émission de la jeunesse de notre mouvement et qu'on n'a jamais caché qu'il était évolutif y compris dans ces modes d'organisation parce que tout simplement parce que ce qu'on fait personne ne l'a jamais fait voilà donc il en fait plus de la démocratie interne 300 000 personnes leur permettre d'avoir des espaces de débat c'est un défi quotidien d'ailleurs par exemple il y a un an on a créé les boucles départementales donc en gros c'est des organisations au sein de chaque département avec des référents en fonction des sujets et ça ça permet d'ajouter un échelon on va dire dans notre organisation qui n'existait pas auparavant et sans doute il faudra continuer d'apporter des améliorations après il est faux de dire qu'il n'y a pas d'espace pour discuter au sein de la France insoumise ça aussi c'est une vision extrêmement simpliste il y a la coordination des espaces il y a le groupe parlementaire il y a pour l'espace que je coanime avec Adrien Clouet il y a 80 coanimateurs de groupes thématiques qui eux-mêmes agrègent des centaines d'insoumis en fait c'est un fonctionnement un peu original qui est sans doute parfois pas très lisible et peut-être que c'est aussi une responsabilité de notre part et qui permet en effet d'avoir des échanges politiques extrêmement intenses extrêmement nourrits
alors on va parler un peu de vous Clémence Guettet de votre parcours vous avez grandi à Brissuir c'est une commune rurale dans les Deux-Sèvres et vous avez dit à Libération en 2022 que vous étiez dans une famille autonome en nourriture oui
ça doit vous changer le Val-de-Marne c'est surtout que moi je ne cuisine pas donc j'ai vraiment hyper honte parce que quelque chose d'important en effet dans ma famille c'était l'autosuffisance alimentaire mon père faisait un jardin très très grand il était homofoyé et donc ça a été un véritable choix conjugal et familial de s'organiser de cette façon là je pense que c'est aussi à la racine de ma conscience et de mon engagement en matière écologique mais c'est clair que moi dans ma vie et les choix que j'ai fait je ne suis pas à la hauteur de ce qui m'a été inculqué en cette matière mais pour le dire concrètement vous n'aviez pas besoin d'aller faire des courses et bien très peu en réalité très peu parce qu'il y a aussi plein de de façons de vivre qui sont basées sur des dons des échanges réciproques et donc qui permettent de s'organiser avec beaucoup moins d'argent aussi
alors vous commencez vos études en licence de lettres et en sciences politiques à Poitiers je le disais en introduction vous vous rencontrez à ce moment là la bande de Poitiers oui mais j'ai vraiment c'est sans regret vous les connaissiez ou pas à l'UNEF
non je les ai vus de très loin mais l'UNEF j'y suis restée 15 jours alors ça c'est il paraît c'est marqué dans toutes mes bio
pourquoi vous êtes restée 15 jours
parce qu'en fait moi ma famille n'était pas militante et donc c'était pas très lisible pour moi voilà je voulais rejoindre un syndicat j'étais étudiante boursière j'identifiais un combat à mener notamment sur la question de la précarité des étudiants parce que ça me parlait c'était mes conditions matérielles d'existence et donc le syndicat majoritaire je l'ai rejoint à ce moment là c'était l'UNEF et puis très vite j'ai compris que en fait c'était une sorte d'antenne du MJS en l'occurrence à Poitiers mais comme dans plein d'autres endroits à cette période là et que c'était pas là qu'on allait faire la révolution donc j'en suis partie
vous venez de le dire vous intégrez ensuite Sciences Po Paris en master et vous racontez c'était hyper violent le name dropping permanent les gens hyper cultivés pour qui il fallait avoir lu Marx in extenso l'absence de simplicité dans les relations mon capital culturel n'était pas moins important mais je l'ai vécu comme une violence
oui je pense que c'est quand même très violent et d'ailleurs après j'ai continué de faire du tutorat parce que Sciences Po a une politique notamment pour des gens qui ne viennent pas de milieux favorisés mais ça reste un établissement qui reproduit une forme d'entre-soi très fort et avec de la violence sociale et culturelle permanente qui n'est pas forcément à dessein en fait c'est des gens qui ne s'en rendent pas compte mais je pense que avoir vécu de la violence sociale c'est un des moteurs de mon engagement c'est à dire que j'ai eu l'impression de par mon parcours scolaire puis professionnel d'acquérir des armes qui me permettent de mener ce combat par procuration c'est à dire que je ne supporte pas mais c'est un truc viscéral je ne supporte pas des phrases déconnectées de la réalité quotidienne des gens je ne supporte pas quand des bourgeois peuvent humilier des gens qui n'ont pas le même capital culturel notamment et je pense que ça me meut aussi donc c'est une richesse
vous êtes ensuite secrétaire générale je passe un peu vite mais du groupe la France Insoumise avant d'en être élue et vous racontez à ce moment-là à l'agence France Presse puisque vous vous lancez dans les élections régionales pour la première fois en Nouvelle-Aquitaine et vous racontez au palais Bourbon il y a la menace de l'embourgeoisement on a un bon salaire on vit dans le 7ème arrondissement de Paris ferrailler sur des motions de rejet ne fait pas écho aux préoccupations sociales est-ce qu'aujourd'hui alors que vous êtes députée vous diriez que vous avez échappé à cette menace
de l'embourgeoisement Clémence Guettet déjà je ne vis pas dans le 7ème arrondissement mais je vis dans ma circonscription et je pense que c'est important je prends le RER tous les jours je pense que c'est important mais au-delà de ces trucs qui sont un peu anecdotiques je pense que c'est une question de principe qu'on se fixe et oui je persiste à penser qu'il peut y avoir une facilité de l'entre-soi avec un milieu social dominant qui est celui de la bourgeoisie dans cette institution avec des gens qui ont les codes qui savent faire qui savent se comporter qui savent où on mange comment on mange et je pense qu'il y a une nécessité de résister à ça en se fixant des principes personnels et puis en ne perdant pas de vue pourquoi on est là voilà moi je pense que vraiment le jour où je ne serai plus en colère contre notamment l'accumulation de privilèges pour quelques-uns au détriment de tous les autres il faudrait que j'aille faire autre chose
Qu'entendez-vous dans votre permanence parlementaire de Choisir le Roi ?
Ma permanence c'est un lieu où il y a beaucoup de gens qui passent notamment pour des demandes de papier parce qu'on est juste à côté de Créteil Créteil c'est la préfecture du Val-de-Marne c'est dans ma circonscription donc beaucoup de gens qui sont dans des situations administratives où en fait les galères s'accumulent c'est vraiment des cercles vicieux où vous commencez par avoir un problème de papier puis après c'est un problème de boulot et puis après c'est un problème de logement et puis les gens arrivent avec des dossiers administratifs extrêmement complexes parfois ils ne maîtrisent pas bien le français ou pas du tout le français parfois oui mais ça peut être les outils informatiques il n'y a plus personne dans les guichets en face de vous pour vous aider à régler le problème et donc en fait on est un lieu d'accueil et de réorientation parce que la vérité c'est qu'on travaille beaucoup avec les associations du coin les points d'accès au droit il y a des ressources mais c'est un peu un enfer administratif et on essaye de faciliter ça pour les gens
Une question de Jacques à Neuilly-Plaisance Pourquoi avoir abandonné les circonscriptions anciennement ouvrières pour privilégier les banlieues ?
Je pense qu'il y a une contradiction dans sa question qui est en fait erronée ma circonscription elle était très ouvrière Choisis-le-Roi par exemple c'est une ville industrielle il y a la Seine à côté et on acheminait la production industrielle jusqu'au coeur de Paris depuis Choisis-le-Roi donc je pense que
Pour rebondir par exemple
le 7 septembre dernier Cette caricature elle dit quelque chose Elle dit quelque chose
J'allais vous parler pour approfondir Jean-Luc Mélenchon dans une manifestation en septembre dernier vous vous souvenez de cet extrait capté par les caméras de nos confrères de Quotidien disait il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires tout le reste laissait tomber
Cette citation elle a été beaucoup commentée et elle a été aussi tronquée Évidemment quand on veut gagner il faut penser à tout le monde à tout le pays dans toutes ces composantes Évidemment c'est ce que je fais Vous faites un tour de France de la ruralité Je fais un tour de France et notamment basé sur le bouquin pour aller dans les circonscriptions où le RN est très fort parce qu'il faut se confronter à eux et il faut comprendre comment ils arrivent à avoir une dynamique électorale sinon on ferme les yeux et puis on plie bagage et ça sert à rien donc il faut évidemment y aller Bon par ailleurs moi j'ai grandi dans les deux Cèvres donc j'ai grandi dans un milieu extrêmement rural je sais ce que ça veut dire au quotidien et aujourd'hui j'habite en effet dans un endroit où certes il y a des transports en commun mais les deux Cèvres le Val-de-Marne je pense que c'est à peu près le même niveau en termes de décertification médicale par exemple donc il y a aussi du commun et moi j'aime pouvoir insister sur ce commun et dire que c'est ça qu'on doit mettre en avant y compris dans nos revendications voilà je vous parlais des services publics et de la justice fiscale je pense que c'est le nerf de la guerre c'est comment on fait en sorte que quand vous n'avez pas la chance de naître dans une famille extrêmement aisée vous pouvez accéder aux mêmes chances la même éducation au même service de santé
sens politique l'archive de l'invité
le plateau sous l'éclairage horizontal de minuit a le relief étrange d'un astre mort qu'est-ce qu'un homme seul dans cette immensité mais le Wiesel lui apporte la force et la sécurité énergie nourriture concentrée abris chaleur outillage radio pour communiquer avec le reste du monde dans l'Antarctique il faut s'attendre à tout même à des miracles ainsi ce raid retrouve sur le plateau des caisses métalliques qu'une équipe australienne abandonna il y a 40 ans il est temps de rejoindre la forteresse que l'homme a dressée contre l'Antarctique on entre déjà sans transition dans l'hiver le blizzard déferle sur la base toute vie animale a disparu mais les hommes restés seuls doivent sortir pour les travaux indispensables ces fantômes titubants rentrent d'une ronde de sécurité à travers le camp nos camarades de la relève ont repris nos routines de vie comme nous ils vont chaque jour piocher 100 kg de glace les ramener dans la baraque et les faire fondre il leur faudra encore sortir pour nourrir les chiens pour surveiller les appareils pour relever les résultats scientifiques pour effectuer les observations météo le blizzard déferle derrière les vitres encore claires pour quelques jours la mer les îles les icebergs les rochers tout va disparaître le vent est à 80 km heure la visibilité à 500 mètres quand le vent soufflera à 160 et qu'on ne verra plus ses pieds alors la terra délit aura repris son vrai visage celui que la caméra ne pourra jamais fixer
alors c'est un extrait que vous avez choisi Clémence Guettet d'un film documentaire de 10 minutes disponible en ligne et signé Mario Marais image d'un été tourné lors de la première expédition polaire en Antarctique française produit par Armorphil en 1953 si vous avez pris cet extrait c'est parce que vous-même des années plus tard en 2023 vous vous êtes rendu en Antarctique puisque vous coprésidez à l'Assemblée le groupe d'études de l'Assemblée nationale Arctique Antarctique Terres Australes et Antarctique Française ainsi que les grands fonds océaniques avez-vous ressenti comme dans le commentaire de ce film ce que vit un homme seul dans cette immensité ou en l'occurrence une femme seule
alors je pense que ça a été un voyage extrêmement important parce que on y apprend beaucoup sur le changement climatique et que c'est notamment pour ça que j'y suis allée là-bas ça a été un voyage confortable et luxueux en réalité par rapport aux conditions il y a maintenant 80 ans enfin ça n'a absolument rien à voir mais c'est vrai que il y a quelque chose de de très déstabilisant dans le fait de s'habituer à des paysages aussi différents c'est le grand blanc il n'y a plus de verre du tout il n'y a plus de de flore il y a des bruits qu'on n'a pas l'habitude d'entendre enfin tout ça est assez déstabilisant et en l'occurrence ce film de Mario Marais ça se passe sur la base de Port Martin qui est l'ancienne base avant du Mont-Durville qui est l'actuelle base sur laquelle moi je me suis rendue base qui a complètement brûlé deux années je crois après que ce documentaire ait été tourné et sur laquelle j'ai eu la chance de me rendre aussi en janvier de cette année et c'est incroyable parce qu'en fait vous avez les restes de cette station qui a subi un incendie mais complètement conservé parce qu'en Antarctique il fait très froid évidemment et le froid conserve donc vous pouvez voir les restes de bâtiments les caisses de bâtons de dynamite qui leur servaient à exploser les trucs pour faire des constructions les réserves de nourriture les sacs de haricots enfin c'est très émouvant en réalité
alors ce que vous observez sur place puisque vous restez trois semaines ou un mois vous en avez d'ailleurs tiré un article paru récemment dans le monde diplomatique en novembre 2024 c'est notamment le surtourisme et la pêche au krill
le surtourisme qui est en fait un fléau sur lequel c'est compliqué de lutter parce que l'Antarctique a ça de particulier que c'est un cadre multilatéral les gens ne le savent peut-être pas mais c'est le seul continent qui est entièrement dédié à la paix et à la science et en fait c'est un bien commun de l'humanité ça n'existe nulle part ailleurs c'est un modèle complètement incroyable mais qui est du coup régi par des traités internationaux et sur le surtourisme c'est un phénomène plutôt récent mais qui est exponentiel il faut absolument réguler moi je pense qu'il faut un traité international d'ailleurs parce qu'à chaque fois qu'un touriste va là-bas c'est je crois 83 tonnes de neige en moins et en fait c'est les conditions dans lesquelles les gens y vont c'est des croisières de luxe ils débarquent sur la banquise ils font un spa sur la banquise ils repartent et les navires détruisent beaucoup cet écosystème qui est très très fragile en fait qui a l'air super massif c'est des icebergs de plusieurs milliers de kilomètres et qui est éminemment fragile et qu'il faut absolument protéger
vous y êtes allée avec votre collègue co-président de ce groupe d'études du MoDem Jimmy Pahin et vous en avez tiré une proposition de loi transpartisane quel est son avenir que dit-elle c'est notamment pour augmenter les moyens de l'institut polaire français sur place exactement qui est moins doté que ses collègues étrangers
qui est beaucoup moins doté que les collègues étrangers vraiment c'est du simple au quintuple donc je pense qu'il faut des moyens et puis en fait ce dont on se rend compte à chaque budget c'est que l'IPEV donc l'institut Paul-Émile Victor l'institut polaire français fait face à des rattrapages budgétaires on remet quelques millions notamment parce que le coût de l'énergie a beaucoup augmenté or en Antarctique on est entièrement dépendant du fuel aujourd'hui c'est un peu une contradiction parce que c'est pas très écologique mais pour l'instant il n'y a pas d'autre moyen de le faire et donc on remet des millions et nous cette proposition de loi c'était pour donner une pérennité en fait avoir un budget pouvoir voir loin parce qu'en fait c'est de la science du temps long on a en Antarctique des séries de 70 ans d'études sismologiques ou d'études du changement climatique et c'est absolument précieux et indispensable
et sur place vous lisez le journal d'exploration
de Jules Dumont Durville dans ma cabine même dans des journées de traversée qui étaient un peu rudes qu'est-ce que vous en retenez en un mot ? c'est extrêmement difficile à imaginer en fait ces conditions en 1840 il partait pendant des années en réalité complètement quasiment à l'aveugle ils n'étaient jamais sûrs d'être exactement au bon endroit ils n'étaient pas sûrs de débarquer là où il fallait ils étaient en plus c'est dans le cadre d'une compétition entre les nations c'était à qui ils seraient avant les autres ils étaient tous malades enfin c'est voilà c'est des conditions complètement dingues d'exploration
merci Clémence Guettet de nous avoir rapporté ce voyage et d'avoir participé à Sens Politique je rappelle que vous êtes vice-présidente de l'Assemblée Nationale députée insoumise du Val-de-Marne vous pouvez retrouver cette émission et toutes les autres sur franceculture.fr et sur l'application Radio France merci à Luca Liberati qui m'a aidé à préparer cette émission à la réalisation Luc-Jean Reynaud à la technique aujourd'hui Marie-Claire Oumabadi et à la vidéo Jordan Fuentes à samedi prochain Luc-Jean Reynaud
Clémence Guetté