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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 23 septembre 2014 5 min

Yannick Jadot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:03
Présentateur

Votre invité ce matin, Éric Delvaux, c'est le député écologiste européen Yannick Jadot à l'occasion du sommet climat qui s'ouvre aujourd'hui à l'ONU. Oui, et François Hollande dans le rôle du lobbyiste qui va tenter de relancer l'idée d'un accord international contraignant de réduction des gaz à effet de serre en vue de la grande conférence sur le climat l'an prochain à Paris. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Ça fait cinq ans que les chefs d'État ne se sont pas rencontrés en sommet pour aborder la question du climat et des changements climatiques. Ça risque d'être encore une fois le sommet des bonnes volontés, mais surtout le sommet des égoïsmes.

0:38
Yannick Jadot

Il faut espérer que non. Je crois que la situation a profondément changé. A la fois, on est peut-être moins naïf sur le fait qu'un sommet peut résoudre une question aussi importante, aussi grave que le dérèglement climatique. Et en même temps, par rapport à Copenhague, c'est la société qui a changé. Copenhague 2009. Copenhague en 2009, qui était le dernier grand rendez-vous où l'opinion publique mondiale s'était mobilisée. On attendait beaucoup. Vous vous souvenez Obama, Sarkozy, Gordon Brown, Angela Merkel. Tout le monde était là pour sauver le climat.

Et puis finalement, à ce moment-là, les chefs d'État et de gouvernement ont accouché d'une souris parce qu'ils se sont rendus compte que pour sauver le climat, il fallait engager une transition énergétique, une transition économique. La différence par rapport à il y a cinq ans, même si c'est peu dans le temps, c'est que la société s'est organisée, l'économie s'est organisée. Beaucoup de villes, beaucoup de régions dans le monde, beaucoup d'entreprises s'investissent sur les énergies renouvelables, sur la transition énergétique. Les citoyens prennent ça à bras le corps.

Et aujourd'hui, finalement, la différence, c'est que ce n'est pas les États et les chefs d'État qui doivent nous montrer la voie, c'est eux qui doivent entendre la société telle qu'elle évolue et agir pour lui offrir un cadre encore plus favorable.

1:48
Présentateur

Sauf que c'est le politique qui doit encore enclencher les lois et que Barack Obama, par exemple, aux États-Unis, devra composer avec son congrès, avec le Sénat, qui s'oppose, et c'est dans la Constitution américaine, à ce que toutes les lois qui sont contraignantes passent d'abord par les deux tiers du Sénat. Et ça, pour Barack Obama, c'est raté.

2:06
Yannick Jadot

Pour Barack Obama, c'est raté. Il avait raté sa grande loi sur le climat il y a quelques années, parce qu'il n'arrivait pas à convaincre effectivement son congrès. Mais encore une fois, aux États-Unis, vous avez des régions, des villes qui se mobilisent de manière incroyable, qui veulent sortir de l'âge du carbone. Et c'est ça qui est intéressant aujourd'hui, c'est que finalement, il y a une société qui est en marche. En Allemagne, 50% des énergies renouvelables sont possédées par les citoyens, soit individuellement, soit à travers des coopératives. Ils utilisent des technologies pour se partager l'énergie dont ils ont besoin.

Ce qu'il faut, c'est qu'effectivement, à New York, et puis dans la perspective de Paris dans un an, les chefs d'État et de gouvernement se mobilisent aussi à l'échelle européenne. L'Europe a souvent été un leader dans la lutte contre le changement climatique, dans la transition énergétique. Et là, ils doivent agir, c'est le mois prochain, à l'échelle européenne, qu'on décidera de notre transition énergétique. Il faut par exemple que la France arrête de bloquer l'ambition sur les énergies renouvelables.

3:08
Présentateur

Alors pour être un peu plus concret, la France a annoncé qu'elle participerait au fonds d'un milliard pour aider les pays en voie de développement. Mais ce n'est pas une façon de se débarrasser du problème ?

3:17
Yannick Jadot

Non, il faut absolument arriver à cette solidarité. Vous savez, les pays du Nord ont été responsables de 80% des émissions de gaz à effet de serre accumulées. Le dérèglement climatique qu'on connaît aujourd'hui, c'est d'abord le résultat, la conséquence de nos émissions à nous. Les 22 millions de déplacés climatiques de l'année dernière sont essentiellement dans les pays du Sud. Donc on a une responsabilité d'aider ces pays à la fois à s'adapter à ces changements climatiques, ceux qui en seront les principales victimes, et puis surtout à développer un modèle économique qui leur évite les stades par lesquels on est passé, qui était vraiment très polluant.

3:53
Présentateur

La semaine dernière au Parlement européen, vous avez comparé l'inaction internationale à un crime contre l'humanité. Est-ce qu'on en arrivera à faire passer les responsabilités coupables devant un tribunal international un jour ?

4:07
Yannick Jadot

Oui, j'en sais rien. L'idée n'est pas aujourd'hui de sanctionner les chefs d'État et de gouvernement. Ce serait plutôt de leur démontrer à quel point, encore une fois, il y a la semaine dernière, le grand économiste britannique Nicolas Stern qui dit à quel point lutter contre les changements climatiques ne doit pas attendre la fin de la crise. Au contraire, c'est un moyen de sortir de la crise. Ce sont des centaines de milliers d'emplois dans le bâtiment, dans les PME, sur l'ensemble de nos territoires. On sait à quel point nos territoires souffrent d'inactivité économique.

Si on réduit de 40% notre gaspillage de consommation d'énergie, c'est aussi deux tiers d'importation de gaz russe en moins. Vous voyez, tout ça nous permet de mieux vivre. Lutter contre les changements climatiques nous permettrait de mieux vivre sur nos territoires économiquement, socialement, démocratiquement et évidemment du point de vue de cette grande responsabilité. C'est un crime contre l'humanité si on n'agit pas parce qu'on sait à quel point les conséquences sont dramatiques qui seront terriblement dramatiques, mais on a incroyablement les moyens d'agir. Il faut en profiter.

5:06
Présentateur

Merci Yannick Jadot, député écologiste Europe Écologie Les Verts. Merci. Député européen, invité ce matin de France Inter. Et on signale votre dernier livre, Entrons en dissidence, paru aux éditions Plon en janvier dernier. Merci.

5:18
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.