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interviewRCF — L'Invité de la Matinale· 4 juin 2024 13 min

"Il nous faut une Europe de la défense" déclare Aurore Lalucq, eurodéputée PS-Place publique

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Pierre-Hugues, vous continuez de recevoir les candidats des principales listes représentées aux élections européennes de dimanche. Ce matin, vous recevez Aurore Laluc. Elle est en quatrième position sur la liste du Parti Socialiste de Place Publique menée par Raphaël Glucksmann. Oui, Lucie, dernière étape ce matin. Nos invités de la matinale consacrés aux candidats des élections européennes. Nous avons donc reçu près d'une dizaine de candidats. Et vous, ce matin. Bonjour Aurore Laluc. Bonjour.

Merci d'être avec nous à l'avant-veille de la fin de la campagne, mais à la veille des commémorations du D-Day. Olaf Scholz sera présent, Volodymyr Zelensky également. Pour vous, ces commémorations sont l'occasion de célébrer l'Europe ?

0:54
Aurore Lalucq

C'est l'occasion de célébrer l'Europe. C'est aussi l'occasion de se rappeler que la paix est fragile, que la démocratie est fragile. Et qu'il faut en prendre éminemment soin. Effectivement, ça nous rappelle pourquoi nous avons fait l'Europe. Ça nous rappelle aussi des conclusions qui avaient été tirées après la Seconde Guerre mondiale, où on s'était dit que le meilleur moyen aussi d'assurer les conditions de la paix, c'est d'avoir une prospérité partagée. Je crois que ça nous rappelle tout ça. Et ça nous rappelle aussi quelque chose, c'est que le courage est essentiel dans la vie politique. Et que ce n'est malheureusement pas forcément la vertu la plus partagée.

1:31
Présentateur

On dit souvent que l'Europe, c'est la paix. Est-ce que l'Union européenne, c'est la paix ?

1:35
Aurore Lalucq

On fait tout pour que ce soit aujourd'hui la paix. Mais malheureusement, on est dans une situation où certains pays ont décidé de faire la guerre. Et je pense à la Russie en premier lieu, évidemment. Et on ne peut pas fermer les yeux. On ne peut pas être impuissant par rapport à cela. Et c'est pour ça que nous disons que nous avons aujourd'hui besoin que l'Union européenne devienne une entité politique. Ce n'est pas cette politique. Non. L'Union européenne est construite aujourd'hui comme un marché unique. Et quand elle répond à une problématique, elle répond souvent comme un marché unique. Et quand elle doit répondre à une problématique d'ordre politique, elle se fait violence.

C'est toujours pour ça qu'on dit que l'Europe avance dans les crises. C'est dans les moments de crise, effectivement, qu'elle se fait un peu violence et qu'elle réagit comme une entité politique. Mais ça, ce n'est plus possible aujourd'hui dans le monde actuel. On ne peut pas être toujours en réaction. On ne peut pas être toujours en retard dans un monde géopolitique extrêmement compliqué que nous n'avons pas choisi. Ce n'est pas nous qui avons décidé d'attaquer l'Ukraine. C'est Vladimir Poutine. Ce n'est pas nous qui avons décidé de peut-être mettre au pouvoir Donald Trump. Ce sont les Américains. Je veux dire, le monde est tel qu'il est aujourd'hui. On peut le regretter.

Mais nous, en tant qu'Union européenne, on doit soutier maintenant pour pouvoir porter une voix différente et pour pouvoir aussi se défendre et défendre les Européens.

2:57
Présentateur

Si je reviens au débarquement et aux commémorations qui ont lieu demain, vous parlez politique. On va en faire un tout petit peu puisque le président de la République va utiliser ses commémorations pour une allocution dans les journaux télévisés. Votre réaction ?

3:09
Aurore Lalucq

Écoutez, moi, j'aurais trouvé ça tout à fait normal si, par ailleurs, on n'avait pas tout un gouvernement qui était en campagne depuis des semaines.

3:18
Présentateur

C'est normal ? C'est sa candidate, Valérie Ayet ? Ils doivent la soutenir ?

3:22
Aurore Lalucq

Ils ne la soutiennent pas. Ils l'invisibilisent. Et par ailleurs, ce n'est pas le rôle du gouvernement d'être en campagne. Ça, c'est le rôle de la tête de liste, Valérie Ayet, et c'est le rôle de sa liste dans son ensemble. Et puis, par ailleurs, l'autre problème, c'est qu'Emmanuel Macron a dit qu'il parlerait des élections européennes. Ce n'est pas son rôle, pour le coup. Qu'il tienne son rôle de président de la République, qu'il parle des commémorations. Mais mon Dieu, c'est tout à fait normal dans ces jours que nous allons vivre prochainement.

En revanche, qu'il vienne s'exprimer sur les élections européennes, en plus, à un moment où on a vu Gabriel Attal, partout dans les médias, prendre la place de Valérie Ayet, on voit que tout le gouvernement fait campagne. Non, ça, ce n'est pas normal. Ce n'est pas respectueux de la démocratie. Et je vais vous dire, ce n'est pas respectueux des Français et des Français.

4:10
Présentateur

C'est une faute politique, c'est du machisme. Pardon ? C'est une faute politique, c'est du machisme.

4:15
Aurore Lalucq

C'est plus que du machisme. C'est de la misogynie. Parce qu'en gros, que se passe-t-il ? Il se passe qu'une tête de liste est désignée, c'est Mme Ayet, pour lequel, même si j'ai des accords politiques profonds, j'ai du respect. Et en gros, aucun homme n'a voulu prendre la tête de cette liste. Parce que ça fit tout ce que c'était risqué. Donc, ils envoient une femme. Et par ailleurs, c'est en gros, soit Valérie Ayet réussit et ce sera grâce aux hommes, soit elle n'y arrive pas. Et c'est sa faute. Et il vaut mieux que des hommes prennent le lead, parlent à sa place, etc. Ce qui s'est passé la dernière fois où on a vu Gabrielle Attal débarquer sur un plateau...

4:55
Présentateur

Vous pensez à cette intervention sur France Info lundi matin de Gabrielle Attal.

4:58
Aurore Lalucq

Exactement, oui. Elle était en débat. Il est arrivé pour parler à sa place.

5:04
Présentateur

En un adjectif ? C'est honteux ?

5:06
Aurore Lalucq

C'est horrible. Je vais vous dire, c'est horrible, pas que pour Valérie Ayet, c'est horrible pour toutes les femmes. Vous imaginez le message que ça envoie aux femmes et à nos filles. Ça veut dire, écoutez, en fait, même quand vous arrivez à être tête de liste en tant que femme, vous serez toujours invisibilisés par des hommes qui ont une espèce d'assurance totale et qui pensent que de toute façon, ils sont meilleurs que vous.

5:25
Présentateur

Nous sommes avec Aurore Laluc. Elle est en quatrième position sur la liste du Parti Socialiste de Place Publique, menée par Raphaël Glucksmann pour ses élections européennes qui auront lieu dimanche prochain. Dans cette élection, on a l'impression que vous faites partie avec le camp macroniste, avec les écologistes des plus europhiles. Qu'est-ce qui vous fait encore croire à l'Europe quand les populistes, ceux qui sont eurosceptiques, sont si hauts ?

5:48
Aurore Lalucq

Ce n'est pas une question de croyance. C'est une question de pragmatisme.

5:52
Présentateur

Vous êtes europhile par pragmatisme ?

5:54
Aurore Lalucq

Je suis petite fille de résistante. Donc pour moi, la question européenne, elle est essentielle. Et ce n'est pas une histoire de croyance. C'est la construction européenne. Je l'ai dans mes tripes et je sais pourquoi on doit construire l'Union européenne aujourd'hui. Ce n'est pas une question de croyance. C'est une question de... Si on veut avoir du pouvoir, et même, je vais vous dire, si la France veut avoir du pouvoir, il faut que nous ayons une Union européenne forte. Il faut que nous ayons une capacité à nous défendre. Il nous faut une Europe de la défense. Là, ça va minimire Poutine. Pardon, ne pas avoir... Ce n'est pas une question de croyance en l'Europe. C'est une question de...

Est-ce qu'on veut ou pas se protéger, par exemple, des ingérences russes, de la guerre hybride qu'il mène déjà sur notre continent ? C'est très pragmatique.

6:43
Présentateur

Certains disent de vous que vous êtes fédéraliste. Est-ce que votre liste est fédéraliste ?

6:47
Aurore Lalucq

Oui.

6:48
Présentateur

Oui, mais pour avoir plus de pouvoir.

6:50
Aurore Lalucq

Ça veut dire que, par exemple, quand moi, je suis spécialiste des questions fiscales au niveau européen, eh bien, au niveau européen, quand vous faites de la fiscalité, un seul pays peut tout bloquer. Un seul pays peut tout bloquer parce que les décisions se prennent à l'unanimité.

7:05
Présentateur

C'est le fameux droit de veto.

7:06
Aurore Lalucq

C'est le droit de veto. C'est la même chose sur les questions géopolitiques, de défense, etc. Ça, aujourd'hui, dans le monde actuel, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible que, sur des questions aussi essentielles, un seul pays puisse bloquer tous les autres. Donc, c'est pour ça que nous sommes fédéralistes. Ce n'est pas pour enlever du pouvoir. C'est pour avoir, au contraire, plus de pouvoir. Parce que là, jusqu'à présent, nous sommes souvent bloqués. Je vais vous dire quelque chose au moment de la crise du Covid. Rappelons-nous, on a tendance à oublier. Les Français regardaient l'Union européenne en disant « mais aidez-nous, aidez-nous ».

Et nous, on disait « mais oui, mais on aimerait bien ». Mais par exemple, on n'a pas un budget assez élevé.

7:44
Présentateur

Donc, la dette commune, c'était une bonne idée.

7:46
Aurore Lalucq

La dette commune, c'était une bonne idée. Mais au-delà de ça, il nous faut un budget. Mais comme tout État a un budget, il faut se rendre compte que l'Union européenne, c'est le marché le plus gros au monde. On est une puissance économique gigantesque et nous sommes outillés comme des enfants. À un moment, si on veut vraiment peser au niveau mondial, si on veut aussi imposer notre vision du monde, qui, me semble, n'être pas la plus inintéressante, eh bien, il faut qu'on soit en capacité de faire de la politique pour de vrai. En fait, on réclame juste de pouvoir faire de la politique pour de vrai.

8:15
Présentateur

Dans votre programme, vous évoquez une révolution écologique européenne. On a parfois du mal à vous voir ce qui vous distingue des écologistes. Qu'est-ce qui vous distingue de Marie Toussaint ?

8:24
Aurore Lalucq

C'est vrai que nous n'avons pas fait une campagne où nous attaquions les gens avec qui nous collaborons, nous travaillons au Parlement européen. Peut-être est-ce le rapport à la défense. Peut-être est-ce le rapport aussi aux technologies ou aux terres rares. Nous, en tout cas, nous sommes persuadés qu'aujourd'hui, il nous faut mener une révolution industrielle écologique. La révolution industrielle écologique, elle est déjà en route, en fait.

8:58
Présentateur

C'est quoi ? C'est une recentralisation ?

9:00
Aurore Lalucq

C'est comment vous dire ? Aujourd'hui, les usines sont en train de se verdir, pour le dire clairement. Mais la production de panneaux solaires, elle se fait en Chine. La question des voitures électriques, les voitures électriques, la production va probablement se faire aux Etats-Unis. Donc, le choix que nous avons, nous, à faire, c'est est-ce que nous voulons participer à cette révolution industrielle verte et est-ce que nous voulons être autonomes aussi, être de passer d'un continent de consommateurs à un continent de producteurs. C'est ça que nous voulons.

Et donc, nous proposons de mettre en place ce qu'on appelle une loi achetée européenne, c'est-à-dire, by European Act, de dire, eh bien, aujourd'hui, la commande publique, c'est quand même 10 à 15% du produit intérieur brut, doit privilégier les produits européens, notamment soutenables et avec aussi des critères sociaux.

9:54
Présentateur

Demain, vous êtes en minorité au Parlement européen. Comment vous faites pour l'appliquer ?

9:58
Aurore Lalucq

Vous savez, au Parlement européen, il n'y a pas de minorité, il n'y a pas de majorité. Les majorités, elles se construisent. Ça ne fonctionne absolument pas comme le Parlement français. Les sociodémocrates, nous sommes le deuxième groupe le plus important du Parlement européen.

10:10
Présentateur

Aujourd'hui, demain, ce n'est pas si sûr.

10:12
Aurore Lalucq

Demain, je pense que nous serons encore le deuxième groupe. Ce sera le deuxième ou le premier groupe au Parlement européen. Et c'est pour ça, d'ailleurs, que cette espèce de duel qu'on a tenté de nous imposer entre le Rassemblement national d'un côté et Renaissance de l'autre au niveau français n'a pas de sens au niveau européen. Parce qu'au niveau européen, le groupe du Rassemblement national est un petit groupe. Et c'est la même chose pour Renaissance. Le vrai duel au Parlement européen, c'est entre la droite et la gauche, les sociodémocrates que je représente.

Et donc, à chaque fois, en fait, on nous dit « Mais vous n'allez pas réussir à mettre en place le territoire zéro chômeur de longue durée. » « Bah si, en fait, on a réussi à le faire. Vous n'allez pas réussir à mettre en place une fiscalité juste. » « Bah si, en fait, on a fait la fiscalité sur les multinationales. » « À chaque fois, on nous dit « Ça ne doit pas être possible. Vous n'allez pas pouvoir faire le Green Deal. » « Eh bien si, ce sont les sociodémocrates qui ont fait le Green Deal via leur commissaire Timmermans. » Donc, en fait, il faut se battre au Parlement européen. Mais le pire n'est jamais certain. Et souvent, on y arrive.

11:08
Présentateur

Le pire est parfois proche au Parlement européen. J'aimerais évoquer avec vous l'influence des lobbies et des puissances étrangères. Dans votre groupe parlementaire à Bruxelles, Eva Kaili, députée grecque, a été inculpée et écrouée à Bruxelles pour corruption en décembre 2022. De grands scandales de corruption au Parlement. Dans votre groupe, comment combattre l'ingérence extérieure ?

11:26
Aurore Lalucq

Alors, la question de l'ingérence est une question essentielle que... Vous y avez été confrontée ? À titre personnel, non. Quand Raphaël Glucksmann est arrivé au Parlement européen, sa première demande a été de mettre en place... Et il s'est battu pour ça parce que, comme je le disais, au Parlement européen, il faut créer une majorité et c'est parfois complexe, pour mettre en place une commission justement sur les ingérences. C'est-à-dire que tout de suite, il avait compris qu'il y avait un sujet d'ingérence et le premier sujet, c'est la Russie. Et à travers cette commission, ça a permis aux autres parlementaires de prendre conscience de l'enjeu.

Parce qu'il faut se rendre compte d'une chose, c'est qu'aujourd'hui, il y a certes la guerre terrible en Ukraine, mais il y a déjà une guerre hybride sur notre continent. Enfin, je veux dire, quand on a des groupes de hackers russes qui viennent bloquer l'ensemble du système informatique du Parlement européen quand nous dénonçons les crimes perprétés par Vladimir Poutine, je ne sais pas si vous vous rendez compte, pendant toute une après-midi, le Parlement européen est bloqué. Quand il bloque l'hôpital de Corbeil-Essonne, ce n'est pas un hôpital riche en plus, je vais vous dire. Là aussi, on voit qu'il y a une guerre qui est en jeu parce que ce sont des vies derrière.

Quand ils viennent en Pologne ou en Allemagne tenter de hacker le système de régulation des trains, même chose, ce sont des vies qui sont en jeu. Donc il y a déjà une guerre hybride sur notre continent, il faut vraiment l'avoir en tête.

12:54
Présentateur

Merci beaucoup Orlaluc d'avoir été l'invité de la matinée. Je rappelle que vous êtes sur la liste du Parti Socialiste et de place publique menée par Raphaël Glucksmann. Voilà la liste du Parti Socialiste

13:02
Locuteur

et de place publique sur Republic saw

"Il nous faut une Europe de la défense" déclare Aurore Lalucq, eurodéputée PS-Place publique — Aurore Lalucq · Pourquijevote