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interviewRMC — Face à Face (sur Podcast)· 10 août 2022 16 min

L'interview : Eric Ciotti - 10/08

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Éric Ciotti

Vous écoutez RMC, RMC, l'interview.

0:08
Présentateur

Bonjour Eric Ciotti. Bonjour. Merci d'avoir accepté mon invitation sur RMC ce matin. Député Les Républicains des Alpes-Maritimes, candidat à la présidence du parti. On va en parler d'abord le sujet de l'immigration qui revient au premier plan. Alors il n'y aura finalement pas de projet de loi dès la rentrée, comme l'avait annoncé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, mais finalement un grand débat dans un premier temps au Parlement. Sur ces questions, et voici une nouvelle piste qui a été lancée hier au sein de la majorité présidentielle.

Le député Sacha Houllier, qui préside la commission des lois, propose d'accorder le droit de vote et d'éligibilité aux étrangers, aux élections municipales, à tous les étrangers, donc plus seulement aux Européens comme aujourd'hui. Cela enrichirait notre modèle d'intégration, dit-il.

0:54
Éric Ciotti

C'est une erreur, c'est une faute même, c'est une provocation de la part de Sacha Houllier. J'attends pour ma part une réponse très claire du gouvernement. J'ai entendu la prise de position du ministre de l'Intérieur s'opposant à cette mesure. Je m'en réjouis, mais j'attends que la première ministre, et je dirais au-delà le président de la République, fasse part de son positionnement.

1:20
Présentateur

Vous dites une provocation, Éric Ciotti. Est-ce que la droite a changé d'avis sur cette question ? Nicolas Sarkozy avait proposé précisément la même chose quand il était ministre de l'Intérieur.

1:31
Éric Ciotti

C'est une provocation, je le dis. Nicolas Sarkozy avait peut-être évoqué cette piste. En tout cas, il ne l'avait pas conduite. Non, il ne l'avait pas conduite à son terme. Ce n'était pas une position que nous avons défendue. Et Nicolas Sarkozy, dans ses campagnes ultérieures, s'est totalement opposé à cette mesure. C'est la position de notre famille politique. C'est ma position. En tout cas, j'aspire à présider ma famille politique. Et je suis totalement, je le dis, hostile à cette mesure qui déstabiliserait notre nation, qui participerait d'une forme de désintégration. Le vote, c'est la nationalité.

Le vote, c'est le fruit d'une nation qui, depuis le fond des âges, comme le disait le général de Gaulle, a décidé de vivre ensemble avec des valeurs communes, avec une histoire, une identité, une culture. Donner le droit de vote aux étrangers, c'est donner une prise, d'ailleurs, à des pays étrangers au moment où on traverse encore une grave crise d'immigration. Vous le disiez dans votre question. Le débat va se substituer à la loi. Ça veut dire qu'on ne fera rien à nouveau. M. Darmanin voulait légiférer. Il avait raison, parce que nous avons aujourd'hui des problématiques majeures en matière d'immigration. Pour vous, annoncer un débat,

2:50
Présentateur

c'est comme enterrer. Il n'y aura pas de future loi. Vous en êtes convaincu ?

2:54
Éric Ciotti

C'est une façon d'enterrer les choses ? Il y aura peut-être une loi, mais comme d'habitude, ce sera une loi minima et elle sera reportée. On a déjà vécu ça dans le quinquennat précédent, alors que l'urgence est là. Et je vous citerai quelques chiffres qui viennent de mon département, celui des Alpes-Maritimes, qui est un département transfrontalier. La semaine dernière, il y a eu à la frontière franco-italienne à Menton, 900 interpellations. Tous les indicateurs démontrent que la pression migratoire est en train de s'accentuer fortement. Nous recensons notamment des étrangers en situation irrégulière tunisiens.

Il y a eu à Nice un assassinat samedi dernier dans un quartier, dans le quartier des Moulins. Il y a une violence qui se développe et les policiers que j'ai rencontrés dès lundi matin au commissariat des Moulins me disaient que la plupart des guetteurs et des revendeurs qui sont utilisés dans les trafics de drogue sont aujourd'hui des étrangers en situation irrégulière. Donc il y a cette urgence. Il y a un lien entre l'augmentation de la violence. Vous faites le lien et vous l'assumez, ce lien entre l'immigration et la sécurité. D'ailleurs, le ministre de l'Intérieur lui-même l'a fait la semaine dernière puisqu'il a cité, il a raison et c'est la levée d'un tabou.

Moi, je le dis depuis des années. Certains ont été totalement aveugles face à cette situation. On voit ce qui se passe dans les transports à Paris. On voit la place de la population étrangère en prison. Il y a une surreprésentation des étrangers dans la délinquance. Donc face à cette situation, il faut mieux contrôler nos flux migratoires. Il faut arrêter d'avoir des frontières passoires. Il faut expulser ceux qui sont en situation irrégulière et surtout, il faut mettre en place cette double peine comme je l'ai demandé cette semaine.

4:43
Présentateur

Donc, ça veut dire que là-dessus, le gouvernement s'est rangé derrière vous. Éric Ciotti et Gérald Darmanin défend la double peine et la levée de tous les freins aux expulsions. Vous dites cette position, c'est positif ? C'est exactement ce que vous proposiez ?

4:59
Éric Ciotti

Bien sûr que c'est positif. Moi, ça fait dix ans que je propose cela. J'ai déposé une multitude d'amendements, de propositions de loi sur le quinquennat précédent. M. Darmanin s'y est systématiquement opposé. Tous ses prédécesseurs également, tout cela sur instruction de M. Macron. Aujourd'hui, le discours change. Je m'en réjouis. Et si ce discours est sincère, s'il se traduit dans des actes législatifs, bien sûr, je soutiendrai cette disposition parce qu'il y va de l'intérêt général. C'est d'ailleurs notre position à l'Assemblée nationale avec Olivier Marlex. Quand les choses, les textes, vont dans la bonne direction, nous les soutenons parce que ce qui compte, c'est l'intérêt du pays.

Mais aujourd'hui, permettez-moi d'exprimer une forme de scepticisme. On voit que, vous le rappeliez également, ce texte sur l'immigration a été reporté sans doute au caland grec par décision express du président de la République. Voilà. Et on voit qu'on est au cœur de ce système macronien où on ne décide rien, où on vit dans le court terme, où la communication se substitue à l'action. Or, la gravité de la situation de notre pays en matière migratoire, en matière sécuritaire, mais aussi en matière économique, exigerait pourtant des réponses fortes et immédiates.

6:14
Présentateur

Éric Sotty, le gouvernement vient d'annoncer les premières pistes pour le budget de l'année prochaine, le budget 2023, avec une forte augmentation des crédits, notamment accordés au domaine régalien, 6 milliards de plus, pour doubler la présence des forces de l'ordre sur le terrain, pour relever le budget de la justice de 8%, recruter des nouveaux magistrats, construire des prisons. Vous soutiendrez ces mesures ?

6:35
Éric Ciotti

Je les soutiendrai naturellement si elles sont au rendez-vous. Nous les demandons encore une fois depuis des années, mais là encore, regardez ce qui s'est passé, un livre blanc sur la sécurité qui a mis 4 ans à être rédigé, qui est un filet d'eau tiède, ensuite, le Beauvau de la sécurité, et toujours pas de texte. Ce texte, on nous l'annonce, c'est une loi de programmation, ça veut dire qu'on peut annoncer tous les chiffres qu'on veut, mais l'engagement n'est pas toujours au rendez-vous.

Prenons, moi je suis prêt totalement à jouer le jeu de l'intérêt général, bien sûr qu'il faut des moyens supplémentaires, on a trop tardé à les accorder, l'État dans sa mission de protection des Français, s'est trop affaibli au détriment d'un État social qui distribue un argent que l'on n'a pas et que du coup on prélève dans des impôts qui sont les plus élevés au monde. c'est ce système qu'il faut changer, plus de protection pour les Français, plus de liberté pour ceux qui entreprennent, pour nos entrepreneurs, pour nos commerçants, moins de dépenses publiques et à la sortie moins d'impôts. C'est cela que je défendrai en tout cas pour ce budget 2023.

7:50
Présentateur

Vous dites que vous êtes prêt à jouer le jeu démocratique et donc la recherche d'un compromis à l'Assemblée. On l'a vu jusqu'à présent, les députés, les républicains ont voté tous les textes avec la majorité. Quelle sera la consigne justement sur le budget ? Si vous aboutissez à un compromis, vous voterez le budget 2023 ?

8:12
Éric Ciotti

Voter le budget serait s'inscrire dans une majorité. Nous ne sommes pas dans cette majorité. Je suis dans une opposition claire, déterminée à ce pouvoir, à ce pouvoir qui a fait, qui a commis beaucoup d'erreurs, beaucoup de fautes, qui n'a pas décidé. On en a parlé il y a quelques instants, donc j'ai été élu dans une opposition claire, déterminée. Je suis dans cette opposition pour qu'il y ait une alternance demain à la tête du pays. Vous savez, on n'a pas voté tous les textes. Nous nous sommes opposés et elle n'a d'ailleurs pas été adoptée. Il y en a eu trois, ils ont tous été votés

8:48
Présentateur

par les élus républicains.

8:50
Éric Ciotti

Non, il y a la loi de règlement des finances pour 2021 qui n'a pas été votée. C'était l'état des lieux budgétaires. Donc nous avons dit la France a été mal gérée et nous ne votons pas ce texte. Un texte important qui conduira à des décisions importantes pour la loi de finances prochaine. Donc on n'a pas voté ces textes, on s'est opposé à l'article 2 de la loi sanitaire, mais surtout on a fait bouger les lignes. On a obtenu un rabais de 30 centimes d'euros supplémentaires sur les prix des carburants. Ce n'est pas rien. on a obtenu de mettre à mal les 35 heures avec le rachat des RTT et avec la défiscalisation des heures supplémentaires.

Donc c'est une liberté pour les entreprises et du pouvoir d'achat pour les salariés. On a obtenu des gains extrêmement importants. Mais même si vous obtenez

9:38
Présentateur

des gains sur le budget, vous ne le voterez pas quoi qu'il arrive. C'est ce que vous nous dites ce matin. Vous ne voulez pas être dans la majorité en votant le budget.

9:44
Éric Ciotti

Voter le budget, c'est s'inscrire dans la majorité. Voilà. Donc très clairement, il y a cette ligne pour moi qui est une ligne rouge. Après, rien ne nous interdit de faire progresser les sujets, de faire progresser l'intérêt général. Vous savez, on vient de très loin. Contrairement au discours officiel du gouvernement de M. Le Maire, nous sommes dans une situation budgétaire extraordinairement dangereuse. La France est aujourd'hui un pays menacé. Après la Grèce, peut-être après l'Italie, la France devient le maillon faible de l'Europe. Nous avons une dette qui aujourd'hui est de plus en plus élevée, 115% de notre richesse nationale. Nous avons des déficits qui sont extraordinairement élevés.

Nous avons battu le déficit du commerce extérieur, 120 milliards d'euros de déficit, sans doute, cette année. Donc nous vivons un train de vie qui n'est plus supportable avec nos recettes. Et donc, c'est cette fuite en avant, plus de charges, plus d'impôts pour boucher les trous qui ont été creusés par ce gouvernement et ses prédécesseurs. Il faut changer de politique. Il faut faire confiance à ceux qui entreprennent. Et il faut, parce que c'est un problème majeur aussi, on parle naturellement, légitimement, beaucoup des problématiques de pouvoir d'achat qui affectent les Français, le prix de l'énergie, le prix des matières premières, le prix des équipements. Pourquoi on en est là ?

On en est là parce qu'il y a trop de charges, trop d'impôts, mais on en est là aussi parce que nos salaires sont trop faibles.

11:13
Présentateur

Et ce sont des positions avec ceci que vous défendrez peut-être comme président des Républicains puisque vous êtes candidat à la succession de Christian Jacob. Le vote a lieu à l'automne. Est-ce que vous êtes sûr que votre ligne d'une droite assumée, clivante aussi sur certains sujets, très ferme sur la sécurité et l'immigration, est-ce que vous êtes convaincu que cette ligne est majoritaire dans le parti ?

11:35
Éric Ciotti

Je le crois. Je crois qu'elle est au-delà du parti. Elle est très majoritaire dans le pays. Les Français veulent un changement, veulent un changement de politique, veulent que la droite assume ses convictions, ses positions, mais ce sera naturellement aux militants de le dire. Nous sommes dans une démarche démocratique, nous sommes un parti démocratique. Moi, je souhaite qu'il y ait un débat d'idées. Je vous ai fait part de mes positions, notamment sur les questions économiques, sur les questions budgétaires. Je veux une baisse des impôts, je veux la suppression des droits de donation, de succession qui paralyse les Français.

Je veux de la liberté économique, qu'on fasse confiance aux entreprises, et qu'on assure la protection des Français. Voilà, c'est un peu le cap de mon projet, de mon programme pour cette présidence.

12:20
Présentateur

Et vous dites toujours, Éric Ciotti, que vous pourriez travailler avec Éric Zemmour ?

12:24
Éric Ciotti

Moi, je veux redonner de la force à ma famille politique. Éric Zemmour a conduit une démarche, elle n'a pas été couronnée de succès. Je suis, je n'ai jamais quitté ma famille politique, je n'ai jamais changé de conviction. Et je pense que ma famille politique a besoin aujourd'hui d'une ligne claire, de savoir où nous voulons aller, avec qui nous voulons aller. Je le dis très clairement, je considère aujourd'hui que Laurent Wauquiez est celui qui dispose de plus d'atouts pour conduire l'alternance en 2027, et que nous avons la nécessité aussi de décider très vite de qui sera notre leader pour conduire ce combat décisif.

Parce qu'on peut gagner tous les autres combats, si on perd la présidentielle, on a malheureusement le destin, un destin sombre qui nous attend. Et vous, président des Républicains,

13:16
Présentateur

vous vous engagez à ne pas être dans cette course pour 2027 ? C'est l'engagement que vous prenez ?

13:21
Éric Ciotti

J'ai dit aujourd'hui que celui qui me paraissait disposer le plus de compétences, de talents, d'atouts, est Laurent Wauquiez. Il faut choisir le meilleur. Voilà. Et je crois que c'est ce cadre qui doit nous guider. Après, chacun dans une famille politique doit avoir sa place, et je veux être aussi le promoteur d'un rassemblement où il peut y avoir des idées différentes. Vous savez, au RPR, et moi, je voudrais qu'on refasse des Républicains l'esprit du RPR. Le RPR, c'était à la fois Pascua et Seguin. C'était une vision souveraine de notre nation et c'était une vision de protection de notre nation, tout en étant dans un cadre de liberté économique tel qu'il avait été promu aussi.

C'est tout cela que nous devons réhabiliter, restaurer, refonder, reconstruire. On est dans une situation préoccupante. Je crois qu'on ne peut pas tomber plus bas. On a eu un échec très lourd à la présidentielle. On en a eu aux législatives qui a été nuancée par l'enracinement de nos députés de terrain et ils ont montré leur efficacité à l'Assemblée nationale aussi. Et Nicolas Sarkozy

14:33
Présentateur

a toujours sa place dans la famille des Républicains aujourd'hui ?

14:38
Éric Ciotti

C'est à lui de le dire. Moi, je dis avec force que je n'ai pas apprécié son positionnement lors des élections présidentielles, lors des élections législatives. En tout cas, je n'ai pas compris ce positionnement que pour moi, à titre personnel, moi qui ai toujours été fidèle de Nicolas Sarkozy, ce fut une blessure. Aujourd'hui, je crois qu'il faut construire l'avenir différemment. Il faut s'exonérer un peu des pesanteurs du passé. Il faut se baser aussi sur une jeunesse qui monte. Je pense notamment au leader des Jeunes Républicains, Guylaine Carillon, qui a ouvert avec les Jeunes Républicains qui sont une force très importante des pistes des pistes nouvelles.

C'est tout cela qu'il faut regarder pour l'avenir.

15:30
Présentateur

Merci Eric Ciotti d'avoir accepté notre invitation ce matin sur RMC, député Les Républicains des Alpes-Maritimes. Candidat donc à la présidence des Républicains.