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interviewLCP (sur YouTube)· 12 décembre 2025 57 min

Maire, courage ! | En immersion

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Musique --- --- Bienvenue dans "En Immersion". C'est votre nouveau rendez-vous sur LCP, un magazine de reportage de la rédaction qui s'intéresse aux grands sujets qui font l'actualité, qui font débat dans la vie quotidienne des Français. Et pour aller un peu plus loin dans la réflexion, le reportage sera suivi d'un échange avec trois personnalités directement concerné par le sujet développé dans notre magazine.

Et pour ce premier numéro, on vous emmène en immersion avec un maire, un élu d'une petite commune de 700 habitants dans le Puy-de-Dôme. Yannick Tournadre termine son premier mandat dans la ville de la Tour d'Auvergne. Une mission qu'il a menée à bout de bras, peut-être aussi à bout de force.

Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse découvrir. Maire, courage, c'est le titre du film réalisé par Hélène Bonduelle et Céline Crespy qu'on va regarder ensemble dès maintenant et on se retrouve juste après pour en débattre. Aboiements -Bonjour, bonjour tout le monde.

Alors, qu'est-ce qu'elle dit, Mme Sertilange ? -J'ai reçu mes résultats. -Ah, et alors ?

Faites voir. Tout va bien, impeccable. C'est très bien. -On verra bien. -Vous êtes en pleine forme.

Je disais que vous me faisiez penser à ma mamie. -Oui. -Je vous l'ai déjà dit. -Oui, à votre grand-mère. -Exactement.

Parce que vous rigolez tout le temps. -Tout le temps. Il n'y a pas de quoi pleurer pour ça. -Elle est comique. -Il connait le patois. -A bientôt. -Ma grand-mère rigolait tout le temps, une de mes grand-mères.

Et jusqu'au bout, elle me disait toujours "Cramponne-toi mon ptio". Et j'y pense souvent parce que souvent, dans la vie, il faut se cramponner. -Yannick Tournadre se cramponne dès le matin, car ses journées commencent souvent très tôt.

A 49 ans, l'infirmier du village est aussi le maire de cette petite commune rurale. -Le métier d'être maire, c'est aussi quelque part soigner les habitants. Donc il faut à la fois soigner ses patients et soigner ses habitants pour tout un tas de choses différentes.

Mais des fois, ça fait beaucoup de choses. On n'a que deux mains, quoi. Et on n'a qu'une tête. -Infirmiers ou maires, chez ces patients aussi souvent, tout se mélange. -Il est débordé. -Mais on l'aime bien.

On veut le donner à personne. -La brouette de quoi ? Je ne leur ai pas dit, peut-être.

Il faut boucher deux, trois trous ? -Oui. Quand le chasse-neige passera, ils vont tout arracher. -Il faut que je marque.

J'ai dû le zapper, ça. On a vraiment les pieds sur le terrain. On n'est pas déconnectés du tout, du tout.

Là, c'est pas de la politique des hautes sphères. Des fois, ça a ses inconvénients aussi. Des fois, on voudrait bien un peu se déconnecter, mais...

Et voilà, Madeleine. -Et merci Yannick. -Répondre aux besoins des habitants, faire vivre son village tout en conservant son métier.

Difficile de déconnecter. Etre maire d'une petite commune rurale, c'est souvent être sur tous les fronts. Musique --- --- Comment c'est ?

Ouh là ! -Tu vois, il manque deux croix, je vais les refaire. -Il en manque ?

D'accord. -Elles sont cassés. Il y en a trois. -Ce matin de novembre, la Tour d'Auvergne s'est réveillée sous la neige. -Alors Madeleine ? -Il faudra mettre le panneau "sol glissant" dans les rues de la Tour. -Oui, on va le sortir. -Yannick Tournadre est maire de ce petit bourg de 700 âme depuis 6 ans.

A peine élu, il a dû faire face au décès de l'unique médecin, emporté par le Covid. C'était son premier combat, trouver un remplaçant et le convaincre de rester. -Salut, salut !

Ca va Héloïse ? Je te fais la bise ? T'as pas de masque ? -J'ai pas mon masque. -C'est Maxence qui fait de la luge dans les rues ?

On va prendre un arrêté. Il n'y a que moi qui avais le droit de le faire quand j'étais gamin. C'est vrai ! -Je me rappelle. -T'es bien d'accord ? -Héloïse Benoist a posé ses valises à la Tour d'Auvergne il y a trois ans.

Et le maire a tout fait pour faciliter son installation. -C'est vraiment le village en entier qui a vraiment fait la différence. On n'en a pas parlé, mais le logement a fait aussi...

J'ai été logée pendant deux ans et demi, avant de venir ici et d'être locataire au-dessus du cabinet. On en parle beaucoup entre professionnels de santé. Il y a peu de logements en milieu rural.

Sans logement, on ne va pas rester travailler. -Je pense qu'il ne se passe pas une journée où je me dise : "Pourvu que ça se passe bien pour Héloïse." Et je me couche souvent le soir ou je me lève le matin...

Quand je passe devant le cabinet, "Pourvu que tout aille bien" parce qu'on voit que cet équilibre est tellement fragile dans nos villages. Donc effectivement, c'est un souci du maire au quotidien. Bon, Héloïse, en route ? -A bientôt. -Bonne soirée.

Allez, à bientôt. -Ce nouveau cabinet médical, c'était sa première victoire. La première d'une longue série. -On a réussi au fil des années à conserver ce tissu commerçant.

Vous avez derrière moi la pharmacie, la boucherie, la boulangerie, cinq restaurants sur la commune, un cabinet vétérinaire, un médecin, des kinés, des infirmiers. Et à côté de ça, tous les services publics qui sont aujourd'hui présents, qui sont aujourd'hui restés sur la commune. -Mais ces derniers temps, un autre sujet préoccupe les habitants. -Bonjour, une demi-trade. -Une demi-trade, tu veux. -La seule boulangerie du village pourrait fermer.

Les boulangers sont pourtant installés ici depuis 22 ans. -C'est mon petit voisin d'en face, il me soutient tous les jours, lui. -C'est normal, on a besoin d'elle.

Sonnette -Bonjour tout le monde ! -Ca caille...

Moins sept degrés. -Regarde...

La buée sur les lunettes. Embuées. -C'est la dernière boulangerie des villages alentours.

Quatre ont fermé les unes après les autres. -75 centimes, s'il te plaît. -Et c'est bien ça le problème de Laetitia.

Sonnette -On s'est retrouvés avec beaucoup de travail. Et on a assumé jusque-là, jusqu'au mois de février, où on a eu un contrôle. Et là, ils nous ont dit qu'on n'était plus aux normes, que notre laboratoire n'était plus adapté, n'avait plus la taille pour pouvoir fabriquer autant de pains. -Coup de massue ? -Un peu, oui.

Coup de massue. Donc, il a fallu réagir vite. Déjà, faire les premiers travaux qui étaient possibles de faire dans ce laboratoire.

Donc là, on a mis trois semaines donc on est resté fermé trois semaines. Et là il faut trouver une solution en 18 mois pour pouvoir retrouver un nouveau laboratoire, pour assurer tout ça. -Et vous avez les moyens de faire ça ? -Eh bien, on a les moyens...

On fait appel à la mairie à ce moment-là. Monsieur le maire, on lui dit qu'il nous faut de l'aide. -Quand les gens s'arrêtent à la boulangerie acheter le pain, ils s'arrêtent aussi pour acheter ce qu'il leur manque à l'épicerie, acheter un bifteck à la boucherie.

C'est vraiment cette idée de maillon de la chaîne. Et quand il y a un maillon qui casse, c'est la chaîne qui tombe. Du coup, il faut qu'on soit vigilants.

Avec nos moyens, on ne peut pas tout faire. Ce n'est pas le maire qui va venir faire le pain. Donc on a la chance d'avoir un couple de boulangers jeunes encore qui a envie de se développer, qui a envie d'accroître son activité.

Donc il faut qu'on les soutienne. -Une fois encore, Yannick cherche des solutions. Ce pourrait être ce hangar abandonné dans une rue voisine. -C'est bien là ? -Oui. -La mairie y voit aussi son intérêt. -Voilà pourquoi la commune est intéressée par la rénovation de ce bâtiment.

Parce qu'aujourd'hui on a un bâtiment qui est vacant et qui fait un peu verrue quand même dans ce quartier. Et demain, normalement, on aura quelque chose qui apportera de la vie à cette traversée de bourg. -Et qui sera le labo ? -Et qui sera le labo.

Donc on a tout intérêt quand même à soutenir ce projet. -Là, ça sera le laboratoire boulangerie. Là, à partir de là, vu qu'il y a la porte, ça sera le laboratoire pâtisserie.

Là, c'est le coin plonge. -T'as tout en tête ? -Ouais.

Là, c'est le stockage marchandise finie. -Le maire ne peut pas tout, mais il a accepté de financer l'étude de faisabilité. -C'est un petit coup de pouce, c'est une petite carotte pour motiver un peu les troupes.

Et puis ça diminue un peu le risque. On fait faire l'étude, ça ne vous coûtera rien et on verra bien. Et après, maintenant on voit, maintenant on leur "file le bébé". -Si ça peut se faire, c'est sûr que ça va être... -Ca redonne un coup de boost quand on refait quelque chose de nouveau.

On a plus envie. -On est conscients que travailler dans des conditions comme ça, ça sera super. -La Tour d'Auvergne est riche de commerce et de services.

Mais avec 1 million d'euros par an, son budget est serré. Alors, pour faire aboutir ses projets, Yannick Tournade met régulièrement la main à la pâte. Une fois par semaine, il réalise certains travaux de la ville.

Ce matin, il faut protéger les vitraux de l'église. -Vas-y ! Moteurs Moi, c'est mon sport !

Donc, ça détend, ça fait du bien, il fait beau. Cette action qui paraît peut-être un peu dérisoire, mais l'air de rien, c'est des économies. C'est du système D qui est utile.

Et quand tout se passe bien, ça va. J'espère qu'aujourd'hui, on va gérer ça d'une main de maître. Mais on a la responsabilité de l'argent de la commune, des administrés.

Il ne faut pas que notre panneau, tout d'un coup, nous échappe et patatrac. -Des économies, il est prêt à en faire. Avec ses adjoints, ils ont réduit leurs indemnités de moitié.

Le maire ne touche que 500 euros par mois. -Alléluia ! -Quand je vois un maire comme ça, jeune, en pleine action, je suis admiratif et je ne manque pas de le féliciter. -Il vient me surveiller un peu quand même. -Oui, à la rigueur. -Il m'a surveillé, j'étais tout petit.

Il m'a taillé les oreilles en pointe. -Oui, c'est ça. Vous ne le répéterez pas, mais je lui ai tiré les oreilles. -Ca va ? -Oui et toi ?

Quand je dis que je lui tirais les oreilles...

Professionnellement parlant. J'étais principal du collège. Je l'a eu comme élève. -René Maillet est surtout le maire honoraire de la Tour d'Auvergne. 35 ans de mandat municipaux à son actif. -Ce qu'il ne dit pas, c'est que je me suis présenté contre lui la première fois.

J'étais adjoint. M. Maillet se représentait à la tête d'une liste pour continuer sa fonction de maire une dernière fois.

Et puis les jeunes, on lui a coupé un peu l'herbe sous le pied. "On a tombé" M. Maillet. -Et j'étais content. -M.

Maillet qui était là installé depuis plusieurs mandats et qui voulait poursuivre son action...

On arrive, allez hop... -Installé depuis plusieurs mandats mais aussi avec l'usure du pouvoir. -Ca c'est un danger mais alors moi je pense que le deuxième mandat je serais peut-être plus fatigué que le premier.

Un, deux, trois. Ta-da ! Et voilà ! --- --- -Ces six ans-là, je ne les ai pas vus passer.

Ca va tellement vite, les journées passent tellement vite, on est tout le temps à fond. Des fois, quand on s'arrête, "Tiens, c'est bizarre", on se retrouve un peu bredouille. --- -Et pourtant, rien ne prédestinait Yannick Tournadre à devenir le maire de la Tour d'Auvergne. --- -Je suis un étranger.

Je ne suis pas né à la Tour d'Auvergne. Je ne suis pas tout à fait du cru. Je suis de l'autre côté de la colline, à 30 kilomètres.

Je suis tombé amoureux de ce village, d'autant plus depuis que je suis maire. Et je me dis, quand même, ce village, perché où il est perché, avec l'histoire qu'il possède. Catherine de Médicis, la fille de Catherine de Médicis, la reine Margot.

Donc tout ça, c'est l'histoire de France, une partie de l'histoire de France qui est née ici. Je suis assez fier d'être maire de ce village. C'est pas rien.

Rires d'enfants -La neige fraîche. -La Tour d'Auvergne a réussi à conserver son école. 60 élèves y viennent chaque jour, depuis le bourg et les villages alentours.

C'est aussi pour cette nouvelle génération que le maire se bat. -Moi, je trouve ça génial ce qu'ils font. Il y a un nouveau truc tous les ans.

Ils ont ramené un médecin, un garagiste. -Il est super dynamique. -Il y a le petit Vival pour faire les courses.

Au fur et à mesure, c'est un tout petit village qui concentre et l'école primaire et le collège à côté. Toutes les communes alentours, on vient ici matin et soir. Et maintenant, on a tous les commerces.

C'est un vrai boulot. Je crois que c'est un vrai boulot de dingue. -Et il a réussi à avoir une commune quand même, comment je dirais, tout le monde est lié, proche, lors des manifestations, tout le monde participe.

Ce qu'il aurait raté ? J'en ai aucune idée. -Pourtant, il y a un sujet qui fâche, les rythmes scolaires.

Une partie des habitants voulait passer à quatre jours, mais Yannick Tournade a tranché, un peu vite, selon certains parents d'élèves. -Moi, je ne suis pas pour quatre jours et demi. Les semaines sont déjà assez longues.

Mon petit est en petite section...

Un mercredi matin où il pourrait dormir, ça peut être bénéfique. Dans toutes les autres écoles, c'est ça. Que ça soit à Tauves, à Bagnols,...

Je trouve ça dommage qu'on ne puisse pas profiter des mercredis matins avec nos enfants. -Et le maire, qu'est-ce que vous en pensez ? -Je ne vous répondrai pas on n'est pas très copains. -Mais il faut qu'on accepte d'absorber un peu la colère des gens qui ne sont pas contents pour différentes raisons avec le choix des élus.

Moi, jusqu'à présent, ça a été raisonnable et je n'ai pas eu de menace. J'ai eu des gens en colère qui ont été un peu violents dans leurs propos et je pense que c'est des propos que je ne méritais pas. Je ne suis pas là pour emmerder le monde.

C'est ce style de propos qu'on m'a déjà dit. Mais voilà, je trouve que c'est des propos que je dois entendre. -Ce soir, pas de polémique.

C'est banquet à la Tour d'Auvergne. -Vous faites tout ici ? -On se débrouille. -Les journées de Yannick Tournadre ne s'arrêtent jamais.

Une partie du village s'est réunie dans la salle des fêtes. -Ca va ? -Le maire a un mot pour chacun.

Il connaît tout le monde. -Bonjour, ça va ? -Ca va, merci. -Ca va, Philippe ?

Bonjour. -Voilà, quand on arrive en retard, on fait des bises après. -Le banquet est offert par la commune pour remercier les bénévoles qui ont participé au concours national du Saint-Nectaire cet été. -Ce week-end-là, c'est 132 Saint-Nectaire fermiers et laitiers qui ont été présentés, neuf affineurs, 159 fromages présentés aussi et ça a été en définitive 10 000 personnes qui ont convergé chez nous sur la commune de la Tour d'Auvergne sur le week-end et on peut s'en féliciter également. -Et pour François, hip, hip, hip ! -HOURRA ! -Hip, hip, hip ! -HOURRA. -Atchic, atchic, atchic ! -AIE, AIE, AIE ! -Créer des moments collectifs, de la cohésion dans le village. -Ca va, Yannick ? -Oui et toi ? -Yannick est sur tous les fronts, mais pour ses équipes, le rythme n'est pas toujours facile à suivre. -François en début de mandat il avait la charge d'être adjoint au maire et en plus en charge des animations et alors ça c'est un sacré package qu'on lui a filé.

Les animations, il y en a eu beaucoup et je sais pas si on l'a pas un peu épuisé. -Non, pas tout seul, avec la contribution vraiment de tous les élus, ça a été un travail d'équipe, c'est le moins qu'on puisse dire. Je pense que pour faire avancer les choses dans une commune, il faut quand même maîtriser tout un tas de sujets, sans parler d'être spécialiste dans un, mais il faut quand même toucher un peu partout. -Et sinon, vous êtes du même bord politique au niveau national ? -Il ne me semble pas du tout.

Il a fallu une petite soirée, mais vraiment, ça faisait déjà un certain temps qu'on était élus tous les deux, pour qu'on en discute comme ça, vaguement. Mais la question ne s'est jamais posée parce qu'il y a une chose qui nous rejoint tous, pas seulement le maire et moi-même, mais toute notre équipe, c'est ce côté un petit peu chauvin et cet amour pour notre village, tout simplement. Sur la politique générale, il y aurait forcément peut-être des points sur lesquels on ne serait pas d'accord.

Mais on s'en moque, en fait. -Vous avez affaire à deux personnes tolérantes. Si je vous gêne Bah, c'est la même -Au moment d'achever son mandat, Yannick Tournade a encore des projets plein la tête pour sa commune.

Musique Il a choisi de se représenter. Il l'a déjà annoncé à son équipe, mais il ne sait pas encore sur qui il pourra compter. --- Ce soir, à la mairie, c'est l'heure des choix. -Allez, Antoine, il est compté dans ceux qui repartent.

Jamila a pris la décision le 11 novembre. Si on a envie de repartir ensemble, c'est super chouette. Mais si on a envie d'arrêter, je respecte tout à fait pour tout un tas de raisons.

Et du coup, il faut pas que ça me...

Je prends pas comme un... -C'est pas un désaveu. -C'est pas un désaveu, voilà.

Il n'y a pas de souci, on s'est toujours bien entendu. Mais à un moment donné, voilà, c'est le temps de passer la main. Et puis l'âge arrive aussi, pour certains. -Il faut suivre, quoi, quand on a... -Et après, ben oui, mais si la Tour en est arrivée là, aussi, c'est parce qu'il a mis cette cadence.

Sinon, on aurait certainement dormi un peu plus longtemps sur nos lauriers. -Ca, ça serait un peu mon défaut, je pense. Et des fois, que ce soit les élus autour de la table ou ma femme, ils me freinent un peu. -Souvent, il a de bonnes billes dans la tête, alors on ne freine pas tout le temps. -Sur les 13 membres du conseil municipal, cinq ont pourtant dit stop à ce rythme effréné, dont François. -Non, moi, je ne prolonge pas.

Enfin, je ne prolonge pas. Je ne sais pas si j'aurai eu l'occasion de prolonger, mais je ne me représente pas. Et c'est valable aussi un peu pour tout le monde, c'est les conséquences malgré tout, que ça peut avoir aussi d'un point de vue personnel et privé, où l'engagement, il a quand même...

Le temps qu'on passe pour l'intérêt général, on ne le passe pas pour soi. -Au moment où mes enfants avaient besoin de moi, je n'étais pas à la maison. Je le paye un peu aujourd'hui parce qu'ils trouveraient bizarre que je revienne aujourd'hui alors qu'ils n'ont plus besoin de moi.

Donc, moi, je comprends tout à fait François, parce que ce temps-là, familial, on ne peut pas le récupérer plus tard. -TCHIN ! -Santé ! -Normalement, il faut se regarder dans les yeux ! -Yannick Tournadre va maintenant devoir reconstituer une équipe, convaincre de nouveaux colistiers de le suivre.

Il a pensé à Hélène Charles. -Bonjour ! Ca va ? -Ce matin, le vouvoiement est de rigueur. -Vous êtes toute fraîche. -Yannick est dans ces petits souliers. -Bon, merci de m'accueillir.

Bon, ce petit café en terrasse à la charbonnière, est-ce qu'il va me porter chance ? -Ah oui ? Il n'y a pas de raison. -Il y a un moment que dans ma tête, je dis : "Hélène, quand même, elle apporterait quelque chose au conseil municipal.

Il faudra que tu ailles la voir." -Hélène Charles est architecte à Paris. Elle vit à la Tour d'Auvergne une partie de l'année seulement.

C'est sa résidence secondaire. -Il ne faut pas que j'aie 14 colistiers qui ont votre profil. Mais je pense qu'un ou deux, c'est important.

D'avoir un regard extérieur, parce que vous avez la température du village vue de l'extérieur. Vous êtes en dehors des querelles de clochers. Et ça, en conseil municipal, il en faut un ou deux qui nous ouvrent les yeux en disant : "Attention, vous vous plantez complètement.

Moi, vu de l'extérieur, l'image du village, c'est important." -Tout à fait. C'est plus simple à gérer quand on est un peu au-dessus.

De loin, je veux dire. Ca m'intéresse. Depuis que je suis ici, je vous dis que j'aime le village, j'aime ce que vous en faites.

Et ce qu'il devient. -On peut continuer, je pense. -Et visiblement, le rythme effréné de Yannick ne lui fait pas peur. -Je sais qu'il est hyperactif, mais moi un petit peu aussi.

C'est ça qui pourra nous aider. Et oui, je sais bien. Heureusement, oui.

Non, c'est bien. Moi, j'en suis ravie. Après, j'espère juste me libérer plus vite que ce que j'ai en tête aujourd'hui, en tout cas aussi.

C'est probablement possible. Je vous raccompagne. -Et alors, il faudra qu'on apprenne à se tutoyer peut-être. -Tout de suite. -Tout de suite ? -Avec plaisir. -Bon, allez.

Salut. -A très bientôt. Et tu me dis s'il faut des fois qu'on se revoie, qu'on se recroise.

Merci. J'ai de l'énergie, ne te fais pas de soucis. -Bon, mais c'est bien.

Il en faut. -Je crois, oui. -Ce n'est pas toujours tout facile.

Je me disais que si je n'arrivais pas à convaincre Hélène, ça allait être dur pour la suite. Du coup, je suis content parce que ça donne un peu de baume au coeur, ça remotive. -Pourquoi vous y retournez ? -Parce que c'est un peu une passion pour le village, parce qu'on se dit qu'il y a des choses à faire et qu'il y a du potentiel et que je considère que je ne suis encore pas trop usé.

Le premier mandat m'a usé un petit peu, mais je pense que j'ai encore l'énergie pour poursuivre un mandat. -L'engagement électoral est lourd. Yannick Tournadre le sait plus que quiconque.

Mais en se représentant, il veut surtout encourager la relève. -Pour montrer qu'il ne faut pas être résigné. C'est ça.

Qu'on avait un village qui était un peu en sommeil et qu'avec de la volonté, "yes we can". "Yes we can", oui. Musique --- --- --- -Et voilà, c'était Maire, courage, un film réalisé par Hélène Bonduelle, Céline Crespy et Marion Devauchel.

Et pour en discuter, j'ai le plaisir de recevoir Françoise Gatel. Bonjour. -Bonjour.

Ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation de France. Juste en face, nous accueillons Delphine Labails. -Bonjour. -Vous êtes l'ancienne maire socialiste de Périgueux, ex-maire, parce que vous avez démissionné de votre mandat en mai dernier et vous nous expliquerez pourquoi.

Et enfin, notre dernier invité, Maxime Thory. Bonjour. -Bonjour. -Vous êtes l'actuel maire de Montmorency dans le Val d'Oise.

Merci infiniment à tous les trois d'avoir accepté notre invitation. Vous venez de voir ce film, le quotidien de Yannick Tournarde. Vous vous reconnaissez, Françoise Gatel ?

Vous qui avez été maire dans le passé de la commune de Châteaugiron si je ne me trompe pas. -Absolument. -Vous vous êtes reconnue ? -J'ai reconnu quelque chose qui, je crois, est assez universel.

On dit "Maire, courage", mais quelqu'un d'engagé, qui s'occupe de tout et de tous, avec bienveillance et beaucoup d'exigence. Ensuite, on le fait différemment selon la taille de sa commune, naturellement. Mais cet homme...

Alors c'est un soignant d'abord, parce qu'il est infirmier, et il soigne son village, il soigne sa commune. Enfin, un citoyen engagé, c'est juste fabuleux. C'est comme une histoire, une histoire de maire qu'on raconte, qui est comme une sorte de, à la fois de rêve.

On a rencontré quelqu'un qui est juste extraordinaire, au sens où il passe sa vie à s'occuper des autres. -Un très bel exemple. Il y en a d'autres en France.

Delphine Labails, quand vous regardez Yannick Tournarde, vous vous dites qu'il est fou d'y retourner, que c'est une folie que de briguer un deuxième mandat ? Je parle de ça parce que vous, vous avez décidé de démissionner. Qu'est-ce qui vous a tant déçue ? -Alors, moi, je n'ai pas été déçue.

Vraiment, ça a été une passion folle que d'être maire. Je m'y suis préparée pendant deux mandats, en étant première adjointe, puis porte-parole de l'opposition. Vraiment, j'ai adoré, je peux le dire.

Et je ne dis pas que je n'y retournerai pas, d'ailleurs. Mais aujourd'hui, je suis encore trop fatiguée. Moi, je me suis épuisée.

Je me suis épuisée dans cette fonction. Et d'ailleurs, quand on le voit du matin au soir, on se dit : "Mais comment fait-il pour ne pas être fatigué ?" -Vous vous êtes reconnue dans ces images ? -Bien sûr, bien sûr.

Sur tous les éléments, finalement, de ce qui est représenté dans ce reportage. D'abord, ce rapport aux habitants, ce contact direct et cette manière dont ils ont de l'interpeller en l'appelant par son prénom. Moi, à Périgueux, lorsque j'étais maire, mais toujours encore, les habitants m'appellent par mon prénom, Delphine.

C'est ce contact direct, je crois que c'est ce qui m'a le plus plu. Ce qui m'a ensuite le plus plu dans le mandat de maire, c'est de faire des choses. Et on voit l'énergie qu'il met pour que sa boulangerie reste ouverte, pour faire venir ce médecin que tout le monde lui envie.

Quelle que soit la taille de la ville...

Cette médecin qui est venue s'installer et qui est restée. Elle est restée aussi, pourquoi ? Parce qu'il y a cette qualité de vie à un village patrimonial.

Et donc, moi, ça me renvoie à l'image de la ville de Périgueux, cette très belle ville, ces villes moyennes dans lesquelles il fait bon vivre et pour lesquelles on met tant d'énergie. -Que s'est-il passé alors, vous, concernant ? Vous avez parlé, dans une interview sur France Bleu Périgueux, il me semble, de burn-out. -Oui.

Oui, oui, c'est ça. J'ai eu du mal d'ailleurs à déterminer ce qui m'était arrivé, pour être plus précise, c'est une après-midi, quand je suis rentrée chez moi, j'étais à bout de force et je me suis écroulée. Voilà, impossible de repartir.

Pourtant, j'avais vraiment cette habitude, le planning, c'est le planning. Madame la ministre le sait, on ne peut pas déroger à la minute près, même mon collègue maire. Et cet après-midi-là, vraiment, je me suis écroulée, complètement.

Effondrée. -Sous quoi ? Sous la charge de travail ? -Non, comme un blackout, en fait.

A un moment donné, mon cerveau a cessé de fonctionner. Finalement, toute l'énergie a quitté mon corps. Et là, au milieu de mon salon, je me suis effondrée.

J'ai appelé mon mari : "Il faut que tu rentres parce que là, je ne sais pas ce qui se passe." J'ai pris rendez-vous chez le médecin qui m'a dit : "il faut vous reposer." Donc, je prends pas le temps de me reposer.

J'y repars, il y a le planning. Les gens nous attendent, les rendez-vous sont prévus, puis c'est les fêtes de fin d'année. Il faut lancer les festivités de Noël, donc on repart.

Et quand on y est, on est porté par cette énergie. On le voit dans le reportage, cette énergie qui le porte. -Un cercle vertueux finalement.

L'énergie des citoyens vous donne de l'énergie... -Donc on est au contact et ça repart.

Puis le lendemain : "Ouh là là, je ne vais pas réussir à me lever." Et de mal en pis jusqu'au moment où le médecin vous dit : "Il faut vraiment s'arrêter, ou c'est moi qui vous arrête." Voilà ce qui s'est passé. -Maxime Thory, vous, vous finissez là votre premier mandat à Montmorency.

Est-ce que vous aussi vous allez planter des clous dans les bâtiments nationaux, je ne sais pas, dans votre ville, le week-end, c'est ce que vous faites aussi ? C'est votre quotidien ? -Non, je ne plante pas des clous, même si évidemment, je me suis partiellement reconnu dans l'excellent reportage qu'on a vu, parce que maire, c'est un métier de passion, et on voit toute la passion que met ce maire dans la gestion de sa ville.

Montmorency n'est pas une ville de même strat, puisqu'on a 22 000 habitants, donc on a beaucoup plus d'agents municipaux, les missions sont différentes, mais ce qu'on reconnaît, c'est une passion de servir l'intérêt général, de s'engager pour ses habitants. Moi, ça m'a beaucoup frappé. Je pense que de très nombreux maires qui regarderont ce reportage se reconnaîtront parce que quand on est maire, on est un artisan du bien commun.

On s'engage parce qu'on aime les gens, qu'on a envie de les servir, qu'on a envie d'améliorer leur vie. Et c'est ce qu'on a retrouvé dans ce reportage, une volonté de faire venir de nouveaux médecins, de se battre pour ne pas voir certains commerces fermer. C'est notre quotidien et ça le rend passionnant. -C'est aussi, on parlait de charges, on parlait de masse de travail, souvent les heures de travail effectuées pour le service en mairie dépassent le cadre et même les indemnités qui y sont allouées, on le sait.

Vous avez même évacué des gens. -Oui, quand vous êtes maire, sept jours sur sept, 24 heures sur 24. Et c'est ce qui fait la spécificité de cette fonction et tout son attrait et toute son intensité.

Moi, ce qui m'est arrivé il y a un an, c'est de devoir évacuer 150 personnes à une heure du matin sur décision des pompiers car un bâtiment qui se trouvait sur une butte risquait de s'effondrer sur un autre. C'était le 13 janvier, lorsque vous devez prendre cette décision c'est quelque chose d'extrêmement difficile, c'est la décision la plus difficile que j'aie dû prendre en tant que maire et ce qui m'a frappé, c'est qu'au moment de ma décision, les pompiers disent que c'est à nous d'aller toquer chez les gens et un par un de les sortir pour les mettre en sécurité, Donc tout à coup vous rentrez dans un tourbillon. Avec l'ensemble des services qui vous appellent, les médias, la nécessité d'organiser en urgence l'évacuation, le transfert, l'ouverture d'un gymnase, l'hébergement d'urgence, c'est extrêmement intense. 11 mois après, la procédure est toujours en cours, les gens aujourd'hui n'ont toujours pas pu réintégrer leur logement dans une expertise judiciaire.

C'est des moments qui vous marquent profondément. -Est-ce que ce que vous retirez de cette expérience-là, c'est peut-être que certains citoyens vous ont encore, et encore aujourd'hui vous parlez de cette procédure judiciaire, des citoyens de votre ville toujours pas relogés, on vient toquer à votre porte encore aujourd'hui pour vous demander pourquoi ? -Tous les jours. -Mais ce n'est pas de votre fait.

Il y a des compétences ressenties et des compétences réelles ? -Le maire a la clause de compétence générale. Il est responsable de tout.

C'est celui que l'on peut saisir facilement. Celui qu'on dispute, parfois celui qu'on complimente. Mais c'est le dernier recours des gens désespérés.

Moi, je le vois sur cette procédure. On est dans une expertise judiciaire avec un rapport qui tarde à être remis en raison de l'incurie de certains syndicats de copro. Je l'explique aux gens.

Ils me disent : "Monsieur le maire, c'est avec vous que j'ai un contact. Déjà, c'est vous qui avez pris la décision. Et notre seul espoir, c'est que vous puissiez essayer de faire changer les choses, accélérer les choses." Et certes, ça n'est pas notre compétence, mais lorsqu'on est maire, on ne peut répondre à un citoyen : "ce n'est pas de ma compétence, merci de vous débrouiller." Les soucis des autres sont nos soucis.

Parfois, on est tenu directement responsable aussi de nos décisions, et de celles des autres. Et on l'accepte parce qu'on est là au service des habitants. -Entre juillet 2020 et mars 2025, environ 2 189 maires ont démissionné, soit 6 % des maires en cours de mandat.

Est-ce que c'est trop ou vous vous dites : "Finalement ça fait aussi 94 % des maires qui restent" ? Est-ce que vous voyez le verre plutôt à moitié vide ou à moitié plein ? -C'est trop parce que derrière ces démissions, il y a parfois beaucoup de souffrance, de mal-être et que pour des personnes, c'est une aventure qui laisse parfois un goût amer.

Des familles qui ont aussi été touchées par les agressions verbales ou physiques dont peuvent être victimes les maires. Ce que l'on constate, c'est qu'il y a beaucoup plus de démissions sur ce mandat que précédemment, pour différentes raisons. D'abord parce que le mandat a démarré avec la période Covid, ça a été compliqué de faire équipe.

Donc ça a créé un collectif moins fort. Il faut dire que nos concitoyens sont aussi très exigeants. Parfois, nos concitoyens sont dans le registre "je veux, j'exige, vous devez." Vous savez, c'est comme l'instantanéité dans nos vies de tous les jours.

Et que vous, vous avez un problème, il doit être réglé. Et il y a un guichet unique, c'est le maire. Alors le maire va dire, comme vous l'avez dit, "Ah non, ça, c'est pas mon sujet".

C'est vous, vous êtes là et vous, vous êtes très visible. Et à la mairie, il y a toujours quelqu'un. Donc tout ça, ça crée aussi parfois beaucoup de stress et puis il faut le dire, ça devient extrêmement compliqué quand un maire a un sujet et qu'il lui faut quatre ans pour sortir quelques logements, pour faire des études diverses et variées.

Ca épuise le citoyen qui, comme celui qu'on a vu, notre super maire de la Tour d'Auvergne, l'élu s'engage parce que vous pensez que vous allez pouvoir faire des choses. Et en fait, vous dépensez beaucoup d'énergie à essayer de bouger des choses juste pour pouvoir faire un pas de plus au lieu d'avoir de l'énergie positive pour trouver des solutions. Donc le travail qu'on est en train de faire, c'est d'essayer de simplifier la vie des maires.

En tout cas, qu'on ne leur complique pas la vie par des normes trop compliquées, des délais pas possibles. Parce que quand vous vous engagez pour réaliser quelque chose et que vous passez vos journées à voir que vous n'y arrivez pas, à un moment, vous jetez l'éponge. Donc, je pense qu'il faut que le maire soit considéré par nos concitoyens comme l'est le sapeur-pompier volontaire.

On adore tous nos sapeurs-pompiers volontaires, c'est respect, dévouement, gratitude, voilà. Le maire, on est dans une relation d'exigence, alors que le maire, même si on l'a élu...

Oui, parfois, vous n'avez pas voté pour lui. -Oui, c'est vrai. -C'est la démocratie. -C'est vrai, c'est vrai. -Mais il va s'occuper de tout le monde.

Et puis, quand la vie de chacun est difficile, on a besoin de se défouler sur quelqu'un, donc c'est le maire qui peut prendre, parfois. Parce qu'il écoute beaucoup, et on l'a vu dans le reportage, vous avez vu, c'est dans une société un peu compliquée où tout le monde est nerveux, il y a une personne qui écoute, et vous pouvez décharger tout ce que vous avez de vie compliquée. -On va continuer de parler de tout ça, mais je retiens une notion que vous avez touchée du doigt, celle des normes. -Le Premier ministre a annoncé lors du dernier congrès des maires, vouloir prendre avant Noël un méga décret, j'imagine que c'est à ça, peut-être aussi que vous faisiez référence en disant "on travaille là-dessus", je le cite : "Pour élaguer une trentaine de normes et de décrets qu'il qualifie de surréalistes." Vous avez des exemples Maxime Thory ? -J'en ai de nombreux.

Comme la loi SRU, par exemple, qui nous contraint, nous maires qui n'avons... -Sur l'urbanisme. -Qui vous contraint, lorsque vous êtes maire, à construire énormément de logements pour atteindre votre quota de logements sociaux, ce qui, parfois, peut se faire avec une très faible acceptabilité de votre population, qui peut dénaturer une partie de votre territoire et qui génère de très fortes colères de votre population.

Et quand les gens sont en colère, c'est le maire qu'ils cherchent. -Ca fait partie aussi des raisons de votre burn-out ? Est-ce qu'il y avait trop de normes, trop de choses, comme le disait Françoise Gatel, qui parfois vous empêchaient de travailler, de faire ces petits pas, de faire avancer les choses ? -Alors, il y a des difficultés.

C'est vrai que sur l'urbanisme, on n'en manque pas. Mais moi, j'ai trouvé ça plutôt intéressant. Sur le plan intellectuel et de travailler directement avec le préfet et les services de l'Etat à trouver des solutions et donc à dépasser les difficultés.

Peut-être que j'ai eu la chance de travailler avec un corps préfectoral de proximité à l'écoute des élus. Ce n'est pas ce qui a pesé dans mon burn-out. De manière plus spécifique, moi, c'est peut-être plus la difficulté, le travail avec notre administration.

Périgueux, c'est 850 agents, c'est une administration pléthorique. -Rappelez-nous le nombre d'habitants de Périgueux ? -30 000.

Nous sommes arrivés avec, comme le rappelait Mme la ministre, dans un contexte très particulier où là, vraiment, on a tout eu. Le Covid, la guerre en Ukraine, l'inflation et on a enchaîné. Il n'y a pas une année où on n'a pas eu des difficultés. -Les émeutes... -Les émeutes, pour ceux qui en ont eu.

Périgueux a été préservé, c'est une grande chance, mais beaucoup de maires ont eu à gérer ces émeutes aussi dans leur quartier avec leur jeunesse. Et donc, on a ce quotidien qu'on voit très bien dans le reportage, où on est appelé tous les jours à régler des problèmes. On a eu ces grandes crises-là aussi à devoir gérer.

Et dans le même temps, on doit conduire notre projet de mandat. Puisqu'on s'engage devant les habitants à réaliser un certain nombre de choses, à mettre en place des nouveaux services, créer des nouveaux équipements, et il faut avancer. Et c'est vrai que sur ce mandat, ça a été particulièrement compliqué.

Et moi, à Périgueux, ma difficulté, c'est que, pourtant élue depuis longtemps, c'est mon troisième mandat, puisque j'étais première adjointe et porte-parole de l'opposition, notre administration avait été fortement appauvrie, notamment en cadre, par des non-remplacements, une politique de gestion du personnel conduite par le maire précédent, par des historiques qui ont quitté la collectivité, qui avaient toute l'histoire de la collectivité, et j'étais dans une situation où j'étais la seule à connaître l'histoire de la ville. Pourquoi tel projet était conduit ? Comment on a fait ?

C'est une obsession permanente et de tous les instants. Sur le quotidien, bien évidemment, sur le fait qu'on nous croise, quand en plus on se déplace à pied ou à vélo, on est à portée d'engueulades, mais aussi, on doit être là à l'écoute. Et c'est, je pense, ce pourquoi on s'engage, d'être à l'écoute de nos habitants.

Et en plus, de devoir garder cette mémoire et la retransmettre aux autres élus qu'on doit aussi former dans la prise de fonction et de l'administration. Et tout cela combiné, ça a fini par m'épuiser. Moi, à un moment donné, dans l'histoire de la collectivité, j'ai été DGS et maire.

Ca, c'est pas possible, en fait. D'abord, pour le bon fonctionnement de la collectivité, mais aussi, humainement, on ne peut pas remplir ces deux fonctions. -Est-ce que...

Je poursuis avec vous, parce que vous parlez justement de cet élu à portée d'engueulade. Vous venez de le dire. Vous avez subi des agressions ? -Oui, oui.

Oui, j'ai subi des menaces sur mon véhicule, qu'on allait brûler mon véhicule. Montmorency, comme Périgueux, c'est des villes moyennes, mais restent des petites villes. Tout le monde sait où vous habitez.

De toute façon, tout le monde vient toquer à votre porte. Ce n'est pas qu'à la porte de la mairie qu'on vient toquer. C'est aussi à la porte de votre habitation, lorsque vous sortez avec vos enfants, avec votre compagnon, votre compagne, on vous interpelle.

Et vous devez avoir cette disponibilité. Le citoyen, aujourd'hui, il attend de vous une pleine disponibilité. Donc, tout cela s'est produit.

J'ai été insultée aussi dans la rue, de manière très violente. Un conseiller municipal de mon équipe a été aussi insulté en début de mandat. Et c'est peut-être quelque chose qu'on constatait notamment au sein de l'Association des maires de France.

Cette recrudescence d'agressions verbales, de menaces, de dégradations de nos biens personnels et parfois allant jusqu'à la violence. Moi, je n'ai pas subi de violence directement, mais ça complexifie un peu l'exercice. -Maxime Thory, est-ce qu'on vous parle correctement dans la rue et sur les réseaux sociaux ?

Il y a ça aussi maintenant... -Bien sûr.

Dans la rue, l'immense majorité des habitants est extrêmement respectueuse et donc le contact est bon. Evidemment qu'il peut arriver qu'on soit à portée d'insultes, à portée de menaces. Ca arrive, c'est extrêmement rare.

Moi, j'ai un exemple très précis. La boîte aux lettres de mes parents a été taguée il y a un mois, alors qu'elle était anonyme avec mon nom inscrit dessus, simplement pour dire, "on sait où habite ta famille", mais ça reste quelque chose d'extrêmement rare. En général, le contact avec la population se fait en bonne intelligence.

Ce qui change aujourd'hui, c'est qu'en plus, il y a les réseaux sociaux. Et lorsque vous êtes présent sur les réseaux sociaux, vous êtes encore plus accessible. Même plus besoin de vous trouver dans la rue puisqu'on peut vous trouver sur Facebook, sur Instagram, sur Tiktok, sur Linkedin, par mail.

Ca, ça change la disponibilité qu'on attend de nous et la possibilité de nous interpeller, voire de nous invectiver à toute heure du jour et de la nuit. -Françoise Gatel, en 2024, il y a eu 2 501 faits de violence ou d'incivilité contre les élus recensés par le ministère de l'Intérieur, L'outrage aussi...

Souvent en ligne...

Mais il y a aussi des agressions physiques, des dégradations, comment vous l'expliquez ? -Je pense que le maire n'est pas à la fois...

Il incarne un peu l'autorité, celui qui est toujours là, donc on va décharger sur lui sa souffrance, sa difficulté, et puis d'une manière générale, dans la société, il y a une contestation de l'autorité. Vous voyez bien que des pompiers qui sont des gens extrêmement bienveillants, se font même agresser lorsqu'ils sont en opération, c'est aussi le cas des policiers. Et le premier signe, on l'a eu en 2019, quand un maire du sud de la France, il est mort dans l'exercice de son mandat, d'une manière qui nous avait tous horrifiés, puisqu'il était en voiture, il voit des gens faire un dépôt sauvage de déchets.

Il s'arrête, il interpelle les personnes, d'une manière qui n'était pas violente, en disant : "C'est une infraction", etc. Les gens remontent dans leur voiture et, un peu sans doute tendus ou énervés, ils reculent et en reculant, ils écrasent le maire. Ce n'était pas un acte volontaire.

Mais c'est là où on a pris la mesure de ce que, en étant maire, vous pouviez être mis en danger. Et à cette époque-là, on a interrogé, c'était un fait un peu exceptionnel, on a découvert qu'il y avait beaucoup d'élus qui étaient...

Enfin, beaucoup d'élus. Que ce mouvement s'installait, que personne ne disait rien. On ignorait.

Les élus ne vont pas porter plainte. Et quand ils portaient plainte, à l'époque, le dépôt de plainte s'arrêtait là. Ca n'était pas toujours traité.

Donc, on a mis en oeuvre tout un dispositif qui, améliore le dispositif, le maire, il donne son numéro de téléphone à gendarmerie ou à la police, il est totalement identifié, il appelle, on sait que c'est lui, il y a des boutons d'alerte, toutes les plaintes qui sont déposées sont traitées, il y a des conventions avec les procureurs et on a mis en place ce qu'on appelle la protection fonctionnelle. -C'est ça. -Si vous êtes agressé parce que vous êtes maire ou conseiller municipal...

Avant, c'était le cas de ce maire en 2019 ou d'autres adjoints, vous étiez blessé, vous aviez un arrêt de travail. Ce n'était pas un arrêt de travail, quand vous êtes maire, vous ne travaillez pas. Il fallait un avocat.

La ville ne pouvait pas payer. Alors que quand vous êtes salarié, si vous êtes agressé, dans une entreprise, c'est l'entreprise qui prend ça en charge. Donc, on a développé tout un système de sécurité, de protection. -Loi de mars 2014, qui renforce la sécurité... -...formation à la gestion de conflits.

Je l'ai fait avec le GIGN et la gendarmerie. On vous apprend quand vous arrivez dans un endroit aussi nerveux. -Mais ça vous choque ou pas qu'on apprenne aux élus à se défendre physiquement avec le GIGN ?

Vous voyez ce que je veux dire ? -Alors, moi, je me dis qu'on est dans une société extrêmement nerveuse, mais on le sait, regardez toutes les agressions, la nervosité, la manière dont on se parle, et ça veut dire que le maire, parce qu'il est au milieu des gens, il prend les coups comme les autres, et parfois un peu plus, Parce qu'il incarne l'ordre, la société, et que parfois, on est un peu perdu dans cette société où, en tout cas, on se lâche et on se lâche jusqu'à taper, agresser, y compris la famille. -Oui, bien sûr.

On l'a vu aussi avec Vincent Jeanbrun, maire à l'époque. -Quand la famille est touchée, enfin, vous, vous êtes touché comme maire, ça, vous pouvez... -Encaisser.

Quand c'est votre famille, là, vous dites : "Halte", je quitte le jeu. -En tout cas, depuis mars 2024, vous l'avez dit, des procédures ont été mises en place. Alors, vous êtes trois sur ce plateau, ancienne édile ou maire en poste, trois expériences, mais vous le savez, on compte aujourd'hui, 34 875 maires en métropole et outre-mer, et certains d'entre eux se réunissent une fois par an lors du Congrès des maires de France qui s'est tenu fin novembre.

Elsa Mondingava s'est rendue sur place. Elle a recueilli les témoignages de nombreux édiles. On les écoute. -C'est le chien qui aboie, c'est le monsieur qui a fait sa tronçonneuse le dimanche. -On est un peu la maman de tout le monde.

On est maire, mère, mais dans tous les sens du terme. -Des déjections canines, jusqu'à du coup le départ d'un médecin. Comment on va faire pour remplacer les médecins. -On est à portée de baffes, mais on incarne le dernier service public. -Si les maires savent bien ce que l'on attend d'eux, ils savent aussi ce qui leur simplifierait la vie.

Et c'est parfois une question d'argent. -Quand vous êtes élu d'une commune de moins de 500 habitants, vous êtes inférieur à 1000 euros. En France, on a le culte du tabou au niveau du financier.

Mais l'indemnité, c'est en toute transparent. S'il y a une fonction, elle est compliquée. D'ailleurs, si c'était si bien rémunéré que ça, il y aurait plus de candidats. -Il faut aussi pouvoir concilier vie professionnelle et engagement municipal. -J'ai 45 ans, je suis employé de banque, donc j'ai un employeur privé aussi qui le comprend, qui me laisse aussi puisque c'est des absences.

Pour exercer mes fonctions d'élu, je dois m'absenter du travail pour pouvoir tout simplement gérer ma commune aussi. Ca fait partie de la vie de beaucoup de maires aujourd'hui. -Parce qu'ils font face à de plus en plus de violences, les élus demandent à être mieux protégés. -Moi, je me suis fait agresser physiquement.

Par des gens qui n'étaient pas de la commune, qui montaient la fibre, tout simplement. Ils m'ont sauté dessus. Enfin, bref.

Heureusement qu'un habitant est venu me défendre. Ca a été classé sans suite. Vous voyez ?

Donc, on a cette responsabilité-là, mais cette exposition vis-à-vis des administrés ou des gens en général. Et ça peut poser problème, ça fait peur. -Augmenter les indemnités, faciliter les absences, garantir une meilleure protection, ce sont les axes du texte sur le statut de l'élu, avec un seul objectif : continuer à susciter des vocations. -Donner l'envie à d'autres de venir, de devenir maire, d'intégrer des conseils municipaux pour plus tard devenir maire des villages. -Delphine Labails, ça tombe bien.

Le statut de l'élu vient tout juste d'être réformé. Je prends comme ça quelques points principaux. Revalorisation des indemnités, protection fonctionnelle étendue à tous les élus, amélioration aussi des conditions d'exercice, facilitation de l'engagement avec un congé électoral qui passerait de 10 à 20 jours.

Ce sont des points qui pourraient vous amener à vous représenter ? -Oui, oui, oui. C'est vraiment des éléments qui sont facilitateurs.

C'est de bonnes avancées. Il y a aussi les cotisations pour la retraite avec ce trimestre par mandat. Il reste encore des choses à travailler, je pense, sur la question de la formation obligatoire au moment de la prise de fonction pour toutes les équipes.

Ce travail sur les modalités de prise de décision. Comment on installe ce collectif que vous évoquiez, Madame la Ministre, et qui a été fortement endommagé en début de mandat, on ne va pas le redire, à cause du Covid. Oui, ces outils nouveaux pourraient me conduire à m'engager de nouveau comme maire ou sur d'autres mandats qui sont tout aussi intéressants. -Maxime Thory, la revalorisation des indemnités, elle concerne surtout les maires des communes de moins de 1000 habitants.

Vous vous sentez exclu du dispositif ? -Complètement exclue, c'est en dessous de 20 000 habitants et ma ville en compte 22 000. -Ma question plus globale, c'est, au-delà de cette réforme du statut de l'élu, vous, vous allez vous représenter ou pas ? -Il est fort probable que je me représente, oui. -La langue de bois, ça vous maîtrisez bien.

Je plaisante. -Je conserve cette passion de servir ma ville, cette envie de faire des choses, d'améliorer la vie des habitants. Je pense qu'aujourd'hui, les freins à cette fonction sont financiers, mais en réalité, ils sont plutôt d'autres ordres.

Notamment, on l'a évoqué, la complexité des règles, la confrontation aujourd'hui à une forme de violence. Ce qui a été fait est très bien, c'est une belle avancée, il faut la saluer, car ça fait quand même depuis la loi de 1982, que l'on parle de doter la France d'un statut de l'élu local. Ca a été fait, c'est une vraie avancée, il faut le saluer.

Félicitations Madame la Ministre pour ça. Néanmoins, ça n'épuise pas le sujet. Si on veut aujourd'hui lutter contre cette crise des vocations, alors il faut travailler sur la liberté d'action des maires.

Ca a été dit dans le reportage, le sentiment...

Quand vous êtes maire, vous rendez des comptes, mais parfois vous avez le sentiment de ne pas décider. Il faut absolument que ceux qui décident rendent des comptes, et que ceux qui rendent des comptes décident. Il faut retrouver cette liberté d'action, une forme d'indépendance, ne pas être entravé, parfois par les décisions de l'Etat, de certains de ses services déconcentrés, par des opérateurs.

Exemple très concret. L'ONF, l'Office National des Forêts. Je suis maire de Montmorency, il y a une forêt à côté.

Je ne gère pas la forêt de Montmorency. L'ONF ne la gère pas très bien d'ailleurs puisqu'il y a des coupes rases. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, c'est à moi qu'on demande des comptes sur la gestion de cette forêt.

Des choses comme ça qui font que, quand vous êtes maire, vous voulez bien rendre des comptes sur vos décisions. Sur celles des autres, c'est difficile. -Bon, le message est passé, je crois.

Françoise Gatel, malgré tout, les maires restent les élus les plus appréciés des Français, avec 60 à 70 % d'opinions favorables, selon les sondages. Vous l'envisagez comment, cette élection municipale à venir, là, en mars 2026 ? -C'est assez étonnant parce que le nombre de démissions que vous avez rappelées, qui n'a jamais été aussi conséquent, laissait chacun penser qu'on aurait des problèmes de candidature.

Alors qu'il semblerait aujourd'hui qu'on a plus de 60 % des maires sortants qui repartiraient. C'est peut-être 70 %. C'est formidable.

Vous voyez, ça veut dire que... -40 % sûrs de se représenter. 30 % qui hésite. -A peu près.

Moi, je pense qu'on sera à peu près dans les eaux habituelles. Après, il y a des endroits où il n'y a qu'une liste, il n'y a pas de candidats. Mais globalement, c'est rassurant de se dire que dans notre pays, des citoyens veulent servir, Moi, c'est un bonheur infini.

Donc moi, je...

Sincèrement, je pense que quand on dit qu'on va y arriver, je pense qu'il y aura des maires au mois de mars, des gens enthousiastes et aussi des gens d'expérience. -On vérifiera ça en mars 2026 Merci infiniment à vous trois d'avoir participé à ce numéro d'En Immersion dans les quotidiens des maires de France. On se retrouve très vite pour un prochain numéro d'En Immersion.

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