Le "climat n'est pas propice à une révision profonde de nos institutions", estime Yaël Braun-Pivet
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9-30.
Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin la présidente de l'Assemblée Nationale, députée Renaissance des Yvelines. Questions et réactions au 01-45-24-7000 et sur l'application France Inter. Yael Brun-Pivet, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. Un an après la réélection d'Emmanuel Macron, après trois mois de contestation de la réforme des retraites, le texte de cette réforme a donc été validé par le Conseil constitutionnel et promulgué dans les quelques heures qui ont suivi. Vous avez donc gagné la bataille juridique, mais à quel prix politique ? Dans quel état trouvez-vous le pays aujourd'hui ?
Je trouve le pays inquiet, le pays en colère aussi, et on le voit, et il faut entendre cette colère. Et donc je trouve que le moment est grave et nous avons, nous qui sommes aux responsabilités, mais plus largement tous ceux qui exercent des responsabilités, qu'ils soient dans la majorité ou l'opposition, nous avons une lourde responsabilité et nous en avons, en tout cas moi j'en ai éminemment conscience.
Et dans quel état vous trouvez la démocratie et nos institutions françaises après ces trois mois de contestation, après cette procédure de débat accélérée à l'Assemblée, cette réforme qui est finalement passée sans vote ? Tout cela affaiblit-il notre démocratie ? Selon un sondage Viva Voice pour Libération ce matin, 76% des Français estiment que la démocratie française est en mauvaise santé. Est-ce que vous faites partie de ces 76% ?
Je fais partie de ceux qui pensent qu'effectivement il y a quelque chose à inventer. Nous devons inventer les institutions qui correspondent au XXIe siècle, à la société dans laquelle nous vivons, et nous devons donc les faire évoluer. Mais je fais aussi partie de ceux qui pensent que lorsque cela tangue, lorsqu'il y a des crises, on a vu récemment une crise sanitaire, nous avons aujourd'hui une crise politique internationale aux portes de l'Europe. Lorsque nous sommes en situation de crise, nos institutions nous protègent.
Elles protègent la démocratie, la vie démocratique, en assurant l'équilibre des pouvoirs, en assurant le respect des oppositions, et en assurant aussi et surtout les droits et libertés individuels. Et ça, je trouve que c'est fondamental. Et donc, je fais partie de ceux qui pensent qu'il faut faire très attention avec nos institutions et ne pas forcément les modifier de façon brutale ou massive. Mais il faut les adapter. Il faut les adapter, clairement.
Mais comment les adapter ? Parce que s'il ne faut pas toucher trop à la Constitution, c'est ce que vous nous dites ce matin, vous allez les adapter comment ?
Qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Il ne faut pas toucher aux grands équilibres parce qu'ils sont très protecteurs. Et qu'aujourd'hui, on voit que notre pays, on vient de le dire, est soumis à de fortes tensions. On voit politiquement que nos institutions sont remises en cause de façon violente par certains, que ce soit à l'extrême gauche ou à l'extrême droite. Quand on remet en cause le Parlement, quand on remet en cause le chef de l'État, quand on remet en cause la légitimité du Conseil constitutionnel, c'est très grave. Et cela ne me paraît pas un climat propice à une révision profonde de nos institutions, parce que le calme n'est pas là et la raison n'est pas là sur ce plan-là.
Maintenant, il faut entendre les aspirations de nos concitoyens. Et nous voyons bien que nos concitoyens aspirent à être plus entendus. Donc il me semble qu'il faut aller vers plus de participation citoyenne. Et je plaide depuis longtemps pour cela, vers un rééquilibrage des pouvoirs entre le Parlement et l'exécutif. Renforcer les pouvoirs du Parlement me semblent des pistes intéressantes, mais sans bouleverser les équilibres qui, à nouveau, sont protecteurs de nos droits et libertés.
Yael Brunpivet, Emmanuel Macron doit s'exprimer dans une allocution à 20h pour, dit l'Elysée, apaiser les choses. Quel mot peut-il avoir ? Que peut-il dire ? Qu'attendez-vous de lui ?
Alors nous avons échangé jeudi longuement avec le Président de la République et le Président du Sénat. Dans le rôle qui est le mien, nous avons souhaité mettre à plat le calendrier parlementaire sur les semaines et les mois à venir. Après, le Président de la République, dans le rôle qui est le sien, doit évidemment rappeler les orientations politiques qui sont les siennes, ce qu'il a retenu de cette séquence autour des retraites. Et s'adresser, et c'est ce qu'il va faire ce soir, directement à nos concitoyens. Moi je suis peut-être un petit peu déçue finalement que nous ne leur parlions pas assez. Collectivement en fait, je pense que nous ne parlons pas assez à nos concitoyens.
Il faudrait faire quoi ?
Pardon, vous et la plupart des ministres, vous passez votre temps dans les médias, vous parlez ?
Non, pas suffisamment et je pense qu'il n'y a pas que les médias. Moi je vais beaucoup sur le terrain, il faudrait y aller plus. Quand je vous quitterai, je rencontrerai directement des Français à l'Assemblée nationale à travers des permanences citoyennes. Je crois que tous ces outils sont des bons espaces pour dialoguer avec les gens. On ne parle pas assez au français Emmanuel Macron ? Mais collectivement en fait, je ne parle pas uniquement du Président de la République. Je pense que collectivement nous ne parlons pas assez au français.
Frédéric Dhabi de l'IFOP était à notre micro il y a trois jours. Il parle d'une ambiance de fin de règne en ce moment. Il dit que le pays est vraiment scindé. Il dit qu'il y a une détestation, une détestation du Président de la République. qu'il est choqué par la radicalité des réactions. Ambiance de fin de règne alors qu'on n'est que dans la première année de mandat. Comment on sort de ça ? Comment vous tenez quatre ans ?
C'est très étrange en fait ce sentiment de fin de règne que peuvent avoir certains. Alors que de l'autre côté, nous n'arrêtons pas de réformer. Que nous n'arrêtons pas de transformer notre pays. Moi je suis présidente de l'Assemblée nationale. A l'Assemblée nationale, depuis le mois de juillet 2022, nous avons adopté 24 textes. 24 textes de façon définitive. 24 textes qui sont importants, qui réforment notre police et notre gendarmerie. 24 textes qui donnent plus de pouvoir d'achat aux français, qui ont réformé l'assurance chômage. Nous allons examiner dans quelques semaines une importante loi de programmation militaire.
Donc en fait moi je vois un pays qui se réforme, un pays qui se transforme avec une action résolue. Et les français ne le voient pas.
Pourquoi rien n'imprime ? Pardon, à part cette réforme des retraites que les français ne veulent pas dans leur écrasante majorité. Rien n'imprime. Et c'est vrai ce que vous dites. Vous avez voté un certain nombre de textes récemment sur le nucléaire. Et ça n'imprime pas. Et ça n'imprime pas.
Et c'est pour ça que je pense qu'il faut que l'on change quelque chose. Mais forcément il faut qu'on change quelque chose. Moi je ne suis pas de ceux qui pensent qu'on fait tout bien, tout le temps. Et que c'est toujours la faute des autres quand ça ne marche pas.
Mais quoi ? C'est vrai que ça fait 6 ans qu'Emmanuel Macron est au pouvoir. Et ça fait 6 ans qu'il nous dit je vais changer, je vais être moins verticale, je vais lancer le grand débat. Ça va donner quelque chose. Maintenant le CNR ça va donner... Et vous trouvez que ça donne quelque chose ?
Mais vous voyez, dans votre question il y a un élément de la réponse. C'est-à-dire qu'on attend peut-être trop du président de la République, alors je ne parle pas d'Emmanuel Macron, mais dans notre fonctionnement démocratique on attend peut-être trop d'une seule et même personne.
Mais lui laisse-t-il la place à quelqu'un d'autre que lui-même ? C'est la raison pour laquelle moi... Laisse-t-il la place à quelqu'un d'autre dans sa manière de gouverner ?
Mais bien sûr, bien sûr. Lorsque je vous dis que jeudi nous passons 2 heures avec le président du Sénat pour concerter sur le calendrier parlementaire, il nous écoute, il dialogue et il nous entend. Donc bien évidemment qu'il laisse de la place. Maintenant, moi je pense qu'aujourd'hui, il faut que chacun prenne sa place et surtout que chacun prenne ses responsabilités. Nous sommes dans un moment où nous sommes en majorité relative. Personne aujourd'hui n'a la majorité absolue au Parlement. Et bien cela entraîne des conséquences, pas uniquement pour la majorité relative qui doit être plus à l'écoute et mieux construire avec les autres.
Cela veut dire aussi que les autres forces politiques doivent rentrer dans ce processus de discussion, de construction. Chacun a une responsabilité dans la gestion du pays aujourd'hui, pas uniquement Emmanuel Macron ou la majorité présidentielle à l'Assemblée nationale. Et c'est à cela, moi je pense, que les Français aspirent plus de dialogue, plus de concertation, plus de construction, plus de rassemblement.
Mais les Français, toujours dans ce sondage via Voice pour Libération dont parlait Léa à l'instant, 54% d'entre eux estiment qu'Emmanuel Macron a une pratique trop autoritaire du pouvoir. Comment vous recevez ce chiffre ?
Mais moi je l'entends. Et à nouveau, je pense que c'est à nous de montrer que ça n'est pas exact, que le Président et nous nous dialoguons, nous concertons et que nous construisons l'avenir du pays ensemble. Moi je vois des ministres qui sont chacun dans leur domaine de compétences en train d'initier un certain nombre d'actions. On parle du travail beaucoup en ce moment. Olivier Dussopt conduit les assises du travail depuis plusieurs mois pour concerter très largement avec des citoyens, avec des experts, avec le CSE, avec les organisations syndicales.
Mais vous avez entendu les syndicats. Laurent Berger a été très clair hier dans Le Parisien, je ne sais pas si vous l'avez lu. Oui, si bien sûr. Dans son esprit à Emmanuel Macron, il y a une séquence politique qui s'appelait les retraites, puis on passe à la séquence politique suivante, mais la vie des gens ce n'est pas une séquence politique. Tous vous disent, les syndicats, l'opposition aujourd'hui, qu'en gros, il peut essayer de parler d'autre chose ce soir ou demain, mais qu'eux restent bloqués en fait. Il y a quelque chose qui n'arrive pas à passer. Et comment vous allez le faire passer ?
Comment vous faites passer la pilule d'un texte qui n'a pas été voté, qui a mis tant de gens dans les rues, des millions de personnes ? Vous leur dites quoi maintenant aux gens ? C'est rentrer chez vous, on va parler d'autre chose ? Comment vous pensez que ces gens-là vont vous réagir ?
Alors déjà, le texte, vous dites qu'il n'a pas été voté, il y a une motion de censure qui a été rejetée. Oui, mais c'est pas un vote. Oui, mais dans notre Constitution, et moi je ne cesse de le dire, la Constitution n'est pas à la carte, on ne choisit pas au sein de la Constitution les articles qui vous intéressent et ceux qui vous déplaisent.
C'est une réforme capitale, on ne va pas faire refaire le truc. Le 49-3 n'est absolument pas illégitime, mais vous avez choisi l'option de ne pas faire voter ce texte.
Mais la motion de censure, le rejet de la motion de censure, vaut adoption du texte par l'Assemblée nationale. Mais quand bien même ce serait à une voie, cela vaut adoption du texte par l'Assemblée nationale. Mais bien sûr, ça vaut adoption.
Mais la question, c'est le pays aujourd'hui. Le texte est adopté, il est promulgué. La question, c'est comment vous faites aujourd'hui ? Comment vous faites pour retisser le lien ? Comment vous faites ? Qu'est-ce que vous dites à ces gens-là ? 70% sont contre le texte. Vous avez des millions de personnes qui sont descendues dans les rues. Vous pouvez relativiser en disant qu'il y a moins de grévis, et c'est vrai. Mais il y a des millions de personnes, comme depuis 68. Il n'y a pas eu autant de gens. Vous leur dites quoi ? Vous rentrez chez vous, maintenant on va parler du travail, des salaires et d'autres choses.
Et résignez-vous ? C'est juste ça en fait. Non, surtout pas ne jamais se résigner. Ce que l'on dit, c'est qu'il faut continuer à avancer sur un certain nombre de sujets qui justement ont été mis à jour par la réforme des retraites. Moi, lorsque j'ai entendu, lorsqu'on a débattu sur la réforme des retraites, on a parlé de quoi ? On a parlé des inégalités salariales entre les hommes et les femmes. On a parlé de la pénibilité. On a parlé des carrières hachées. On a parlé des carrières longues. On a parlé de la pénibilité. Tous ces sujets-là, on les a traités en partie pendant la réforme des retraites, mais il faut surtout les traiter pendant les carrières professionnelles.
Donc en fait, on a ouvert un certain nombre de sujets qu'il faut maintenant très clairement adresser. Et ce chantier-là, il est devant nous. Que la réforme des retraites soit passée ou pas, cela ne change rien. Lorsque l'on doit parler des carrières hachées des femmes, c'est un sujet à part entière. Et donc moi, je suis convaincue que maintenant, il faut se mettre autour de la table sur ces sujets-là, continuer à travailler sur les sujets qui ont d'ores et déjà été ouverts. On parle du sujet sur le partage de la valeur. On parle du sens du travail. On a un nombre de chantiers colossaux devant nous.
Eh bien, traitons-les plutôt que de rester bloqués parce qu'autrement, nous n'y arriverons pas collectivement. Et je pense que ce n'est pas dans l'intérêt des travailleurs.
Olivier Dussopt, hier au Conseil national de votre parti, a parlé d'une victoire. Nous avons montré que nous savons réformer, même dans la difficulté. C'est une victoire collective. Vous avez l'impression, Yael Brown-Pivet, d'avoir remporté une victoire dans cette séquence sur les retraites ?
Moi, c'est quelque chose qui m'est propre. Je n'utilise pas ce type de vocabulaire pour parler du travail parlementaire et du travail législatif. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'on gagne ou on perd lorsque l'on vote des lois, lorsque l'on réforme. Moi, mon souhait, c'est à chaque fois de réussir à trouver un compromis, un consensus et de rassembler le plus largement possible.
Elisabeth Borne dit qu'au terme de cette bataille, il n'y a ni vainqueur ni vaincu. Pour Laurent Berger, si, il n'y a que des perdants. Ça, vous en dites quoi ?
Moi, je crois, mais c'est encore un de nos manqués. C'est que nous n'avons pas réussi, et nous n'arrêtons pas de le dire, nous n'avons pas réussi à faire comprendre que cette réforme était indispensable et que nous ne pouvions pas réformer, que nous ne pouvions pas continuer avec un système de retraite qui soit durablement et structurellement déficitaire et qui soit financé par la dette. Moi, lorsque je fais de la politique, lorsque je légifère, lorsque je travaille, je pense à l'avenir. On légifère, non pas à court terme, mais on légifère pour du moyen et surtout pour du long terme. Et la réforme du système des retraites, elle s'inscrit dans ce long terme-là.
Nous ne pouvons pas faire financer notre système de retraite par de la dette que paieront nos enfants. Ça n'est pas possible. En tout cas, ça, c'est quelque chose que moi, je n'accepte pas.
Marine Le Pen dit qu'Emmanuel Macron a trois solutions maintenant dans cette crise politique. Je la cite. Le référendum, la dissolution de l'Assemblée nationale ou sa démission, vous en pensez quoi ?
Je pense qu'on est sur des propositions qui sont des grands à-coups. Moi, je ne crois pas aux grands à-coups en politique, pas plus qu'ailleurs, pas plus que dans la vie. Moi, ce que j'essaye de faire au quotidien, c'est de faire en sorte que nous avancions, que nous réformions, parler du nombre de textes que nous avons adoptés. Nous allons continuer à travailler jour après jour.
Pourquoi pas le référendum ? Dans une crise politique, est-ce que lancer un référendum, ça fait longtemps qu'il n'a pas été utilisé ?
Moi, à nouveau, je suis très favorable. La position vous dirait sur la réforme des retraites, mais ça ne sera pas le cas. Mais la réforme des retraites, elle a été adoptée par le Parlement. Donc, nous verrons ce que dira le Conseil constitutionnel sur les référendums d'initiatives partagées. Mais un référendum, pourquoi pas ? Maintenant, sur quoi ? Il ne s'agit pas juste de jeter des idées en l'air. Il faut proposer des choses qui aient du fond, qui aient du sens. Pour le moment, je n'entends rien.
Moi, ce que je pense, et clairement, c'est ce que nos concitoyens attendent de nous, ils attendent que nous soyons au travail et que nous construisions ensemble, donc que nous continuions à travailler avec des majorités de projets, texte par texte, parce que c'est ce que nous avons aujourd'hui.
Donc, ce que vous proposez, c'est ça. Ce n'est pas de changement massif des institutions, pas de grande réforme des institutions, pas de référendum. Et en gros, vous continuez à présenter des textes la semaine prochaine, le mois prochain, etc., en essayant de trouver des majorités, en espérant que LR, cette fois-ci, ne vous plantera pas. C'est-à-dire qu'il n'y a pas un acte politique fort à attendre, si je vous crois, dans les prochaines semaines, en fait. Ça va se calmer tranquillement. C'est ça, l'idée, en fait, c'est de dire, voilà, on va continuer sur des textes, à essayer de chercher des majorités, de co-construire. C'est ça, la grande vision politique que vous proposez ?
Alors, oui, mais vous savez, moi, je parle à la place qui est la mienne. Oui, oui, non, mais je... Je parle à la place qui est la mienne, et moi, présidente de l'Assemblée nationale... Pas du jugement, j'essaie de comprendre. Non, non, mais voilà, moi, présidente de l'Assemblée nationale, ce qui m'importe de dire à nos concitoyens, c'est que l'Assemblée nationale fonctionne, que l'Assemblée nationale remplit la mission qui est la sienne, elle légifère, elle contrôle l'action du gouvernement, elle évalue les politiques publiques, elle est au travail, et c'est ça qui m'importe à la place qui est la mienne.
On va passer au standard d'Inter, on nous attend Sarah. Sarah, bonjour, vous nous appelez de Paris.
Oui, bonjour.
Bienvenue.
Bienvenue, bonjour. Bon, avant de poser ma question, je voudrais dire à Mme Niel Brôle-Pillet, parce que, désolée, ça m'énerve beaucoup, on a compris votre réforme, on n'est juste pas d'accord. Vous pouvez l'expliquer des centaines de fois, ça ne va rien changer. Bref, je n'étais pas là pour ça, je voudrais apporter mon témoignage en tant que manifestante, je fais quasiment toutes les manifestations, je les fais toujours dans le contexte, dans le cortège syndical. Je les fais souvent avec mon père, qui est âgé, et il n'y a pas une seule fois où on ne s'est pas fait gazer.
Alors qu'on est loin des affrontements, des fois on ne sait même pas où c'est, on voit juste le nuage de gaz lacrimant arriver. Et la semaine dernière, on arrive, place de la Bastille, pardon, oui, place de la Bastille, il y a une charge juste à côté de nous, sans sommation, on n'a rien compris à ce qui s'est passé. La semaine d'avant, gros gazage, alors qu'on était bloqués avant d'arriver à Dancer Rochereau, j'ai dû distribuer une quarantaine de doses de sérum chic, tellement tout le monde était gazé. Et régulièrement, on a des coups de pression des flics. Il y a une fois, il y a eu un coup de pression de la bravenne, il y a une maman qui a perdu sa petite-fille, Victoria.
Donc, moi j'aimerais savoir, avec tout ça, tout ce qui se passe, comment vous pouvez dire que, un, la police et la gendarmerie nous protègent, parce que clairement pas, et deux, est-ce que vous condamnez les violences policières ?
Merci Sarah pour cette question. Donc Sarah qui manifeste avec son père, beaucoup plus âgée qu'elle, nous dit-elle, personne âgée, votre réaction, votre réponse à sa question, condamnez-vous les violences policières ? Yael Brunpivet vous répond. Merci Sarah.
Bonjour. J'ai bien compris qu'on n'était pas d'accord sur la réforme des retraites, mais, voilà, vous ne pouvez pas m'empêcher de considérer que c'est une réforme qui était nécessaire et que nous avons échoué dans notre pouvoir de conviction, puisque nous n'avons pas remporté l'adhésion populaire. Concernant les manifestations, les policiers, les forces de police sont là pour protéger la liberté de manifestation justement.
Et cette liberté de manifestation qui nous est à tous très chère, elle est entravée par certains individus qui forment ce qu'on appelle des black blocs et qui viennent pour casser, casser la police et casser des vitrines, des magasins, etc., etc., et introduire la violence dans les cortèges. Et donc, la police est là pour canaliser cette violence, pour permettre aux droits de manifester de s'exprimer pleinement. Lorsqu'il y a suspicion d'un fait qui n'est pas conforme aux règles d'usage, eh bien, il faut absolument déposer plainte systématiquement et les enquêtes ont lieu. Et donc, si vous êtes témoin, vous, personnellement, de faits qui vous semblent non conformes, il faut porter plainte.
Mais en aucun cas, la police ne se comporte... Moi, je réprime le terme de violence policière. La police est là, avant tout, pour protéger la liberté de manifestation qui doit s'exprimer librement dans notre pays.
Dans les questions des auditeurs sur l'application, il y a de l'amertume au minimum, voire de la colère. François, cette réforme est constitutionnelle, il y a donc un respect des institutions, mais ne pensez-vous pas que cette réforme entraîne une désaffection des Français envers les élus ? Hélène, plus dure, êtes-vous consciente que la colère est en train de se muer en haine contre le président et l'exécutif ? Surdité, arrogance collective lors de cet épisode, la légalité n'est pas la légitimité. comment recevez-vous ces commentaires, Yael Brown-Pivet ?
Je les entends, c'est ce que je vous disais tout à l'heure. Moi, j'entends la colère, j'entends le ressentiment. Il nous faut impérativement réussir à renouer ce lien. Il faut davantage parler aux Français, il faut davantage les entendre, davantage construire avec eux. qu'on parle de changement de méthode. Moi, je crois qu'à nouveau, il faut réussir à créer du consensus sur les constats, créer du consensus sur les voies d'action et sur les solutions qui sont proposées. C'est difficile, mais nous devons nous y atteler sur tous les sujets. Et puis, en revanche, à partir du moment où une réforme est légale et constitutionnelle, elle est légitime.
Et il faut faire très attention, il faut faire très attention à ne pas délégitimer justement nos institutions et notre action parce que si on va sur ce terrain-là, c'est le chaos qui nous attend et c'est la loi du plus fort. Et je crois que quitter l'état de droit serait quelque chose qui serait forcément très néfaste pour chacun.
Question politique plus rapide de Choum. Que pensez-vous de la trahison de la droite dans l'épisode réforme des retraites ?
Moi, vous savez, je fais de la politique depuis peu de temps, mais j'ai retenu quelque chose. En politique, il faut avoir des convictions, il faut avoir de la cohérence dans ces convictions parce que sinon les électeurs et tout simplement les citoyens se détournent de nous. Donc, je trouve que certains propos de certains parlementaires ou responsables politiques ne lassent pas de m'étonner.
Un mot sur l'affaire dite du fonds Marianne du nom de ce fonds contre le séparatisme lancé en 2021 par Marlène Schiappa alors qu'elle était ministre déléguée à la Citoyenneté après l'assassinat de Samuel Paty. Une première enquête de l'hebdomadaire Marianne et de France 2, une seconde de Mediapart pointe la gestion de ce fonds et s'interroge sur les structures qui ont bénéficié des subventions. Mais tant en doute qu'elles soient allées intégralement pour la lutte contre le séparatisme, certains fonds auraient pu être utilisés à des fins politiques en pleine présidentielle. La maire de Paris a annoncé saisir la justice. Le groupe RN de l'Assemblée nationale veut une commission d'enquête.
Qu'est-ce qui s'est passé là ? Vous avez des inquiétudes sur où est passé l'argent ? Ce qui est certain
c'est que chaque euro d'argent public doit être dépensé en toute transparence et doit être affecté à ce pourquoi il a été collecté. Et donc moi je pense qu'il est important de faire toute la lumière sur cette affaire. Je sais qu'il y a une inspection générale qui a été lancée, plusieurs effectivement signalements auprès du procureur de la République. Donc je ne doute pas que toute la lumière sera faite sur l'utilisation de ces fonds qui je le rappelle doivent évidemment être affectés uniquement à ce pour quoi ils ont été collectés. Marlène, je n'ai pas peur de rester en poste ? Ce n'est pas à moi de le dire.
Avant de vous engager en politique vous avez été avocate, vous avez notamment travaillé pendant 7 ans dans le cabinet d'Hervé Temim, figure majeure du barreau décédé le 10 avril dernier. Quels souvenirs garderez-vous de lui ?
Ceux d'un avocat brillantissime, très généreux, très attentif, qui s'intéressait aux autres, qui s'intéressait à ses clients, qui s'intéressait à ses collaborateurs. Il m'a adressé, il m'a envoyé des petits mots, des petits SMS, parfois quand j'étais au perchoir. Et le dernier qu'il m'a envoyé quelques jours avant sa mort, il me disait qu'il était derrière moi et qu'il était très fier de moi. Et en fait, c'est ça que je garderai, cette générosité et cette capacité à transmettre et à prendre soin. Et il nous manquera beaucoup, il manquera, je crois, à tous les avocats.
Et vous savez, il y a peu d'hommes qui sont droits et qui font passer les principes au-delà de tout, mais qui aussi ont cette générosité. Donc je sais qu'il manquera beaucoup à tous et je pense à sa famille, évidemment.
Il n'y a pas des fois où le métier d'avocat vous manque, quand vous êtes au perchoir ? Non,
mais le métier d'avocat ne m'a beaucoup appris et j'ai beaucoup appris auprès de lui. J'ai notamment appris à défendre au-delà de tout et à trouver les bons axes. Les bons axes. Merci.
Merci beaucoup Yael Brunpivet, présidente de l'Assemblée nationale débutée Renaissance des Yvelines. Merci encore.
Yaël Braun-Pivet