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Discours / meetingUnion Populaire Républicaine· 28 janvier 2019 33 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesSolidarités & familleImmigration & asile

La situation tendue au Venezuela

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:54Invité politiqueFait
    « Carlos Andrés Pérez, qui était corrompu, qui avait sur le dos des affaires de corruption... La poursuite judiciaire s'était en fait enfuie. »
  • 3:20Invité politiqueFait
    « Hugo Chávez était devenu en fait la bête noire des présidents américains, et notamment lors de la fin de son mandat de Obama. »
  • 4:01Invité politiqueChiffre
    « Nicolás Maduro avait été élu à la présidence de la République du Venezuela avec une très faible marge : 50,6% des suffrages, vraiment une très faible marge, mais avec une très forte participation : 73% »
  • 4:42Invité politiqueChiffre
    « le Venezuela est l'un des principaux pays qui possèdent des hydrocarbures, notamment des milliards, des millions, des millions et des millions de barils dans des schistes bitumineux »
  • 5:21Invité politiqueFait
    « les recettes du pays, du Venezuela, se sont effondrées »
  • 6:38Invité politiqueFait
    « le Venezuela a commencé à entrer dans une spirale de défiance et de clivage de plus en plus marqués »
  • 7:13Invité politiqueChiffre
    « la table ronde MUD a obtenu 99 des 167 sièges, donc la majorité absolue à l'Assemblée nationale »
  • 7:54Invité politiqueFait
    « Maduro s'enfermant quand même dans des prises de position de plus en plus fermées... Au lieu d'entamer un dialogue avec l'opposition »
  • 11:57Invité politiqueChiffre
    « 54% des électeurs vénézuéliens n'étaient pas allés voter donc en mai 2018 »

Temps de parole

  • François Asselineau100 %

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François Asselineau

Eh bien bonjour à toutes et à tous. Nous sommes aujourd'hui le 27 janvier 2019. Et je voudrais vous parler de la situation tendue et problématique dans ce grand pays d'Amérique latine qui est le Venezuela. Le Venezuela, c'est un pays que je connais un petit peu, pour m'y être rendu il y a maintenant longtemps. C'était en 1993, lorsque je venais d'entrer au cabinet de M. Gérard Longuet, ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur. Quelques jours après mon entrée au cabinet ministériel, il y avait eu une exposition qui s'appelait « Francia 2000 », qui était une exposition de produits d'entreprises françaises voulant exporter au Venezuela. J'avais accompagné non pas M.

Longuet, qui n'avait pas pu venir, mais la ministre de la Francophonie, qui faisait partie du gouvernement Balladur : Mme Michaux-Chevry, qui était originaire des Antilles et qui avait représenté la délégation française à Caracas. Lors de ce voyage, nous avions été reçus par le président de la République du Venezuela de l'époque, qui s'appelait Carlos Andrés Pérez, qui était en fait une fripouille complètement corrompue et complètement dans la main des États-Unis. Et le souvenir que je garde – parmi les souvenirs que je garde – de mon passage au Venezuela, c'est que ce monsieur représentait en fait la haute bourgeoisie vénézuélienne.

Je me rappelle une soirée où nous avions été avec des gens richissimes, des femmes qui avaient des colliers de perles ou des rivières de diamants alors qu'il y avait dans les rues adjacentes des personnes qui vivaient dehors. Et lorsque nous avions été reçus par Carlos Andrés Pérez, le président de la République du Venezuela, il nous avait reçus à 15 heures au palais de Miraflores, au palais de la présidence de la République toutes fenêtres, tous volets fermés, de peur qu'il y ait eu des snipers qui lui tirent dessus depuis les immeubles qui sont autour du palais présidentiel de Caracas. Alors si je raconte cette anecdote, c'est parce que... C'était il y a longtemps. C'était en 1993.

Quelques années après, quelques mois après, d'ailleurs, Carlos Andrés Pérez, qui était corrompu, qui avait sur le dos des affaires de corruption... La poursuite judiciaire s'était en fait enfuie. Et quelques années donc après était arrivé au pouvoir Hugo Chávez, qui avait bâti le régime chaviste. Lorsque Hugo Chávez est mort en 2013... C'était le 5 mars 2013. Si l'on veut être honnête – et j'essaie toujours de l'être –...

Est quelqu'un qui avait quand même révolutionné – c'est le cas de le dire – le Venezuela, qui avait pris le pouvoir au nom du peuple vénézuélien, qui avait considérablement réduit les inégalités sociales, qui avait pris des mesures extrêmement populaires dans de très nombreux domaines, et qui évidemment, s'emparant de la richesse nationale pour avoir une meilleure répartition au sein de la population, s'était attiré contre lui les foudres de la haute bourgeoisie vénézuélienne et également – bien entendu – les grandes entreprises nord-américaines et le gouvernement des États-Unis d'Amérique.

Hugo Chávez était devenu en fait la bête noire des présidents américains, et notamment lors de la fin de son mandat de Obama. Il avait d'ailleurs essuyé des tentatives de coup d'État. Lorsque Hugo Chávez est mort en mars 2013, la Constitution du Venezuela, normalement, aurait prévu – je crois – que ce soit le président de l'Assemblée nationale qui fasse l'intérim. Mais Hugo Chávez avait demandé que ce soit son plus proche collaborateur Nicolás Maduro qui le fasse, ce qui avait été une passation de pouvoir qui n'avait pas été parfaitement constitutionnelle mais sur laquelle le conseil constitutionnel local avait fini par apporter sa bénédiction.

Et il y avait eu des élections, une élection présidentielle le 14 avril 2013. Et Nicolás Maduro avait été élu à la présidence de la République du Venezuela avec une très faible marge : 50,6% des suffrages, vraiment une très faible marge, mais avec une très forte participation : 73%, de telle sorte que Nicolás Maduro, qui est un géant... Enfin géant, quelqu'un de très grand, qui mesure 1m90, qui a été syndicaliste, qui a été conducteur de bus – je crois –, s'est retrouvé à la place d'Hugo Chávez avec quand même une forte légitimité.

Seulement, voilà, à partir des années 2013, 2014, le Venezuela a été confronté à toute une série de problèmes économiques, notamment – notamment – la baisse du prix du pétrole. Or, le Venezuela est l'un des principaux pays qui possèdent des hydrocarbures, notamment des milliards, des millions, des millions et des millions de barils dans des schistes bitumineux. C'est en fait un trésor que possède le Venezuela. Mais c'est une des parties les plus importantes de ses ressources qui est dans ce trésor. Et lorsque le prix du pétrole s'effondre, comme ça a été le cas dans les années 2013, 2014, 2015, eh bien les recettes du pays, du Venezuela, se sont effondrées. Ces recettes se sont effondrées.

Et beaucoup du bien-être social de l'État-providence que Chávez avait construit, en faveur du peuple vénézuélien, s'est retrouvé très difficile à financer. Par ailleurs, bien entendu, on peut estimer que les forces conservatrices qui voyaient d'un très mauvais œil cette révolution bolivarienne... Puisque Chávez avait placé ça sous la haute autorité morale de Simón Bolívar, el Libertador, celui qui avait libéré l'Amérique latine du Sud du colonialisme espagnol au début du XIXe siècle, en s'inspirant d'ailleurs de la Révolution française, bien entendu, un certain nombre de forces ont jeté de l'huile sur le feu pour essayer de saper l'action du président Maduro, lequel...

Je ne crois pas que ça soit lui faire offense et que ça soit contraire à la réalité : je pense que Maduro n'a pas le doigté, la finesse politique, le charisme peut-être aussi qu'avait son immédiat prédécesseur Hugo Chávez. Et à partir de ce moment-là, le Venezuela a commencé à entrer dans une spirale de défiance et de clivage de plus en plus marqués, entre d'une part les soutiens du régime de Maduro, du régime chaviste, comme on dit, du nom de Hugo Chávez, et l'opposition, opposition de droite, opposition centriste, opposition pro-américaine. Ceci a mené aux élections législatives du 6 décembre 2015.

Et lors de ces élections législatives, c'est l'opposition, menée par une espèce de table ronde démocratique, dont l'acronyme en espagnol est MUD, qui a remporté les élections de 2015, les élections législatives. Et notamment, la table ronde MUD a obtenu 99 des 167 sièges, donc la majorité absolue à l'Assemblée nationale.

Qu'il soit permis au passage de souligner que le fait que le président Maduro et son mouvement, son parti politique aient été battus à des élections législatives par l'opposition et que celle-ci soit entrée majoritairement à l'Assemblée nationale montre que – du moins en décembre 2015 – le Venezuela était quand même un pays tout à fait démocratique, contrairement à la propagande qu'on avait faite contre lui et contre le régime de Maduro à l'époque déjà. Et puis la situation n'arrêtant pas de s'aggraver, Maduro s'enfermant quand même dans des prises de position de plus en plus fermées... Au lieu d'entamer un dialogue avec l'opposition... Et d'ailleurs, pourquoi pas de perdre le pouvoir ?

C'est le jeu normal des institutions démocratiques. Après tout, il aurait pu aussi céder le pouvoir et se retrouver dans l'opposition pour se refaire une cure de jeunesse. Maduro a donné l'impression de s'agripper au pouvoir alors même qu'il avait quand même été désavoué par le corps électoral, de telle sorte qu'au cours de l'année 2016, donc les mois suivant les élections législatives, la tension s'est faite de plus en plus vive entre une partie grandissante de la population, peut-être majoritaire... Puisqu'en tout cas, les électeurs qui avaient voté contre le régime de Maduro s'étaient retrouvés majoritaires aux législatives.

Et le Parlement a lancé une procédure de destitution de Maduro pour manquement à ses devoirs. Mes auditeurs souriront peut-être en pensant que c'est exactement ce que je pense que le Parlement français devrait faire : lancer une procédure de destitution contre Macron lorsqu'il y a un divorce complet entre l'opinion publique d'un pays et le président de la République qui a perdu la confiance des Vénézuéliens. Alors la Constitution vénézuélienne n'est pas très claire, d'ailleurs, sur ce processus de destitution. La procédure n'est pas parfaitement précisée. Mais il y a bien l'idée de la procédure de destitution en cas de manquement grave aux devoirs du président de la République.

Face à ce lancement de la procédure, qui a eu lieu en octobre 2016, les relations se sont tendues encore davantage entre Maduro et l'opposition. Et Maduro, qui... Avec lui non seulement le gouvernement, mais – semble-t-il – une très large partie des forces de l'ordre et de l'armée, même si un certain nombre de militaires ont pris du champ et ont dénoncé la dérive de plus en plus autoritaire voire dictatoriale de Maduro. Maduro, le président Maduro peut également compter sur la Cour suprême du pays, la Cour suprême du pays qui, en mars 2017, donc il y a un peu moins de 2 ans, a décidé de s'attribuer le pouvoir législatif, ce que certains ont appelé une espèce de coup d'État.

Et dans la foulée, en juillet 2017, Maduro a lancé une procédure d'élection d'une assemblée constituante, enfin dans les mois qui ont suivi. Assemblée constituante qui a été donc élue en juillet 2017 avec une majorité de chavistes, c'est-à-dire de partisans de Maduro. La situation n'a donc fait que continuer à s'aggraver encore. Et tout ceci nous a mené l'année dernière, il y a quelques mois, le 20 mai 2018, à la réélection, à l'élection présidentielle, nouvelle élection présidentielle de Maduro, qui avait donc été élu – je vous rappelle – en avril 2013. Donc c'est un quinquennat. En mai 2018, il y avait une nouvelle élection présidentielle. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Ce qui s'est passé, c'est que l'opposition conservatrice de droite a décidé de boycotter cette élection présidentielle, parce qu'elle estimait ne pas avoir les moyens de se faire entendre, notamment dans les médias. D'ailleurs, un certain nombre de candidats de l'opposition avaient été menacés par le pouvoir. De telle sorte que l'élection présidentielle de mai 2018 au Venezuela a été contestée dès le début par une grande partie de l'opposition au Venezuela. Les résultats, c'est que Maduro a été élu avec 68% de votants en sa faveur. 68%, ça n'est pas un score de type nord-coréen, ça n'est pas 99,95%. 68%, c'est un score élevé. Mais ça n'est pas un score considérable.

C'est un score très élevé. Mais il a été élu avec une participation de 46% seulement, contre 79,7% de participation à l'élection de 2013 où il avait été élu une première fois. Ça veut donc dire que 54% des électeurs vénézuéliens n'étaient pas allés voter donc en mai 2018, ce qui évidemment a entaché un peu, beaucoup même, la légitimité de Maduro, d'autant plus que cette participation minoritaire résultait de l'appel au boycott de l'élection présidentielle par l'opposition. Pour avoir un petit peu les idées claires, rappelons qu'en France, lors de la présidentielle de 2017, il y a 1 an et demi, il y a bientôt 2 ans, au deuxième tour de l'élection présidentielle, Macron a été élu.

Il y a eu 25% d'abstention. Donc 75% des Français sont allés voter quand même au deuxième tour de l'élection présidentielle, contre 46% à l'élection présidentielle au Venezuela. Il y avait deux autres candidats. Le principal des opposants de Maduro a fait quelque chose comme 26% des suffrages en mai 2018. Mais rappelons quand même qu'aux élections législatives en France de juin 2017 qui ont suivi l'élection de Macron, au deuxième tour, il y a eu 57,4% d'abstention, ce qui a témoigné en fait d'un faible soutien de la population française au programme de Macron.

Je rappelle quand même que 57,4% d'abstention aux législatives françaises de 2017, c'est quand même supérieur – qu'on le veuille ou non – aux 54% d'abstention qu'il y a eu à l'élection présidentielle de Maduro. Alors on arrive au jour d'aujourd'hui en janvier 2019. Et donc le (NDLR : 23 janvier 2019), on a appris que le président de l'Assemblée nationale, le nouveau président... Il y a un nouveau président, qui a 35 ans, et qui s'appelle Juan Guaidó, qui a été élu président de l'Assemblée nationale le 5 janvier. Et ce président de l'Assemblée nationale, 35 ans, donc le 23 janvier 2019, s'est proclamé président par intérim.

Président par intérim au motif que Maduro avait versé dans l'illégitimité la plus complète, que son élection de mai de l'année dernière était illégitime puisqu'il avait été élu avec une minorité d'inscrits, qu'il prenait des mesures de plus en plus autoritaires, qu'il avait violé la Constitution, j'en passe, et des meilleures.

Et dans la foulée même de cette espèce de ce qu'on appelle dans les pays latino-américains une espèce de pronunciamiento, c'est-à-dire de coup d'État, eh bien dans la foulée, le président des États-Unis Donald Trump a apporté son soutien à Juan Guaidó, suivi du Pérou, du Brésil avec le nouveau président Bolsonaro d'extrême-droite du Brésil, du groupe de Lima, et puis suivi, suivi – il faut le dire – de la France, du Royaume-Uni, de l'Allemagne et puis plusieurs pays membres de l'UE, qui n'ont pas apporté un soutien aussi dénué d'ambiguïté que Trump, puisque Trump a reconnu Juan Guaidó comme le président légitime du Venezuela, mais les pays de l'UE ont adopté des motions chèvre-chou.

Ils n'y sont pas parvenus d'ailleurs, puisque la Grèce d'Aléxis Tsípras continue de soutenir bec et ongles le régime de Maduro. En revanche, la France a dit qu'il fallait que Maduro organise des élections sous 8 jours. Sinon, eh bien la France reconnaîtrait la légitimité de Juan Guaidó. Alors la première chose que l'on peut dire – c'est une évidence –, c'est que le Venezuela est un pays d'Amérique latine, d'Amérique du Sud. Et donc c'est un pays où la vie politique est traditionnellement... Connaît beaucoup de rebondissements. On ne compte plus, en Amérique du Sud de façon générale et au Venezuela en particulier, les tentatives de coup d'État, les bouleversements politiques majeurs.

Il me semble me rappeler que le Venezuela a mis plusieurs décennies entre le début du XIXe siècle et vers 1867 pour avoir sa propre monnaie, tellement il y a eu de rebondissements politiques. Donc nous avons affaire à un pays qui n'est pas un pays très stable, un pays où la vie politique est d'une stabilité déconcertante comme pourrait l'être par exemple le Japon, encore qu'au Japon, il y a eu des changements de majorité, mais c'est extrêmement rare. La deuxième chose, c'est que la situation est grave. Elle est même très grave. Elle est très grave parce que la situation... D'abord, la situation économique, sociale, politique...

Tout ça a connu une très très large dégradation depuis un certain nombre d'années. On voit renaître, remonter à toute allure le taux de mortalité par paludisme. En l'espace de quelques années, le poids moyen de chaque Vénézuélien – paraît-il – a baissé de 8 kg. On voit arriver de la disette. Le Venezuela, qui était traditionnellement une terre d'immigration, est devenu une terre d'émigration. Alors là-dedans, bien entendu, chacun, chaque camp essaye d'expliquer que c'est de la faute de l'autre. Je l'ai dit en préambule. Le Venezuela a été l'un des pays d'Amérique du Sud qui avait la plus forte différence sociale du temps de Carlos Andrés Pérez, que j'avais connu.

Et le grand mérite de Chávez était d'avoir réduit considérablement cet éventail social, d'avoir fait de la promotion sociale, de l'éducation populaire, d'avoir considérablement réduit les inégalités dans ce pays d'Amérique latine. Mais probablement – il faut le reconnaître – que Maduro n'a pas – comme je l'ai dit – le savoir-faire de son prédécesseur, qu'il s'est enfoncé dans une espèce de jusqu'au-boutisme. On dit qu'il appartient à une secte indienne de Sathya Sai Baba.

C'est quelqu'un qui est un petit peu – peut-être – fantasque, quelqu'un qui manque de souplesse, de diplomatie, et qui fonce en fait dans le mur, même si les États-Unis d'Amérique, les pays d'Europe et un certain nombre de pays d'Amérique du Sud dans la main des États-Unis ne cessent que de jeter de l'huile sur le feu. En tout cas, la situation est quand même très grave sur place, avec donc ces... Il y a plus de 2 millions d'émigrés. On a affaire à une espèce de fuite en avant. La situation, elle est d'autant plus grave que Maduro n'est pas seul. C'est qu'il y a une partie de la population qui soutient vraiment le régime. Cette partie n'est pas... C'est pas la fin de Ceaușescu.

Ceaușescu était complètement isolé en Roumanie. On peut estimer qu'au Venezuela, il y a une partie tout à fait significative de la population qui est derrière Maduro, et en particulier certainement une grande partie de l'armée, des forces de l'ordre – je l'ai dit tout à l'heure – et puis aussi des institutions. La plupart des institutions sont derrière Maduro, à l'exception du Parlement. Mais là où la situation est grave, c'est qu'il y a une très grande partie de la population – et peut-être majoritaire maintenant – qui, justement, ne veut plus entendre parler de Maduro. Et là où la situation devient encore plus grave, c'est lorsque les pays étrangers s'en mêlent, puisque derrière Maduro...

Maduro est soutenu par en fait une majorité de pays membres de l'ONU. C'est encore le régime légal, le régime officiel. Maduro est soutenu actuellement par la Russie, par la Chine, par l'Iran, par l'Afrique du Sud, par un certain nombre de... Par – je crois – la Bolivie, au sein même de l'UE par la Grèce, par un certain nombre de pays d'Afrique, Maduro est soutenu. Mais d'un autre côté, un certain nombre d'autres pays... Et non des moindres, puisqu'il y a les États-Unis d'Amérique plus certains pays du groupe de Lima plus – je l'ai dit – quelques pays de l'UE.

Sont soit des soutiens de Juan Guaidó, soit laissent entendre que si Maduro ne cède pas à l'ultimatum d'organiser des élections sous 8 jours, ils vont joindre le camp de Guaidó. Qu'est-ce qu'on peut penser de tout ça ? Ce qu'on peut penser de tout ça, c'est que la France, par la bouche de Macron, une fois encore, aurait mieux fait de se taire. Et moi, je trouve que quand on voit la configuration des forces, en fait, il y a vraiment 2 camps qui ont l'air d'être de poids à peu près égal. C'est de la folie. C'est de l'inconscience que de soutenir un camp contre l'autre. Ça ne peut déboucher – toute cette affaire – que sur un risque de guerre civile absolument dramatique. Je trouve donc que M.

Macron aurait vraiment mieux fait de la fermer, encore une fois, et de s'inspirer de ce qu'essaye de faire le Vatican, le Saint-Siège. Le Venezuela est un pays très catholique, bien entendu. Et le Saint-Siège, depuis 2015, 2016, a essayé – essayé – avec la faible influence qui est la sienne d'amener les deux parties au bord d'une table pour discuter, essayer d'aboutir à une solution pacifique du différend. J'ajoute d'ailleurs que c'est également la position de la Russie aujourd'hui. La diplomatie russe, justement, appelle les deux parties à essayer de s'entendre.

Puisque là, on se trouve face à un pays qui a deux présidents de la République, l'un officiel qui a prêté serment, et qui est reconnu par une majorité des pays du monde, l'autre officieux qui s'est autoproclamé président en se prévalant de la majorité de l'Assemblée nationale alors que Maduro se prévaut de la majorité qu'il a obtenue dans les conditions controversées que j'ai racontées en mai 2018, lors de l'élection présidentielle. Et ce candidat autoproclamé, ce président autoproclamé, lui, bénéficie du soutien des États-Unis d'Amérique notamment et d'un certain nombre de pays latino-américains. Eh bien non !

Macron, lui, a foncé dans le décor et a expliqué – je l'ai dit tout à l'heure – que pour la France, il faut que Maduro organise des élections sous 8 jours, sinon, la France reconnaîtra Juan Guaidó. Je trouve assez extraordinaire cette position française, parce que c'est une position qui est très exactement illégale au regard du droit international. Parce que nom d'une pipe, il y a un droit international public qui est codifié dans la Charte de l'ONU. Que dit la Charte des Nations unies ? Elle dit dans son article 2, alinéa 7 : « Aucune disposition de la présente Charte... »... De l'ONU, qui a été signée en 1945 à San Francisco.

Donc cet article 2, alinéa 7, dit : « Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État ni n'oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte ». C'est ce que l'on appelle la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États. Alors il est vrai que cet alinéa 7 se termine par une petite phrase, par un petit codicille qui dit : « Toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l'application des mesures de coercition prévues au Chapitre VII ».

Le chapitre VII de la Charte des Nations unies fait allusion lorsqu'un État menace la paix et menace la paix internationale. Or, actuellement, le Venezuela... Le conflit est bien un conflit intérieur au Venezuela. Il s'agit bien d'un conflit entre – disons – la droite et la gauche, entre Maduro et son régime et puis les partisans de Juan Guaidó et du régime conservateur qu'il voudrait imposer. Il ne s'agit pas... Le Venezuela n'a pas décidé d'envahir... Même s'il a un différend frontalier avec le Guyana, le Venezuela n'a pas lancé une procédure, n'a pas commencé à investir militairement, à entrer militairement au Panama au nord-ouest ou bien en Colombie au sud-ouest.

Donc le chapitre VII de la Charte, par ailleurs, nécessite une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, et que l'ensemble des membres des Nations unies et du Conseil de sécurité, y compris tous les États qui ont le siège permanent, c'est-à-dire les États-Unis d'Amérique, la Russie, la Chine, l'Angleterre et la France, eh bien que tous ces gens-là conviennent qu'il faut en effet intervenir dans les affaires intérieures. Mais justement, il n'y a pas eu cette décision.

Il y a eu une réunion au Conseil de sécurité des Nations unies, qui s'est déroulée il y a quelques heures, où justement, la Russie et la Chine, qui sont 2 des 5 membres permanents du Conseil de sécurité, qui sont la première ou deuxième puissance militaire mondiale s'agissant de la Russie et la Chine est en passe de devenir la troisième puissance militaire mondiale, qui par ailleurs représentent à eux deux quelque chose comme 1,7 milliard d'habitants... La Russie et la Chine se sont opposés à l'adoption d'une résolution contre le Venezuela en disant qu'il s'agissait des affaires intérieures du Venezuela. Il y a même eu une passe d'armes.

C'est que le ministre des Affaires étrangères du Venezuela est intervenu pour dire que M. Macron ferait mieux de se mêler de ses propres affaires, puisque lui-même était contesté en France avec l'affaire des Gilets jaunes. Et le plus piquant de l'affaire, c'est que l'ambassadeur de Russie à l'ONU, au Conseil de sécurité, a repris le même thème et a fait valoir, et a dit à la représentante française Mme Gueguen, qui est la représentante française actuellement à l'ONU...

L'ambassadeur de Russie a dit : « Que dirait la France si la Russie demandait que l'on examine au Conseil de sécurité la situation en France avec les répressions policières contre les Gilets jaunes, avec une majorité dans les sondages d'opinion qui montre que 70% à 75% des Français soutiennent les Gilets jaunes ? ». Il est d'ailleurs assez extraordinaire que M. Macron se fasse le porte-parole d'un président qui s'est autoproclamé en disant « au nom de la démocratie ». Je me rappelle que M.

Macron, d'ailleurs, avait protesté en mai 2018 contre la réélection de Maduro en disant que l'élection présidentielle au Venezuela n'avait pas été honnête, parce que notamment, les candidats n'avaient pas eu le même temps de parole. Et vous, M. Macron, l'élection de 2017, elle a été honnête ? Je ne cesserai jamais de rappeler à quel point... Et tous les Français, de plus en plus, le comprennent, à quel point vous avez été propulsé par une oligarchie financière. La même, d'ailleurs, que celle qui souhaite propulser Juan Guaidó au palais de Miraflores, au palais présidentiel de Caracas.

Il est assez cocasse, d'ailleurs, de voir que vos partisans refusent en France le lancement de la procédure de destitution que l'UPR a lancée et que nous voulons poursuivre. Et nous appelons toujours plus de députés et de sénateurs à essayer de rejoindre pour l'instant le seul député Franck Marlin de l'Essonne qui a donné son accord, parce que vous en êtes maintenant, M. Macron, vous en êtes à la 15e violation de la Constitution. Eh bien c'est ce qu'ont justement voulu faire les partisans de Juan Guaidó que vous soutenez, à Caracas. M.

Macron, vous ne pouvez pas donner instruction aux forces de l'ordre françaises d'envoyer des flashballs qui font des blessures extrêmement graves, et voire éventuellement qui estropient à vie des manifestants, contre les Gilets jaunes. Vous ne pouvez pas refuser le débat avec les Gilets jaunes à Paris. Vous ne pouvez pas – vous et vos ministres – laisser entendre que le débat que vous avez lancé ne sert de toute façon à rien, puisque vous ne reviendrez sur rien.

Vous ne pouvez pas faire comme s'il n'y avait pas en France tous les samedis plusieurs dizaines de milliers, et en général plus de 100 000 ou 120 000 ou 150 000 manifestants, tous les samedis depuis maintenant plus de 2 mois contre votre régime. Et vous ne pouvez pas donner des leçons de morale à ce qui se passe au Venezuela. Je terminerai ici pour ce qui concerne l'UPR sur cette affaire de Venezuela. Nous nous garderons, nous, de soutenir telle ou telle partie. Je ne vais pas dire ce que dit M.

Mélenchon de façon bien imprudente en soutenant Maduro, parce que Maduro, quand même, a été élu, réélu en mai 2018 dans des conditions qui sont effectivement contestables, et surtout quand on connaît la situation actuelle au Venezuela. On sent bien que quelque chose est en train de déraper. Ça ne va plus. Donc M. Mélenchon est bien imprudent de soutenir ce régime qui fonce dans le mur. Mais nous ne soutiendrons pas non plus Juan Guaidó et les forces qui sont derrière, qui en fait se livrent à un coup d'État réellement contre M. Maduro, et qui veulent prendre le pouvoir en fait pour rétablir un régime peut-être du type de celui qui prévalait du temps de Carlos Andrés Pérez.

Ce que l'UPR, nous, nous disons, ce que je ferais si j'étais – moi – président de la République, c'est que je dirais la même chose que le pape François ou que Vladimir Poutine. C'est-à-dire que j'appellerais toutes les parties présentes à la raison. Je demanderais à ce qu'il n'y ait aucune ingérence internationale au Venezuela. Je mettrais tout mon poids dans la balance pour essayer de réunir les parties présentes et essayer d'aboutir à un consensus national. Peut-être ce consensus national, d'ailleurs, passera-t-il par des élections. C'est sans doute ce qu'il faudrait faire. J'essaierai personnellement de convaincre M. Maduro de le faire, mais certainement pas en usant de la coercition.

Et d'ailleurs, si j'étais à l'Élysée, il n'y aurait pas le mouvement des Gilets jaunes, puisqu'en fait, nous aurions adopté une politique en faveur du peuple français. Il n'y aurait pas les émeutes qu'il y a en France. La France serait redevenue un pays vers lequel le monde entier se tournerait, parce que la France serait redevenue le porte-parole du droit et de la justice. Rappelez-vous qu'en 1968, c'est en France, à Paris, que les Nord-Vietnamiens, les Sud-Vietnamiens, et puis la Chine, et puis la Russie, et puis les États-Unis d'Amérique...

Que tout le monde avait convergé pour qu'il y ait les négociations de Paris pour essayer de trouver un accord sur la situation au Sud-Vietnam, parce que Paris était apparue comme une capitale juste, en faveur de la liberté des peuples et des nations, et qui pouvait parler à toutes les parties. Moi, je voudrais que le président de la République française puisse parler amicalement à la fois à M. Juan Guaidó, à la fois à M. Nicolás Maduro, en leur disant à l'un comme à l'autre : « Vous êtes responsables de la situation de la République bolivarienne du Venezuela. Pour l'amour de Dieu, ne laissez pas ce pays sombrer dans la guerre civile. Repensez à l'unité nationale. Repensez à Simón Bolívar.

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