Angleterre : antifas vs émeutes racistes - Le député insoumis Raphaël Arnault témoigne
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Le Royaume-Uni traverse une période de tensions extrêmes marquée par une vague d'émeutes xénophobes qui secouent le pays. Tout a commencé le 30 juillet à Southport, une petite ville du nord-ouest de l'Angleterre, où une attaque au couteau a coûté la vie à trois enfants. Cet événement tragique a déclenché une vague de rumeurs et de désinformations sur les réseaux sociaux, accusant à tort un suspect d'être musulman. Cette désinformation a rapidement conduit à une recrudescence de la xénophobie, du racisme et de l'islamophobie. Les émeutiers, principalement issus de mouvements d'extrême droite, ont dirigé leur colère contre des cibles spécifiques.
Mosquées, hôtels hébergeants des demandeurs d'asile et commerces tenus par des personnes identifiées comme musulmanes ou non blanches ont été attaquées. En une semaine, plus de 400 personnes ont été arrêtées et au moins 120 policiers ont été blessés, soulignant l'intensité de la violence. Ces chiffres rappellent les émeutes de 2011 lorsque la mort de Mark Duggan, un jeune homme métisse tué par la police, avait déclenché des troubles dans tout le pays. Les autorités britanniques pointent du doigt le rôle néfaste des réseaux sociaux dans la propagation de la haine.
Après l'attaque de Southport, l'English Defence League, un groupuscule d'extrême droite, a lancé une campagne en ligne pour alimenter la colère publique, forçant même les autorités à dévoiler l'identité du suspect. Le leader de l'EDL, Tommy Robinson, a largement utilisé la plateforme X pour diffuser des appels à manifester et propager de fausses informations. Ironiquement, Robinson avait été banni de Twitter en 2018, mais a été réintégré en novembre dernier après l'acquisition de la plateforme par Elon Musk.
Suite à ces événements, de très nombreux manifestants antifascistes se sont réunis dans différentes villes du pays afin de lutter contre les rassemblements prévus par les différentes mouvances d'extrême droite. Afin d'en apprendre plus et de nous parler de ces actions sur place, nous sommes aujourd'hui avec Raphaël Arnaud, député de la première circonscription du Vaucluse et cofondateur de la Jeune Garde. Le député s'est effectivement déplacé à Londres ce mercredi 7 août pour, je cite, « soutenir les camarades antifascistes locaux face aux émeutes et attaques ciblées racistes ». « Mode Jeune Garde activée, nazi hors de nos rues », a-t-il déclaré sur son compte X ?
Votre entretien d'actu, c'est tout de suite sur Le Média. Raphaël Arnaud, bonjour. Bonjour. Je suis ravi que vous soyez avec nous aujourd'hui. Tout d'abord, est-ce que vous pouvez nous parler des raisons de votre présence à Londres au cours de la semaine dernière ? Que s'est-il passé ? Qu'est-ce qui vous a poussé, justement, à aller rejoindre, comme vous le dites, des camarades antifascistes ?
C'est ce que vous expliquez lors de la présentation, c'est-à-dire qu'on a une multitude de démeutes racistes d'attaques ciblées de la part de l'extrême droite depuis maintenant plusieurs jours, depuis plus d'une semaine. Et ce mercredi soir était prévu, sur une trentaine de lieux, à nouveau des émeutes, à nouveau des attaques de la part de milices fascistes, qui avaient très clairement appelé à nouveau attaquer. Et donc, des antifascistes locaux, et plus largement, en fait, l'ensemble de notre camp, a appelé à se mobiliser largement pour contrer ces attaques, en se rendant directement sur les lieux où étaient prévues ces attaques. Et donc, ça a été une véritable démonstration de force.
À l'endroit où j'étais précisément, il y avait 10 000 personnes. Donc, ça vous donne à peu près un élément. On était dans Londres, il y avait trois lieux ciblés par l'extrême droite. Donc, il y avait simultanément deux autres manifestations plus ou moins de la même ampleur, et un peu partout sur le territoire. Le preuve en est, c'est que ça fonctionne. Donc, voilà, un peu le but de ce déplacement. C'était aussi de rencontrer des camarades sur place, de soutenir aussi, évidemment. Forcément, ça donne toujours plus d'ampleur, parce que ça faisait quelques jours que j'en parlais. Mais le fait d'être sur place, forcément, il y a plus de visibilité, parce que les gens y trouvent plus de sens.
C'était aussi cette volonté-là. Et puis, si jamais les milices fascistes venaient, c'était aussi de soutenir aussi de ce point de vue-là.
Vous aviez, justement, vous l'avez déclaré, il y a eu quand même quelque chose de naturel dans votre venue, quelque chose d'assez spontané. C'était quelque chose d'important pour vous. C'est assez rare de voir un député faire un déplacement, on va dire, comme cela à Londres, dans ce genre d'événements, dans ce genre de circonstances. Est-ce que vous pensez clairement que c'est votre rôle aujourd'hui en tant que député de vous rendre dans une manifestation comme cela ?
Oui, ça tombait sur le sens, parce que, comme vous le savez, je suis militant contre l'extrême droite depuis des années. J'ai toujours fait ça en réalité, donc c'est juste la continuité de tout ça. Forcément, avec une autre ampleur, c'est ce qui fait que j'ai pu me rendre à Londres et dans d'autres circonstances, parce qu'aujourd'hui, député, et c'était le but d'envoyer des gens comme nous à l'Assemblée nationale, des antifascistes de terrain, parce qu'on ne se pose même pas la question, on y va. Parce que, naturellement, c'est le travail qu'on mène depuis des années. Et je pense que c'est le rôle d'un député français, de façon générale, à aller soutenir de façon internationale.
Alors là, c'est un pays limitrophe, donc certes à côté, mais de façon internationale, des peuples en lutte, d'aller dans des pays, dans des circonstances très particulières comme celle-ci, où il y a des violences absolument ignobles, racistes, qui se sont exécutées. Donc voilà, ça s'inscrit dans cette continuité-là.
Justement, vous étiez présent sur place. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur comment ça s'est déroulé ? Comment elle s'est déroulée, cette résistance, entre guillemets, antifasciste ? Comment vous vous êtes organisé ? Est-ce qu'il y avait plusieurs mouvements ? Comment ça s'est fait exactement, en tout cas dans les rues de Londres ?
Bon alors, pas de prétention. Au final, je n'ai rien organisé du tout. C'est-à-dire que forcément, je suis rentré en contact avec des camarades locaux. Je leur ai demandé est-ce que ça valait le coup ou non ? Comment est-ce que ça allait se dérouler ? Tout ça. Et évidemment, ils étaient très ravis de ma venue. Mais voilà, c'est les personnes localement qui ont évidemment tout organisé, les rendez-vous, etc. Il y avait pas mal d'incertitudes. Est-ce que les milices d'extrême droite allaient finalement se pointer ? Allaient oser venir se pointer malgré le raz-de-marée humain qu'on a réussi à mettre en place ? Est-ce qu'il y allait avoir assez de monde ?
Parce que c'est vrai qu'il y avait une mobilisation très très forte, mais ça aurait pu être aussi moindre, même si on se détectait que ça allait être fort. D'ailleurs, ce soir, il y a à nouveau des mobilisations qui risquent d'être encore plus grosses, donc tant mieux, pour stopper ces attaques. Et c'est très bien déroulé au final. C'est très bien déroulé parce que les fascistes ne sont pas venus. Il y a eu ce soir-là aucune émeute dans tout le pays. C'est une première depuis maintenant plus d'une semaine encore une fois. Donc, preuve en est, c'est que ça fonctionne. En discutant avec des gens sur place, il y a eu de la peur.
Il y a beaucoup de gens qui disaient, en venant sur place, les gens avaient peur de venir parce qu'on a pu voir des violences extrêmes, notamment armées, etc. Et une fois sur place, les gens étaient tout de suite plus rassurés parce que quand il y a autant de monde, autant de détermination, de fait, il n'y a plus de devoirs qui ne viennent pas parce que ça fonctionne encore une fois. Donc, je suis reparti avec plein de bonnes volontés et à la fois un peu de frustration. À la fois un peu de frustration parce que je me dis, ça fait quand même plusieurs fois que ça arrive un peu partout en Europe. Il y a eu la même chose il y a quelques mois à Dublin.
Il y a eu la même chose en Irlande de façon générale et principalement à Dublin. Il y a eu les mêmes émeutes en Espagne et qui partaient principalement ici à Madrid. Il y a eu des tentatives similaires en France avec Saint-Brévin, Crépol, enfin, ils étaient à Saint-Romain. Mais voilà la logique dans laquelle on est un peu partout en Europe avec cette volonté de déclencher des émeutes racistes, voire même d'aller plus loin. Et nous, systématiquement, notre camp, on met du temps à réagir. Ça, c'est une grosse problématique.
C'est une grosse problématique le fait de constater qu'en plus, à chaque fois qu'on se met en action, on stoppe presque immédiatement ces violences de l'extrême droite, mais on met toujours une semaine, deux semaines, plusieurs jours à réagir. Alors qu'aujourd'hui, il va falloir qu'on trouve les outils. Je pense que la jeune garde participe à ça en partie, attention, mais il va falloir qu'on trouve les outils pour réagir le plus rapidement possible, si possible dans les quelques jours qui suivent ces violences, si possible même dans les heures qui suivent ces violences, pour stopper ces violences.
C'est ce qu'on a essayé de faire de façon locale à Lyon et dans toutes les villes où est présente la jeune garde. Ce qui a été de véritables succès à certains moments. Il va falloir effectivement répéter ça un peu partout si possible.
Est-ce que, du coup, vous estimez qu'aujourd'hui, le rôle de l'antifascisme, il marche ? Est-ce que vous considérez que vous êtes une force, en tout cas de dissuasion ? Enfin, là, vous l'avez bien montré, en tout cas en Angleterre, contre l'extrême droite ? Et du coup, vos méthodes qui sont ce qu'elles sont, vous pensez qu'elles marchent ?
Oui. Alors après, il ne faut pas rentrer dans un... Et je ne dis pas que c'est le cas du média, parce qu'on sait bien qu'il y a un peu plus d'analyse et de volonté de comprendre les situations dans lesquelles on est et de ne pas rentrer dans des clichés. Mais notamment sur les médias traditionnels, systématiquement, je fais face à une vague de... Ce n'est même plus des clichés, là. C'est de l'attaque politique sur ce que peuvent être les mouvements antifascistes.
En réalité, les mouvements antifascistes, 99% de notre travail, c'est du travail d'information, du relais d'information, la plupart du temps, pour bien repérer, qui sont justement ces groupuscules, quels sont leurs liens avec les gros partis électoraux tels que le RN, etc. C'est beaucoup de travail d'information auprès de la population, du travail militant, j'ai envie de dire classique, c'est-à-dire collage d'affiches, tractage, construction de grosses manifestations. Ça, évidemment, c'est quelque chose qu'on met en œuvre avec la jeune garde. Et il y a une partie qui s'appelle l'autodéfense.
C'est-à-dire qu'à un moment donné, lorsqu'on arrive au point d'orgue où les milices d'extrême droite, ça y est, sont en action, comme ça s'est passé ces derniers jours en Angleterre, il faut bien une réponse à ça. On ne peut pas juste croiser les bras, ou se planquer, ou espérer que ça fasse. Non, on est obligé d'y aller, comme on l'a fait à Londres, comme on l'a fait à Lyon, systématiquement face à ces violences, et de repousser ces violences. Et les médias plus traditionnels ont la fâcheuse habitude de ne regarder que ce, peut-être 1% de notre activité, pour nous décrire, nous-mêmes comme étant violents, et peut-être même à la même échelle que seraient les violences fascistes.
Déjà, ça n'a aucun sens d'un point de vue politique et idéologique, parce que, bien évidemment, on est là pour démontrer l'inverse de tout ce qui est proposé à l'autre bout du champ politique, et de l'autre côté, nous mettre au même niveau ce stade de violences, c'est juste pas possible. Nous, on n'est pas armés, on ne brûle pas des maisons de mer, on ne brûle pas des hôtels où il y a des gens qui habitent dedans. Enfin, je veux dire, c'est juste lunaire, quoi. Et puis surtout, on n'use pas de violences parce qu'on est violents. On répond simplement à une violence qui est en face de nous et on les repousse.
Donc oui, preuve ennemi, c'est que ça fonctionne à chaque fois qu'on essaie de mettre ça en place. Par contre, encore une fois, moi, je tiens à mettre l'alerte sur nos organisations politiques, toutes confondues, syndicales, associations. On n'est pas prêts dans la période. C'est terrible. Parce que, et là, je ne suis pas en train de faire un constat de dire qu'on va forcément perdre. Non, mais allez-y, allez-y, je vous en prie. Moi, je pense qu'on a tous les outils pour pouvoir gagner à l'inverse, pour pouvoir les faire reculer, ces gens-là. Par contre, on n'est pas prêts. On n'est pas prêts parce que, preuve ennemi, c'est qu'il a fallu une semaine et demie.
Et attention, je ne crache pas du tout sur nos camarades britanniques. Je trouve que c'est la même chose en France et dans tous les pays européens. On met une semaine, voire une semaine et demie à réagir à ces violences de l'extrême droite. Ce n'est pas possible. Il faut absolument qu'on se reprenne en main, qu'on reprenne conscience de la période dans laquelle on est. La question de l'autodéfense n'a jamais été quelque chose qu'on a nié dans notre camp. C'est quelque chose qu'on a mis en place dans les années 30 pour ce qu'il le fallait. Il va falloir qu'on se repose ces bonnes questions. Par contre, l'antifascisme, ce n'est pas que ça, encore une fois.
Preuve ennemi, c'est que je suis à l'Assemblée nationale aussi pour combattre le principal outil d'extrême droite aujourd'hui qui est le Rassemblement national. Donc, l'antifascisme, c'est toutes ces choses à la fois, c'est-à-dire faire reculer les fascistes partout où ils apparaissent, partout où ils essayent d'aller, et notamment sur la question des idées et tout ce qu'il y a de derrière.
Pour en revenir sur l'antifascisme en lui-même, déjà, merci d'avoir apporté des précisions sur les modalités de vos actions. Je sais que vous avez été attaqué à de très nombreuses reprises, des fois par certains confrères, parce qu'on a tendance, et je pense que vous pouvez confirmer ça, à tacler l'antifascisme, à aller sur le terrain. En fait, c'est un mot qui presque fait peur maintenant, qui effraie aujourd'hui beaucoup de personnes.
Est-ce que vous pouvez, avant d'arriver sur ma seconde question, expliquer un peu ce que c'est, en fait, l'antifascisme, tout simplement, dans son cocon, dans des mots relativement simples, pour des gens qui ne seraient pas particulièrement familiers avec tout ça ?
Oui, alors c'est difficile, parce qu'on a tout de suite envie de partir dans ce qu'on fait, c'est politique. Souvent, on a cette espèce de truc qui est présenté par les médias, un peu de guerre de bande, c'est presque un jeu entre deux bandes violentes, c'est juste pas possible de nous présenter comme ça, et c'est une motivation politique très claire.
C'est que dans une situation politique où on a généralement une crise économique, puis de fait une crise sociale, puis engendre une crise politique, puisque les élites doivent bien trouver des solutions pour compenser cette crise économique et toute la violence sociale que subissent les gens, et c'est à ce moment-là, systématiquement, que l'extrême droite réapparaît comme une potentielle solution. Et c'est ce qu'on observe avec des personnages comme Elon Musk, c'est ce qu'on observe avec des personnages comme Vincent Bolloré, des milliardaires, des très grands capitalistes qui possèdent de grands moyens de production et qui ont des grandes exploitations sur les gens.
petit à petit, commencent à se tourner vers une possibilité du fascisme. En fait, ni plus ni moins. Et le fascisme, il ne faut pas l'entendre. Souvent, on nous répond « Oui, mais le fascisme, attendez, on n'est plus comme en Italie dans les années 30. » Le fascisme, ce n'est pas seulement les gens qui se définissent comme étant fascisme, il faut le comprendre comme étant un mouvement politique qui découle d'ailleurs pas seulement des organisations qui s'en réclament. C'est un mouvement politique qui comprend un contexte social, économique, encore une fois, et politique. Et donc, nous, c'est combattre tout simplement l'antifascisme. C'est tout simplement combattre le fascisme.
Ça ne veut pas dire qu'on est simplement des imbéciles et qu'on veut juste lutter contre eux. On fait partie d'un projet émancipateur beaucoup plus large, divers et varié. Chez les antifascistes, on retrouve des libertaires, on retrouve des communistes, on retrouve des insoumis, on retrouve des écologistes, on retrouve des féministes, on retrouve des antiracistes aussi, évidemment, qui est central dans ce projet-là. Le fait d'être antifasciste, c'est tout simplement concentrer son énergie et ses forces à faire reculer des outils de l'extrême droite pour éviter de retomber dans une société fasciste, voire si on l'était, rentrer en résistance, évidemment.
Merci beaucoup. Peut-être qu'il y a quelque chose que vous avez déclaré tout à l'heure sur votre compte Twitter. Apparemment, il y aurait des militants d'extrême droite français, c'est ça, qui se seraient déplacés à Londres et plus globalement en Angleterre pour aider du coup l'extrême droite anglaise. comment vous avez eu ces informations et est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?
Oui, alors en fait, c'est quelque chose qui arrive très régulièrement, que des militants d'extrême droite partent soit directement dans les rangs d'Azov en Ukraine, soit qu'ils partent en Pologne dans des manifestations néo-nazies, je parle des militants français, partent se soutenir comme ça mutuellement. On a par exemple des militants d'extrême droite britanniques qui ont participé aux émeutes racistes qui appellent aujourd'hui à se rendre en France, notamment à Calais.
Je ne sais pas si ça va être réellement le cas, mais en tout cas, il y a cette volonté-là de la part des militants d'extrême droite européens, quand bien même ils se faisaient la guerre il n'y a même pas un siècle entre ces différents pays. Aujourd'hui, il y a le suprémacisme blanc qui reprend le dessus surtout, l'islamophobie qui fait consensus chez eux et ils sont prêts à s'allier, quand bien même des fois ils se détestent, ils sont prêts à s'allier en tout cas sur ce truc suprémaciste blanc et islamophobe. Et du coup, oui, effectivement, ce n'était pas une surprise de voir que des militants d'extrême droite se rendent là-bas.
J'ai découvert ça sur des canaux de télégramme d'extrême droite qui disaient ce soir des patriotes français seront présents, machin. Et du coup, ça m'a fait sourire parce que le déplacement, bof, ils ont payé l'avion, ils ont payé le Airbnb bien cher parce qu'à mon avis, par Londres, c'est sûr, c'est cher et pour se retrouver planqués au fin fond de la Airbnb parce qu'ils ont vu la masse de gens qui s'est mobilisé pour contrer ces attaques et du coup, voilà, ce déplacement plus que raté pour eux.
Donc voilà, je m'en suis un peu amusé sur Twitter mais par contre, ce que ça dit politiquement, c'est sûr qu'il y a aujourd'hui une unité et même jusqu'aux Etats-Unis, on avait révélé à l'époque qu'il y avait des groupes suprémacistes néo-nazis aux Etats-Unis qui finançaient plus ou moins des organisations proches de générations identitaires, etc. Il y a d'ailleurs des gens de générations identitaires qui étaient présents lors de la manifestation à Charlottesville lorsqu'il y a eu un attentat qui a tué notamment Meilleur Ayer, c'est ça ? Elle s'appelait comme ça ? Je ne me souviens plus du nom, je suis désolé. Non, vous n'en faites pas.
Une syndicaliste, voilà, qui a été tuée par cet attentat lors d'une manifestation extroite. On sait qu'il y avait des gens de génération identitaire présents jusqu'aux Etats-Unis. Donc aujourd'hui, encore une fois, le suprémacisme blanc fait une unité à l'extrême droite et c'est ce qui prédomine surtout, ils sont prêts à se rendre, faire des allers-retours et dans ces différents pays.
Vous parliez tout à l'heure des conditions d'organisation que les Anglais avaient pris du temps à s'organiser pour lutter contre ces manifestations, contre ces mouvements d'extrême droite. Est-ce que vous avez peur, et là, pour compléter un peu votre discours, que finalement, on arrive en fait à une unité européenne telle entre les différentes mouvances d'extrême droite, que ça en devienne un danger, un enjeu majeur entre guillemets et qu'il faille faire la même chose du coup pour les organisations antifascistes s'organiser de telle manière pour pouvoir continuer de lutter ?
Est-ce qu'en fait, ce n'est pas le commencement de quelque chose là, ce qui s'est passé en Angleterre et au Royaume-Uni ?
Si, si, tout à fait. Encore une fois, pas de prétention, ce n'est pas parce que nos camarades anglais ne sont pas au niveau. Nous, en France, on n'a pas du tout à se sentir supérieurs par rapport à ça. Saint-Brévin, il y a eu très peu de réactions. Quelques mois après, il y avait la même chose dans le sud-ouest. On était presque les seuls à s'être déplacés. Au final, les fascistes ont dû annuler leur événement. Il y a eu Martine Arambrou. Moi, c'est quelque chose qui m'a beaucoup choqué et dans notre camp notamment. Alors évidemment, il y a une énorme responsabilité médiatique et politique, notamment de la part du gouvernement à invisibiliser le meurtre de Martine Arambrou.
Trois semaines avant la présidentielle, tués par deux fascistes en plein Paris, par balle, dans n'importe quel pays du monde, serait bouleversé l'élection présidentielle. Surtout dans une élection où l'extrême droite peut arriver au second tour et preuve ennée, c'est que ça a été pour Marine Le Pen. Il y a un silence radio. Et là, on peut se dire, on peut pleurer, les armes du monde et le gouvernement et les médias, mais même dans notre propre camp. Ça m'a choqué. C'est-à-dire qu'il n'y a aucun dirigeant politique qui a arrêté sa campagne pour dire, « Non, mais attendez, il vient de se passer une dinguerie. » Là, en fait, on va parler de ça.
Ce n'est pas possible qu'on mène une campagne présidentielle comme si de rien n'était alors qu'un ruban international vient de se faire assassiner dans nos rues par deux militants du GUD, donc une organisation on s'est très proche de Marine Le Pen, encore aujourd'hui. Ça passe normal. Mais ça, c'est une folie, la France de ce point de vue-là. Et là, on s'est dit que nos organisations, elles n'étaient pas du tout prêtes. Elles ne sont pas du tout prêtes à vivre la période. Et c'est notre rôle aussi en tant qu'antifasciste à aller tirer ces organisations, un peu leur tirer les oreilles, leur dire là, il va falloir se bouger, quoi. Et plus généralement, même à la population de se mobiliser.
Donc là, il y a un vrai chantier à nous, militants et militantes, députés, dirigeants politiques, syndicaux, associatifs, peu importe, à se bouger, effectivement, à se coordonner. Et vous l'avez rappelé, à échelle européenne, c'est ce que font les fascistes. Donc nous, c'est ce qu'on a toujours dit avec la jeune garde, on fait ce que font les fascistes parce qu'on est antifasciste, c'est-à-dire qu'on va sur leur terrain. Vous allez sur le terrain des attaques de l'extrême droite et on va dans la rue pour tenter de se défendre et faire des manifestations massives pour empêcher ces attaques.
Vous allez jusqu'au Parlement nous mettre 140 députés du Rassemblement national, très bien, on va jusqu'au Parlement pour vous combattre, etc., etc. Donc il faut qu'on soit dans cette logique et effectivement, au niveau européen, il va falloir créer du lien. Donc là, en me rendant au Royaume-Uni, alors évidemment, on n'a pas pu faire mille choses parce qu'en plus, il y avait l'urgence de la situation, mais il va falloir effectivement faire ces liens, on ne peut pas.
Et je suis désolé d'insister sur ça, mais je suis quand même obligé de revenir sur la question par rapport à l'image qu'il y a globalement de l'antifascisme, à l'image sur les médias mainstream, dans la tête de beaucoup de personnes. Est-ce qu'aujourd'hui, il y a des moyens, peut-être, des choses pour changer cela ? Est-ce que vous n'avez pas peur que ça soit quand même un frein immense dans votre action de manière générale, dans la lutte contre l'extrême-droite, d'avoir cette image entachée par les médias plus traditionnels ?
Alors, il y a deux choses. Il y a déjà, effectivement, la responsabilité médiatique. Il ne faut surtout pas qu'on se cale sur l'agenda médiatique. Parce que si on commence à observer ce que les médias définissent comme étant mauvais pour la société, je veux dire, toutes nos luttes sont mortes. On est dans une période où les médias vont de plus en plus se radicaliser parce que les médias, j'entends, les médias détenus par des milliardaires, etc., vont de plus en plus se radicaliser parce que cette classe sociale elle-même se radicalise violemment dans la société et fait le choix de l'extrême-droite de plus en plus se l'observe dans les discours, etc.
À l'extrême-droite ? Oui,
à l'extrême-droite. D'accord. Oui, se radicalise à l'extrême-droite. Donc nous, on ne va pas commencer à se caler sur cet agenda médiatique. Par contre, ça ne veut pas dire non plus être imbécile dans la période. Et notamment, nous, avec la jeune garde, on a travaillé à ça. On a notre propre critique, j'ai envie de dire, à faire sur nos propres mouvements antifascistes. On a travaillé à ça parce que ce n'est pas normal quand même. Au moment où on a structuré la jeune garde, nous, on était dans une situation à Lyon où les gens étaient effrayés par l'antifascisme. Les gens lambda, j'entends. Et ça, c'est une problématique. Donc on a travaillé à cette question.
On a commencé à refaire du lien, à refaire des manifestations si possible, les plus larges possibles, à amener des milliers de personnes dans la rue. Ce n'était pas une masse à faire à Lyon lorsqu'on a commencé et un peu partout sur le territoire. Et il a fallu un peu travailler sur cette question-là. La question du porte-parole, ce n'était pas une évidence dans l'antifascisme. Parce qu'en 2021, on part sur cette question du porte-parole, on met le porte-parole en place. C'était quelque chose qui a été vécu assez étrangement pour l'antifascisme au sens militant. Et puis voilà, preuve en est, c'est que ça a fonctionné. Ça a parlé à beaucoup de personnes et on a encore ce travail-là.
Évidemment, en tant que député, je vais jouer aussi ce rôle-là, de fait, à légitimer cette coupe-là ô combien nécessaire au vu de la période et surtout à casser tous les clichés qu'il peut y avoir sur nos mouvements, toutes les horreurs qu'on peut entendre dans les médias. Et voilà, ça a marché en plus d'un point de vue électoral malgré un abattage médiatique un peu plus terrible et dans une situation où la députée sortante était RN. Donc on a bien vu que ce n'était pas forcément une évidence au moment de l'élection.
Finalement, est-ce que vous pensez que, en tout cas selon vos mots, l'antifascisme doit devenir bien plus un enjeu politique qu'un simple enjeu citoyen ? Est-ce que l'antifascisme qui historiquement se fait dans la rue doit aller plus loin dans d'autres sphères entre guillemets ?
Moi, je pense qu'encore une fois, si on veut un antifascisme efficace, il faut qu'il soit partout où l'extrême droite tente de mener des offensives. Ça veut dire mener une bataille culturelle et médiatique. Je pense que le média, de fait, même si vous n'êtes pas militant antifasciste en tant que tel, moi j'entends l'antifascisme comme étant un mouvement beaucoup plus large que seulement les militants et militantes qui s'en définissent.
C'est-à-dire que nous, on est une organisation qui se définit comme antifasciste, mais je considère que les féministes, les LGBTI, les écologistes, peu importe toutes les luttes anancipatrices, à un moment donné, ont un impact sur les luttes antifascistes et font progresser l'antifascisme. Mais effectivement, je pense qu'il faut aller partout, encore une fois. Et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui, je suis au Parlement, c'est ce qui fait qu'il faut, à travers des municipalités, la région, peu importe, toutes les institutions possibles, diverses et variées, il va falloir, à un moment donné, se poser cette question antifasciste.
C'est là qu'on sera le plus efficace, tout en maintenant la pression dans la rue parce que malheureusement, l'extrême droite, son expression, c'est aussi la violence dans la rue. Donc, il faut aussi ne pas lâcher ce terrain-là.
Et avec cette extrême-roîtisation entre guillemets de la société, vous y croyez à ça dans les prochaines années ? Est-ce que vous pensez que c'est quelque chose d'atteignable ? En tout cas, je ne sais pas quand, je ne vais pas donner de date précise, mais il y a quelque chose à aller chercher, c'est ça ?
Oui. Ah oui, je suis tout plein d'espoir. Sinon, moi, les jours où je n'ai plus d'espoir, je ne suis plus là. Non, j'ai tout plein d'espoir. Par contre, on ne se ment pas et je pense qu'on en a confiance, c'est que la période va être terrible. Tous les discours guerriers et racistes qu'on peut entendre, on le sent bien, on est dans une période où pareil, on est en train de péter tous nos référentiels communs sur ces chaînes médiatiques. On sent qu'on se fait attaquer de partout, que plus rien n'a de sens et c'est dans ces moments-là que les horreurs reviennent d'ailleurs.
Je trouve une des pires attaques qu'on ait subies, c'est quand même cette question de l'antisémitisme, la lutte antiraciste de façon générale et de fait, la lutte contre l'antisémitisme, c'est quelque chose qui nous anime depuis toujours. C'est quelque chose des fois qui a fait qu'on s'est mis à militer et qu'on nous retourne ce genre de choses. C'est terrible et c'est violent, mais preuve en est, encore une fois, c'est qu'il y a beaucoup d'espoir dans cette société. Encore une fois, en Angleterre, dans une situation où tout le monde se disait « Non, mais là, ce n'est pas possible, c'est terrible.
» On a prouvé qu'on est encore plus nombreux, on est encore plus déterminés et il va falloir qu'on fasse confiance surtout à la jeunesse. Je pense qu'il y a un enjeu de ce point de vue-là parce que l'ensemble de nos organisations politiques, syndicales, associatives, laissent la place à la jeunesse. En vrai, c'est nous qui avons l'assolution. Vraiment, ce n'est pas méprisant quand je dis ça. On a beaucoup à apprendre de nos anciens. J'ai beaucoup de respect pour nos camarades qui ont mené de belles luttes, beaucoup de respect pour ses camarades qui nous donnent aussi de la formation politique, de l'expérience, etc.
Mais là, c'est la jeunesse qui va avoir la solution dans les années à venir parce que c'est la jeunesse qui est la plus consciente de ce qui se passe et surtout qui n'est pas prête à baisser les yeux. Maintenant, notre enjeu, ça va être de mettre cette jeunesse en action, dans l'action politique. C'est ça. Si on arrive à mettre la jeunesse dans l'action politique assez fortement, ils sont cuits en face. Ils sont cuits et malgré l'argent, malgré toute la violence qu'ils peuvent avoir verbales, politiques, vraiment, il y a quelque chose qui peut jouer dans la société et on sent qu'on est sur un point de bascule en fait. Oui, bien sûr. C'est ça qui est terrible dans cette société.
On est pile sur ce point de bascule dans ces moments de crise économique, politique et sociale. On pourrait sombrer dans le pire, c'est-à-dire l'option de la bourgeoisie qui serait tombée dans une potentielle société fasciste ou alors à l'inverse, renverser un peu ce système et construire à nouveau une société si possible émancipatrice d'égalité des droits, de liberté et on sent qu'on est sur ce point de bascule. Donc là, la responsabilité est pleine pour nos mouvements, pour nos organisations et à construire ce projet-là.
Mais Raphaël Arnaud, elle est où la solution à ce débat entre la polarisation de cette société ? Entre d'un côté ce qu'on pourrait considérer comme un bloc de résistance antifasciste, un bloc, allez plus globalement, de gauche et contre un bloc d'extrême droite. Est-ce qu'il y a une fin à cela ? Parce qu'on le voit, en fait, finalement, on a l'impression qu'il y a cet éternel duel-là. Est-ce qu'on peut, en tout cas, vu la tournure que prennent les choses en Europe et pas que, dans le monde entier, mettre fin à cela d'une quelconque manière ?
Oh là là,
on parle d'en grande... Eh oui, non mais c'est une question, je pense, enfin c'est peut-être pour finir, mais c'est un point qui est intéressant. On peut faire un peu
de marxisme
et parler de la fin de la lutte des classes. C'est un point qui est intéressant mais j'aimerais bien avoir votre avis sur la question, justement, parce qu'on est dans cette question-là de la lutte, on est dans cette question-là et vous le rapportiez entre le fascisme quelque part et l'antifascisme, du coup, c'est une opposition qui est vraiment claire pour le coup. L'issue, elle est où ? Je sais que c'est une question qui est un peu complexe mais...
J'ai envie de dire en fait, c'est ni à moi de donner l'issue de tout ça, c'est ni à n'importe... Et d'ailleurs, des dirigeants politiques qui viendraient vous expliquer exactement à quoi va ressembler la société de demain, c'est pas bon signe généralement. Je pense que c'est à nous...
Je vous parle pas en tant qu'homme politique mais vraiment en tant que militant antifasciste.
Bien sûr, mais moi je pense qu'en fait, personne ne sait jamais ce que ça va donner une société. En tout cas, nous en tant que militant, en tant que député politique de façon générale, on essaye de contribuer à participer à une société on espère meilleure. Après, j'ai envie de dire, ça sera urgent de décider. Par contre, nous ce qu'on souhaite, c'est offrir le plus possible d'outils démocratiques, offrir le plus possible d'outils émancipateurs. Encore une fois, que ça passe à travers un parti politique, une association, un syndicat, peu importe, à travers des collectifs, il faut offrir ces outils-là à la société, à la population, de façon générale. Les solutions, elles sont simples.
Ça veut dire qu'on va devoir s'atteler à reconstruire de la démocratie partout, à reconstruire de l'échange politique, à offrir, si possible, un maximum d'outils, que ce soit à travers des syndicats, des associations, des partis politiques, des collectifs, partout, offrir des possibilités aux gens pour s'appartenir à la politique. Je pense qu'elle est là, la solution. Ne pas laisser tout aux mains de certains milliardaires comme ils enraîderaient, comme des Elon Musk qu'on a cités tout à l'heure, des Vincent Bolloré, qui aimeraient tout contrôler, tout posséder.
Déjà qu'ils exploitent des milliers, voire des millions de personnes, ils voudraient qu'on soit complètement asservis à leurs intérêts. Donc nous, on a un intérêt aujourd'hui à construire un maximum d'alternatives finalement. Je pense que le média s'inscrit aussi un peu là-dedans, dans cette logique, en tout cas sur la question médiatique. Je pense que c'est des outils qu'on va devoir développer si on veut s'en sortir pour une société, si possible, digne de ce nom. Et après, par contre, moi je pense que là, c'est le politique qui parle, dans la période, il va surtout ne pas falloir lâcher.
C'est-à-dire qu'on rentre dans une période où on va avoir des polémiques de partout, des attaques de partout. Systématiquement, dès qu'on va faire un élan de cellularité, que ce soit international, au sein de nos propres pays, sur les questions sociales, féministes, antiracistes, peu importe, on va se faire défoncer. Il va falloir que les gens s'accrochent sur leur siège, soient certains et certaines de ce qu'on défend. Pour ça, il va falloir aussi beaucoup d'informations, réouvrir des livres d'histoire. Je pense que dans la période, c'est presque un acte de résistance que de relire des livres d'histoire.
Et on a, dans cette période, intérêt à se serrer les coudes et surtout à ne pas se lâcher. Et là, c'est un appel aux autres organisations politiques qui composent notre camp, aux syndicats, peu importe, à surtout ne pas lâcher et à jamais lâcher à chaque polémique parce que s'ils espèrent passer à côté des ouragans qu'on nous envoie dans la tronche. Non, le jour où nous, peut-être les plus combattifs, on ne sera plus là. Ils vont être pris dans la même tempête. Donc, ils ont intérêt à surtout ne pas lâcher. Voilà.
Merci beaucoup, Raphaël Arnaud, d'avoir pris le temps de répondre à mes questions. Et merci d'avoir suivi cet entretien. Vous le savez, malgré notre dossier sérieux et la ferveur populaire, le média n'a pas été sélectionné par l'Arcom pour être diffusé sur la TNT. Mais nous ne lâchons pas le combat et nous engageons un recours. Vous êtes déjà plus de 43 000 à avoir signé notre grande pétition pour une répartition plus équitable et plus démocratique des fréquences TNT. Signez et partagez-la sur tnt.lemédiatv.fr. Nous avons également récolté plus de 269 000 euros de dons. Merci. Vous rêvez d'une autre info sur la TNT ? Nous aussi.
Bonne journée à toutes, bonne journée à tous et à bientôt sur Le Média.
Raphaël Arnault