"Nous avons affaire à un gouvernement qui est faible, un président absent", estime François Hollande
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:10OuverteÉludée
Vous ne vous êtes pas encore exprimé sur les événements de ce samedi 17 octobre.
- 0:31OuverteRéponse partielle
Quels sentiments vous ont traversé devant cette journée de chaos ?
- 2:32RelanceRéponse directe
Est-ce que vous avez compris comment on en est arrivé à cette situation ?
- 3:45OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on a vécu une crise sécuritaire ou un moment insurrectionnel ?
- 5:35RelanceRéponse directe
Sur la sécurité, François Hollande, ne faut-il pas un peu d'humilité ?
- 7:12OuverteRéponse directe
Est-ce que vous auriez refusé la démission de Laurent Nunez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:14InvitéFait
« Il y a eu des manquements très graves au maintien de l'ordre »
- 2:52InvitéFait
« Il y a eu une sous-estimation déjà depuis plusieurs semaines de ce qu'est en ce moment la colère »
- 3:29InvitéFait
« Il n'y avait pas eu visiblement de réserve, de réserve policière, de réserve de gendarmerie »
- 5:07InvitéFait
« nous sommes dans une fin de mandat »
- 5:29InvitéFait
« nous vivons à la fois une crise d'autorité, une crise sociale et potentiellement une crise financière »
- 9:45InvitéChiffre
« Ça aurait évité qu'il y ait eu 500 000 manifestants »
- 11:20InvitéFait
« Ce qu'on peut reprocher à l'EFI, c'est de ne pas dénoncer clairement la violence »
- 15:35InvitéFait
« notre rôle, c'est aussi d'apporter de la stabilité et de la cohésion dans notre pays »
- 20:15InvitéChiffre
« il y a un candidat qui a été désigné par la primaire du Parti Socialiste avec 120 000 participants »
Temps de parole
- Invité70 %
- Invité 214 %
- Présentateur10 %
- ?5 %
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Et dans le grand entretien, nous recevons donc ce matin un ancien président de la République, député socialiste de Corrèze. Bonjour François Hollande.
Bonjour.
Merci d'être avec nous sur France Inter. Vous ne vous êtes pas encore exprimé sur les événements de ce samedi 17 octobre. On a beaucoup de questions à vous poser sur le maintien de l'ordre, sur la réponse politique aux manifestations, l'impact de tout ça sur l'élection présidentielle. Et les auditeurs peuvent venir avec les leurs, avec leurs questions au 01 45 24 7000. Et sur l'appli Radio France. D'abord François Hollande, devant cette journée de chaos parallèle aux manifestations samedi, devant ces policiers attaqués, devant ces magasins saccagés, pillés, ces mairies attaquées, quels sentiments vous ont traversé
? Un
sentiment de vivre une situation à la fois douloureuse et inédite dans notre pays. Douloureuse parce que c'était à la fois des commerces qui étaient vandalisés, 3000, c'était des bâtiments publics, je pense à la mairie de Limoges, mais à beaucoup d'autres qui ont été attaqués. Et puis ce sentiment qu'il n'y avait pas de contrôle, qu'il n'y avait pas d'intervention, qu'il y avait une forme d'abandon d'une partie de la population contre, hélas, une autre partie de la population. Enfin, je pense que c'était aussi inédit, parce que même si moi-même, j'ai pu affronter comme président de la République, avec des mouvements sociaux, des
mouvements sociaux qui étaient parfois
massifs et qui pouvaient déboucher sur des violences. Il y en avait, il y avait déjà des casseurs, il y avait déjà une forme d'ultra-gauche qui voulait s'inviter dans les manifestations.
C'était la loi travail, il y a 10 ans.
Jamais nous n'avions connu ce type d'excès, d'exaction et finalement de violence contre l'État. Et aussi de vol, parce que d'une certaine façon, il y a deux sortes de mouvements. Il y a le mouvement, bien sûr, des lycéens ou de ceux qui venaient pour défendre le pouvoir d'achat. Et puis à côté, mais je dis bien à côté, parce que c'était même plus dans la manifestation, ce que j'en ai vu en tout cas, c'était les mouvements ultra-violents et les casseurs et les voleurs. Donc là, il y a, je crois, une leçon à tirer. Il y a eu des manquements très graves au maintien de l'ordre. Il y a eu une sous-estimation de ce qui pouvait se produire ce jour-là.
Et il y a eu un défaut d'expérience par rapport à ce que sont des mouvements qui sont maintenant ultra-violents. Justement, on va bien sûr parler de la réponse politique, des revendications qui étaient portées par les manifestants. Mais si on s'arrête sur la question du maintien de l'ordre, vous qui connaissez le fonctionnement de l'État, est-ce que vous avez compris comment on en était arrivé là ? Est-ce que c'est pour vous un problème de renseignement ? Est-ce que c
'est
un problème de doctrine de maintien de l'ordre ? C'est ce qu'on a notamment entendu à gauche et à la France insoumise. Est-ce que vous avez compris comment on en était arrivé là ?
Il
y a eu une sous-estimation déjà depuis plusieurs semaines de ce qu'est en ce moment la colère. Cette sous-estimation a conduit à ne pas mettre autant d'effectifs de police qu'il était nécessaire d'installer par rapport à une manifestation qui, je le rappelle, n'était pas encadrée par les organisations syndicales.
Même
si certaines d'entre elles appelaient à la manifestation.
Il
y a eu aussi une sous-estimation de ce que pouvaient être maintenant les mouvements violents.
Qui
ne sont pas, comme je l'ai évoqué, maintenant dans les manifestations, mais à côté et qui ont commencé dès le matin à attaquer. Il n'y avait pas eu visiblement de réserve, de réserve policière, de réserve de gendarmerie, parce qu'il y avait, si j'ai bien compris, des CRS qui étaient tout à fait disponibles. Donc cette sous-estimation à la fois de ce qu'était la colère et de la sous-estimation du nombre de
manifestants.
Mais est-ce que vous diriez qu'on a vécu et on vit une forme de crise sécuritaire ou est-ce qu'au contraire c'est un moment insurrectionnel ? Vous citiez la mairie de Limoges incendiée, il
y a
un suspect qui a été interpellé lié à la mouvance de l'ultra-gauche fichée S. Est-ce que c'est un moment insurrectionnel
? Non,
il y a des
gens
qui veulent créer l'insurrection,
qui
veulent créer la division, qui veulent créer le trouble.
Et
qui veulent créer des mouvements contre la République. Ça, ça existe. Il y
a
une extrémisation par rapport à ce qu'était le temps de ma présidence, une extrémisation dans le pays à droite comme à gauche. Mais en l'occurrence, là, c'était pour créer des violences qui devaient sidérer. Mais il n'y a pas de volonté insurrectionnelle.
Les
étudiants ou les lycéens n'étaient pas là pour commettre des violences ou n'étaient pas là pour créer, comme on l'a connu dans d'autres époques, alors là, ça remonte à très loin, mai 68 ou d'autres, une volonté de renverser un régime. Non, ce n'était pas de cela dont il s'agissait. Mais là, ce que je crois le plus grave,
c
'est que nous avons affaire à un gouvernement qui est faible,
un
président de la République qui est absent,
à
des ministres qui n'ont pas nécessairement d'expérience. C'est ça la réalité. Et nous sommes dans une fin de mandat. Donc, il y a eu sûrement un manque d'expérience par rapport à ce qu'est une grande manifestation ou ce que peut être une colère sociale. Alors, il ne s'agit pas aujourd'hui d'en rajouter, parce que je pense qu'il faut faire preuve de responsabilité. Mais le gouvernement doit entendre, y compris celles et ceux qui ont cette expérience de ce que sont les mouvements sociaux, et de faire en sorte qu'il y a à la fois sur le maintien de l'ordre, les moyens, je crois que c'est en train de se faire, mais après quel retard, et sur la crise sociale.
Parce que nous vivons à la fois une crise d'autorité, une crise sociale et potentiellement une crise financière.
Sur ce qui est de la sécurité, François Hollande, est-ce qu'il ne
faut
pas aussi un petit peu d'humilité, quand on a été président de la République, et qu'on a connu, comme vous, ces manifestations qui ont dégénéré il y a 10 ans, c'était en 2016, des manifestations contre la loi travail, la loi El Khomri, avec des violences parallèles, avec cette image sidérante de cette voiture de police qui est incendiée, avec des policiers à l'intérieur. Vous aussi, vous avez eu affaire à ces difficultés,
et vous avez été mis en
cause à cette époque. On
a fait face à des phénomènes de violence qui étaient déjà très préoccupants. Je rappelle aussi qu'on a fait face à du terrorisme.
Donc
nous avions un dispositif de sécurité qui était particulièrement approprié à tout ce qui pouvait être des crises de maintien de l'ordre. Donc nous avions mis en place des moyens, des forces, ça n'a pas empêché un certain nombre de débordements. Donc
ce n'est pas
forcément un sujet de ministres comme vous le dites qui manque d'expérience, c'est une tendance de fond d'avoir des violences dans les mouvements sociaux.
Il
y a toujours eu,
depuis
20 ans ou 30 ans, des phénomènes de violence, y compris contre les policiers, y compris contre des bâtiments publics, et y compris, je rappelle même pendant la période qui était la mienne, il y avait eu une attaque contre l'hôpital Necker, contre un hôpital. Donc ces phénomènes de violence, ils existent, ils sont sans doute encore plus amples.
Mais donc l'expérience du maintien de l'ordre, c'est quand il y a des mouvements, surtout quand ils ne sont pas encadrés par les organisations syndicales, ce qui était le cas samedi, encore davantage dimanche, puisque dimanche c'était des mouvements erratiques et des mouvements extrêmement violents, il faut mettre autant de policiers qu'il est nécessaire.
François
Hollande, vous vous arrêtez sur la façon dont le président de la République, les ministres, ont géré la réponse à cette crise. Est-ce que vous, président, vous auriez, comme Emmanuel Macron, refusé la démission de Laurent Nunez
?
Aucun ministre de l'Intérieur n'a présenté sa démission suite à des événements qui, quelquefois, pouvaient avoir un certain nombre de caractéristiques. Pourquoi ? Parce que Bernard Cazeneuve, comme Manuel Valls, ont été dans ces situations-là... Mais est-ce qu'il aurait dû partir, Laurent Nunez ? Ça, c'est la question. Il était sans doute de sa part légitime de présenter sa démission. Ensuite, c
'est
le président de la République qui l'a maintenu. Il est vrai que changer de milice de l'Intérieur dans un mouvement comme celui-là, qui n'est pas terminé, c'était quand même aussi préoccupant. Mais maintenant, au-delà du constat que l'on peut faire, ce qui compte, c'est ce qui va se passer maintenant. Et donc, il y a à la fois, comme je le disais, une crise d'autorité. Elle doit être maintenant réglée par les moyens qu'il faut mettre en place pour les manifestations de samedi et pour la préparation de l'action du 5 novembre. Et deuxièmement, sans attendre le 5 novembre, il faut qu'il y ait une discussion. Elle est engagée avec les organisations syndicales. Aujourd'hui, il est bien temps.
Mais avec les organisations de jeunes, il faut que ça se fasse le plus vite possible. Car aujourd'hui, ce sont les jeunes, les lycéens qui ont porté des revendications et qui, depuis un mois, ne sont toujours pas entendus sans qu'il y ait même de rencontres qui puissent déboucher sur un relevé de conclusion.
Pour
comprendre ce que vous dites, François Hollande, c'est qu'au fond, le gouvernement et le président payent le fait d'avoir trop attendu avant de répondre aux revendications des manifestants. Là encore, est-ce qu'avoir, s'être exprimé sur Parcoursup, éventuellement donner quelques milliards aux lycéens, est-ce que ça aurait empêché les scènes de chaos qu'on a vues dans les rues de France et dans les villes de France samedi ? Là aussi, je m'étais exprimé il y a à peu près trois semaines.
Quand
j'ai vu les premiers lycées bloqués,
quand
j'ai vu les premiers jeunes dans la rue,
j
'ai prévenu, il n'y a rien de pire pour un président de la République ou pour un gouvernement
que
de laisser des jeunes sans réponse
faire
des mouvements.
J
'avais pris cette métaphore du dentifrice, quand la pâte est partie, c'est très difficile de le remettre dans le tube. Eh bien, il y
a
eu un retard qui a été très préjudiciable. Il
y
a trois semaines qu'il aurait été possible de répondre, pas à tout, pas dans n'importe quelles conditions, avec sans doute un calendrier, notamment sur la réforme de Parcoursup ou sur la nécessité de changer le contrôle continu.
Mais ça aurait évité les
violences, François Hollande, de
répondre à ces revendications ? Ça aurait
évité qu'il y ait eu 500 000 manifestants, car il y en a eu 500 000. Beaucoup plus que ce qui était estimé. C'est le problème. Et ça aurait évité que certains mouvements ultra-violents ne s'y invitent.
Car
les jeunes lycéens n'étaient pas dans cette perspective. Donc oui, il a
eu
fallu régler la question des lycéens avant que les vacances ne soient commencées. Et maintenant, il faut le régler d'autant plus rapidement que les vacances vont bientôt s'arrêter pour le mois de novembre et qu'à partir de là, il peut y avoir une reprise
et
les mouvements de salariés vont encore donner une ampleur à ces contestations.
Il y
a
une dimension éminemment politique dans cette crise, puisqu'on est en campagne électorale. Est-ce que vous faites partie de ceux qui pointent du doigt la responsabilité de la France insoumise dans le climat de violence ? Quand le ministre de l'Intérieur, hier à l'Assemblée, accuse les insoumis d'avoir jeté de l'huile sur le feu, est-ce qu'il a raison ? Est-ce que ceux qui pointent du doigt la France insoumise ont raison ? Ou est-ce que c'est un mauvais procès qu'on fait à l'EFI, selon
vous ? D'abord, il faut se rendre compte de ce qui se passe dans le pays,
de
ce qui s'est produit,
des
effets de ces violences et des images qu'elles ont généré. Ce qui s'est produit, ce n
'est
pas un parti politique ou un personnage qui a mis de l'huile sur le feu
et
qui a organisé la manifestation. Ce qui s'est produit, c'est qu'il y a eu des violences, des pillages, du vandalisme et des attaques contre des bâtiments publics.
Ce
qu'on peut reprocher à l'EFI, c'est de ne pas dénoncer
clairement
la violence ou de mettre en équivalence la violence des émeutiers et la violence policière. Ça, c'est intolérant. Mais de faire une fixation sur l'EFI pour ne pas voir ce qui se passe dans le pays, parce que c'est quand même ça dont il s'agit. Il n'y
a
jamais un manipulateur,
il
n
'y
a jamais un organisateur. Il y a hélas des phénomènes qui emportent la violence. Il participe à un climat. Vous citiez, et tout à l'heure Patrick Cohen évoquait certaines des déclarations de Jean-Luc Mélenchon, sur les slogans qu'on peut entendre dans des manifestations, sur le fait que c'était les risques du métier que de voir des policiers et des gendarmes blessés. Est-ce qu'il contribue, est-ce qu'il participe de ce climat
? Je
vais vous dire, aujourd'hui, il y a une gravité. Il y a une situation qui est extrêmement préoccupante pour notre pays,
puisqu
'il peut être dans une crise sociale qui peut durer. Et là, en dehors de toute question de rôle de tel ou tel dans cette manifestation, ou dans ces manifestations. Et puis même, il
y a
une crise financière qui pointe,
avec
des taux d'intérêt qui montent, avec un budget qui paraît difficile à faire adopter. Donc, dans ce moment de gravité,
ce
qui compte, ce n
'est
pas d'aller pointer, même si certains peuvent le faire, moi je ne le ferai pas, la responsabilité de tel ou tel pour la préparation d'élections présidentielles. Ça, c'est une autre affaire. Ce qui compte, c'est de remettre le pays dans l'ordre, dans la stabilité et dans l'apaisement. Pour ça, il faut des mesures d'ordre public, il faut répondre à la crise sociale par le dialogue avec les lycéens et par la préparation de ce qui va se passer après le 5 novembre, quand les organisations syndicales auront fait leur démonstration. Et là, il y aura des négociations salariales qui s'ouvriront dans les entreprises. Et là, il est nécessaire de répondre à la question du pouvoir d'achat.
Et puis, de mettre le pays également dans l'ordre financier. Car on ne peut pas non plus ouvrir une période où notre pays serait déstabilisé par les marchés.
Alors justement, vous, Président, puisque l'idée ne vous a pas tout à fait quittés, qu'est-ce que vous faites après avoir ouvert le dialogue avec les lycéens, par exemple ? Comment est-ce que vous leur répondez dans la situation financière que vous décrivez
?
Pour l'instant, il y a des réformes que demandent les lycéens qui ne coûtent pas beaucoup d'argent. Revoir le système de Parcoursup, modifier le contrôle continu. Mais ça, le gouvernement sur Parcoursup s
'y
est déjà engagé. Il devrait plutôt le démontrer. Et de la même manière que d'avoir un volant de remplacement plus important de professeurs, de dire aux régions, ce qui est, j'espère, déjà engagé, qu'il y a des réparations à faire en urgence. Peut-être même de le faire sans appel d'offres, de manière à ce que ça puisse aller très vite pour faire les réparations nécessaires. On peut donner des réponses quant au pouvoir d'achat. Il y a aujourd'hui, pas simplement sur la question de l'essence, il y a une demande de revendication salariale. Il faut voir avec le patronat. Parce que quel est l'intérêt du patronat ? Vous aviez tout à l'heure un de ses représentants.
Et vous
entendiez la réponse ? La
situation financière permettait aux entreprises d'augmenter les
salaires.
Quel
est l'intérêt du patronat ? C'est de retrouver de la stabilité. C'est de retrouver de l'ordre. Qu'est-ce qui coûte le plus cher aujourd'hui
?
C'est finalement les dégâts qui sont occasionnés, hélas, à un certain nombre d'appareils commerciaux. Et c'est le risque d'avoir des troubles sociaux. Rien n'est plus économique que de retrouver de la stabilité, de la confiance et du dialogue. François Hollande, vous parliez il y a quelques instants d'un président absent. Si on essaye de tirer quelques leçons politiques de ces derniers jours, on voit un président de la République qui est lâché par ceux qui l'ont soutenu et qui ont été ses ministres ou ses premiers ministres. Edouard Philippe qui explique qu'après l'allocution du président, il aurait préféré des décisions et que le pays a besoin d'être commandé.
Est-ce que vous êtes d'accord avec Edouard Philippe
? Je
trouve qu'aujourd'hui, ceux qui sont dans la majorité, car il y a quand même une majorité, même si elle est relative, devraient faire preuve de responsabilité. C'est-à
-dire
plutôt que de s'en prendre, ou à LFI, ou maintenant au président de la République, devraient se dire qu'est-ce que nous pouvons faire les uns et les autres pour remettre du dialogue, de la stabilité et de l'ordre public.
Ça
vaut aussi pour l'opposition.
Vous
avez rappelé que je suis député socialiste. Je considère aujourd'hui
que
notre rôle, c'est aussi d'apporter de la stabilité et de la cohésion dans notre pays. Ce
qui
veut dire par exemple, dans le cadre des discussions budgétaires, faire en sorte qu'il y ait un budget, ne pas censurer le gouvernement ? Ça veut dire que si des réponses sont apportées aux lycéens, et qui peuvent coûter quelques centaines de millions, peut-être davantage, si des négociations s'engagent pour les salaires, il est assez légitime que le budget en tienne compte. Et donc qu'il puisse y avoir un compromis budgétaire sur ce qui serait accordé aux lycéens, Ce
n'est pas du tout ce que dit le
Parti Socialiste en l'État,
qui explique
qu'à la fin du débat budgétaire, à la fin de ce chemin, il y a la censure.
Non
mais, si des mesures sont prises qui correspondent aux attentes et des Français pour leur pouvoir d'achat, et des lycéens pour trouver
dans
un premier temps une réponse à leur problème, parce que ça sera l'élection présidentielle, j'en ai fait pour moi le sujet principal, la jeunesse, donc ça sera l'élection présidentielle qui devra donner des réponses. Mais s'il y a un compromis qui est trouvé avec les lycéens, un compromis qui est trouvé avec les partenaires sociaux, pourquoi n'y aurait-il pas, non pas un compromis budgétaire où l'opposition voterait le budget, mais ne le censurerait pas, en tout cas c'est ma position. Un mot encore François Hollande avant de passer au standard sur cette expression qu'on entend autour d'Emmanuel Macron d'une fin de règne crépusculaire.
Est-ce que vous avez le sentiment parfois qu'Emmanuel Macron est en train de vivre ce que vous-même avez vécu en décembre 2016, c'est-à-dire un président de la République qui n'est pas en mesure de se représenter, qui est là encore lâché par un certain nombre de ses soutiens ? Est-ce que vous voyez des parallèles entre les deux situations
? Moi
je n'ai pas dirigé le pays dix ans. Ça ne va pas échapper. Ça ne va pas échapper en tout cas. Donc sur
les
fins de mandat, elles sont toujours difficiles. Quel est le rôle d'un président en fin de mandat ? J'ai été dans cette situation. Et dans des moments extrêmement graves pour le pays,
c
'était déjà la suite du terrorisme et puis des conflits qui pouvaient exister.
C
'est d'assurer la cohésion et l'union, quitte à se sacrifier. De laisser une trace,
qui
est de dire je vais terminer mon mandat pour rendre le pays aussi bien que possible en bon ordre. C'est ça son rôle. Ça c'est le rôle, le dernier geste du président qui part, c'est celui de donner un pays en bon ordre. Et le premier geste
du
futur président,
c
'est de contribuer à ce que le pays aujourd'hui, soit en bon ordre au moment où il prendra la responsabilité.
Alors puisque vous vous projetez sur la présidentielle et sur le ou la prochaine présidente de la République, on a précisément une question d'Emmanuel au standard de France Inter. Bonjour, bienvenue Emmanuel.
Bonjour, bonjour tout le monde. Bonjour Monsieur Hollande. Bonjour.
Allez
-y, on vous écoute.
Oui, je me dis, face à la menace réelle, doit arriver un parti d'extrême droite à la tête de la France. Multiplier les candidatures me paraît un risque à ne pas prendre.
Est-ce
que Monsieur Hollande n'aurait-il pas, par un souci de responsabilité, se rallié au candidat de la primaire, à laquelle il n'a d'ailleurs pas participé
? Et
vous, vous avez voté à la primaire Emmanuel ?
Tout
à fait, je ne suis pas médecin socialiste, mais j'ai quand même
voulu participer.
Et donc vous avez voté pour qui
? J
'ai voté pour Monsieur Duxman.
D
'accord. Donc
François Hollande.
Et
je crois qu'effectivement il y a une primaire, il
y
a un candidat, il y a une campagne.
Et
moi je ne vais pas rajouter aujourd'hui du désordre au désordre.
Ce
n
'est
pas mon propos. Je pense que la campagne présidentielle, elle va commencer après que l'on ait terminé avec cette crise. C'est-à-dire pas avant le mois de janvier, février.
J
'ai toujours pensé qu'une campagne présidentielle, et je parle d'expérience là aussi, ce n
'est
pas six mois, huit mois avant. Non. C'est au moment où l'enjeu est
précis. Mais François Hollande, la question qui vous est posée par l'éditeur... La question elle est
toute simple. J'ai dit qu'il y avait un candidat, que si ce candidat permettait d'accéder au second tour et éviter le rassemblement, pourquoi viendrait-il moi
-même m'interposé ? Ce matin,
vous ne dites pas, je me range derrière la candidature
de Raphaël Gusson. Je vous dis, la campagne présidentielle, elle n'est pas véritablement commencée. Et dans ces circonstances, celles que nous venons d'évoquer, vous pensez que c'est la question de la présidentielle qui est présente dans l'esprit des Français ? La question qui est, et c'est aussi la mienne, c'est de réglons cette crise -là, et ensuite au mois de janvier, nous commençons. Mais François Hollande, la question qui est posée aussi par certains de ceux qui manifestent dans la rue, c'est une volonté d'alternance. Et dans le cadre de cette volonté d'alternance, est-ce que quand on appartient à un parti qui a désigné, triomphalement,
il
faut le dire, à près de 70% un candidat, est-ce qu
'il
y
a
encore un... Au fond, François Hollande, vous pariez sur le fait que Raphaël Glucksmann s'effondre et que vous puissiez au
mois de décembre
le remplacer ? C'est ça le pari de François Hollande pour être candidat à l'élection présidentielle ? Je ne parie sur rien.
Il
y
a
un candidat qui a été désigné par la primaire du Parti Socialiste avec 120 000 participants, je la respecte,
mais
aujourd'hui, ce n
'est
pas mon problème.
Le
problème du pays, c'est de régler cette crise.
Et
à partir du mois de janvier, je ferai en sorte que tout soit fait pour que le candidat socialiste ou social-démocrate puisse être au second tour. Est-ce que vous souhaitez la victoire de Raphaël Glucksmann à l'élection présidentielle
?
Oui, je souhaite la victoire d'un candidat, en l'occurrence socialiste et social-démocrate, à l'élection présidentielle. Est-ce qu'on en est là ? Parlons franchement, est-ce qu'on en est là
?
La vraie question aujourd'hui, c'est d'écarter l'extraordinaire et de donner un président de la République à la France. Est-ce que la seule puissance, entre guillemets, du Parti Socialiste, il suffira ? Non, il faut s'élargir, il faut s'ouvrir. Et donc vous
souhaitez sa victoire ? Oui, mais
pourquoi ne souhaiterais-je pas la victoire de la famille politique que je représente ? Oui, bien sûr. Et celle de son candidat désigné ? Et celle de son candidat désigné, et faisant tout pour que ce candidat, c'est aujourd'hui Raphaël Glucksmann, soit au second tour de l'élection. Mais je vous l'ai dit, aujourd'hui, la campagne présidentielle, et vous me mettez dans l'obligation d'en parler, je trouve qu'il
y a
même quelque chose, presque de décalé, entre ce qui se passe dans le pays, ce désordre, cette peur qui a saisi nos concitoyens, cette exigence de réponse sociale, et de dire, alors qu'est-ce qui va se passer pour la campagne présidentielle ? Eh bien, nous, au mois de janvier, nous aurons une campagne présidentielle.
Et si c'est Raphaël
Glucksmann, qui bien sûr peut être le candidat,
Oui, François Hollande, on ne peut pas totalement
dissocier le climat actuel de la campagne présidentielle,
puisqu'on est
en plein cœur, vous dites qu'elle n
'a
pas commencé, mais on est franchement dedans, François
Hollande.
Non, on est franchement dedans, parce que les candidats du certainement s'ébrouent dans ce moment-là. Mais vous avez vu des programmes ? Vous avez vu des projets ? Vous avez vu des solutions ? Non. Pourquoi ? Parce que quand on est saisi par ce qui se passe en ce moment, il faut quand même terminer cette année-là, terminer ce mandat, pour que commence une autre
période.
Un dernier mot, François Hollande, sur, pardon là encore, les conséquences politiques de ce qu'on est en train de vivre, à ceux qui disent que le chemin est désormais pavé pour le Rassemblement National. Est-ce que, vous aussi, vous faites l'analyse que les scènes de chaos qu'on a pu voir risquent de favoriser, vont favoriser Marine Le Pen
? C
'est un curieux raisonnement, d 'ailleurs, bien sûr, que je le comprends, de dire, puisqu'il y
a
du désordre, il faut aller chercher la réaction et la force qui viendrait faire de la répression.
Parce
que vous pensez qu'en cas de victoire de Mme Le Pen,
nous
ne vivions pas des situations de chaos, de confrontation ?
C
'est bien ce que cherchent certains. Donc, l'enjeu aujourd'hui, c'est de retrouver, c
'est
pour ça que j'ai évoqué l'union et de la cohésion.
Il
faudra que le prochain président de la République ne divise pas, qu'il rassemble, qu'il réunisse, qu'il crée enfin une espérance, une vision, une capacité d'action, sans doute avec des mesures extrêmement difficiles à prendre, beaucoup plus difficiles que même que celles qu'on imagine aujourd'hui. Parce que c'est le plan de redressement de toute la nation française qu'il faudra engager. Eh bien, pour cela, ce n
'est
pas en prenant un parti qui va fracturer, diviser, qui va utiliser ou en tout cas susciter l'agence, que d'ailleurs la gauche radicale attend aussi, une espèce de confrontation entre les extrêmes. Non, ce n
'est
pas ce que nous voulons pour la France. Et c'est la raison pour laquelle nous devons sortir de cette période pour ouvrir au mois de janvier, j'espère, une campagne électorale qui aura cette dimension.
Merci François Hollande d'être venu au micro de France Inter ce matin. Alors,
à
la revue.