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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 16 juin 2022 7 min

Agnès Evren : "On sera une droite républicaine indépendante, une opposition utile mais pas soumise"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 6h20, à quoi ressemblera la nouvelle Assemblée nationale ? Y aura-t-il une majorité absolue ? Quelle sera la principale force d'opposition face à ces enjeux ? La campagne s'est un peu réveillée dans l'entre-deux-tours. Bonjour Agnès Évrenne. Bonjour. Vous êtes vice-présidente des Républicains et députée européenne. Comment vivez-vous cet entre-deux-tours ? Est-ce que vous comptez les points du match entre la gauche et les marcheurs ?

0:22
Agnès Evren

On observe ce qui se passe. C'est vrai que la droite a subi un accident industriel avec 4,7% à la présidentielle. Mais la droite a résisté. Donc on se dit, si on a un groupe entre 50 et 70 députés, il vaut mieux un groupe d'opposition utile comme le nôtre que 150 qui vont brailler et qui vont être dans une opposition brouillonne et bruyante. Et ce n'est pas ce dont les Français souhaitent.

0:44
Présentateur

Vous nous dites, entre 50 et 70 députés, là pour le moment vous êtes au second tour dans 73 circonscriptions. Donc vous pensez qu'elles sont quasiment toutes gagnables ?

0:52
Agnès Evren

Non mais avec nos alliés, ça ferait à peu près 70, dans le meilleur des cas. Mais vous savez, c'est un scrutin national. Une élection législative. Et donc là, le résultat est évidemment totalement indexé à la présidentielle. Donc on considère que si on est 78, compte tenu du score de 4,7%, ce serait déjà pas mal pour nous. Ce serait le premier étage de la refondation de la droite. Sachant qu'on sera une droite républicaine indépendante, une opposition utile, mais pas soumise.

Parce qu'il est important qu'aujourd'hui, nous soyons, nous aussi à droite, un acteur central des réformes et une force de proposition avec des solutions alternatives sur tous les sujets de préoccupation majeure des Français. Nous n'avons pas forcément les mêmes visions sur les mesures qui sont proposées sur le pouvoir d'achat, par exemple, sur les questions de sécurité, sur les questions de réduction de la dette. Sur tous ces sujets, nous voulons être une force centrale qui va aider aux réformes, mais qui ne sera pas, encore une fois, dans un rapport de soumission vis-à-vis du gouvernement.

1:47
Présentateur

Donc, utile, mais pas soumise. Je reprends votre formule. Ça veut dire que ce sera au cas par cas que vous pourrez voter éventuellement certaines réformes qui seront proposées par le gouvernement ?

1:58
Agnès Evren

Oui, absolument. Évidemment, moi, j'ai aucun problème à dire que s'il y a des bonnes réformes proposées par Elisabeth Borne, nous les voterons.

2:05
Présentateur

Il n'y aura pas d'opposition de principe ?

2:06
Agnès Evren

Il y aura une opposition de principe, parce qu'encore une fois, vous savez, la droite est héritière d'un parti gaulliste qui a donné 5 présidents à la France, qui a dominé la Ve République. Et donc, il est normal que nous jouions notre rôle d'opposition, mais encore une fois, une opposition utile et intelligente. Si on prend, par exemple, les questions de pouvoir d'achat, nous considérons, par exemple, qu'il faut sortir des logiques d'urgence court-termiste avec la politique du chèque et proposer des mesures pérennes.

Par exemple, essayer d'aider ceux qui travaillent, aider les classes moyennes, parce qu'on est au 12e rang européen pour le salaire moyen, alors que le coût de la vie est augmenté, par exemple. Donc, augmenter les revenus de travail en baissant les charges qui pèsent sur les salaires, c'est-à-dire baissant la CSG, convertir la RTT en salaire, défiscaliser les heures subs en plafond, valoriser les pensions de retraite pour qu'aucune ne soit à faire hier au SMIC. Voyez, on veut être une force de proposition, mais encore une fois, dans une opposition qui sera utile et intelligente.

2:58
Présentateur

La coalition présidentielle, avec le Modem et le parti d'Edouard Philippe, en tout cas son centre de gravité de cet ensemble, sur le papier est plus à droite que ne l'était la précédente majorité. Est-ce que ça vous complique la vie ? Ça ne va pas être facile de se positionner vis-à-vis d'eux ?

3:17
Agnès Evren

Si, non, je ne pense pas que ça nous complique la vie. Au contraire, parce que si le président a une majorité relative, alors évidemment il aura besoin de la droite républicaine. Et nous, notre objectif, justement, c'est d'essayer, entre guillemets, de tirer le chariot vers la droite et de permettre que les réformes qui seront adoptées à l'Assemblée soient évidemment modifiées et amendées par notre groupe parlementaire. Et vous savez, nous avons également la majorité au Sénat. Donc nous pouvons en effet être ce groupe qui sera une force centrale, un acteur central des réformes au Parlement.

3:46
Présentateur

Vous savez qu'au sein de votre parti, il y en a qui ne partagent pas votre ligne, qui sont plutôt partisans d'une opposition stricte, formelle à Emmanuel Macron. Est-ce que c'est viable à long terme qu'il y ait ces deux courants dans votre parti ? Est-ce qu'à un moment, il ne va pas falloir clarifier les choses ?

4:03
Agnès Evren

Non, mais ce n'est pas une opposition stricte. Je crois que c'est Jean-François Copé uniquement qui avait proposé un accord de gouvernement, entre guillemets. Non, moi ce que je dis, encore une fois, c'est qu'on sera une opposition intelligente, mais pas frontale. En revanche, on considère aujourd'hui qu'on ne peut pas, comment dire, être dans un contrat de soumission, d'être une force charnière tout simplement. Nous réfutons ce terme parce que nous considérons, encore une fois aujourd'hui, que si demain, la seule alternance qui se décide, ce sont les extrêmes, alors c'est dramatique pour les Français. Parce que ça veut dire, en gros, vous n'avez pas le choix.

Si vous ne soutenez pas le projet d'Emmanuel Macron, alors vous devez choisir entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Eh bien non, heureusement que demain, l'alternance, ça peut être la droite républicaine. C'est pour ça que nous voulons incarner cette opposition, encore une fois, je le redis, utile, mais pas soumise. Vous dites les extrêmes, ça veut dire que vous mettez un signe égal entre la NUP et le RN ? Oui, complètement, pour moi, qu'il s'agisse, ce sont les populistes d'extrême gauche ou d'extrême droite, évidemment.

5:02
Présentateur

Donc ça veut dire que dans les circonscriptions où votre parti est absent, c'est quoi la consigne ?

5:06
Agnès Evren

On ne vote pas ? On vote LREM ? On s'abstient ? Ça dépend des cas. Et en fonction de NUPES ou RN, c'est aucun vote pour nous, aucune voix pour les extrêmes.

5:20
Présentateur

Agnès Evren, plusieurs journaux affirment qu'Emmanuel Macron s'est entretenu avec Gérard Larcher, le président du Sénat lundi. D'abord, est-ce que c'est vrai ? Et est-ce que ce n'est pas gênant, quand même, que l'un des cadres de LR aille discuter avec le président en pleine entre-deux-tours ?

5:32
Agnès Evren

Mais heureusement qu'ils discutent, M. Larcher et le président du Sénat. Ils ont parlé du calendrier parlementaire, d'ailleurs c'est expliqué, il s'en est expliqué, du calendrier parlementaire. Vous savez, on est républicains, encore une fois, nous on n'est pas comme Mélenchon qui demande la révolution perpétuelle. Il faut que maintenant le pays se redresse, il faut que nous faisions avancer les réformes. Et évidemment, s'il y a une majorité relative pour le président, alors ils auront besoin de la droite républicaine. Donc l'idée, ce n'est pas de discuter, ce n'est pas d'aller se brader, ce n'est pas d'aller se vendre, mais c'est de tout simplement préparer le travail parlementaire.

6:04
Présentateur

Et s'il y a une majorité absolue, est-ce que comme un député de votre parti, vous n'aurez plus qu'à prendre du popcorn et à regarder le match avec les Insoumis ? C'est ce qu'il a dit ?

6:12
Agnès Evren

Non, non, parce qu'encore une fois, vous savez, quand on a un groupe entre 50 et 60 députés, évidemment qu'on pèsera sur les choix politiques qui seront faits. Et puis voilà, vous savez, la démocratie, c'est aussi de temps en temps des défaites cuisantes comme la nôtre. Donc on va ensuite s'impliquer dans la refondation. On doit revoir notre positionnement, on doit revoir notre organisation, on doit revoir notre ligne idéologique qui n'est sans doute pas lisible puisqu'on a fait 4,5%. Et donc évidemment, il y a du pain sur la planche, mais on jouera encore une fois notre opposition parce que vous savez, nous sommes la première force territoriale.

Nous avions gagné toutes les élections intermédiaires et je rappelle qu'au Sénat, en effet, nous avons la majorité. Si nous avons un groupe de 50, 60 députés qui bossent bien à l'Assemblée nationale, ce sera le premier étage de la refondation de la droite.

6:58
Présentateur

Agnès Evren, merci, vice-présidente des Républicains. Vous étiez l'invité du 5-7.