Droits de douane américains, condamnation de Marine Le Pen, l'accord en Nouvelle-Calédonie... Le "8h30 franceinfo" de Manuel Valls
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:01OuverteRéponse directe
Les territoires ultramarins sont ciblés par les droits de douane américains, pourquoi ces différences ?
- 3:19OuverteRéponse directe
Manuel Valls, l'un de vos prédécesseurs voit une contestation de la présence française dans ces territoires. Vous l'interprétez de la même façon ?
- 3:28OuverteRéponse partielle
Pourquoi Guadeloupe, Martinique, Guyane, Mayotte à 10% et La Réunion à 37% de droits de douane ?
- 6:38RelanceRéponse directe
Quand Emmanuel Macron dit suspendre les investissements des entreprises françaises, est-ce que ça ne réagit pas un peu vite ?
- 7:46OuverteRéponse directe
Une guerre commerciale qui fait flancher les bourses mondiales, Donald Trump ne va-t-il pas tomber dans son propre piège ?
- 9:10OuverteRéponse directe
Comment entendez-vous ceux qui disent qu'il faut revenir en arrière sur les normes sanitaires et environnementales ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il y a beaucoup de listes qui circulent, il parait qu'il y en a une qui circule sans les territoires ultramarins, il y a une forme de chaos. »
- 1:53InvitéFait
« Ces territoires sont partie intégrante du territoire douanier de l'Union Européenne, mais considérés fiscalement comme des territoires tiers. »
- 4:34PrésentateurFait
« Emmanuel Macron l'annonçait dès la mi-avril pour l'acier et l'aluminium. »
- 8:10PrésentateurFait
« Les guerres commerciales ont ceci de spécifique qu'elles ne font que des perdants, elles provoquent des désastres, nous l'avons vu dans les années 20 et 30. »
- 9:14PrésentateurFait
« On peut toujours assouplir des normes, être intelligent, les adapter. »
- 13:25PrésentateurFait
« Nous ne devons pas tolérer la mise en danger d'abord de l'intégrité des magistrats désormais protégés. »
- 13:41PrésentateurFait
« Plusieurs élus et notamment des élus ultramarins sont condamnés sur les mêmes bases et chacun est égal devant la justice. »
- 20:18PrésentateurFait
« Les Calédoniens ont voté pour que la Calédonie reste française. »
Temps de parole
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Bonjour Manuel Valls, les territoires ultramarins dont vous avez la charge sont ciblés depuis hier plus durement que le reste de la France par les droits de douane décrétés par Donald Trump, ça a surpris tout le monde, est-ce que depuis hier vous avez compris pourquoi ces différences ?
Non pas encore parce qu'en plus il y a beaucoup de listes qui circulent, il parait qu'il y en a une qui circule sans les territoires ultramarins, il y a une forme de chaos, oui j'ai vu une liste mais moi j'attends, je ne suis pas dans l'administration américaine, nous verrons bien, parce qu'on voit bien qu'il y a une forme de chaos, on a même vu l'administration américaine, Donald Trump, mettre des taxes douanières sur des pingouins, sur des territoires où il n'y a personne qui habite, mais en revanche il n'y a aucune mesure spécifique qui est prise sur la Russie de Poutine, sur l'Iran ou sur la Corée du Nord, tout ça est très chaotique mais restons sérieux, il y a un risque de triple choc qui concerne évidemment aussi les territoires ultramarins, un risque au niveau mondial, c'est-à-dire un risque d'escalade, les guerres commerciales ont ceci de spécifique qu'elles ne font que des perdants, elles provoquent des désastres, nous l'avons vu dans les années 20 et 30, il y a une attaque de notre modèle européen, nous le voyons bien, puisque Trump au fond nous reproche les normes sanitaires et environnementales que nous imposons aux Etats-Unis pour protéger les Européens et la planète, et puis au niveau français, il y a une attaque profondément politique, avec des filières impactées, nous les connaissons, qui sont celles aussi de notre puissance, l'aéronautique, les vins, les spiritueux, l'agriculture, la chimie, donc on voit bien que nous sommes face à un moment délicat, il faut une réponse intelligente, graduée, c'est celle qu'évoquait le président de la République hier, au niveau européen d'abord.
Alors on a entendu ce que vous disiez, cette hypothèse d'une liste qui n'intégrerait plus les territoires d'outre-mer, mais si on y reste quand même un instant, ce qui est d'autant plus surprenant, c'est que ces territoires sont partie intégrante du territoire douanier de l'Union Européenne, mais considérés fiscalement comme des territoires tiers. Pourquoi donc Guadeloupe, Martinique, Guyane, Mayotte seraient à 10% et La Réunion, qui a exactement le même statut légal, 37%, pourquoi cette différence ?
Il faut leur demander, on voit bien par exemple qu'il y a une attaque sans précédent contre un grand pays de l'océan indien, Madagascar, et sans doute qui importe, essentiellement, qui exporte la vanille vers les Etats-Unis. Ce pays qui est un pays pauvre serait touché de plein fouet par ces décisions. Est-ce que La Réunion est mise dans le même paquet précédemment, toujours autour de la vanille ou d'un certain nombre de produits ? Honnêtement, je n'en sais rien.
Vous me demandez de chercher de la cohérence dans des mesures qui semblent marquées par l'improvisation, par des listes qui circulent, et par l'idée, que d'ailleurs les commentateurs mettent en avant, que tout ça est négociable, que c'est un deal que souhaiterait Donald Trump pour bénéficier à l'économie américaine, alors que celle-ci est en train déjà de connaître les effets d'une politique douanière de hausse de ses droits, qui est dangereuse pour l'économie mondiale, nous voyons bien avec cette guerre que j'évoquais, mais aussi pour l'économie américaine et ses travailleurs.
Manuel Valls, l'un de vos prédécesseurs, l'ancien ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, sénateur PS, il voit lui une contestation de la présence française dans ces territoires ultramarins. Vous l'interprétez de la même façon ?
C'est toujours possible, je n'avais jamais entendu cela de la part des autorités américaines, la Réunion est assez loin quand même de l'espace américain, alors ça veut dire qu'il faudrait plutôt une attaque douanière contre les Antilles et la Guyane, mais très honnêtement, nous sommes rentrés dans un nouveau monde, dans un monde qui est fait d'instabilité, où si les Etats-Unis restent évidemment nos alliés, l'administration de Trump, pardon, a décidé de changer ses alliances, de mener une attaque contre le modèle économique, commercial, les équilibres, la démocratie européenne.
C'est ça qu'il faut avoir en tête, une guerre commerciale menée par Donald Trump, une guerre idéologique, libérale menée par Vance, avec les conseils d'un Bannon, Steve Bannon, qui est un néofasciste. Donc on a là, dans l'administration américaine, des ingrédients de quelque chose qui est très dangereux. Donc il faut garder son sang-froid, c'est ce que nous faisons au niveau français comme au niveau européen, discuter toujours avec les Américains, mais se préparer aussi à une riposte rapide, Emmanuel Macron l'annonçait dès la mi-avril pour l'acier et l'aluminium, et puis une réponse coordonnée évidemment, parce que nous sommes 450 millions de consommateurs, les Européens.
Il faut que l'Europe se serre les coudes ? Évidemment qu'il faut une réponse graduée, cohérente, et d'abord européenne, et une riposte globale, et on n'exclut absolument rien, notamment je pense aux réponses tarifaires à la tech et au GAFAM. Donc oui, il faut une réponse forte et intelligente. Et c'est ce qui a été dit au niveau européen, il faut savoir que quand on rentre dans une guerre commerciale, même s'il y a encore le temps et l'espace, il faut l'espérer pour la négociation, il faut être capable d'une riposte intelligente et stratégique à chaque fois.
Et coordonnées dites-vous, sauf qu'on sent des petites nuances, parce qu'évidemment la question c'est de savoir s'il faut riposter avant de négocier, ou négocier avant de riposter. Emmanuel Macron a l'air plutôt partisan d'une riposte assez ferme, les propos d'hier étaient assez clairs, en Europe, Ursula von der Leyen, les Allemands aussi sont plutôt dans la négociation d'abord, et vous ?
Non mais là, moi je suis membre du gouvernement français, donc j'épouse évidemment la position du chef de l'État, mais quand je parle d'une riposte intelligente et stratégique, elle doit toujours avoir à l'esprit l'amélioration de notre productivité, la réindustrialisation, la compétitivité, la décarbonation de notre économie, et évidemment à chaque fois la défense de nos intérêts stratégiques, je pense à l'agroalimentaire, mais je pense aussi bien sûr aux territoires ultramarins, qui subissent d'ailleurs, je le dis en passant, non seulement cette attaque commerciale scandaleuse, et évidemment je suis en plein soutien à ces territoires, mais qui subissent aussi d'autres attaques, d'autres influences, de la part de la Russie ou de l'Azerbaïdjan.
Donc nous sommes dans ce moment grave où tout bascule, donc il faut être prêt à mener cette bataille commerciale.
Vous êtes solidaire de la position française, on l'entend bien, mais quand Emmanuel Macron... Il n'en fait plus que ça. On l'entend bien, mais...
On a vu d'autres ministres pas forcément en soutien du Premier ministre ou du Président sur d'autres sujets.
Et quand Emmanuel Macron dit suspendez vos investissements hier aux entreprises, est-ce qu'il ne réagit pas un peu vite, un peu fort, et surtout est-ce que c'est envisageable ? Les entreprises françaises qui avaient entamé des investissements vont pas s'interrompre ?
Mais pour entendre le Président de la République régulièrement en Conseil des ministres, pour m'entretenir avec lui, je partage le sentiment de gravité. Nous ne sommes pas dans un moment où ça passera. Il faut entendre ce que dit Donald Trump. C'est pas une foucade, c'est pas improviser seulement, même s'il y a une part d'improvisation...
Mais suspendre les investissements des entreprises françaises.
Mais nous sommes dans un moment où l'administration américaine a décidé de changer un certain nombre d'alliances, de mener une guerre commerciale, d'abord à l'égard de ses principaux alliés historiques, à commencer par l'Europe. Et donc nous avons besoin, bien sûr, de la réflexion, mais de montrer que nous sommes conscients de ce qui est en train de se passer. Donc, si nous rentrons, et j'espère que nous pourrons l'éviter, mais si nous rentrons dans cette guerre commerciale que souhaitent les Américains, il faut s'y préparer. Et donc les propos du président de la République vont, je crois, dans ce sens.
Une guerre commerciale qui est déjà en train de faire flancher les bourses mondiales, on le voit depuis hier. Est-ce que finalement, Donald Trump ne va peut-être pas tomber dans son propre piège ?
Sans doute, mais dès qu'on rentre dans une guerre des droits de douane, il faut rappeler les erreurs, y compris des Etats-Unis et d'Amérique, dans les années 20 et 30. Et cela conduit à la crise de 1929, cela conduit à la Grande Dépression, et cela conduit aussi, pardon d'être un peu grave, à la Seconde Guerre mondiale, puisque les économies européennes se sont effondrées, favorisant la montée des fascismes et des populismes à l'époque.
Alors, comparaison et paraison, nous sommes dans d'autres moments, mais cette guerre commerciale peut plonger les classes moyennes, les classes ouvrières, qui vivent déjà des situations difficiles, des deux côtés de l'Atlantique, et donc aussi aux Etats-Unis, dans une situation extrêmement précaire. Il y a une part d'improvisation, il y a une part de folie, à l'idée de privilégier à tout prix la puissance américaine, qui n'en manque pas déjà, on risque de provoquer en effet un effondrement des économies.
Encore un mot là-dessus, vous l'évoquiez, ces surtaxes sont censés répondre aussi à ce que les Américains, enfin à des barrières dites non tarifaires, à l'entrée des produits américains, par exemple des normes sanitaires et environnementales. Comment vous entendez ceux qui régulièrement laissent entendre qu'il y a trop de normes, qu'il faut revenir un peu en arrière ? Vous vous dites, ne cédons surtout pas là-dessus, c'est la spécificité européenne ?
On peut toujours assouplir des normes, être intelligent, les adapter, mais le ministre des Outemers que je suis est confronté, voit tous les jours avec des ultramarins, quels sont les effets du changement climatique, du réchauffement climatique, avec les traits de côte, des cyclones de plus en plus fréquents et de plus en plus violents, l'augmentation de la chaleur, ce que cela peut représenter pour tous les circuits d'eau, on pourrait parler de Mayotte, de la Guadeloupe, de la Guyane, bref, de la Réunion bien sûr, qui a été, il y a quelques semaines encore, frappée et par un cyclone, et avant par une crise de l'eau dans une partie du territoire.
Donc, face à ces sujets-là, si on ne prend pas conscience que la priorité, c'est la préservation de la planète et notre capacité à avoir donc une économie décarbonée, alors ça veut dire qu'on est totalement à côté de la planète, à côté de l'histoire. Ce n'est pas la première fois que cette administration de Trump, c'était le cas déjà quand il était président de la République, il y a un peu plus de, président des Etats-Unis, il y a un peu plus de 4 ans, si les Etats-Unis sortent totalement des traités qui permettent la lutte contre le changement climatique, contre le réchauffement climatique, évidemment là on aura à faire face à des conséquences en plus plus graves.
Donc vous avez une guerre en Europe, vous avez une guerre commerciale dans le monde, et en plus une volonté de nier ce qu'est la réalité du changement climatique. C'est particulièrement grave. Mais raison de plus, pardon,
pour ne pas multiplier les déclarations sur ces normes européennes qui sont si faciles à balayer, comme ça, d'un verre de manche, que certains voudraient balayer.
Mais on ne peut pas les balayer, ça veut dire qu'on ne peut pas faire preuve d'intelligence, on voit bien dans le débat entre agriculture, écologie, il y a un certain nombre de choix qui ont été faits, mais sur la stratégie globale de lutte contre le réchauffement climatique, il ne faut pas s'en écarter, il en va tout simplement de l'avenir de l'espèce humaine. Le 8.30 France Info, Bérangère Bond, Benjamin Fontaine.
Et ce matin, Manuel Valls, ministre d'État, ministre des Outre-mer. Benjamin Fontaine le disait, Donald Trump s'immisce, s'invite dans la politique française ce matin, en appelant à la libération de Marine Le Pen. Ça aide ou ça plombe un soutien de Donald Trump pour Marine Le Pen ?
De l'administration américaine à travers son président ou son vice-président, marque le soutien à l'extrême droite britannique, aux néo-nazis de l'AFD en Allemagne, à l'extrême droite en Espagne. Je ne suis pas sûr que ça aide. En tout cas, ça démontre qu'il y a une internationale réactionnaire, une internationale d'extrême droite qui cherche à peser dans les débats. Pas touche à la justice française, M. Trump. Il faut quand même respecter une grande démocratie. Nous respectons la démocratie américaine, le choix des électeurs américains, quoi qu'on en pense.
Et moi, je demande un respect de ce qu'est la France, sa République, son histoire, intimement liée d'ailleurs à l'histoire américaine depuis Lafayette et donc au travail de la justice française. C'est ce que vous voulez répondre ce matin ? Ce que je ressens, c'est que dans le populisme et dans cette extrême droite réactionnaire, dans ce mouvement qu'on sent monter un peu partout dans le monde, il y a une conception de la démocratie qui est une remise en cause de la séparation des pouvoirs.
Et moi qui suis profondément républicain, qui défend le travail de la police, de la gendarmerie, je défends aussi évidemment profondément l'indépendance de la justice dans le moment grave que j'évoquais tout à l'heure parce qu'on voit bien qu'il y a une remise en cause de la démocratie. Il y a même un doute général dans les opinions sur la démocratie. Remettre en cause dans le pays de Montesquieu qui a inventé la séparation des pouvoirs, cette séparation me paraîtrait et me paraît particulièrement grave.
Il y a un doute et je reprends votre mot qui s'est installé dans le débat depuis le début de la semaine. Il y a cet appel à soutenir Marine Le Pen lancé par le RN qui revendique un demi-million de signatures pour sa pétition d'ailleurs et 20 000 adhésions en plus depuis le début de la semaine. Jordan Bardella récuse lui le terme de coup de force à propos de la manif de dimanche. Quel regard vous portez sur ce qui se passe en France ?
L'émotion, l'affection à l'égard d'une dirigeante, la volonté de changer la loi. Tout ça, je peux le comprendre. Ça fait partie du débat. Mais nous ne devons pas tolérer la mise en danger d'abord de l'intégrité des magistrats désormais protégés. Mais nous ne devons surtout pas et j'y insiste tolérer la remise en cause du système de la justice, de son indépendance, de son impartialité. Plusieurs élus et notamment des élus ultramarins sont condamnés sur les mêmes bases et chacun est égal devant la justice. S'ils ont fauté, c'est normal.
Et le parti de Mme Le Pen qui pendant des décennies a exhibé le slogan « main propre, tête haute » et qui réclamait l'inigibilité à vie des élus, un certain nombre de ses responsables sont condamnés pour des faits graves ou d'étournements. Moi, je lis uniquement ce que je vois dans la presse. Donc, il faut respecter les décisions de justice. On peut évidemment manifester mais attention au chaos et attention à la remise en cause de principes fondamentaux qui sont ceux de la République.
Alors justement, Jean-Luc Mélenchon parle de risque sédicieux dimanche. Il craint des dérapages. Est-ce qu'il faut l'autoriser ce rassemblement dimanche ?
Je crois que le droit de manifester doit être respecté si les conditions se réunissent, il n'y a pas de troubles à l'ordre public. Il faut respecter que ça fait partie de la démocratie. Même lorsqu'on remet en cause l'indépendance des juges ? C'est un droit constitutionnel. Mais avec d'autres, ça fait partie de ceux qui disent qu'on ne peut pas mettre en cause des magistrats, on ne peut pas parler de la manière dont on l'a fait l'autre jour à l'Assemblée nationale d'un carton, je mets des guillemets, de magistrats. Si on met en cause ainsi la justice, surtout quand il s'agit des responsables politiques, on crée les conditions d'une confusion.
Moi, je crois que les Français sont profondément attachés à cette séparation des pouvoirs. Et dans ce moment-là que j'évoquais, j'y insiste, de troubles, de remises en cause de la démocratie dans un climat géopolitique particulièrement grave, nous l'avons beaucoup peu évoqué, n'oublions pas la guerre en Ukraine, ce n'est pas le moment de mettre en cause des fondements de notre démocratie, de nos institutions.
Vous avez peut-être entendu hier soir Bruno Retailleau qui donne raison à Jardin-de-Bardet, c'est sur France 2, qui parlait de juges rouges. Le ministre de l'Intérieur a jugé objectif qu'il y ait des juges rouges et il s'en prend au syndicat de la magistrature. Je ne parle même pas seulement à l'homme de gauche que vous êtes toujours, je pense, mais vous...
Je vous confirme. Vous parlez d'abord à un ministre de la République, vous parlez à un républicain, à quelqu'un qui...
Qu'un autre ministre de la République qualifie les juges ainsi ? Ça ne vous choque pas ?
Nous sommes dans un moment où notre rôle est de défendre l'État de droit. Nous sommes dans un moment où nous devons défendre des principes comme la séparation de la justice. Qu'on soit de droite et de gauche. Moi, je suis un républicain de gauche, mais avant tout, je suis un patriote. Je suis un démocrate. Dans un moment où dans le monde, nous voyons bien, il y a des forces, il y a des dangers, il y a évidemment la guerre en Europe, il y a les attaques que nous subissons de la part de l'islamisme, il y a cet international réactionnaire qui se sent renforcé évidemment par la victoire de Donald Trump et par ses attaques permanentes contre nos systèmes démocratiques.
Nous sommes dans un moment où il faut être clair et tous les mots ont leur importance. Moi, je n'attaquerai pas la justice. Donc, c'est une erreur de Bruno Retailleau ? Ça, c'est vous qui faites les commentaires. Je vous pose la question. Moi, je défends des positions. Nous sommes dans un moment où tout mot a son importance. Et quand on gouverne, quand on est au gouvernement, il faut être très attentif à défendre la séparation des pouvoirs. Donc, il ne le fait pas quand il parle de juge rouge ? Il y a longtemps, sur le fameux mur d'idées cons du syndicat de la magistrature, ça ne fait pas plaisir puisque c'est un syndicat. Bruno Retailleau parle d'un syndicat et ne parle pas des magistrats.
Mais attention, il y a des juges, les juges ont des opinions, il y a des juges de gauche, il y a des juges de droite, il y a des constatants. Mais, ils appliquent la loi. C'est ça qu'il faut rappeler. Et, vous savez, la justice, ce n'est pas uniquement celle qui concerne les politiques. Et la lutte contre la corruption, elle est indispensable dans une démocratie. Donnons pas en plus le système en voulant changer, donnons pas le sentiment, pardon, en voulant éventuellement changer la loi, que cela devrait profiter d'abord aux politiques alors que nos compatriotes, ils sont aux prises de la justice, notamment civile ou administrative. D'autant que cette expression
juge rouge, précisément, c'était dans les années 70, on l'a un peu oublié.
C'est un peu vintage.
Non, mais c'était des juges qui étaient qualifiés de rouge parce qu'ils s'en prenaient, qu'ils avaient condamné un patron qui s'en était pris au droit syndical. Vous avez raison.
Et reconnaissons que depuis les années 90, et tous les gouvernements y ont contribué, nous avons renforcé les moyens de lutter contre la corruption. La fameuse loi Sapin de 2016, j'étais Premier ministre, visait à lutter d'abord contre la corruption dans le monde économique. Il faut toujours le rappeler. J'ai voté la loi de 2017 qui renforçait les moyens de lutter contre la corruption ou les fautes des élus. C'est une minorité. Il faut toujours le rappeler. L'immense majorité des élus de ce pays, les élus locaux notamment, font un travail tout à fait exceptionnel.
Ne mettons pas à mal parce qu'il y a une actualité, parce qu'il y a des tensions, cet édifice, nous devons défendre plus que jamais nos principes démocratiques.
Manuel Valls, vous rentrez de Nouvelle-Calédonie. Vous avez passé quatre jours à discuter avec toutes les parties qui se regardent, c'est vrai, un peu en chien de faïence depuis les émeutes du printemps dernier. Objectif, un accord sur l'avenir institutionnel de Lille à la fin du mois. Est-ce que c'est possible ?
C'est indispensable, surtout la Calédonie va très mal, son économie est à terre, les inégalités sociales, les fractures sociales sont là, il y a eu des morts, le sang a coulé, les braises sont toujours là et donc il y a toujours des risques d'explosion politique ou sociale. Nous avons réussi à ce que tout le monde se parle de nouveau, il y a quelques semaines, de nouveau il y a quelques jours, j'y retourne à la fin des mois. Oui, moi je souhaite un accord. De quel type d'accord on parle ? Mais d'abord pour la Nouvelle-Calédonie. Un accord qui permet d'abord de la stabilité pour permettre à l'économie de repartir, aux investisseurs de revenir.
Donc sur un calendrier long, sur une dizaine d'années à nouveau ?
Nous verrons bien, précisément il y a beaucoup de discrétion dans les débats et chacun le respecte parce qu'il faut réussir cet accord. L'une de mes priorités c'est par exemple la relance du secteur du nickel. C'est stratégique aujourd'hui, notamment par rapport au débat que nous venons d'avoir, la Commission européenne s'y intéresse, notamment à travers le commissaire ces journées. Mais pour cela, pour permettre les investisseurs, des reprises des entreprises qui sont en difficulté là-bas, il faut de la stabilité. Et donc je pense qu'on doit pouvoir progresser ensemble d'où la nécessité d'engager des négociations que j'espère faire aboutir dans quelques semaines.
Jusqu'où l'État est prêt à aller ?
Mais il faut un accord global. La France a des intérêts stratégiques en Nouvelle-Calédonie et dans le Pacifique. que l'État continuera à assumer et assurer bien sûr ses responsabilités en matière de sécurité extérieure ou intérieure. Les Calédoniens ont voté pour que la Calédonie reste française. Mais il y a aussi une aspiration à l'émancipation, à avoir plus de responsabilités et aussi une aspiration à écouter également la revendication du peuple premier, du peuple autochtone, des Canaques. Donc tout cela...
Le gel du corps électoral qui est toujours un symbole pour les Canaques.
Non, pas que pour les Canaques parce qu'il y a des Calédoniens qui sont là depuis très longtemps et qui ne peuvent pas voter mais pour tout le monde. S'il y a un accord global, nous pouvons aussi...
Et on explique, il s'agit de... En gros, les indépendantistes ne veulent pas que les habitants qui sont arrivés après 98 puissent voter.
Oui, mais il y a les natifs, il y a les conjoints, mais je rentre déjà trop dans les détails. S'il y a un accord global, eh bien il y aura aussi un accord sur la question de la citoyenneté et du corps électoral. Il y aura aussi un accord sur de nouvelles compétences pour les provinces et notamment en termes de fiscalité. Mon souhait, c'est qu'il y ait un accord global. On ne peut avancer qu'avec un accord global. Et sur tous les sujets. Sur tous les sujets, nous pouvons avancer, y compris sur la question du gel électoral.
Vous partez demain à La Réunion et à Mayotte. Un mot de La Réunion qui est en proie à une nouvelle crise de chikungunya avec un pic de l'épidémie prévue mi-avril, des hôpitaux saturés, une activité économique touchée selon le président de la CCI. Est-ce que tout est sous contrôle ?
L'activité économique est touchée déjà depuis plusieurs semaines. Notamment à cause du cyclone Garance. Il y a déjà un énorme travail qui a été fait pour lutter contre les effets du chikungunya. C'est vrai que les semaines les plus délicates aujourd'hui se profilent. Le pic est attendu pour la mi-avril. 40 000 doses sont arrivées hier par le vaccin. Notamment parce qu'il y a une campagne de vaccination, il faut toujours le rappeler, ciblée sur les personnes fragiles, personnes âgées.
C'est pour des contaminations qui sont évaluées au moment du pic entre 13 000 et 29 000. Oui, mais là, ça concerne les vaccinations.
C'est pour les personnes âgées, pour la comorbité. Il y a plus de 65 ans. On a depuis la mi-août de l'année dernière, 2024, un peu plus de 20 000 cas. Donc oui, c'est une situation qui met sous tension tout le système de santé. J'irai d'ailleurs rencontrer les professionnels de santé. il y a 6 000 cas par semaine. Il y a déjà eu deux décès, des personnes âgées. Non ? Donc tout le système de santé est mobilisé. Mais ça va venir ?
Vous faites ce qu'il faut ?
Tout est fait, évidemment. L'ARS est mobilisée et l'une des raisons pour lesquelles je me rends aussi à La Réunion, c'est pour marquer notre engagement sur ce dossier qui inquiète évidemment des populations qui sont déjà touchées par les effets du cyclone de garance ou par des problématiques économiques et sociales qui restent plus lourdes à La Réunion qu'ailleurs.
Un très rapide mot de Mayotte puisque vous enchaînez ensuite avec Mayotte 4 mois après le passage du cyclone justement. Dans quel état vous vous attendez-vous à trouver l'île en termes d'eau, d'électricité, de reconstruction ?
J'étais il y a quelques semaines et je m'y rends régulièrement. Nous sommes dans un moment qui reste très difficile. Je pense notamment à la question de l'eau parce que tous les cycles de l'eau ont été aussi détruits par la disparition d'une grande partie de la forêt. On met le paquet, on a déjà voté un texte de loi d'urgence pour permettre vite la reconstruction. Il y a un autre texte de loi qui va arriver en mai au Sénat. On met le paquet mais c'est difficile parce que la réalité, la vie quotidienne des Mahorais, cette vie quotidienne reste très difficile. Donc j'y vais aussi pour faire le point sur cette mobilisation.
Nous leur donnons ça aux Mahorais qui sont tellement attachés à la France.
Merci Manuel Valls d'avoir été avec nous ce matin sur France Info. Merci Bérangère, à demain.