Climat : la désobéissance civile justifiée ? - Yannick Jadot - C à Vous - 07/11/2022
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 3:03OuverteRéponse directe
Vous, ancien candidat à la présidence de la République, vous appelez à la désobéissance civile ?
- 3:41RelanceRéponse partielle
Vous n'avez pas répondu à la question de l'agriculteur des Deux-Sèvres.
- 6:48OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous répondez à la colère des agriculteurs ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:01Invité politiqueFait
« Moi, j'ai pratiqué, j'ai dirigé les campagnes de Greenpeace, des actions de désobéissance civile. »
- 2:13Invité politiqueFait
« Et même été condamné. »
- 2:42Invité politiqueFait
« C'est illégal. La loi, heureusement, grâce à ces actions de désobéissance civile, a été utile. »
- 5:28Invité politiqueChiffre
« L'État français a été condamné deux fois pour une action climatique. »
- 5:33Invité politiqueFait
« L'État français, vous l'avez dit, est le seul pays qui n'a pas respecté ses objectifs européens en matière d'énergie renouvelable. »
- 8:01Invité politiqueFait
« Mais il faut quand même dire, sur la question des bassines, qu'il n'y a pas d'eau magique. »
Temps de parole
- Yannick Jadot72 %
- Locuteur 76 %
- Locuteur 96 %
- Locuteur 55 %
- Locuteur 83 %
- Locuteur 103 %
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Ce qui est radical, ce sont les actions qui se multiplient pour alerter sur le climat et elles ne font pas toujours consensus, comme encore ce matin sur le périphérique parisien.
On est 8 et on bloque le périphérique extérieur pour dernière innovation, qui est une campagne de résistance civile qui vise à ce que le gouvernement agisse en matière de rénovation thermique des bâtiments pour lutter contre la crise écologique et sociale actuelle.
Nous demandons à Burger King de mettre fin à ces pratiques, donc à arrêter ces densités extrêmes. On a 9 citoyens sur 10 qui demandent la fin de l'élevage intensif et l'arrêt des pires pratiques.
La course a été perturbée par une dizaine d'écologistes qui ont bloqué le parcours.
Ils sont plus de 400 motards à concourir. Le balisage modifié oriente les participants dans de mauvaises directions. En quelques heures, la compétition vire au fiasco.
Plusieurs flèches ont été repositionnées et ont fait partir des pilotes sur plusieurs kilomètres. Et notamment sur des zones, je précise, non relayées par les téléphonies.
Résultat, un des coureurs a été retrouvé bien plus tard en hypothermie parce qu'il avait pris la mauvaise direction suite à...
Et qu'il n'avait plus d'essence. Les manifestants écologistes contestent totalement avoir bougé la signalétique. Mais on ne sait pas qui a fait le coup. Je veux dire, là vous faites un lien entre les militants écologistes et le problème de signalétique. Ils le contestent totalement. Non mais, vous pouvez avoir, y compris ma voiture, ma voiture a été vandalisée il y a quelques jours. Il y a les black blocs. Vous savez, ces jeunes tout en noir. Ils sont là, au fond, ils s'incrusent dans toutes les mobilisations. Ils sont là avec leur propre agenda qui est notamment un agenda de règlement de compte avec la police. Et ils assument la violence que nous refusons totalement.
Mais là, vous avez des jeunes qui, à visage découvert, disent « Attention, notre avenir est en train d'être sacrifié. Nous sommes désespérés de la situation dans laquelle nous sommes. Il y a l'inaction climatique en permanence. » Moi, j'ai pratiqué, j'ai dirigé les campagnes de Greenpeace, des actions de désobéissance civile. J'en ai pratiqué beaucoup. Et même été condamné. Même été condamné. Mais quand on arrachait des OGM, on le faisait à visage découvert. Et d'une certaine façon, la loi nous a donné raison.
Oui, parce que vous arrachiez des OGM qui, finalement, ont été interdits. Mais quand on s'attaque à des OGM...
Mais attendez, on a construit la loi. Non, non, non.
Non, non, on n'a pas le droit d'en cultiver en France. On n'a pas le droit d'en cultiver en France. Non, mais en vue de recherche, il y a des OGM qui ont été arrachés. Alors que ça devait servir à des expérimentations...
Mais ce que je veux dire, c'est que quand Noël Mamère marie deux personnes... Il est mère de Bègle. Il marie deux personnes de même sexe. C'est illégal. La loi, heureusement, grâce à ces actions de désobéissance civile, a été utile. Ce que je veux dire, c'est que quand vous faites de la désobéissance civile...
On comprend peut-être un peu moins le rapport.
Quand vous faites de la désobéissance civile, vous la faites au nom du droit et pour le droit. Pour faire évoluer le droit et l'intérêt général. Après, quand vous faites...
Vous, ancien candidat à la présidence de la République, vous appelez à la désobéissance civile ?
C'est quand même pas un édite. Mais moi, c'est chacun sa place. Quand... On pourrait aller plus loin. Quand Rosa Parks s'assoit dans le bus à la place réservée aux Blancs. Je veux dire, elle le fait et elle va changer la société américaine. Mais il faut des politiques pour construire le droit que la légitimité de l'action de désobéissance civile a prouvé. Après, quand vous faites une action de désobéissance civile, ça relève du symbole. Non. Vous choisissez... Non, mais vous choisissez...
Quand une bassine est sabotée et qu'un agriculteur est ruiné à cause de cette action-là, comme l'autre jour dans les Deux-Sèvres, c'est pas du symbole pour le type qui est visé. Quand vous, par exemple...
Mais vous répondez pas à ce que vient de vous dire.
Non, mais je réponds à la question du tableau, par exemple. Mais vous répondrez aussi à Patrick. Oui, mais je répondrai à la question de Patrick Cohen. La question du tableau. Moi, quand je l'ai vu, je me suis dit, quel sens ça a, ça ? Au fond, la peinture... Spontanément, vous n'avez pas compris. Spontanément, j'ai pas compris. Et même, ça m'a choqué. Parce que, quand vous êtes écologiste, au fond, il n'y a pas de séparation entre la culture et la nature. Et que, là, je me suis dit, est-ce que les personnes qui vont regarder cette action vont comprendre ce que font des jeunes à visage découvert ? Attention, c'est pas des black blocs. C'est pas violent. C'est toujours à visage découvert.
Mais ce que je retiens, c'est peut-être pas une action que j'aurais faite, mais ce que je retiens, c'est que vous avez aujourd'hui une jeunesse qui a pris le Covid. Moi, quand j'avais 20 ans, c'était la chute du mur de Berlin. Ils ont 20 ans, c'est la guerre en Ukraine. Quand j'avais 20 ans, c'était le début des années 90, c'était toutes les grandes conférences. C'était la conférence de Rio sur l'environnement, la conférence sociale. Il y avait un espoir énorme d'un monde qui allait mieux. Le leur, c'est le fracas des chocs climatiques, pandémiques, les inégalités, leur instabilité.
Et ils disent, au fond, quand ils attaquent un musée, ils disent, OK, il y a des choses qui sont sacrées, l'art. Mais vous vous rendez compte que vous défendez quelque chose de sacré quand notre vie est désacralisée. Et moi, j'entends surtout, ce qui me choque, au fond, c'est qu'on parle des actions comme ça illégales. Mais l'État français a été condamné deux fois pour une action climatique. L'État français, vous l'avez dit, est le seul pays qui n'a pas respecté ses objectifs européens en matière d'énergie renouvelable. Nous sommes condamnés sur la pollution de l'air et sur d'autres sujets environnementaux. C'est ça qui devrait choquer.
Alors, quand il y a des actions comme ça, parfois, ça détourne. On a un débat sur les pratiques et on n'a pas un débat sur le fond. Mais on devra avoir un débat sur le fond, le climat.
Vous n'avez pas répondu à la question de l'agriculteur des Deux-Sèvres. On y revient avec Émilie.
Oui, pour revenir sur Sainte-Sauline, il y a eu quand même un bilan de violence. Sainte-61 gendarmes, 30 manifestants ont blessé. Et ça, ça a mis en colère des agriculteurs. Et notamment, Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, c'était ici même jeudi dernier.
Si il y a une autorisation et que les manifestants, comme ils le font, disent, si on n'est pas reçu par le président de la République et s'ils ne renoncent pas au projet, on casse tout. Où est l'état de droit ? Je suis très inquiète pour l'état de notre pays et entre nous. Pourquoi sont-ils venus aussi violents avec les black box ? Ils veulent un mort. Ils veulent si vince bis. C'est ça qu'ils cherchaient. Il faut oser dire les choses comme elles sont. À l'étranger, je suis présidente européenne des agriculteurs, on m'interroge. Il n'y a qu'en France qu'il y a ces démonstrations imbéciles. Pardon, l'eau est rare et chère.
Ceux qui cassent les bassines nuisent à l'alimentation, qui est quand même un bien commun.
Alors, qu'est-ce que vous répondez à la colère des agriculteurs ?
Un, j'ai moins entendu Christiane Lambert quand la FNSEA organise des manifestations qui cassent. Ils ont quand même brûlé des préfectures. À l'époque, ça la gênait moins. Non, non, mais attendez. Mais moi, j'ai toujours dit, la désobéissance civile, c'est une philosophie d'action. Ça rejette la violence. Ça interdit la violence. Quand vous avez des black blocs, encore une fois, qui viennent pourrir nos manifestations. Mais ils le font sur les manifestations sociales du 1er mai. Ils le font sur les marches climat. Moi, ce qui m'a choqué... Les sabotages de bassines, c'est les black blocs ? Ce qui m'a... Ah ben, c'est quand vous voyez les images, j'étais tout en noir.
Moi, ce qui m'a choqué, au fond, quand j'étais là-bas, c'est qu'ils sont tellement présents maintenant que les militants écolos sincères, ils sont tous perturbés, en fait, par cette présence-là. Et vous avez de moins en moins de familles dans toutes les manifestations. D'ailleurs, que ce soit une manifestation climat ou une manifestation du 1er mai. Parce qu'ils ont peur de cette violence. Donc moi, je combats cette violence. Et justement, et c'est peut-être pour ça aussi, que je me suis fait insulter ou huer par les militants d'extrême-gauche qui ont applaudi Poutouk, appelé à la violence. Ben oui, c'est pas mon truc. Moi, je refuse la violence. Je pense qu'elle nous dessert.
Elle dessert tous nos objectifs. Mais il faut quand même dire, sur la question des bassines, qu'il n'y a pas d'eau magique. À un moment donné, si on n'a pas compris, en 2022, qu'une ressource naturelle, elle n'est pas infinie, qu'elle est cherchée...
Les agriculteurs veulent la stocker.
Ah oui ? D'accord. Eux, ils veulent faire du maïs. Ils veulent pouvoir... Ils ont décidé de réduire la production de maïs. Oui, mais ça fait 20 ans qu'ils nous disent qu'ils vont réduire les pesticides. Ça fait 20 ans que ça augmente. Ils vont réduire les cultures de maïs aussi. Parce que, donc, on fait avec ça, c'est pour faire du maïs pour nourrir les élevages industriels. OK ? Donc, ils disent, si on veut continuer à faire du maïs, effectivement, comme c'est des régions qui sont structurellement déficitaires en eau, il nous faut des bassines. Le seul problème, c'est que ce monde-là n'est pas à part du reste.
Vous avez des rivières, vous avez des nappes phréatiques, vous avez une faune, vous avez une flore, vous êtes juste à côté du Marais-Poix-de-Vin, qui est un écosystème absolument extraordinaire. Vous avez...
L'association de défense du Marais-Poix-de-Vin a signé le protocole d'accord sur les bassines.
Mais ils sont tous en train d'en sortir tellement les agriculteurs ne changent rien. Ils n'en sont pas sûrs. Vous avez les conquiliculteurs qui font les moules, les huîtres, qui ont besoin d'une eau de rivière douce, de qualité. Quand il n'y a plus d'eau et que l'État met 400 millions d'euros, 400 millions d'euros pour 200 bassines et quelques dizaines d'agriculteurs, eh bien moi, je dis, on va manquer d'eau, il y a la sécheresse et le dérèglement climatique, c'est 400 millions. Travaillons avec ces agriculteurs pour qu'ils changent de modèle et que ce soit un modèle qui consomme moins d'eau. C'est ça la raison aujourd'hui.
Yannick Jadot