François Hollande sur l'ISF : "On paie toujours sa première erreur et on la traîne tout au long de son mandat"
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Questions et réponses
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- 0:54OuverteRéponse directe
Trois ans après la COP21, auriez-vous pu imaginer que les États-Unis quitteraient l'accord ?
- 3:11RelanceRéponse directe
Ça sert à quoi cette COP24 sans Donald Trump ?
- 3:23ComplaisanteRéponse partielle
Justement pour démontrer que le multilatéralisme, il survit.
- 7:47OuverteRéponse directe
Quel est votre regard sur le mouvement des Gilets jaunes ?
- 9:33OuverteRéponse directe
Est-ce qu'Emmanuel Macron doit aujourd'hui reculer face aux Gilets jaunes ?
- 11:23RelanceRéponse directe
Donc si je vous comprends bien, vous ne dites pas ce matin il faut qu'il revienne sur cette réforme totalement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:17Invité politiqueFait
« C'était une hypothèse, mais il y avait surtout le succès qu'il fallait à un moment acter et qui fait qu'il y a aujourd'hui un accord qui engage tous les pays, y compris les Etats-Unis, qui ne peuvent pas en sortir sans respecter certaines conditions. »
- 2:31Invité politiqueFait
« Exactement. Troisième constatation, c'est qu'on avait dans l'accord de Paris, et c'était déjà un succès, limité à 2 degrés Celsius le réchauffement par rapport à ce qu'il était avant l'ère pré-industrielle, je ne vais pas rentrer dans trop de détails, pour la fin du siècle. »
- 3:08Invité politiqueFait
« C'est le rapport de Gia qui est venu nous le confirmer. »
- 10:31Invité politiqueChiffre
« Je veux rappeler qu'il y aura 30 centimes d'augmentation du gazole sur le quinquennat et 16 centimes sur l'essence. »
- 13:12Invité politiqueFait
« Je pense que ce qui marquera le début de ce quinquennat, on le sait, c'est la suppression de l'impôt sur la fortune. »
- 13:22Invité politiqueFait
« Vous c'est quoi ? C'était peut-être justement d'avoir été à un moment trop lourd sur le redressement des finances publiques. »
- 17:37Invité politiqueFait
« L'idée, on l'avait reçue de nos prédécesseurs, il fallait mettre des portiques partout. Et en Bretagne, ces portiques étaient considérées comme des péages, qui étaient d'ailleurs assez vrais puisque c'était le destinateur final. »
- 18:01Invité politiqueFait
« Donc aujourd'hui, la fiscalité, elle doit être, sur le plan écologique, elle doit être la plus redistributive possible. »
Temps de parole
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Pour ouvrir cette semaine spéciale que vous propose France Inter, consacrée aux enjeux climatiques à la veille de l'ouverture de la COP24, nous recevons dans le grand entretien le Président de la République qui accueillit la COP21 et engagea la France dans l'accord de Paris. Intervenez au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et à l'aide de l'application France Inter. Monsieur le Président, François Hollande, bonjour. Bonjour. Évidemment, vous réagirez dans quelques instants à l'actualité préoccupante de ce week-end, mais pour commencer donc, retour sur ce 12 décembre 2015, 195 états signé ce premier accord universel pour lutter contre le réchauffement climatique.
Il faut se souvenir de l'atmosphère alors, l'émotion de voir le monde parler d'une seule voix, la confiance dans le multilatéralisme qui donnait sa pleine mesure, l'inquiétude enfin quant au fait de savoir si les objectifs fixés seraient à la fois tenus et suffisants. Trois ans après, on est trois ans après, François Hollande, auriez-vous pu imaginer que les Etats-Unis quitteraient l'accord, que le consensus sur le climat reculerait et que le chacun pour soi reprendrait de la vigueur ?
C'était une hypothèse, mais il y avait surtout le succès qu'il fallait à un moment acter et qui fait qu'il y a aujourd'hui un accord qui engage tous les pays, y compris les Etats-Unis, qui ne peuvent pas en sortir sans respecter certaines conditions. Peut-être que d'ailleurs Donald Trump ne sera plus là à ce moment-là. Mais c'était un succès parce que c'était la première fois que le monde entier, avec ses différences, avec ses oppositions, arrivait à mettre par écrit des engagements qui étaient contraignants et qui donc les mettaient dans l'obligation de les appliquer.
Et trois ans après, néanmoins, et c'est ça la politique, c'est-à-dire que les accords ne vivent que parce qu'il y a des chefs d'Etat et de gouvernement et des parlements qui les appliquent. Trois ans après, qu'est-ce qui se passe ? Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a déchiré en tout cas la partie le concernant et même a entraîné avec lui d'autres pays, le Brésil aujourd'hui, et on peut voir les Philippines et certains pays, y compris en Europe, la Pologne qui va recevoir la COP24 et qui n'est pas un exemple notamment pour l'usage du charbon.
Et on voit aussi que des pays du Golfe, qui avaient été extrêmement réticents à s'engager, peuvent également être tentés, non pas de se retirer, mais en tout cas d'être moins empressés. Deuxième constat qui n'est pas plus rassurant, c'est que les émissions de gaz à effet de serre, les émissions de CO2, loin de se réduire, se sont amplifiées.
On atteint un maximum l'année dernière selon l'ONU.
Exactement. Troisième constatation, c'est qu'on avait dans l'accord de Paris, et c'était déjà un succès, limité à 2 degrés Celsius le réchauffement par rapport à ce qu'il était avant l'ère pré-industrielle, je ne vais pas rentrer dans trop de détails, pour la fin du siècle. Et on s'aperçoit aujourd'hui que ce n'est pas 2 degrés qu'il faudrait simplement avoir comme objectif, mais 1,5 degrés Celsius, si on veut éviter un certain nombre de catastrophes. C'est le rapport de Gia qui est venu nous le confirmer.
Ça c'est le constat, mais alors ça sert à quoi ? Ça sert à quoi cette COP24 sans Donald Trump ? Ça sert à quoi de signer des accords contraignants si on peut les déchirer deux ans après ? Ça sert à quoi ces grandes réunions multilatérales, au moment où le multilatéralisme ne sert plus à rien ?
Justement pour démontrer que le multilatéralisme, il survit. Il survit à travers ces conférences. Les ouvre-coteux. Qu'est-ce qu'on dirait s'il n'y avait plus ces rendez-vous ? Donc la COP24, c'est le moment où on va demander à chaque pays de vérifier si les engagements ont été tenus et si les obligations ont été respectées. Mais la réponse est non. La réponse est non, y compris pour la France d'ailleurs. Et donc ça permettra, devant le monde entier, devant vous, devant les citoyens, de dire est-ce que votre pays a été à la hauteur ? Non, il n'a pas été à la hauteur, alors il doit agir.
Deuxièmement, il faut que cette COP24, on aille plus loin dans les engagements que nous n'étions allés lors de la COP21, c'est-à-dire dans la somme des engagements qui avaient été pris. Troisièmement, il y a un aspect qui était très important pour les pays émergents, pour les pays les plus pauvres, c'est d'avoir un financement leur permettant d'assurer la transition énergétique. Là aussi, la COP24 devra contrôler si ces engagements ont été tenus. Mais la question, elle est très importante. Est-ce que le multilettarisme, c'est fini ? C'est mal en point. Il y a deux phénomènes qui sont en train de se produire.
La mondialisation connaît une crise, dont les mouvements sont un symbole ou un symptôme, mais on voit bien un retour vers la nation, voire même vers le nationalisme. Deuxièmement, l'universalisme, qui était celui de ce qu'on pensait être l'ONU, les grandes institutions, les accords, est en recul considérable. C'est-à-dire que non seulement la mondialisation économique n'est plus maîtrisée, mais la mondialisation politique, qui avait été marquée par ce succès de la COP21, est en contestation profonde. Et Donald Trump est celui. Parce qu'il faut à un moment situer les responsabilités.
Donald Trump est le président des Etats-Unis qui ne veut pas simplement défendre son pays, ce qui est quand même bien légitime. Il est celui qui veut détruire l'ordre international né de l'après-guerre et poursuivi encore jusqu'à l'accord sur le climat, mais je pourrais citer aussi l'accord sur l'Iran, les accords commerciaux. Donc il faut bien se rendre compte...
C'est le grand responsable, c'est le grand coupable ?
Enfin, il est celui en tout cas qui ordonne, organise, au-delà de la vulgarité de certains de ses propos, ce n'est pas le sujet de la manière dont il se comporte, c'est ce qu'il fait, ou plus exactement ce qu'il défait. Et s'il était le seul, on pourrait dire, bon finalement c'est le président des Etats-Unis, à un moment il partit...
Non, c'est un mouvement qui est maintenant engagé, on voit bien un certain nombre d'initiatives qui sont prises par des pays, pas simplement du point de vue climatique, du point de vue aussi des frontières géographiques, on voit ce qui se passe en ce moment en Ukraine, avec l'intervention russe dans une partie particulièrement conflictuelle, on voit bien ce qui se passe au Moyen-Orient, donc on est devant la déconstruction du monde. Alors à partir de là, politiquement, qu'est-ce qu'on fait ? Eh bien on revendique le multilatéralisme, on ne pourra pas lutter contre le réchauffement climatique en mettant des frontières, c'est absurde.
Ce que fait, pardonnez-moi, ce que fait Emmanuel Macron, très clairement ce qu'il a fait à la tribune de l'ONU... Mais tant mieux, mais bien sûr, toutes les voies... Non mais est-ce que vous saluez ça ?
Mais bien sûr, toutes les voies, mais notamment la voie de la France, parce que c'est la position de la France, et il faut absolument que cette voie-là, ne soit pas la seule, mais qu'elle soit portée par des forces politiques, par des acteurs économiques...
Mais sur la question du climat, la France est légitime à prendre un leadership dès lors qu'elle-même ne respecte pas les accords qu'elle signe à Paris.
Voilà pourquoi nous sommes dans un débat qui est décisif, c'est-à-dire qu'il faut à la fois assurer le respect des engagements, et notamment sur le réchauffement. Dans l'accord de Paris, j'y reviens, puisqu'on revient sur ce qui a été fait, il y avait le prix du carbone qui était introduit. Qu'est-ce que c'est que le prix du carbone, pour que chacun comprenne bien ? C'est le fait que, puisqu'on veut chasser le CO2, en tout cas on veut faire qu'il soit moins émis, il faut qu'il ait un prix. Donc on lui met un coût supplémentaire pour l'usage ou pour la consommation des produits. Ce prix du carbone, forcément, il touche les consommateurs. Il se retrouve dans les prix de l'énergie.
Alors il faut avoir, quand on veut avoir une politique climatique, une politique sociale et une politique de redistribution particulièrement ambitieuse.
Alors on y va, vous faites la transition. On va venir à la fronte des Gilets jaunes et à ce qui s'est passé ce week-end d'abord, et avant tout sur ce qui se passe. Quel est votre regard sur ce mouvement des Gilets jaunes ? Emmanuel Macron parle de poujadisme contemporain. Gérald Darmanin a dit ce week-end, c'est la peste brune qui a manifesté sur les Champs-Elysées. Et vous, quel est votre regard ? De quoi les Gilets jaunes sont-ils le nom à vos yeux ?
Le nom d'une aspiration populaire à être regardé, à être entendu, à être compris.
Ce n'est pas la peste brune.
Enfin, comment on peut utiliser des mots comme ça ? Ça déconsidère même celui qui l'emploie, ce mot-là, pas ce qu'il vise. Mais il faut bien comprendre, au-delà des instrumentalisations qui existent, des manipulations, des provocations, des violences qui sont absolument insupportables, il y a, dans une partie du peuple français, du territoire que l'on connaît bien, une aspiration à être compris, qu'on sache exactement ce qu'est la vie de ces femmes et de ces hommes. Il se trouve que moi, j'ai fait un tour de France, je les rencontre, ils me parlent. Ce n'est pas simplement, comme on le dit, des catégories très populaires qui n'en peuvent plus. C'est déjà ça.
Mais c'est aussi des personnes retraitées, des personnes salariées, des personnes, comme on dit, installées dans la vie, mais qui ont des contraintes qui deviennent de plus en plus insupportables. Pas simplement pour le transport, d'ailleurs, parce qu'on réduit ça, et on a raison, puisque au début, c'était la revendication principale au prix de l'essence et du gazole. Non, c'est une question beaucoup plus forte, c'est qu'est-ce qu'on pèse ? Est-ce qu'on a une citoyenneté ? Est-ce qu'on sait comment nous vivons ? Et c'est ça, le mouvement dit des Gilets jaunes. Alors après, il faut y répondre dans ces revendications.
Voilà, alors justement, d'une manière ou d'une autre, François Hollande, est-ce qu'Emmanuel Macron doit aujourd'hui reculer face à ces Gilets jaunes, comme vous-même avez reculé face aux bonnets rouges qui se révoltés en Bretagne contre l'éco-taxe ? Ségolène Royal demande clairement que la hausse de la taxe des carburants en janvier n'intervienne pas. Et vous ?
Moi, comme président, j'avais fixé une trajectoire pour intégrer le prix du carbone, et donc augmenter les taxes sur l'énergie, les énergies, toutes les énergies et aussi les produits qui intègrent du carbone. Cette trajectoire était beaucoup plus graduelle et l'actuel président, le gouvernement, ont amplifié et accéléré. Ça pouvait se justifier au regard de l'enjeu. Alors, il fallait, il faut encore, qu'il y ait une compensation. Toutes les recettes tirées de ce surplus de taxes doivent être redonnées aux Français. Donc il y a 3,5 milliards qui ont été ainsi prélevés. Je veux rappeler qu'il y aura 30 centimes d'augmentation du gazole sur le quinquennat et 16 centimes sur l'essence.
C'est à peu près 20% de plus que ce que vous aviez prévu.
Exactement.
Parce que vous aussi vous aviez prévu l'augmentation. Je viens de le dire.
Donc il faut que ce surplus puisse être redistribué aux Français sous quelle forme ? Chèque énergie, mais pas pour 300 000 ou 500 000 personnes, pour 10 millions ou 12 millions de foyers, pour ceux qui sont concernés. Il faut aussi qu'on puisse accompagner vers des mesures beaucoup plus structurelles en termes d'isolation des logements puisque c'est effectivement les passoires énergétiques. Elles sont aussi bien dans les territoires ruraux que dans les villes de France. Donc il doit y avoir une réaffectation, une réallocation de ce qui est le supplément de recettes.
Donc si je vous comprends bien, vous ne dites pas ce matin il faut qu'il revienne sur cette réforme totalement à partir de janvier, comme le dit Ségolène Royal.
Soit il revient à la trajectoire, je comprends que Ségolène Royal y soit attaché puisque c'est ensemble que le gouvernement que je présidais a pu prendre cette stratégie. Soit il revient à la situation antérieure, soit il n'y revient pas. Et à ce moment-là, toutes les recettes supplémentaires doivent être réaffectées pour les Français. Et d'autre part, il faut quand même qu'il y ait une concertation. Moi je l'ai demandé, elle arrive, tant mieux, elle arrive tard, tant pis. Mais il faut absolument qu'il y ait une concertation pour que les territoires puissent eux-mêmes prendre en compte cette nécessité d'une réallocation de cette recette.
Le Haut Conseil pour le Climat, c'est une bonne idée ou c'est une usine à gaz ?
C'est une idée qui rajoutera encore une instance et un lieu de concertation. Mais s'il y a les experts, les syndicats, les acteurs politiques, ça peut être aussi une façon de prévoir l'avenir. Mais avant, il faut quand même dire aux Français ce qui se produit, ce qui va se produire. Le rôle, c'est toujours facile quand on n'est plus en responsabilité, mais le rôle du chef de l'État, c'est de dire dans quel monde nous allons évoluer. Je viens de le décrire. Ça va être un monde dur. Ça va être un monde où il va falloir être capable de faire entendre sa voix et de lutter contre le retour aux solutions nationales. A partir de là, il faut être capable de faire preuve de beaucoup d'écoute.
Ça, c'est la démocratie. Je pense que c'est une composante très importante du succès d'une politique climatique. La démocratie, que chaque citoyen puisse être soi-même responsable de ce qui se produit. L'égalité, la justice fiscale, elle n'est pas au rendez-vous. Je pense que ce qui marquera le début de ce quinquennat, on le sait, c'est la suppression de l'impôt sur la fortune. C'est la formule que j'ai utilisée. Mais elle est tellement évidente aujourd'hui quand on sait qu'il y a 3 milliards et demi qui ont été dépensés pour les pur riches.
C'est ça qui paye Emmanuel Macron ?
Je pense qu'à un moment, et tout président peut en faire le constat, on paye toujours sa première erreur. Et on la traîne tout au long de son mandat. Vous c'est quoi ? C'était peut-être justement d'avoir été à un moment trop lourd sur le redressement des finances publiques. C'était absolument indispensable. Je l'ai assumé. Et après, j'ai été amené à baisser les impôts dans les 3 dernières années de mon mandat. Mais je ne suis pas sûr que ça a été l'impression générale qui en soit sortie.
François Hollande, est-ce que cette situation dont on parle, politique et sociale, vous inquiète profondément ? À quoi peut conduire la colère qu'on voit aujourd'hui en France et qui trouve difficilement un chemin pour s'exprimer dans les corps intermédiaires classiques ?
D'abord, la France, ce sont des institutions. Elles doivent être respectées, président, parlement. Et les mouvements peuvent avoir des revendications, mais pas de remettre en cause les institutions. Mais la France, ce sont aussi des corps intermédiaires. C'est-à-dire des élus locaux, où a-t-on fait en sorte de les écouter, y compris au moment du congrès des maires ? Ce sont les organisations syndicales, quand même. Laurent Berger. Quand on a la chance d'avoir une proposition qui vient d'un partenaire social qui est le premier syndicat dans le secteur privé et qui vient vous dire écoutez, est-ce qu'on ne peut pas se mettre autour d'une table pour trouver ensemble des solutions ?
On n'envoie pas le Premier ministre un dimanche soir à la télévision pour repousser d'un revers de main une proposition qui part avec un bon esprit, qui cherche une issue et qui aurait empêché, si elle avait été reprise, d'avoir une semaine de manifestation et le dimanche assez cruel dont nous avons eu le spectacle à travers les Champs-Elysées.
Le samedi. Mais manifestement, la position est en train d'être amendée. Est-ce que vous reconnaissez au gouvernement, Emmanuel Macron et même au Premier ministre, de retendre la main vers ces corps intermédiaires, les élus locaux avec la réunion de l'AMF la semaine dernière, les syndicats avec Laurent Berger ? Est-ce que vous avez l'impression qu'il y a quand même un changement là, que c'est entendu ou non ?
Mais tant mieux, j'en suis satisfait si c'est ce mouvement-là qui est en train de s'opérer. Je peux regretter qu'il ait mis une semaine parce que toute journée à un prix, mais tout ce qui doit être fait pour reconsidérer les corps intermédiaires, les syndicats, les partis politiques, les grandes organisations professionnelles, les élus locaux, oui, il faut les associer parce qu'il n'y aura pas de changement climatique s'il n'y a pas une stratégie qui associe tous les responsables français à cette grande aventure.
François Hollande dans cette France qui est en train de se tendre où on voit, on en a parlé à l'instant, la colère des Gilets jaunes d'un côté et un pouvoir qui dit « maintenons le cap », on va trouver des solutions, des mesures, mais « maintenons le cap ». Comment expliquez-vous qu'il n'y ait pas de place pour la parole sociale-démocrate ? Ni de place, ni d'efficacité ?
Ah si, je pense que la sociale-démocratie dans ce contexte est d'une profonde actualité pour trois raisons. La première, l'écologie, c'est bien la dimension planétaire qui arrivera à s'imposer. Si on veut que le réchauffement climatique ne mette pas en cause notre propre vie, parce qu'on dit toujours que c'est les générations futures. Non, non, non, non. C'est notre propre vie qui est en cause. Eh bien, il faut qu'il y ait des mesures qui soient prises qui sont forcément des mesures législatives, réglementaires. C'est une régulation, c'est une organisation. La sociale-démocratie a cette...
Et pourquoi c'est à chaque fois la fiscalité écologique qui trinque ?
Deuxièmement... Pourquoi ? Deuxièmement...
Avec les bonnets rouges, avec vous, avec les gilets jaunes, à chaque fois, on a l'impression que la goutte qui fait déborder le vase, c'est la fiscalité écologique.
Deuxièmement, la sociale-démocratie, c'est la justice fiscale. Alors, quand il y a le sentiment, et ce n'est pas qu'un sentiment, quand il y a une réalité, c'est-à-dire que c'est l'impôt indirect, c'est le péage, c'est la différenciation dans le tarif qui l'emporte sur la mesure de redistribution, il y a un problème. Vous avez évoqué les bonnets rouges. Je vais en parler pour ne pas donner l'impression de fausser ma propre responsabilité ou me défausser, plus exactement. C'est-à-dire, qu'est-ce qui se passait ? L'idée, on l'avait reçue de nos prédécesseurs, il fallait mettre des portiques partout.
Et en Bretagne, ces portiques étaient considérées comme des péages, qui étaient d'ailleurs assez vrais puisque c'était le destinateur final. La mesure n'est pas comprise. La mesure est injuste. Il faut l'enlever. Donc la fiscalité, ce n'est pas quelque chose qui est en soi positive ou négative. Ça dépend comment elle est mise en œuvre. Donc je l'ai retiré. Qu'est-ce que j'ai fait à la place ? J'ai mis, pour financer les infrastructures routières, 2 centimes de plus sur le gazole. J'ai assumé. J'ai assumé cette augmentation. Donc aujourd'hui, la fiscalité, elle doit être, sur le plan écologique, elle doit être la plus redistributive possible.
C'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait compensation et soutien direct à la population qui souffre le plus des conditions de dérèglement climatique. Vous dites qu'il doit y avoir
une politique sur la fiscalité. Est-ce aujourd'hui un sujet qui est entre les mains de la technocratie et de Bercy, pour le dire vite ? Généralement, les impôts,
ils sont définis au ministère des Finances. Mais entre la technique et l'idéologie, il y a deux mondes. Mais vous avez raison parce qu'il n'y a pas plus grande force intellectuelle que de réfléchir à la répartition des richesses dans notre pays. S'il n'y a pas de sujet plus politique que la fiscalité. Et si la fiscalité dans l'histoire a eu cette place, je rappelle ce qu'ont été les conditions de certaines révoltes, voire même de la révolution ou de la contestation de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur la fortune à d'autres époques, c'est parce que la fiscalité est en soi très politique.
Elle modifie des patrimoines, elle modifie des revenus, elle modifie des règles dans la société, elle prend aux uns pour donner aux autres. S'il y a vraiment un sujet qui est politique, et de ce point de vue-là, je revendique ce sujet. D'abord, l'impôt, il ne sert pas à rien. Ce n'est pas simplement d'envoyer des signaux pour consommer mieux. L'impôt, c'est fait pour financer des infrastructures, des services publics et des prestations. Il faut revendiquer quand on lève un impôt ce qu'on fait de cet impôt. Aujourd'hui, le pouvoir, c'est qu'il a levé des impôts supplémentaires sans dire ce qu'il allait en faire et qu'il a baissé des impôts qui étaient ceux des plus privilégiés.
À un moment, ça coince.
On va passer au standard de France Inter. Je salue Frédéric, soyez le bienvenu. Oui,
bonjour à tous, bonjour Inter, François Hollande, bonjour.
Bonjour.
Une question peut-être un petit peu personnelle. Le président Macron s'est présenté comme un homme neuf, mais en fin de compte, il est au pouvoir depuis maintenant plus de six ans puisqu'il a été votre conseiller et votre ministre. Je voudrais me vous demander si vous avez perçu vous-même une différence entre le Macron qui, disons, qui est exercé sous votre responsabilité et le président que l'on connaît actuellement qui paraît quand même un petit peu confiant dans ses certitudes et apparemment un petit peu sourd et aveugle à ce qui l'entoure à ce qu'il se dit.
Merci Frédéric pour cette question. François Hollande vous répond.
Oui, elle est à la fois personnelle et politique cette question et je la comprends très bien. Quand il était mon conseiller, il obéissait, c'était bien la règle, aux consignes que je donnais, aux orientations que je fixais. Quand il était ministre d'un gouvernement, même s'il avait son domaine, il était dans une solidarité par rapport à une politique que je menais avec les premiers ministres, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve. donc nous étions tout à fait clairs sur ce que nous avions à faire mais lui n'avait pas de marge particulière et il apportait ses propres conseils ou ses propres compétences.
Là, il est en charge du pays, il est le président de la République, il a donné une orientation, ce n'était pas la mienne mais ce n'était pas non plus la sienne quand il était à mes côtés. Slimane est en ligne, soyez le bienvenu, bonjour.
Bonjour à vous.
On vous écoute.
Oui, bonjour monsieur le président. Bonjour. Alors, en fait, j'avais une question d'ordre organisationnel ou plutôt de logistique et je voulais savoir pour les européennes, comment le parti socialiste allait être organisé puisque je vois beaucoup de nouvelles personnes, notamment Olivier Faure et j'entends dire qu'il serait peut-être plus opportun de laisser la place à des nouvelles personnes. Enfin, ce n'est pas moi qui l'ai dit mais je voulais savoir qu'est-ce que vous en pensiez.
quand vous dites qu'il faut laisser la place à des nouvelles personnes, c'est François Hollande qui doit laisser la place. C'est ça Slimane ?
Ce n'est pas moi qui l'ai dit mais je voudrais savoir ce que monsieur le président en pense, effectivement. C'est moi qui l'ai dit,
c'est moi qui l'ai dit Slimane.
Alors allez-y, François Hollande vous répond. Mais Slimane, je l'ai laissé la place, ne vous inquiétez pas. Ce que je regrette aujourd'hui, c'est qu'il n'y ait pas d'unité de la gauche pour se présenter à ce scrutin comme à d'autres d'ailleurs et de crédibilité. Il ne peut pas y avoir d'avenir de la démocratie s'il n'y a pas une sociale démocratie, une gauche qui est en capacité de faire des propositions et de représenter l'espoir.
Et donc c'est ça la responsabilité d'une nouvelle génération sûrement mais de tous parce que nous avons besoin de cette gauche et on la cherche y compris dans les mouvements et moi pour aller jusqu'au bout de votre question y compris ce que vous n'avez pas posé franchement la gauche ne peut pas être représentée par un parti ou un mouvement là je parle des insoumis qui se comportent en accusant les journalistes d'être pourris en poursuivant les juges et en faisant en sorte d'être quelques fois dans l'obiguïté par rapport à certains mouvements.
Quelle lecture portez-vous sur le résultat de la législative partielle en Essen ?
Celle-là justement je pense que...
Pardonnez-moi donc c'est Francis Choua qui a gagné beaucoup de socialistes dont Julien Drey avaient soutenu l'insoumise Farida Amrani quelle lecture vous en avez ?
Celle que je viens de vous donner c'est que c'est pas possible pour un électorat de se retrouver un électorat de gauche j'entends socialiste de se retrouver derrière une candidate qui représente un parti qui tient ses positions et qui n'est pas clair sur justement cette volonté de rassemblement.
Est-ce que Ségolène Royal serait une bonne tête de liste pour les européennes ?
Ça c'est pas à moi de le dire c'est à elle puisqu'elle... Elle en a envie ? Voilà si elle y réfléchit Alors votre avis ? Oui, moi je pense qu'elle a toutes les capacités toutes les conditions pour porter notamment pour les élections européennes les valeurs qui sont les siennes et notamment sur l'écologie.
Marie France autre question d'auditrie sur l'application France Inter vous pose la question suivante la ministre de la Justice Nicole Belloubet a annoncé sa volonté de réformer par ordonnance la justice des mineurs Qu'en pensez-vous Monsieur le Président ?
C'est pas la première fois que le texte celui de l'ordonnance de 45 sur les mineurs est modifié corrigé et il n'y a pas de raison de ne pas regarder ce qu'il faut changer dans cette justice-là mais la méthode m'a paru étonnante c'est-à-dire de le faire par ordonnance c'est-à-dire sans vrai débat parlementaire sans concertation suffisante avec l'ensemble des acteurs de cette justice voilà je considère que c'est pas forcément la bonne orientation
Une dernière question qu'on va poser à tous nos invités cette semaine
Allez-y Nicolas j'ai pas de raison de la poser
Et vous François Hollande c'est vrai que vous n'avez plus de voix et vous François Hollande que faites-vous vous pour la planète ? Chaque jour ? Oui chaque jour comme citoyen
D'abord j'ai toujours eu un comportement qui était vertueux essentiellement vertueux j'espère par exemple on s'était moqué ça a pu arriver durant mon quinquennat Le train on s'était moqué oui de deux deux choses une anecdotique mais qui n'est pas si anecdotique qui était que je ne supportais pas comme président que l'Elysée reste allumée que des bureaux restent allumés la nuit alors peut-être certains voulaient montrer qu'ils travaillaient la nuit et donc laissaient la lumière moi je considérais je faisais moi-même le tour il faut éteindre la lumière au niveau de mon étage parce que je trouve ça insupportable donc je fais maintenant dans une modeste maison je fais la même chose je ne supporte pas qu'on laisse même des signaux allumés et deuxièmement c'est vrai que pendant que j'étais président toute cette période-là je souhaitais prendre le train parce que je considère que c'était à la fois plus rapide et plus facile et plus écologique et on me disait non pour des raisons de sécurité ce n'est pas possible et bien aujourd'hui je prends le train
vous avez éteint la lumière au parti socialiste aussi
oui mais je pense que la flamme existe toujours il suffit de la souffler pour qu'elle aille dans le bon sens je m'y emploie même si je reviens finalement à une forme d'énergie assez primaire et bien oui il y a un moment il faut être dans l'énergie primaire celle qui est celle des idées merci monsieur le président de la république François Hollande
d'avoir été au micro de France Inter ce matin 8h49 le carrefour du 7-9 à suivre
François Hollande