[DÉCOUVERTE] Toussaint Louverture : l’esclave qui a dit non | 2/5 · Un homme libre, mais de couleur...
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 36:59InvitéFait
« le gouverneur en titre lui donne le titre de nouveau Spartacus »
- 37:50InvitéFait
« il ne manque aux nègres qu'un chef assez courageux pour les conduire à la vengeance et au carnage »
- 47:56InvitéFait
« je suis l'esclave de Breda »
- 56:16InvitéFait
« On lui a légué des bandes. Il en a fait une armée. On lui a laissé une jacquerie. Il en a fait une révolution. »
Temps de parole
- Invité80 %
- Invité 27 %
- Présentateur4 %
- Invité 33 %
≈ 0,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Angé qui fait soleil, qui éclairait nos eaux, qui soulevait la mer, qui fait l'orage grondé. Dans cette histoire qui a duré plusieurs siècles, de subjugation, domination, mise en esclavage, il y a quelque chose d'abord de paradoxal entre le statut de Saint-Domingue à l'origine en tant que colonie française, qui était considérée comme la perle des Antilles, c'était la colonie la plus prospère dans l'Empire français, mais également par rapport aux autres puissances colonialistes européennes. C'était aussi certainement l'une des plus dures. Maboula Soumaoro, civilisationniste.
Et moi ce qui m'a toujours intrigué c'était cette corrélation entre la dureté de la colonie, quand je dis dureté, c'est-à-dire les conditions de travail des personnes réduites en esclavage qui n'étaient jamais bonnes, mais là elles étaient pires. Tout cela qui a finalement mené à cette révolte, c'est-à-dire que c'est peut-être la colonie ou l'une des colonies où on a été le plus gourmand, le plus intraitable, le plus violent, qui n'a pu faire que donner lieu à ces circonstances exceptionnelles qui ont mené à l'indépendance d'Haïti en 1804. Grande traversée, toussant l'ouverture, de Saint-Domingue à Haïti, l'esclave qui a dit non.
Panté qui fait soleil, clair et nous, soulevez la mer qui fait l'orage conté. Deuxième épisode, un homme libre, mais de couleur. Stéphane Bonnefoy, d'Iphi Mariani. Carcan avec baillon frotté de piment. Pendaison par oreille clouée. Brûlure des parties sexuelles. Aspersion de bouillie brûlante de canne. Arrachement des dents. Pendaison, 30 livres. Rouée vif, 60 livres. Brûlée vif, 60 livres. Traîner et pendre un cadavre, 35 livres. Couper le jarret et flétrir, 15 livres. Fouetter, 5 livres.
À la veille de la révolution, il y aurait environ 500 000 esclaves, 40 000 blancs, 30 000 libres de couleur. Donc c'est la troisième concentration d'esclaves aux Amériques, sur un très petit territoire.
Cécile Vidal, historienne.
Donc on peut se demander, a priori, comment on peut maintenir en esclavage 500 000 personnes face à une minorité démographique de personnes connaissant la liberté. Ça paraît absolument extraordinaire. Et ça repose en effet, les sociétés esclavagistes, les économies esclavagistes, reposent leur particularité. C'est un usage constant de la violence physique.
Je suis Toussaint. Né à Breda. Colonie de Saint-Domingue. J'ai soigné les animaux. J'ai été coché. J'ai parcouru la grande plaine du Nord avec Bayon de Libertat, mon maître. J'ai su gagner sa confiance. Il m'a affranchi. Je suis un esclave libre. Un libre de couleurs, comme on dit. Comment oublier ma condition ? Autour de moi, personne ne l'oubliera. La liberté, la vraie, est à conquérir. Doucement aller loin. Doucement, doucement aller loin. Doucement. On n'a même pas de traces formelles de son affranchissement. Jean-Marie Théodat, géographe. Quand est-ce qu'il a été affranchi formellement ? On ne sait pas. Autour de sa 36e ou 37e année.
Donc, ce changement de statut doit avoir eu comme effet sur l'imaginaire du jeune homme, qui a déjà une trentaine d'années, un effet proboratif. Ça lui ouvre des horizons. Il s'est senti pousser des ailes. Je pense que c'est un homme qui est investi d'une sorte de force mystique. Il croit en son destin. Il a la conviction, après coup, d'être ce Spartacus noir que prophétisait la Bérénale. Et je pense qu'il faut une dose justement de mythe et de foi en soi pour se lever de telles montagnes. T'aim fait ses ambitations brites crampem Taïwanan africaine. T'aim fait mesclaves, ben v'le libertem. Yo, arrête, mettem non khaïfodéjou d'un gros château Borgia.
M'aim fait ses ambitations brites, longtemps avant nos troubles, je gérais l'habitation Breda du Haut du Cap. Ayant approfondi le caractère de Toussaint, je lui avais confié la principale branche de mon administration et le soin du mobilier, c'est-à-dire des bestiaux. Bayan de Libertat, le moniteur universel, 3 février 1799. Jamais ma confiance en lui n'a été trompée. Toussaint témoignait une joie inexprimable de me voir à chaque instant au milieu des Noirs, leur donner mes ordres pour exciter leur vigilance et leur courage. Et cela dans un moment où il suffisait d'être blanc pour être massacré.
Bayan de Libertat est devenu, je crois, le dirigeant, le gérant, parce que le propriétaire était en France, le gérant de la plantation de Breda, dans le Nord, au début des années 1770, l'historien, Sudhir, Azare Singh. Il le devient d'ailleurs après une période assez trouble sur la plantation où il y avait eu plusieurs révoltes. Et il semblerait que Toussaint ait joué un rôle important dans la pacification de ces révoltes. C'est-à-dire que ce n'était pas la violence qui était utilisée, mais une forme de compromis où le gérant précédent, qui était un homme très violent, avait finalement dû partir et il était remplacé justement par Bayan de Libertat.
Et c'est avec Bayan de Libertat que Toussaint-Louverture développe une relation très particulière. Et nous pensons que c'est Bayan de Libertat qui émancipe Toussaint-Louverture probablement vers 1774 ou 1775. Nous ne savons pas exactement parce que le document n'a pas encore été retrouvé. Peut-être qu'il le saura dans les archives. Là aussi, on n'est pas sûr, mais si Toussaint-Louverture est né en 1740, à 35 ans, donc voilà, il est émancipé à cet âge-là. Et il faut savoir qu'encore déjà en 1791, la colonie de Saint-Domingue dans son intégralité ne compte qu'environ 750 noirs libres. 750. Sur une population noire de presque 500 000.
Donc, vous voyez déjà là à quel point le destin de l'ouverture est exceptionnel. J'ai 33, 34, 35 ans. Qui connaît le jour ou même l'année de ma naissance ? Mon père, Deguenon, que les Blancs nomment Hippolyte, le sait-il lui-même. Ma mère, ce nom donné par les Blancs. Pauline. J'ignore son véritable nom. Il est affranchi, mais sa famille ne l'est pas. C'est pour ça qu'il reste sur la plantation. Sa famille est autour de lui.
Mais il semblerait, d'après les documents que nous avons sur les années 1780, il semblerait que l'ouverture a la possibilité, grâce à sa position stratégique, non seulement à s'occuper de ses proches et à leur donner un régime de travail disons moins contraignant que d'autres et nous pensons que la plupart des membres proches de la famille de l'ouverture étaient des esclaves de maison plutôt que des champs. Mais il semblerait aussi, si on en croit les comptes que nous avons de la plantation Breda qui ont survécu, nous voyons que dans les années 1780, par exemple, la plantation dépense de l'argent pour soigner les esclaves.
Donc, on ne veut pas exagérer ce qui se passait, c'était toujours une plantation d'esclaves où la vie était très dure, mais il ne semblerait pas que le type d'atrocité qui se commettait encore à Saint-Domingue dans les années 1770 et 1780 ne se pratiquait pas sur la plantation de Breda. Donc, on peut penser de ce point de vue-là que Toussaint aurait eu un rôle qui a permis de minimiser ces violences. Ça fait une différence de l'égalité, si vous voulez. Plus de personne ne peut rien lui demander. Il est libre, à point, il fait ce qu'il veut. Il est au niveau des hommes de couleur, c'est-à-dire de la deuxième classe de la colonie. L'historien Jacques Ducounat.
Il y a trois classes, un dans la société domingoise. En haut de la pyramide, vous avez les 30 000 blancs à peu près, qui sont les rhinicoles, c'est-à-dire ils ont tous les droits du royaume. Au-dessous, vous avez une classe à peu près équivalente de 35 000, peut-être 40. On ne voulait pas qu'ils soient trop nombreux pour qu'ils excèdent le nombre de blancs, qui sont les libres de couleur. Et alors, les derniers, les esclaves, n'ont aucun droit, pratiquement, par rapport aux deux autres classes. Ils sont simplement, eux, considérés au titre de meubles, c'est-à-dire pouvant bouger, mais objets, si vous voulez, nécessaires à la culture de la plantation. C'est tout.
C'est si les Toussaint vont rester deux décennies ensemble et puis à un moment donné ils vont se séparer. On est en 1782 ou quelque chose comme ça. Toussaint va se mettre en ménage avec une lavandière de l'habitation Breda qui s'appelle Suzanne, qui est déjà mère d'un enfant métis, placide. Jean-Louis Donadieu, historien. On est en 1782 ou quelque chose comme ça et il va se mettre en ménage avec elle et puis avoir deux autres garçons, Isaac et puis ensuite Saint-Jean. On n'a pas d'acte de mariage de Toussaint et de Suzanne. On sait simplement qu'elle était la sœur du commandeur Bruno qui est un noir commandant les autres noirs. Le commandeur, ce n'est pas un blanc faire la plantation.
C'est ce noir qui commande les autres noirs et qui rencontre à l'économe qui est un petit blanc qui surveille les esclaves, lequel économe rencontre au gérant qui gère l'ensemble des travaux de la plantation, y compris les comptes, etc. Lequel gérant rencontre au procureur qui a le pouvoir du maître qui lui-même est absent en France. Vous voyez la cascade hiérarchique. Ce qui fait qu'épouser la sœur du commandeur, c'est pour quelqu'un qui sort de l'atelier d'esclaves une belle promotion déjà. Promotion, promotion. Peut-être que je l'aimais aussi, Suzanne.
Et d'ailleurs, en 1791, quand l'insurrection, le soulèvement, pour être plus précis, va éclater, Toussaint et Bruno, son beau-frère, vont préserver la plantation Breda des flammes, des émeutiers, des incendies. Et ça, on ne dit pas pourquoi. C'était simplement que Toussaint, en l'absence de Bayon de Libertat, qui, comme tous les gérants, s'était fait sa petite habitation à lui, quand je dis petite, c'est une grosse sucrerie, au Limbaix, dans un autre quartier, un peu plus loin, et qui n'était que rarement là, maintenant, au haut du cap. Eh bien, il laissait Toussaint s'occuper un peu de tout cela. C'est pour ça qu'on a dit souvent qu'il était majordome, en quelque sorte, de la plantation.
Majordome. Plus pour longtemps. Je suis Toussaint, fils de Degnon, noble du royaume d'Alada. Le père de l'ouverture, Hippolyte, était un haut fonctionnaire, probablement un noble, parce que ce sont les nobles qui ont à la fois la culture administrative et aussi la culture militaire. Et nous savons que sur le visage du père de l'ouverture, Hippolyte, il y avait des marques sur la peau. Et les marques étaient, dans la culture Alada, des signes de distinction. Donc, il est probable qu'il était de famille noble et cette noblesse était importante parce que les esclaves entre eux avaient aussi des hiérarchies.
Et c'est ce qui permet aussi de comprendre pourquoi à la fois le père de l'ouverture, mais aussi l'ouverture lui-même, étaient reconnus comme des dirigeants par les esclaves eux-mêmes dans les années 1750, 60 et 70. Il a une autorité qui va émerger, qui est une autorité, disons, administrative, politique. Il deviendra l'associé du gérant de la plantation de Breda. Mais ça, c'est une autorité, disons, fonctionnelle. Mais il avait une autorité personnelle qui émerge sur la plantation et cette autorité personnelle, elle provenait de son héritage du fait qu'il était reconnu par les siens comme quelqu'un qui avait une ascendance noble. Gaoginou Deguenou Gaoginou Toussaint aussi est un patriarche.
Donc, lorsqu'on essaye de comprendre quels sont les éléments qui composent son caractère et le personnage, il faut aussi voir qu'il agit, même sur la plantation de Breda, il agit comme un patriarche, c'est-à-dire que c'est quelqu'un qui garde sa famille autour de lui, qui s'occupe de leurs intérêts, qui les protège aussi. On se pose, par exemple, souvent la question pourquoi lui qui a été émancipé dans les années 1770, pourquoi reste-t-il sur la plantation ? Il aurait pu aller ailleurs parce qu'il était libre. Eh bien, il reste sur la plantation parce qu'il veut s'occuper du reste de sa famille, de son épouse, de ses enfants, qui, eux, restent des esclaves.
Et il y a d'ailleurs des documents qui nous montrent directement comment l'ouverture continue à s'occuper de sa famille dans les années 1780, par exemple, juste avant le début de la révolution haïtienne. Oui, je suis resté. Qu'aurais-je bien pu faire de ma liberté sans les miens ? Toussaint avait une fille, Marie-Marthe, alias Martine, qui va se marier avec un libre de couleurs qui s'appelait Philippe Jasmin. Et ce Philippe Jasmin était propriétaire d'une caféière, d'une vingtaine de carreaux, donc en gros 25 hectares, et de 13 esclaves. Les libres de couleurs étaient esclavagistes aussi, ils étaient propriétaires d'esclaves, Toussaint lui-même va en avoir deux.
Et cette caféière, à un moment donné, Philippe Jasmin va la mettre en gérance tout simplement parce qu'il va faire partie de ce que l'on appelait les chasseurs volontaires de Saint-Domingue, c'est-à-dire donc des libres de couleurs qui vont s'engager dans l'armée française pendant la guerre d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique. Et donc, pour eux, prendre les armes, combattre aux côtés d'unités blanches pour l'indépendance des insurgés nord-américains, c'était montrer qu'ils étaient dans le camp de la liberté, qu'ils étaient à considérer à égalité avec les Blancs.
Et donc, Philippe Jasmin, partant de sa caféière, va trouver en Toussaint, qui est son beau-père, va trouver donc la personne qui lui fallait pour gérer la caféière. Bon, Toussaint va le faire pendant deux ans, ça va durer de 1779 à 1781. En 1781, Philippe Jasmin, de retour à Saint-Domingue, va récupérer son bien. Et après, on n'en sait pas plus à ce sujet, mais ça n'a pas dû être un épisode particulièrement enrichissant pour Toussaint dans tous les sens du terme. Il n'a pas à gagner de sous. Et puis, ce n'était pas un terrien, ce n'était pas quelqu'un qui était fait pour gérer un domaine agricole. Oh ! Comme vous y allez ! J'ai tenté au moins à l'expérience.
Figurez-vous qu'on ne peut pas être bon partout. Il est difficile pour vous, aujourd'hui, de saisir tous les aspects de ma société, toutes ces nuances.
Très souvent, en fait, l'achat d'esclaves par les affranchis, ça peut signifier plusieurs choses. C'est un moyen de marquer sa liberté parce que dans cette société esclavagiste, être libre, c'est être propriétaire d'esclaves. C'est un moyen d'ascension sociale parce que dès qu'on a un esclave, on peut le faire travailler à sa place. Par exemple, en ville, les libres de couleur très souvent vivent du travail d'esclaves. Et puis, c'est parfois le rachat de membres de sa famille qui demeure esclave parce qu'on n'a pas les moyens de payer la taxe. Donc, il demeure esclave officiellement.
Le rapport des affranchis, des syndicats en affranchis à la propriété d'esclaves peut être interprété de manière diverse et variée. Et tout ça, en l'occurrence, a un rapport complexe parce qu'il est à la fois lié familialement au monde des esclaves. Il va acheter un esclave, Jean-Baptiste, qui va affranchir relativement rapidement. Il va louer des esclaves auprès d'un membre de sa parenté, 13 esclaves, en l'occurrence d'une caféière, qu'il va exploiter pendant deux années et puis, visiblement, ça n'a pas donné grand-chose. Et au bout de deux années, il cesse et il rembourse le prix de deux de ses esclaves qui sont morts entre-temps. Donc, il participe aussi.
Ça a été un très, très petit propriétaire d'esclaves mais qui a non seulement possédé tout de même un esclave mais qui a en plus loué des esclaves donc profité de l'exploitation du travail servile également. C'est toute l'ambiguïté de sa position et c'est une autre chose qu'il a passée sous silence dans sa biographie, dans la manière de la mettre en avant. Il y a l'invention mythique des origines royales, il y a le fait de passer sous silence sa première femme qui, elle était libre alors que lui était esclave et la situation s'inverse pour la seconde femme et puis, c'est l'implication en fait dans le système esclamagiste avant la révolution.
sur cette petite plantation dont il prend la gestion se trouve Dessaline. L'historienne Caroline Fick. Dessaline est un esclave et les futurs insurgés, il y a déjà un noyau tissé sur cette plantation et dans les combats de première heure, Dessaline aussi va faire partie des cadres de Toussaint dans les premières luttes et il va suivre Toussaint et il sera son deuxième jusqu'à la fin à toutes les étapes de la révolution. Dessaline est là, le futur Jacques Ier, l'empereur d'Haïti, le libérateur, le valeureux chef de guerre qui reprendra la lutte après mon départ forcé. Ironie du sort, cynisme de notre condition, Dessaline est mon esclave.
L'ouverture avant 1791, je dirais que c'est un homme de réseau. Il y a le réseau familial, ensuite il y a le réseau qu'il développe à Breda à partir des années 1760 et surtout 1770 quand il devient effectivement le co-gérant de la plantation, de l'habitation et c'est à partir de ce réseau-là qu'il va développer les rapports avec les commandeurs, les autres cochers qui seront les figures marquantes qui déclencheront l'insurrection en 1791.
Il y a aussi le réseau du monde blanc dont nous connaissons très peu parce que nous savons qu'il avait une relation très proche avec Bayon de Libertas qui était le gérant de la plantation de Breda entre le début des années 1770 et 1791 mais à travers Bayon parce que Bayon lui faisait confiance Toussaint rencontrait aussi beaucoup d'hommes blancs, beaucoup de personnages disons du milieu de la plantation et c'était aussi un milieu qu'il a cultivé de manière assidue pendant les deux décennies qui précèdent la révolution et c'est ce qui explique aussi il me semble en partie le désir de Toussaint l'ouverture c'est-à-dire une fois qu'il est devenu l'ouverture de conserver des rapports disons privilégiés avec la population blanche même si elle avait été une population esclavagiste donc le monde blanc fait aussi partie de ces réseaux ensuite il y a la dimension religieuse il y a disons multiples réseaux religieux dans lesquels Toussaint est impliqué il y a ce que va devenir le Vaudin mais il y a aussi les jésuites et toute la tradition catholique et il semblerait que ce sont les jésuites qui lui auraient appris à lire et à écrire j'ai l'impression qu'il a été qu'il a eu une formation au départ même s'il est autodidacte il a eu une formation le sociologue d'abord une formation avec les jésuites on sait que les jésuites étaient extrêmement importants au Cap et les jésuites ont été la congrégation de missionnaires qui existaient proches des esclaves et les esclaves se sont jetés sur cette confrérie parce que ce sont des occasions de rencontre les églises sont des lieux de rencontre entre les esclaves les bêtes s'en aperçoivent s'en aperçoivent mais un peu tard et les jésuites enseignaient le catéchisme et Toussaint avait des amis proches des jésuites qui l'enseignaient qui lui parlaient de la situation du pays et qui l'ouvraient à un certain nombre de points de vue sur le monde c'est vrai j'avais soif de connaissances je voulais j'avais calculé avec d'autres qu'il y avait au moins 15 à 16 prêtres qui étaient du côté des révoltés de 17 17 11 quelques-uns d'entre eux étaient les jésuites pas tous mais on sait qu'ils avaient eu le temps d'être en contact avec l'abbé Grégoire donc c'était déjà des prêtres qui pensaient que c'était pas possible de poursuivre avec les slavages toussaint l'ouverture le moniteur universel 1799 le ciel a toujours béni notre travail car non seulement nous nagions dans l'abondance et nous faisions des épargnes mais nous avions encore le plaisir de donner des vivres au noir de l'habitation lorsqu'ils en manquaient les dimanches et les fêtes nous allions à la messe ma femme moi et mes parents de retour à la case nous passions le reste du jour en famille et nous le terminions par une prière que nous faisions en commun à ce réseau spirituel il faut aussi ajouter et là aussi nous avons des travaux très intéressants des anthropologues qui nous illuminent sur ce sujet il y a aussi ce qui survit au 18ème siècle de la tradition Taïno c'est à dire les Amérindiens qui ne sont plus là physiquement en majorité il y a encore quelques Taïno qui ont survécu mais leur disons conception spirituelle leur vision de la nature leur haine de l'esclavage leur conception de l'amour du prochain tout cela joue un rôle important dans la formation de la pensée politique et le développement de la personnalité de Toussaint L'Ouverture donc c'est un homme de réseau et ce qui me semble probable parce que nous ne sommes pas sûrs mais c'est probable c'est qu'au 18ème siècle avant le début de la révolution l'Ouverture est quelqu'un dont la particularité est de pouvoir bouger de manière très flexible et fluide entre ces différents mondes qui sont très souvent des mondes qui n'ont pas de connexion entre eux ce sont parfois des mondes très étanches le monde blanc par exemple est un monde complètement fermé sur lui-même mais l'Ouverture à ce pouvoir à ce talent déjà de pouvoir créer des passerelles entre ces mondes différents et évidemment il ne sait pas à ce moment-là que cette qualité va lui servir pour pouvoir être un grand dirigeant révolutionnaire mais le moment venu cette qualité de pouvoir créer ces passerelles va jouer un rôle essentiel dans son leadership pour moi pour comprendre vraiment la particularité et la complexité de la révolution haïtienne il faut saisir toutes les dimensions je pense que ce qu'il faut éviter c'est de choisir entre le côté européen ou le côté caribéen ou le côté africain il me semble que ce qui fait la richesse de la révolution haïtienne dès 1791 mais cela va s'affirmer encore plus après c'est que c'est une révolution qui arrive à métisser toutes ces différentes traditions il y a évidemment la tradition révolutionnaire française et républicaine dont se réclame Toussaint l'ouverture lui-même et ces idées-là ces idées de liberté d'égalité et de fraternité jouent un rôle très important dans le développement de la pensée politique révolutionnaire à Saint-Domingue dans les années 1790 mais il y a aussi la pensée africaine et vaudou et il y a aussi les traditions caribéennes notamment la tradition religieuse qui est une tradition j'allais dire chrétienne religieuse qui est une tradition qui du coup est complètement à l'opposé de ce qui se passe en France parce que ce qui se passe en France dans les années 1790 c'est que le républicanisme de la révolution française se développe en opposition à la religion catholique la religion catholique devient une religion conservatrice anti-révolutionnaire une religion disons d'ancien régime le propre de la révolution de Saint-Domingue dans les années 1790 c'est que des gens comme l'ouverture peuvent utiliser le christianisme dans sa vocation émancipatrice et cette dimension-là perdure dans les années 1790 et permet justement à cette révolution d'être une révolution multidimensionnelle qui peut à la fois se réclamer du républicanisme français mais qui est aussi peu puiser dans les traditions africaines caribéennes et chrétiennes on a eu la chance de trouver récemment des documents dans la famille d'Éricourt qui était une des familles d'héritiers de Breda sur cet inventaire on a une description précise de chacun des esclaves entre guillemets mais il écrit très nettement dans la marge tout sain très intelligent habile à penser les animaux mais bigot et aimant à faire des prosélytes c'est incroyable du prosélytisme aimant à faire des adeptes un catholique bigot et doux dit de moi mon maître Bayon ils sont drôles ces colons qui prétendent connaître leurs esclaves il reconnaît la valeur médicale de tout sain qui se proclamera au soulèvement médecin général des armées du roi de France pour pas l'oublier il reconnaît également le fait qu'il est très intelligent c'est ce que personne ne dit et puis en même temps aimant à faire des disciples son prosélytisme religieux bigot il dit qu'il est bigot c'est à dire qu'il est plus que catholique il est d'une observance particulièrement étroite de la religion catholique pour être vaudouisant il faut être catholique mais ce qui domine c'est le catholicisme chez lui c'est pas le vaudou il peut accompagner Bayon à l'église mais il l'accompagne surtout à la loge maçonnique parce que Bayon est un franc-maçon et le cocher c'est pas seulement celui qui organise les transports de cannes à sucre c'est pas lui qui les met dans sa charrette là comme ça c'est surtout qu'il a la voiture du maître qui lui permet d'amener le maître à l'église et à la loge parce que les deux vont ensemble à l'époque au 18ème faut pas oublier que cette franc-maçonnerie dont je vous parle elle est catholique c'est vrai j'ai suivi mon maître à la loge à l'église je me glisse et j'observe quand il amenait son maître à l'église il avait tout à fait le droit d'aller dans l'église dans les derniers ans écouter ce qui se passait en tout cas il était profondément imbu de la lecture de la bible ou de l'enseignement qu'on a pu lui donner de la bible en tout cas il est très catholique quand Bayon de Libertat va raconter la vie dans le moniteur en France la vie sur la plantation Breda et la vie de Toussaint en particulier et de sa famille Bayon fait parler Toussaint qui dit qu'il a une vie un peu c'est comme si c'était Bernardin de Saint-Pierre qui parlait ou Rousseau il a une vie tout à fait naturelle avec toutes les valeurs possibles de plus haut niveau et notamment la valeur catholique de la religion bien respectée où il allait écouter l'office avec sa femme et ses enfants etc c'est ça aussi Toussaint et puis en même temps que Toussaint ait fréquenté les loges oui mais à sa manière je dirais quand il accompagnait Bayon par exemple il pouvait très bien se tenir en retrait après l'avoir fait pénétrer dans la loge où Bayon pouvait peut-être lui demander de venir avec lui je n'étais pas là je ne peux pas vous dire mais il était connu dans les loges ah oui les francs-maçons maintenant que vous en parlez je me souviens d'eux beaucoup ne furent pas très accueillants à mon égard il me semble d'ailleurs que la plupart ont fui vers les Etats-Unis après la révolution de 1791 enfin si ma mémoire ne me joue pas des tours pardonnez-moi il y a si longtemps et surtout ce qui est important c'est qu'on a trouvé avec Jean Fouchard et la société Aissine d'Histoire et on l'a publié le tableau d'une loge du temps de la toute-puissance de Toussaint en 1800 et dans cette loge qui s'appelle la Réunion Désirée on a exactement tous les grands personnages de la république première république noire du monde en formation et bien dans cette loge vous avez deux personnages qui n'auraient pas pu être listés sans l'accord de Toussaint Louverture puisque c'est lui qui est tout puissant à l'époque c'est lui le gouverneur général de la colonie et il a pris une autorité que n'avaient pas les gouverneurs précédents même dans cette loge il y a son frère Paul Louverture et il y a son héritier présomptif qui est Charles Bélair c'est pas possible on ne peut pas avoir ces deux là dans une loge maçonnique sans l'accord de Toussaint donc Toussaint au minimum comme Napoléon au départ n'interdisait pas les francs-maçons et comme je vous le dis il est encore beaucoup plus vraisemblable qu'il était lui-même franc-maçon peut-être oui peut-être pas je vois que les hypothèses à mon sujet vont me montrer je suis insaisissable le problème de sa culture reste quand même un terrain en friche il connaît des choses la question c'est est-ce qu'il a lu la Bérennale en tout cas c'était quand même quelqu'un qui était extrêmement connu puisque quand il va être attaché à la fonction de gouverneur adjoint Lavaux le gouverneur en titre lui donne le titre de nouveau Spartacus le Spartacus noir donc ça veut dire qu'on connaît un peu qui est Spartacus et en même temps on connaît la Bérennale la Bérennale et en même temps les écrits abolitionnistes puisque ça vient plutôt cette histoire de Spartacus noir de Mercier Sébastien Mercier l'an 2040 donc l'an 2040 c'est une utopie évidemment et là le promeneur qui est l'intermédiaire avec le lecteur se promène dans une ville et voit une immense statue d'une personne de couleur qui représente celui qui a libéré à la fois les esclaves mais en même temps toutes les colonies du Nouveau Monde donc c'est le sauveur du Nouveau Monde et c'est repris un peu par Diderot qui a collaboré à l'histoire philosophique des deux Indes de la Bérennale il ne manque aux nègres qu'un chef assez courageux pour les conduire à la vengeance et au carnage Abbé Rinal histoire des deux Indes 1770 où est-il ce grand homme que la nature doit peut-être à l'honneur de l'espèce humaine où est-il ce Spartacus nouveau qui ne trouvera point de Crassus alors disparaîtra le code noir et que le code blanc sera terrible si le vainqueur ne consulte que le droit de représailles l'histoire philosophique des deux Indes c'est le best-seller on peut dire si vous me passez l'expression du 18ème siècle qui est repris en disant que si des réformes importantes ne sont pas faites dans le domaine de l'esclavage alors il ne parle pas vraiment d'abolition mais on sent qu'il ne peut pas le faire mais qu'il y avait ce présupposé derrière et bien il y aura des flots de sang qui vont couler enfin bon il y a tout un tas de référence là aussi au nouveau Spartacus c'est-à-dire quelqu'un qui va libérer ses frères Spartacus noir Napoléon noir centaure des savannes je suis Toussaint Toussaint Breda et bientôt Toussaint l'ouverture fils d'un noble d'Alada Donc il y avait tout ce bagage culturel qui est important parce que la ville du Cap notamment c'était le petit Paris des Caraïbes comme on disait donc il y avait beaucoup de théâtre vous me dites les esclaves ne vont pas au théâtre oui c'est vrai mais les livres de couleurs y vont et les liens entre livres de couleurs et esclaves c'est on le connait moins mais il y a quand même des liens souvent importants qu'on retrouvera au moment de la révolte des esclaves donc c'est toute une infrastructure qui montre que la colonie elle était considérée un peu comme une province de France aussi la colonie est entrée justement dans l'ère moderne donc évidemment Toussaint est l'héritier de toute cette il est à cheval sur deux mondes en quelque sorte deux cultures à la fois la culture effectivement qui plonge ses racines dans le passé africain et puis une culture des lumières européennes qui circulait beaucoup et apparemment donc sans qu'il y ait de témoignage direct on peut supposer donc quand même qu'il était au courant de ses enjeux culturels des savannes à la réflexion pourquoi pas mais si on n'oublie pas que je fus général de l'armée française gouverneur de l'île de Saint-Domingue et aussi ce que l'on ne dit jamais un homme où je fus tout cela pour certains un centaure des savannes en rien exotique et puis pour d'autres un grand guerrier capable de résister à la puissance française un esprit forgé au feu des l'une des questions qu'on se pose à propos de tout ça l'ouverture c'est comment a-t-il acquis son génie militaire d'où est-ce que ça venait parce qu'il n'a pas manipulé une arme même une seule fois avant 1791 donc on se pose souvent la question comment a-t-il pu être devenir le guerrier redoutable qu'il est devenu après 1791 et je pense mais là on est dans l'hypothèse plutôt que le vérifier mais mon hypothèse c'est que à travers son père à travers ses conversations avec d'autres personnes africaines il a entendu parler des grandes traditions guerrières africaines qui étaient connues de son père aussi d'ailleurs et donc c'est par ce biais qu'il a pu s'intéresser et acquérir des connaissances militaires parce que les guerriers africains pratiquaient non seulement les techniques de guerre traditionnelles disons européennes mais pratiquaient aussi ce qu'on appellera au début du 19ème siècle la guérilla il n'utilisait pas ce mot là mais c'était ce qu'il pratiquait donc Toussaint apprend cela aussi de son père son père lui donne aussi une connaissance de la culture des Aladas le peuple Aladas dans lequel il trouve ses origines il connait la langue fond qui est la langue des Aladas il apprécie beaucoup la musique africaine donc tout cela participe aux différents éléments qui constituent son personnage et on pourrait aussi ajouter quelques idéologies politiques parce que l'Afrique au 18ème siècle était un continent où les idées royalistes prédominaient et Toussaint Louverture était certainement quelqu'un qui avait imbibé en partie cette idéologie royaliste qu'on retrouve chez lui d'ailleurs au début de la révolution haïtienne le portrait que vous dressez de moi s'affine peu à peu je suis effectivement cet homme à la croisée des routes Toussaint est vraiment un produit de son époque c'est à dire un produit de la société créole domingoise avec toutes ses contradictions c'est un homme né illettré et qui par les influences de ses nombreux maîtres de ses nombreux mentors acquiert une culture pas érudite pas livresque mais néanmoins une culture qui est celle d'un homme cultivé de son époque c'est à dire il est au courant des grands débats des questions de liberté des questions d'économie des questions de l'art militaire il a quand même été formé à bonne école donc si vous voulez ce n'est pas du tout un esclave à peine sorti des champs de canne à sucre c'est un homme formé pour un métier extrêmement exigeant être un général de l'armée française de l'époque ça se mérite il tient tête aux officiers anglais et espagnols avec lesquels ils parlementent parfois dans leur langue donc tout cela dénote je dirais un pétrissage dans un monde qui est un monde déjà complexe qui est un monde de guerre mais également de négociation un monde d'esclavage mais aussi de philosophie un monde de préjugés atroces mais aussi de créolisation donc toutes les contradictions en fait de notre modernité se retrouvent là à vif et c'est ici que se fait l'alchimie que se fait ce consensus entre ces différentes valeurs dont nous sommes aujourd'hui hérités j'étais heureux de savoir que mon oeuvre n'aura pas été vaine c'est parce que il représente un idéal qui touche plusieurs mondes aujourd'hui donc il a un prix de plusieurs mondes de plusieurs cultures mais il y a la première chose qui frappe quand on regarde tout ça c'est cette volonté de se trassembler Daniel Desormaux historien cette dignité par exemple qu'il a d'habiter sa race la ruse enfin au sens tactique du terme c'est-à-dire une intelligence de terrain il y a encore ce miracle politique qui lui permet de dialoguer avec ses ennemis à quelques rares exceptions près donc ceux qui veulent se servir de lui enfin son incroyable résilience donc il sent qu'il possédait tous les atouts culturels et politiques qui lui donnent ce privilège de rassembler autour de lui français africain créole espagnol anglais donc on aurait pu dire qu'il était imbu de son autorité donc qu'il avait qu'il était capable de parler la langue des autres c'est d'assimiler l'essentiel pour pouvoir conserver la loyauté de tous les sièges indigènes qui étaient venus de tous les horizons donc pour pouvoir s'imposer à des intérêts aussi divers mêlant colonialisme impérialisme racialisation politique esclavage révoltes donc il doit s'appuyer donc il doit s'appuyer quand même sur un idéal d'équilibre une espèce de modèle d'autorité mesurée qui fait de lui le meilleur parti politique dans la colonie qui a été branlé et déchiré donc Toussaint je crois qu'il a été payé de plusieurs mondes ça veut dire simplement qu'il échappe aux extrêmes qui sont présents dans le système esclavagiste et son modèle était dépassable et inimitable c'est un homme qui pour son bonheur comme je dirais pour son malheur cherche toujours à se mettre au point d'intersection des idées et des faits contradictoires donc il est de ce fait un être contradictoire donc il touche un peu partout il touche à tout c'est comme ça que je le vois c'est un homme d'ouverture mais on pourrait dire tout simplement Toussaint l'ouverture bon c'est un homme Carrefour c'est un homme qui est ouvert au monde d'une certaine manière je suis l'esclave de Breda la franchise de la plaine du nord un homme dit libre de Saint-Domingue je porte la mémoire du massacre des Taïno l'âme des captifs Congo Bambara Alada des esclaves créoles de la Caraïbe je suis Toussaint l'insurgé un an avant 89 en 88 il y avait la propriété le jeune qui avait torturé un certain nombre de ses esclaves et alors des esclaves sur la plantation sont allés voir la cour pour dénoncer cela parce qu'ils avaient des nouveaux droits Caroline Fick on voulait apporter quelques petites réformes au système esclavagiste et au pouvoir des maîtres alors ils avaient le droit de dénoncer maintenant les cruautés des maîtres le fait qu'ils ont fait ça déjà pour dire dans leur propre conscience on a les droits maintenant et la suprématie blanche n'est pas absolue finalement oui les deux femmes qui avaient été torturées brûlées finalement ils sont morts des sévices mais la propriété le jeune a été mise en procès sauf qu'en fin de compte il a été trouvé coupable mais la sentence a été abrogée parce que la suprématie blanche devait régner et il y avait peut-être d'autres cas semblables mais on n'a pas retenu tous les procès mais celui-ci était crucial parce que c'était la première fois que les esclaves pouvaient traîner le propriétaire en cours alors voilà c'est déjà ça ils avaient certains doigts ils ont testé leurs doigts ils ont testé les limites des chaînes qui étaient imposées par l'ancien régime ça c'est en 88 c'est un an avant déjà il y a un changement de conscience de conscientisation chez les esclaves qui comme on disait un colon important dans le nord les événements et les réformes puis avec l'ouverture de la révolution de 89 et les répercussions dans la colonie le cocarde rouge de révolutionnaires juste voir ça et tout le monde qui parle de liberté etc ça a leur monde à la tête ils vont se révolter la colonie est comme c'est comme si on est assis sur un baril de poudre sur un baril de poudre à un moment donné certains qui ont observé les choses on sentit que ça va exploser oui jusqu'en 1789 la question de la liberté la question de la foi la question du rapport au pouvoir semble être l'apanage du monde européen on discute philosophie on discute primauté de la grâce ou de la foi avec l'idée que ceci ne vaut que pour les européens au pire ce qu'il reste aux autres c'est de se convertir pour entrer dans cette même dialectique mais disons que les cosmogonies africaines asiatiques etc n'entrent pas dans cette perspective je dirais théologique européenne avec la révolution ça change 1789 et surtout août 1789 abolition donc des droits féodaux et proclamation de l'égalité entre les hommes on se trouve brusquement face à la réalité que l'empire est en résonance avec la métropole que devient la déclaration des droits de l'homme et du citoyen dans une société coloniale où vous avez une hiérarchie entre les blancs les mulâtres les noirs entre les libres les affranchis les esclaves toute une nomenclature qui est censée justement frapper de caducité par la déclaration des droits de l'homme or ces gens parlent la même langue lisent les mêmes journaux sont soumis aux mêmes lois donc tout de suite se pose la question de l'adéquation de l'opportunité d'appliquer dans les colonies les mêmes principes libertaires on va dire que la révolution restaure le principe la déclaration des droits de l'homme dit que tout homme naît libre et égal en droit à tout autre donc ce sont ces contradictions-là qui font que Saint-Domingue deviendra un pays pionnier celui où cette contradiction éclate au grand jour et surtout l'île où les densités de population étaient les plus élevées il y avait déjà un demi-million d'habitants dans cette partie du territoire et une contradiction très forte entre près de 400 000 esclaves et à peine 30 000 blancs pour assurer la surveillance et la production très vite cela a débouché sur une situation absurde où les plus aguerris de la société étaient aussi les plus asservis donc ça n'a pas tardé à se transformer en un brasier où cette fois les noirs en armes se sont mobilisés non pas pour défendre les intérêts de leur maître mais pour défendre leurs intérêts propres et c'est ce qui donne en 1791 donc à peine deux ans après le début de la révolution le soulèvement général de Saint-Domingue auquel participe Toussaint-Ouberture comme jeune lieutenant probablement des principales têtes que sont Dutti Boukman que sont Georges Biasou et que sont Jean-François mais très vite il va trouver dans ce mouvement dans ce soulèvement général un rôle de leader qui est pour nous un motif de gloire et de fierté parce que c'est un homme au grand courage Quelle courrie permettez-moi de le rappeler Je ne voudrais pas décevoir mes contempteurs qui ont trouvé que parfois la modestie ne m'étouffait pas Si j'osais un anachronisme je citerais le brave aimé Césaire On lui a légué des bandes Il en a fait une armée On lui a laissé une jacquerie Il en a fait une révolution Une population Il en a fait un peuple Une colonie Il en a fait un état Mieux une nation Quel courage il m'aura fallu Heureusement que ma mémoire me joue des tours Sinon je n'en dormirai plus C'était Toussaint l'ouverture De Saint-Domingue à Haïti L'esclave qui a dit non Deuxième épisode Un homme libre mais de couleur Avec Jacques Ducuna Caroline Fick Lainec Hurbon Sudir Azarissing Jean-Louis Donadieu Bernard Guénaud Maboula Soumaoro Jean-Marie Théoda Cécile Vidal Daniel Desormeau Émile Abosolombo et Toussaint l'ouverture Avec les voix de Roberto Jean Quentin Bayot David Mijoux Carvin Saint-Fort Rose Martine Laurent Lederer Emmanuel Vilsin dit poète-brasseur le musicien Claude Saturne et le chanteur James Germain Merci à Rudy Rigaud Marcelin pour les ambiances sonores d'Haïti Archivina Samia Jedai Documentation musicale Antoine Vulloz Documentation Anne-Lise Signoret Prise de son Nicolas Mathias Manuel Couturier Marie-Claire Oumabadi Mixage Manuel Couturier Coordination Christine Bernard Responsable éditorial Emmanuel Laurentin Une grande traversée de Stéphane Bonnefoy réalisée par Diffy Mariani Dans l'épisode suivant vous découvrirez La révolte des oubliés de 1789 d'entrée
par La révolte des oubliés de qui est la révolte de l'épisode par d'un la révolte de un éditor par de d'un dé d'un d'un