Sébastian Roché
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Chapitres
Questions et réponses
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- 0:18OuverteRéponse directe
S'agit-il d'un cas isolé ou est-il représentatif d'un racisme plus prononcé dans cette profession ?
- 3:43OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on recherche la faute individuelle ou est-ce qu'on recherche un dysfonctionnement plus systémique ?
- 4:36OuverteRéponse directe
Comment vous expliquez ce problème de racisme au sein de la police ? C'est un manque de formation ? C'est un problème dans les procédures de recrutement ? C'est quoi
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:23PrésentateurFait
« En général, Laurent Nunez ne croit pas qu'il existe des dysfonctionnements systémiques dans la police. »
- 2:42Sébastien RocherFait
« La réalité, c'est qu'il existe un problème systémique de racisme dans la police. »
- 2:54Sébastien RocherFait
« On peut l'affirmer aujourd'hui, contrairement à ce qui était le cas il y a une quinzaine d'années, parce qu'il y a eu plusieurs dizaines d'études menées par le CNRS, menées par le Défenseur des droits, menées par l'Agence européenne des droits fondamentaux, menées par des collègues de Sciences Po Paris. »
- 3:20Sébastien RocherFait
« Toutes ces enquêtes montrent qu'il y a un biais ethnique dans la manière de se comporter des policiers, qu'il y a des formes de discrimination. »
- 6:17Sébastien RocherFait
« En Allemagne, tous les policiers ont un master. »
Temps de parole
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- Présentateur 221 %
- ?3 %
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Il est 6h21, une vague d'indignation après les horreurs proférées dans une vidéo par des policiers municipaux de Carcassonne, propos racistes, homophobes, misogynes, d'une rare violence. S'agit-il d'un cas isolé ou est-il représentatif d'un racisme plus prononcé dans cette profession ? C'est la question du jour, alors que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nouniès, ordonne un contrôle de cette police municipale de Carcassonne. Bonjour Sébastien Rocher. Bonjour. Vous êtes sociologue, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la police. C'est rare qu'un ministre de l'Intérieur ordonne un tel contrôle
?
Oui, c'est très rare qu'un ministre de l'Intérieur ordonne un contrôle d'une police locale et c'est tout aussi rare qu'il ordonne un contrôle de la police nationale. Parce que s'il y a un thème que Laurent Nouniès n'a pas abordé dans son mandat, c'est celui de l'éthique de la police en général. Et qui va le mener ce contrôle
? Alors,
si ça peut être une mission d'inspection qui est confiée
aux
organes d'inspection généraux de l'administration, ça peut être un contrôle qui est confié, s'il est de nature administrative,
il
peut être confié aux inspections de la police ou aux inspections de la gendarmerie. Et après, s'il y avait une enquête, cette fois-ci au plan pénal, sur les infractions qui sont reprochées ou apparemment reprochées
aux
policiers municipaux, là, ça serait un juge d'instruction qui déciderait des moyens qu'il veut utiliser pour enquêter. Les juges d'instruction décident des services qu'il voudrait saisir. Donc là, on ne parle pas d'IGPN, ce n
'est
pas la police des polices qui s'en occupe
?
Alors, là, s'il y
a
une enquête de nature judiciaire, c'est le juge d'instruction qui décide s'il veut saisir l'IGPN, l'IGGN ou un autre service. Si c'est de nature administrative, là, ça peut être des inspections dites comme des inspections générales de l'administration qui travailleraient avec l'IGPN et l'IGGN. Par exemple, elles peuvent choisir de travailler ensemble. Elles peuvent faire une sorte d'audit du fonctionnement des services. Ça dépend de ce qui va être recherché.
Est
-ce qu'on recherche la faute individuelle
ou
est-ce qu'on recherche un dysfonctionnement plus systémique ? En général, Laurent Nunez ne croit pas qu'il existe des dysfonctionnements systémiques dans la police.
Il
s'est plusieurs fois, je vais citer, inscrit en faux contre l'idée d'un problème systémique de racisme dans la police.
Et
quelle est
la réalité selon vous ?
La réalité, c'est qu'il existe un problème systémique de racisme dans la police. On peut l'affirmer aujourd'hui, contrairement à ce qui était le cas il
y
a une quinzaine d'années, parce qu'il y a eu plusieurs dizaines d'études menées
par
le CNRS, menées par le Défenseur des droits, menées par l'Agence européenne des droits fondamentaux, menées par des collègues de Sciences Po Paris, soit des enquêtes nationales, soit des enquêtes locales, à Nantes, à Lille, à Lyon, à Marseille. Et toutes ces enquêtes montrent qu'il y a un biais ethnique dans la manière de se comporter des policiers, qu'il y a des formes de discrimination. Donc la discrimination, elle est endémique, on la trouve systématiquement partout. Ça ne
veut
pas dire que tous les policiers sont racistes dans chacun de leurs comportements, mais le problème de la surreprésentation parmi des contrôles et des attitudes racistes, on la trouve dans toutes les villes où on a fait des études depuis 15 ans en France. Et est-ce que ces études notent une différence entre police municipale et police nationale ? Je vous pose la question parce que dans le reportage qu'on a diffusé ce matin sur notre antenne, on entend des habitants de Carcassonne qui disent « Avec la police nationale, c'est nickel, tout se passe bien, pas avec la police municipale ». Alors, je ne peux pas vous répondre, on ne le sait pas, parce qu'il n
'y
a pas d'études qui ont comparé police nationale et police municipale sur les mêmes territoires, dans les mêmes conditions. On avait fait une étude, par contre, dans les Bouches-du-Rhône, sur les zones police et les zones gendarmerie, et pour ce qui était les Bouches-du-Rhône, les zones Marseille et puis tout le département, là, les problèmes de discrimination étaient concentrés sur la police nationale et ils étaient très peu, voire pas présents dans les zones de gendarmerie nationale. Donc, il y a des différences suivant les forces, suivant leur formation, suivant la façon dont elles sont commandées. Et comment vous expliquez ce problème de racisme au sein de la police ?
C'est un manque de formation ? C'est un problème dans les procédures de recrutement ? C'est quoi
? Alors,
d'abord, la question de l'éthique est une question qui n'est pas jugée importante par les ministres de l'Intérieur successifs. S'il y a un mot qui est absent du bilan de la police et de son prédécesseur, c'est l'éthique et l'anthologie. Il n'y a pas de la dernière réforme parmi les organes de contrôle. Sébastien Rocher, je vous interromps parce que vous avez changé quelque chose avec votre téléphone parce que d'un seul coup, on vous entend très très mal depuis une dizaine de secondes. Donc, je ne
sais
pas si vous avez bougé. Revenez à la position initiale. Non, je n
'ai
pas bougé, vous m'entendez bien ? Non, ce n
'est
pas super. Là, ça grésille et vous avez une voix métallique. Attendez, je vais... Voilà, là, c'est mieux. Bougez plus. On est bon.
On ne bouge
plus. Ok, excusez-moi. Voilà. Donc, je disais, oui,
il
y a un thème qui a été très peu abordé, c'est l'éthique et la déontologie. Alors, ce n
'est
pas un sujet qui intéresse les ministres de
l
'Intérieur d'Emmanuel Macron, les ministres successifs. Donc, on a, par exemple, la question de la sélection. Les agents de police nationale ou de police municipale en France, eh bien, lorsqu'ils sont sélectionnés, il n'y a aucun test sur les biais inconscients qui est utilisé en France. Les durées de formation, si vous prenez la police municipale,
la
durée de formation, elle est de à peu près six mois. C'est le double pour la police nationale, mais c'est encore tout ça que la moitié de la durée de la formation en Allemagne. Si vous voulez, en France, pour rentrer dans la police municipale, il faut un CAP, un BEP, et ensuite une petite formation de six mois. En Allemagne, tous les policiers ont un master. Donc, si vous voulez, il
y
a une différence de formation qui est tout à fait spectaculaire. Et ensuite, il y a encore deux points. à lister, il n'y
a
pas de code d'éthique de la police municipale. C'est une profession dans laquelle il n
'y
a pas eu de réflexion sur les règles qui doivent conduire le comportement des agents. Et il n'y a pas non plus d'organe de contrôle. C
'est
-à
-dire
que pour la police, vous avez l'IGPN, la gendarmerie, l'IGGN. Pour les polices municipales, il n'y a pas d'organe de vérification et de contrôle. Donc ça, c'est vraiment un problème majeur. Avoir des normes dans une profession, mais pas d'organe de contrôle, c'est tout à fait impossible. Il faut un organe de contrôle pour faire exister des normes et des règles professionnelles. Merci Sébastien Rocher, sociologue, directeur de recherche au CNRS. Et je renvoie nos auditeurs à votre dernier livre, La nation inachevée, la jeunesse face à l'école et la police, c'est chez Grasset.