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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 30 septembre 2024 10 min

Hausse d'impôts, immigration, guerre au Proche-Orient... Yaël Braun-Pivet est l'invité des 4V du 30 septembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.

0:10
Invité

Gaëlle Brande-Pivet qui présidera. Bonjour. Demain, la séance pour le discours de politique générale du Premier ministre. C'est toujours un moment agité. Est-ce que vous pensez que demain sera encore plus agité que d'habitude, vu les circonstances ?

0:23
Yaël Braun-Pivet

En tout cas, c'est un moment qui est extrêmement attendu, attendu par les Français, attendu par les parlementaires, parce que le gouvernement est responsable devant le Parlement. Il est important que le Premier ministre, nouvellement nommé, vienne présenter son gouvernement et présenter sa feuille de route aux parlementaires. Donc effectivement, ce moment risque d'être probablement tendu parce que, comme vous le savez, ça n'a échappé à personne. Certains contestent jusqu'à sa nomination même. Mais en tout cas, moi, je suis sereine. Cette Assemblée, elle représente les Français. Et moi, je suis convaincue que nous allons vivre un jour et puis des moments importants à l'Assemblée.

1:00
Invité

On l'espère. En tout cas, ce qui est attendu surtout, ce sont les annonces sur les impôts. Vous êtes favorable, vous, à des hausses d'impôts pour ceux qui gagnent beaucoup et pour les grandes entreprises ?

1:09
Yaël Braun-Pivet

Alors moi, je suis d'abord favorable à ce que nous fassions un effort commun pour que le budget de notre pays soit davantage à l'équilibre et que nous réduisons ainsi notre dette, que nous arrêtions de la creuser. Pour ce faire, il faut évidemment travailler sur les dépenses. J'ai toujours dit que je n'étais pas opposée à ce que nous travaillions sur les recettes à partir du moment où les Français ont la perception d'un effort partagé. Et donc, regarder plus d'équité fiscale, regarder s'il y a des niches fiscales qui sont inopportunes ou inefficaces, je crois que c'est ce qu'il faut faire. Maintenant, il ne faut pas toucher à nos trajectoires et surtout ne pas casser la croissance.

C'est fondamental parce que la croissance, c'est elle qui est créatrice d'emplois et c'est donc la première pourvoyeuse du pouvoir d'achat des Français.

1:57
Invité

Alors, on sent que c'est un point de vue qui ne fait pas l'unanimité dans votre camp. On a entendu hier Gérald Darmanin qui a dit qu'il ne soutiendrait pas un gouvernement qui annoncerait des hausses d'impôts dans le vote sur le budget. Il y a une tribune aussi qui a été publiée hier par 27 parlementaires, dont certains qui sont très, très en avance. Sylvain Maillard, par exemple, qui refuse aussi ces hausses d'impôts. Est-ce que votre camp est en train de se déchirer sur cette question ?

2:17
Yaël Braun-Pivet

Absolument pas, mais vous savez, moi je suis présidente de l'Assemblée nationale. Que fait-on à l'Assemblée nationale ? On débat, on délibère, on discute, on échange des arguments. Et que serions-nous si nous étions des parlementaires qui ne réfléchissions pas et qui ne seraient pas capables d'évoluer ? Donc moi, ce que je crois, c'est qu'il faut que ce débat ait lieu. Quelles sont la meilleure façon et les meilleures pistes à explorer pour pouvoir réduire notre déficit, rétablir un budget de l'État à l'équilibre ? Donc discutons-en, regardons cela à l'intérieur de ma famille politique et plus largement au Parlement. C'est à ça que nous servons.

2:52
Invité

Ça sera une discussion animée. On l'imagine en tout cas. Est-ce que malgré tout, vous pensez que le budget pourra être adopté dans les délais ? On sait qu'ils sont extrêmement courts.

2:59
Yaël Braun-Pivet

Alors les délais sont très courts. Ce sont des délais constitutionnels. Et donc nous devons les respecter. C'est le devoir de l'exécutif et le devoir du Parlement. Donc moi, j'espère que nous pourrons suffisamment discuter, échanger pour pouvoir le voter. Après, c'est la mission du gouvernement de pouvoir présenter un budget qui puisse être voté par les parlementaires. En tout cas, le Parlement est au travail. Vous avez vu, la Commission des finances s'est réunie à un certain nombre de reprises. Nous sommes là, nous sommes présents. Et nous regarderons cela très attentivement.

3:30
Invité

On attend aussi des annonces demain sur des questions de sécurité, les questions d'immigration aussi. Sécurité après ce qui s'est passé. Évidemment, le drame du meurtre de Philippine. La question du suivi judiciaire est évidemment posée après ce qui s'est passé. Vous avez sans doute vu cette lettre qui a été envoyée à la presse par la première victime du suspect du meurtre de Philippine. Elle demande un certain nombre de choses sur le suivi judiciaire. Elle demande notamment la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire sur la récidive. Y êtes-vous favorable ?

3:57
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, ce sera au Parlement d'en décider. Je n'ai pas vu ce courrier. Donc je suis désolée. Je ne peux pas le commenter.

4:04
Invité

C'est une lettre qui est poignante, qui est déchirante où elle dit, voilà, manifestement, il y a un problème et il faut une commission d'enquête. Est-ce que sur le principe, vous dites, oui, bien sûr, il faut écouter cette voix.

4:12
Yaël Braun-Pivet

Le Parlement est là pour, d'une part, légiférer. C'est sa mission essentielle. Mais une autre mission essentielle du Parlement, c'est de contrôler l'action du gouvernement. Donc regarder si les lois que nous avons adoptées sont efficaces, si elles atteignent leur objectif et s'il ne faut pas les améliorer ou les modifier.

4:31
Invité

Et elles le sont de votre point de vue ?

4:32
Yaël Braun-Pivet

Donc il faudra regarder si le Parlement pense qu'une commission d'enquête est utile. Allons-y. Moi, je n'y suis pas opposée par principe. Parce qu'il faut toujours regarder si nous faisons bien. Et si les lois, vous savez, la société évolue, les situations changent. Et donc les lois ne doivent pas être figées dans le temps. Elles doivent évoluer également. Donc il faudra regarder tout cela. Après, il ne faut pas...

4:55
Invité

Est-ce qu'il faut faire évoluer les lois sur ces sujets ? Comme le souhaite Bruno Retailleau. On voit bien cette polémique qui est en train de monter.

5:01
Yaël Braun-Pivet

Alors oui, mais faisons très attention. Parce que faire évoluer les lois, oui, évidemment, si elles n'atteignent pas les objectifs qu'on leur a assignés. Mais en revanche, il ne faut pas toucher à nos lois fondamentales. Moi, j'ai été assez inquiète hier lorsque j'ai vu les déclarations du ministre de l'Intérieur lorsqu'il dit que l'État de droit n'est ni intangible ni sacré. Il faut savoir que l'État de droit, c'est ce qui protège nos concitoyens. L'État de droit, c'est le principe de séparation des pouvoirs entre l'exécutif, le législatif et le judiciaire. L'État de droit, c'est l'égalité de tous devant la loi. L'État de droit, c'est la hiérarchie des normes.

C'est-à-dire qu'un ministre ne peut pas prendre toutes les dispositions qu'il le souhaite. La Constitution fixe le champ entre ce que peut faire le ministre et ce que peut faire et ce que doit faire le Parlement. Moi, je crois que lorsque la situation est tendue, lorsqu'il y a des crises, il ne faut surtout pas remettre en cause l'État de droit. L'État de droit, c'est ce qui protège notre démocratie. C'est ce qui protège tous les citoyens de notre pays. Soyons extrêmement respectueux de notre cadre. Ce n'est vraiment pas le moment de tout chambouler.

6:13
Invité

C'est une mise en garde que vous portez devant le ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot, qui a expliqué qu'il souhaitait passer par la voie réglementaire si effectivement les textes sont susceptibles de ne pas passer au Parlement. Il essaie de vous contourner, il essaie de passer en force.

6:27
Yaël Braun-Pivet

Ce n'est pas une mise en garde. Je suis présidente de l'Assemblée nationale et j'entends que l'Assemblée que je préside, les représentants de la nation qui y siègent soient respectés dans l'entièreté de leurs prérogatives parce que, à nouveau, c'est ce qui protège les citoyens. Chaque citoyen, vous, moi, nos enfants. Et donc, j'entends bien que le ministre de l'Intérieur a beaucoup...

6:51
Invité

Il y a aussi des citoyens qui ne se sentent pas protégés face aux délinquants. C'est ce qui a révélé aussi ce terrible drame de la mort de Philippine.

6:57
Yaël Braun-Pivet

Vous savez, renforçons notre arsenal juridique, renforçons l'application de nos règles, mais ne contournons pas pour se faire ces mêmes règles. Vous savez, c'est ça, justement, l'état de droit. Et donc, oui, travaillons. Vous savez, moi, je suis spécialisée sur les questions de sécurité et de justice. J'ai présidé la commission des lois à l'Assemblée nationale pendant cinq ans. Qu'il y ait un problème sur l'exécution des peines, qu'il y ait un problème sur les questions d'exécution des invitations, des obligations de quitter le territoire. Ça me paraît être une réalité et une évidence.

Mais pour le régler, il faut regarder les choses froidement, calmement, et les regarder avec les règles et les principes qui sont les nôtres et qui nous ont précédés et qui nous succéderont.

7:46
Invité

De façon très concrète, est-ce qu'il faut, par exemple, l'expulsion systématique des délinquants étrangers ? Quand ils ont purgé leur peine, on les renvoie dans leur pays.

7:52
Yaël Braun-Pivet

Alors, vous savez, aujourd'hui, on expulse déjà la plupart du temps les délinquants lorsqu'ils ont purgé leur peine. Et on voit bien qu'il y a un gros travail qui est fait entre les autorités judiciaires et les autorités de police. C'était le cas ici dans le sens où cette personne a été placée dans un centre de rétention pour être expulsée. Malheureusement, cela n'a pas été possible. Mais la procédure, d'une façon générale, avait été faite pour cela. Et effectivement, il faudra regarder froidement qu'est-ce qui n'a pas marché dans ce cas précis. Il faut toujours regarder cela. Il faut toujours essayer de faire mieux.

8:32
Invité

Il faut aussi évoquer la situation au Proche-Orient parce qu'on voit qu'elle a des répercussions ici, en France, dans le débat politique. Notamment sur un point. Vous avez entendu Jean-Luc Mélenchon dire que le ministre des Affaires européennes, Benjamin Haddad, était acquis à la politique de M. Netanyahou. La porte-parole du gouvernement, Maude Bréjon, a dit qu'elle y entendait des sous-entendus nauséabonds, pour ne pas dire antisémites. Est-ce que ces sous-entendus, vous les entendez aussi de la même façon que la porte-parole du gouvernement ?

8:56
Yaël Braun-Pivet

Moi, je suis lassée des sous-entendus de Jean-Luc Mélenchon et surtout lorsqu'il porte sur cette question. Donc, j'ai décidé depuis longtemps de ne plus commenter ses propos.

9:07
Invité

Et est-ce que le monde est plus sûr aujourd'hui, après la mort d'Assad Nasrallah, comme le dit Israël, ou pas, de votre point de vue ?

9:12
Yaël Braun-Pivet

De mon point de vue, le Hezbollah est coupable de nombreux crimes, de nombreuses attaques terroristes. Nous avons été, nous, les Français, touchés dans notre chair. Le combat contre le terrorisme doit tous nous réunir aujourd'hui.

9:27
Invité

Merci beaucoup, Yael Broun-Pivet, invitée des 4V. Et puis bon courage pour la séance de demain qui va être agitée.

9:33
Présentateur

C'était les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.