Shéhérazade Bentorki, députée "La France insoumise" du Nord | La politique et moi
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Questions et réponses
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- 1:14OuverteRéponse directe
Comment expliquez-vous le lien entre sport de haut niveau et politique ?
- 2:10OuverteRéponse partielle
Qu'est-ce qui s'est passé lors de votre échec aux JO de Pékin ?
- 2:39OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est lié au fait que vous avez mené des études de sciences politiques en parallèle ?
- 3:13OuverteRéponse directe
Que dit votre entraîneur sur votre vision politique précoce ?
- 4:46OuverteRéponse directe
Pourquoi la politique vous a-t-elle attirée dès l'enfance ?
- 5:39OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir choisi le Parti Socialiste en 2007 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:39InvitéFait
« Championne de France depuis l'âge des minimes, 3e au championnat du monde universitaire 2008 et 2010. »
- 0:51InvitéFait
« Elle vient de faire son entrée au conseil municipal de la ville de Tourcoing. »
- 1:44Invité politiqueFait
« on est en lutte permanente. »
- 4:15Invité politiqueFait
« Il a été accompagné par l'AFPA, structure essentielle qui est aujourd'hui fortement fragilisée. »
- 6:03PrésentateurFait
« Fin 2010, vous êtes devenue conseillère municipale à Tourcoing. »
- 8:54PrésentateurFait
« Vous avez été élue suppléante du député insoumis David Guiraud. »
- 10:31Invité politiqueChiffre
« 2,8 millions de personnes attendent un logement social. »
- 10:36Invité politiqueChiffre
« Depuis 2017, 4352 personnes sont mortes à la rue. »
- 12:07Invité politiqueFait
« de 2016 à 2022. »
- 12:25Invité politiqueFait
« Combien de dossiers de retraités j'ai dû accompagner sur le surendettement. »
Temps de parole
- Shéhérazade Bentorki55 %
- Présentateur37 %
- ?5 %
- Invité2 %
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Mon
invitée, à l'âme d'une lutteuse, au sens propre comme au sens figuré, ancienne sportive de haut niveau, elle siège au groupe La France Insoumise à l'Assemblée. Bonjour, Cheherazade Ben-Turki. Bonjour, M. Éric. Alors, vous faites partie de ces députés, et il
y
en a un certain nombre, qui ont appris à se dépasser à travers le sport de haut niveau. Votre sport à vous, c'était la lutte. On va revoir un extrait d'un reportage qui date
de 2011. Championne de France depuis l'âge des minimes, 3e au championnat du monde universitaire 2008 et 2010. Un palmarès impressionnant pour cette grande sportive, qui se destinait depuis toute petite à la politique. Elle vient de faire son entrée au conseil municipal de la ville de Tourcoing.
En
tant que sportive, j'ai appris à dépasser
mes limites, à me contrôler, à se surpasser. Et en politique, je pense que
c'est
les qualités qui sont essentielles, voire
primordiales, pour
réussir dans ce milieu.
Il y a beaucoup de choses dans l'archive qu'on vient de voir. Il y a l'importance du sport de haut niveau dans votre vie. Il y a même le rapport entre le sport de haut niveau et la politique. Et j'aimerais vous entendre là-dessus. Parce qu'il y a beaucoup de députés, je le disais, qui ont pratiqué un sport de haut niveau. Il y a vous, il y a un ancien champion paralympique d'escrime,
il
y a un ancien champion de MMA, il y a des patineuses artistiques de haut niveau. Tout cela, l'Assemblée, c'est étonnant de voir cela. Comment vous l'expliquez ?
C'est étonnant, oui et non. On fait partie d'un grand pays de sportifs.
Et
de replonger dans ces images-là, je me suis dit, mais quel parcours
!
Et donc, être là aujourd'hui, au sein de l'hémicycle, siéger avec d'autres sportives, en fait, on est en lutte permanente.
Oui, c'est ça. C'est-à-dire que vous avez appris à vous dépasser en permanence et à rien lâcher. C'est important en politique, ça aussi ?
Le dépassement de soi, la rigueur, la discipline et la cohérence.
C'est
ce qui permet aujourd'hui d'être
qui
je suis aujourd'hui.
On l'a dit, votre sport, c'était donc la lutte. Je lisais des articles de presse en 2008. Il y en a beaucoup qui vous imaginez même représenter la France aux Jeux Olympiques de Pékin. Mais à quelques mois de l'échéance, la presse de l'époque raconte que vous avez craqué. Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là dans votre vie, dans
votre
vie de sportive
?
Le monde du haut niveau, c'est un monde qui est très dur et très compliqué. Et il y a eu des épisodes qui ont fait que ça ne m'était pas destiné. Mais je suis plutôt ravie que ma catégorie, elle a été représentée par Cine Chavez-Camp. Donc il y
a
une forme,
en
fait. Alors, je n'y étais pas, mais ma catégorie, elle y était. Donc c'est tout comme ça.
Est-ce que c'est lié au fait qu'en parallèle du sport de haut niveau, vous avez mené des études de sciences politiques ? À Assas. Et on a bien compris que la politique,
c
'est aussi votre passion. Et que vous étiez peut-être un peu tiraillée entre les deux ?
Alors,
ce sur quoi, en fait, on doit évoluer, notamment en France, c'est comment on arrive à trouver un juste équilibre entre le sport de haut niveau et les études.
Et vous, vous
ne
l
'avez
pas trouvé ? Ça s'est
mal
boupillé ? Alors, je pense qu'en fait, l'équilibre n'a pas été là.
Et
donc aujourd'hui, en fait... Mais je me dis, par rapport à ce qui s'est passé, là où je suis aujourd'hui, je pense que j'ai plutôt réussi, non
?
Oui, évidemment. J'aimerais vous entendre un peu sur ce que dit aussi votre entraîneur dans cet archive de l'époque, le fait que très jeune, vous aviez déjà une vision politique du monde. Votre père était ouvrier dans le textile à Tourcoing. Et vous expliquez que c'est lui qui vous a transmis ce goût pour la politique.
Comment
il a fait ?
On
voit votre papa, là.
Oui. Brahim Bentorque. Je suis très fière de mon papa.
En
fait, j'ai baigné dans le monde d'ouvriers du textile depuis petit. Donc ma grand-mère était ouvrière du textile. Papa également. J'accompagnais souvent ma grand-mère tous les ans à la Saint-Éloi. C'est la fête des ouvriers. D'accord. Donc tous les ans, en fait, les ouvriers se mettaient avec leurs plus belles tenues et fêtaient en fait une forme de fête d'entreprise. Et c'est là où j'étais confrontée à la réalité aussi de ce qu'endurait les travailleurs. Mais ils
m
'ont aussi appris la solidarité, la dignité au travail. Donc papa a perdu son emploi avec la chute du textile. Il a été accompagné par l'AFPA, structure essentielle qui est aujourd'hui fortement fragilisée. Et papa n'a pas trouvé un emploi, il l
'a
arraché.
Et
quand je parle, quand j'emploie le terme arraché, c'est qu'on est avec papa. J'ai découvert qu'on était très loin du fantasme, du l'axe à l'emploi.
C
'est facile, quand on veut, on peut. La réalité, malheureusement, elle est toute autre. Et donc c'est ce qui a nourri aussi mon engagement. C'est face à ces inégalités, à ces injustices, il fallait
être
au
présent. Pour combattre un peu les
injustices qu'a pu vivre votre père. Mais lui-même était engagé, militant, syndical, politique. Il était sympathisant politique. Mais
dès mon plus jeune âge,
il
m'a donné le goût à la revendication. Quand il y
a
quelque chose qui est injuste, il faut le dire. Il faut le dénoncer.
La politique, ce n
'est
pas une passion très commune chez les enfants ou chez les ados. Qu
'est
-ce qui vous plaisait à ce point, là-dedans, quand vous étiez
petite
?
Mais
c'est l'histoire des grandes femmes et des grands hommes politiques.
C'est-à-dire
? Vous la transmise comment ?
Avec
papa. On
allait tous les
samedis à la bibliothèque. On prenait un bouquin et me demandait de faire un exposé sur les grands hommes et les grandes femmes en politique. J'ai toujours été intriguée, notamment Victor Hugo, mon écrivain, qui était aussi député avec ses plus grands discours. Et comment il arrivait à mettre le discours sur les injustices que vivait la France à cette époque-là, à travers ses bouquins, mais aussi à travers le perchoir.
Vous
vous êtes donc engagée en politique dès 2007, je crois. Vous aviez 21 ans à l'époque. Et alors, à l'époque, vous avez choisi le Parti Socialiste. Pourquoi le PS ?
C
'était à l'époque la suite logique, en fait, de ma réflexion à ce niveau-là. Et j'ai été accueillie à bras ouverts par M. Balwick, l'ancien député maire de Tourcoing, qui lui aussi est issu du monde du textile. Donc pour moi, c'était une suite logique
en
forme d
'engagement politique. Fin 2010, vous êtes devenue conseillère municipale à Tourcoing. Et alors, en 2013, vous avez décidé de quitter le PS en raison de votre opposition à l'époque au mariage pour tous. Et vous avez expliqué à ce moment-là, je ne partage pas la nouvelle image de la famille que véhicule le Parti Socialiste. Et ça a surpris tout le monde. Marier deux personnes de même sexe, c'était inenvisageable pour vous à l'époque ?
C
'est quelque chose que vous
ne
pouviez pas concevoir ?
Si. Il faut aussi se mettre au contexte de l'époque. Le débat qui a été mené a été un débat qui a été très maladroit. Dès lors que l'ancien président François Hollande parlait même d'introduire pour les élus une clause de conscience pour mariés, a brouillé le débat.
Mais
depuis, en fait, sur la question, il n'y
a
plus de
sujet. Vous dites que vous vous êtes déconstruit là-dessus. Mais ça veut dire quoi ? Qu'est-ce que vous avez déconstruit ?
Alors, ensuite, dès que je quitte le PS, je prends du recul sur la politique. Je suis rentrée dans une forme de grande machine à laver.
Et
donc, en fait, ça allait un peu dans tous les ans. Donc, j'avais besoin, en fait, de m'arrêter
et
de réfléchir, en fait, à ce que j'ai fait, ce que j'ai dit. Et besoin, en fait, d'être aussi en... Je vous parlais de cohérence avec mes valeurs. Et je me suis dit,
en
fait, là-dessus, je n'étais pas alignée. Donc, voilà pourquoi, là-dessus, j'avais besoin de me déconstruire.
Et d'évoluer.
Oui.
Vous dites que vous avez quitté la politique. Mais, en fait, il y
a
eu toute une petite histoire. C'est qu'en quittant le PS, vous avez d'abord rejoint le groupe UDI au Conseil municipal, un groupe qui était présidé à l'époque par Gérald Darmanin. Mais ça a duré très peu de temps. Oui, très peu de temps. Comme je vous
l
'ai dit, je
suis
rentrée dans une machine.
Mais qu'est-ce qui s'est passé, en fait ? Ça allait
très, très vite. Et je n'étais pas alignée, à cette époque-là, avec les choix que j'avais faits à l'époque. Voilà pourquoi j'avais besoin, là-dessus, de me retirer. Je ne me retrouvais pas dans ce que j'ai dit concernant le mariage pour tous, dans mon adhésion, à cette époque, avec UDI. Voilà pourquoi j'ai préféré me retirer et
me recentrer. Vous avez fait
une coupure
avec la politique. Et
c'est en 2020 que vous êtes revenue sur les devants de la scène en vous présentant sur la liste de la France insoumise au municipal. Cette fois, à Roubaix.
Et
alors, cette fois, c'était LFI. Pourquoi LFI et plus le PS
?
Alors, je quitte le PS en 2013. Alors, je quitte le monde politique. Mais je m'intéresse toujours à ce qui se passe en politique. Oui, la passion est toujours là. Oui, c'est dans mon ADN.
Et
donc, sympathisante de la France insoumise. Et pour moi, c'était, on va dire, la suite logique de mon cheminement politique. Et donc, j'ai rejoint l'équipe de...
C'est-à-dire que
vous aviez été déçue par le mandat de François Hollande à l'Élysée ?
Mais comme beaucoup d'électeurs de gauche. Le mandat de François Hollande a énormément déçu. Et la France insoumise incarnait vraiment, en fait, cette radicatité qui manquait actuellement à la gauche. Voilà pourquoi j'ai rejoint naturellement la France insoumise.
Et deux ans plus tard, vous avez été élue suppléante du député insoumis David Guiraud. Oui. Vous avez ensuite été sa collaboratrice parlementaire. Et ensuite, vous lui avez succédé comme députée quand lui a été élu maire de Roubaix. Vous aviez imaginé un tel scénario à l'époque quand il vous a proposé d'être sa suppléante
? Non.
Vraiment...
Non, ce n'était pas dans vos plans. Non,
parce que siéger à l'hémicycle est pour moi un honneur. Et je n'aurais pas pu, en fait, imaginer un jour siéger en hémicycle. Et là, j'y suis.
Donc, quand vous êtes devenue députée, vous avez dit « je ne veux pas être une copie de David Guiraud, je veux apporter ma patte sans dénaturer le fond de son travail
».
Bon, vous n'avez pas beaucoup de recul
encore. Ça fait
quelques mois que vous êtes députée. Mais est-ce qu'elle est déjà là, la patte Ben Torquay en politique ?
Bien sûr qu'elle est là. Donc, la patte Ben Torquay, c'est une patte qui est très ancrée sur les réalités de mon territoire, à Roubaix, à Ouatrelo, et comment je suis, en fait, un peu le porte-voix de ce qui se passe dans ma circonscription, mais avec des dossiers, en fait, que j'ai traités en tant que collaboratrice. Et c'est comment on apporte du concret sur des problématiques locales avec une lumière en termes d'enjeux un peu plus à l'échelle du pays.
Par exemple, votre première question au gouvernement portait sur les difficultés à se loger.
C
'est une problématique qui revient régulièrement dans vos échanges avec les habitants sur votre circonscription ?
Les trois quarts des problématiques que nous traitons au cabinet parlementaire, ça concerne la question du logement. Les trois quarts ? Les trois quarts. La question du logement, ce n
'est
pas une question qui est propre à Roubaix, à Ouatrelo ou à Tourcoing. On est face à l'une des plus grosses crises du logement du pays. 2,8 millions de personnes attendent un logement social.
Il
y
a
un chiffre qui est effarant. Depuis 2017, 4352 personnes sont mortes à la rue. Elle est là, là-dessus, la réalité de la question du logement. La question du logement, elle est aussi bien plus vaste. C'est comment des personnes en situation d'handicap n
'ont
pas de logement adapté. Les femmes qui sont victimes de violences conjugales doivent rester chez elles parce qu'on manque réellement de solutions de relogement. Voilà en fait en quoi la question du logement, elle est primordiale.
On va terminer l'émission avec notre quiz habituel. Vous allez devoir compléter les débuts de phrases que je vais vous proposer. Jean Jaurès et moi.
Vous
avez parlé de Victor Hugo, mais j'ai lu que vous étiez aussi très attaché à Jean Jaurès. Oui,
Jean Jaurès, c'est parti des grandes figures. J'ai même son portrait dans mon bureau sur l'engagement politique jusqu'au boutiste. Et là-dessus, ne jamais baisser les yeux et ne jamais éteindre sa voie face à une injustice. C'est ce qu'a été Jean Jaurès.
Pour
vous, Jean Jaurès. Pour immobiliser un adversaire en politique ?
Il
faut être
factuel. Il faut être factuel.
Il ne faut pas être
sportif, il faut être plus
factuel. Vous n
'utilisez pas les prises de lutte. Jamais.
Non, il faut être factuel. Vous parlez de prise de lutte, en fait, c'est du travail. Donc, en fait, dès lors qu'on est convaincu que notre position est la bonne, il faut la travailler pour qu
'on
soit là-dessus irréprochable.
Enfin,
en tant qu'ancienne conseillère bancaire, je peux vous dire que,
parce
que vous avez été conseillère bancaire quelques années ?
Oui,
de 2016 à 2022.
Ça
peut être étonnant. Ça peut paraître étonnant pour quelqu'un qui est à la France insoumise,
mais... Mais,
c'est logique.
En
fait, aujourd'hui, la banque est un acteur qui est essentiel dans notre société. Je peux vous dire que j'ai vu de mes propres yeux l'explosion de la pauvreté. Combien de dossiers de retraités j'ai dû accompagner sur le surendettement. Donc, en fait, à travers mon ancien travail, j'ai pu voir, constater, en fait, la résultante des politiques qui sont mises en place.
Et ça vous a renforcée dans vos convictions d'engagement politique. Exactement. Merci beaucoup, chère Razal Bentorti, d'être venue dans La Politique et moi.
Sous-titrage ST' 501
Shéhérazade Bentorki