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interviewRadio J — L'interview politique· 20 septembre 2024 13 min

Sylvain Maillard - Le Barbier du matin du 20/09/24

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Sylvain Maillard

Sylvain Maillard, bonjour. Bonjour, Chrétien Barbier. Et bienvenue. 38 noms de membres du gouvernement, dont 16 ministres de plein exercice. Est-ce que cette fois, on a la bonne liste ? Est-ce que ça va être pour ce week-end ?

0:17
Présentateur

Ce n'est pas à moi de le dire, mais en tout cas, le Matignon a informé tout le monde que la liste serait définitive avant la fin du week-end. Je crois que c'est une bonne nouvelle et très attendue. On a besoin de faire un budget pour la France. On a besoin de construire une politique publique. On a surtout besoin, je crois, de sécuriser tout le monde. Les entrepreneurs, les investisseurs en particulier. On voit bien qu'il y a un vrai ralentissement de prise de risque en France. Et donc, ça veut dire que, évidemment, ça ralentit l'économie française.

0:45
Sylvain Maillard

Ce qui peut arriver encore d'ici 48 heures, c'est des noms récusés par le président de la République. C'est lui qui nomme sur proposition du Premier ministre.

0:52
Présentateur

Oui, et puis il y a des différentes vérifications. La haute autorité de la transparence pour la République. En tout cas, les grands équilibres sont faits et ont été acceptés par l'ensemble des partis de la coalition. Et je m'en félicite.

1:05
Sylvain Maillard

Alors, justement, ces grands équilibres. Michel Barnier avait promis un changement. Il y a beaucoup de critiques qui s'élèvent et qui disent, mais non, c'est à peine un remaniement. Les macronistes restent très majoritaires. 7 postes pour votre groupe, plus de modems, plus d'un horizon. Ça fait 10 sur 16 qui sont de la majorité sortante.

1:20
Présentateur

Nous sommes le groupe le plus important de cette nouvelle coalition. 97 députés, c'est le groupe le plus important. Donc, il est normal que nous soyons à hauteur du nombre de députés. Et puis, de porter, parce qu'au-delà des personnalités, c'est aussi porter des politiques publiques. Il y a des ministères pour nous qui sont essentiels. Je pense à l'écologie, par exemple, mais aussi sur les finances, sur l'éducation nationale, qui sont pour nous fondamentales dans le projet que nous portons. Et donc, nous souhaitons avoir une représentation qui puisse porter et qui puisse imprimer sur ce sur quoi nous sommes fait élire il n'y a pas si longtemps, le 7 juillet.

1:58
Sylvain Maillard

Un hold-up des macronistes, c'est ce que disent déjà vos adversaires. Vous reconnaissez qu'après avoir perdu des élections, c'est bizarre de se retrouver en aussi bonne position ?

2:06
Présentateur

Christophe Barbier, nous vivons dans une coalition. Ce n'est plus un Premier ministre à Matignon qui vient de Norand. C'est un Premier ministre LR, Michel Barnier, que nous soutenons. Nous devons le soutenir et nous allons le soutenir durant toute cette période. Parce que c'est essentiel, il faut de la stabilité. Mais ce n'est plus un Premier ministre de Norand. Donc nous sommes en coalition, ce n'est plus la même chose qu'avant.

2:30
Sylvain Maillard

Et cette coalition, c'est avec la droite, une droite très à droite. Parce que Michel Barnier avait un profil de gaulliste de gauche. Mais là, on a Bruno Retailleau à l'intérieur.

2:38
Présentateur

C'est donc la droite ex-filloniste, la droite de droite qui rentre au gouvernement. C'est une coalition de, en théorie, 229 députés, qui permet de vivre à l'Assemblée nationale. Mais c'est une coalition avec différents partis. Pas de l'homogénéité de ce que nous avons connu, mais c'est ce qu'ont voté les Français il n'y a pas si longtemps. Donc nous sommes responsables. Les Français veulent un gouvernement, ils ont raison. Ils veulent un budget, ils ont raison. Et donc nous nous comportons de façon responsable.

3:05
Sylvain Maillard

Parmi ces ministres qui viennent de la droite, quelques noms font tiquer par exemple la sénatrice Laurence Garnier, à qui déjà une partie de la majorité, une partie des macronistes, reproche d'avoir été très opposée au mariage homosexuel et de tenir des positions sociétales très conservatrices.

3:19
Présentateur

Nous avons, nous sommes battus et depuis 7 ans pour une vision de la société, entre autres les droits LGBT sur évidemment le mariage pour tous, mais au-delà de ça, qui pour nous sont fondamentaux. Et donc nous n'accepterons pas des ministres qui ne correspondent pas à ce que nous portons.

3:39
Sylvain Maillard

C'est-à-dire même s'ils ont voté par le passé, ça ne veut pas dire que par exemple on va sortir de la constitution l'IVG ?

3:46
Présentateur

Avoir changé d'avis il y a 10 ans, on a déjà connu ça, y compris dans des gouvernements que nous avons portés. Mais avoir des positions récentes qui pour nous sont contraires à la vision de l'homme et de la femme et de l'organisation de la société, dont je viens de vous parler, est un vrai problème. Après ce n'est pas à moi de le régler, c'est aussi à Michel Barnier de tenir sa coalition. Et ça pour nous c'est un droit fondamental. Donc si l'un des membres du gouvernement remettait en cause le droit LGBT ou des valeurs vraiment qui sont portées d'humanisme par la France, pour nous c'est un souci et donc ça poserait évidemment une difficulté politique.

4:22
Sylvain Maillard

Vous êtes en train de mettre ces ministres de droite sous surveillance ?

4:25
Présentateur

N'auriez pas à mettre sous surveillance, c'est une coalition. Vous parlez d'un cas particulier et donc je reprends ce cas particulier. Mais après c'est une coalition, c'est avec des gens avec lesquels parfois nous sommes opposés assez durement dans les années précédentes, mais nous devons être responsables et nous le serons.

4:44
Sylvain Maillard

C'est-à-dire que vous demandez des garanties d'ores et déjà à Michel Barnier sur ces grandes lignes ? Dans son discours de politique générale ?

4:49
Présentateur

Michel Barnier doit maintenir cette coalition ensemble. Et donc évidemment il trouvera le chemin, quelqu'un qui a l'expérience, il trouvera le chemin pour faire en sorte que sur les valeurs fondamentales, tout le monde s'y retrouve.

5:02
Sylvain Maillard

Cette coalition, on l'espérait, on l'attendait plus à gauche. Michel Barnier avait tendu la main, le président de la République lui avait demandé quasiment une union nationale. La gauche n'est pas là ?

5:12
Présentateur

Non, elle a refusé, en tout cas de ce que nous avons comme information, elle a refusé de rentrer au gouvernement. Moi je le déplore, je pense que les socialistes doivent être à la hauteur de ce qu'attendent les Français, c'est-à-dire un gouvernement stable, un gouvernement de coalition, c'est-à-dire pas qu'avec des amis, mais qui est capable de voter un budget, qui est capable de porter ce qu'on a entendu partout sur le terrain, tous, c'est-à-dire des vraies questions sur le pouvoir d'achat, comment on fait en sorte que ceux qui travaillent gagnent plus, et puis des questions de sécurité, de souveraineté.

Tout le monde l'a entendu et tout le monde doit se mettre autour de la table pour trouver des solutions.

5:46
Sylvain Maillard

Ça serait François-Noël Buffet, sénateur de droite, à l'Outre-mer. Vous déléguez à la droite le retour de l'ordre en Nouvelle-Calédonie.

5:55
Présentateur

Ce n'est pas moi qui fais les choix, en tout cas la situation est extrêmement compliquée en Outre-mer. Moi je me suis rendu dans les dernières semaines et en Nouvelle-Calédonie et à Mayotte, et sur ces deux territoires, mais on a aussi évidemment des grosses difficultés en Martinique à l'heure actuelle, en Guadeloupe peut-être. Il faut évidemment le rétablissement de l'ordre, et puis redonner un espoir et une trajectoire à ces territoires, qu'on appelle tous d'Outre-mer, mais en fait qui ont des réalités très très diverses. C'est des cas particuliers à chaque fois. C'est des cas particuliers, donc il faut du temps et un ministre pleinement engagé.

Je veux saluer Marie Guévenou, qui est la ministre des missionnaires, et qui n'a pas ménagé sa peine pour trouver des solutions.

6:37
Sylvain Maillard

Vous évoquiez l'activité économique à Bercy, où on semble se diriger vers un duo un peu nouveau, un peu inexpérimenté. Ça serait Antoine Armand pour la partie économie, il était là, notre invité il y a une dizaine de jours, et Mathieu Lefèvre pour le budget.

6:51
Présentateur

Ça, c'est vous qui avez des listes ? Oui, c'est l'indice qui circulait hier, ça a surpris un petit peu. Je n'ai pas, en tout cas l'architecture qui a été a priori retenue, c'est un ministre de l'économie Bercy et un ministre des finances qui serait rattaché directement à Matignon, un peu ce qu'on a connu auparavant.

7:06
Sylvain Maillard

Ça ressemble à l'époque Raymond Barre aussi.

7:08
Présentateur

Oui, ou à l'époque Emmanuel Macron d'ailleurs, quand lui-même était ministre de l'économie, il n'avait pas le budget sous lui, et donc c'est peut-être cette architecture-là. D'abord ce sont deux collègues que j'apprécie beaucoup, et qui sont des grands professionnels, après moins connus évidemment du grand public, mais deux formidables députés, donc si c'est eux, c'est très bien, et on en sera ravis, moi le premier.

7:31
Sylvain Maillard

Laurent Wauquiez a refusé Bercy, d'après ce que l'on sait. C'est dommage, est-ce que cette droite aurait dû aussi s'emparer des comptes publics, puisqu'elle dit qu'il faut redresser les comptes de la France ?

7:40
Présentateur

Moi je ne vais pas juger ce qu'ils devaient faire. Michel Barnier leur a proposé des postes, c'est eux qui ont, je crois avec lui, en bonne intelligence, essayé de trouver un équilibre. Après ce n'est pas à moi de commenter, ce que j'entends c'est que Laurent Wauquiez s'est engagé à soutenir cette coalition, et soutenir le gouvernement, et donc je m'en félicite.

8:01
Sylvain Maillard

La problématique des hausses d'impôts a troublé un peu les négociations ces derniers jours, notamment entre la majorité sortante et le Premier ministre. Pas de hausse d'impôts sur les classes moyennes, c'est le message qu'a fait passer hier Gabriel Attal en sortant de la réunion à Matignon. Bon, ça n'avait jamais vraiment été envisagé. Est-ce qu'il y aura des hausses d'impôts sur d'autres catégories de la population ?

8:20
Présentateur

Encore une fois, Michel Barnier va préciser, mais nous, c'est un point extrêmement important. Nous ne voulons pas de hausses d'impôts. Pourquoi ? Parce que depuis 7 ans, nous sommes la majorité qui a baissé les impôts. Pas pour se faire plaisir. D'abord parce qu'on est champion du monde des impôts. Deuxième chose, plus on baisse les impôts, plus on fait des recettes fiscales. C'est contre-intuitif, mais en fait, on n'a jamais eu autant de recettes qu'au moment où on baisse les impôts. Pourquoi ? Parce qu'en fait, il y a plus d'activité.

Il y a plus d'activité, il y a moins de chômage, donc plus de plein emploi, et donc ça ne rapporte plus d'argent et en plus, ça permet à chacun de trouver un emploi. Donc, c'est vertueux de baisser les impôts. Et donc, nous ne voulons pas casser cette dynamique. C'est extrêmement difficile à trouver. On a mis 7 ans à créer 2,5 millions d'emplois. Il est hors de question de perdre cet acquis.

9:04
Sylvain Maillard

Néanmoins, tout le monde convient qu'il y a peut-être deux pistes à regarder. Les super profits, et l'Assemblée l'avait déjà envisagé, et puis les niches fiscales qui ne sont pas de vraies niches fiscales,

9:14
Présentateur

elles ne créent pas d'activité, c'est de l'aubaine. Christophe Barbier, les super profits, ça c'était, on pouvait en parler il y a quelques temps, je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup d'entreprises qui vont faire des super profits cette année. Ça, qu'on soit très clair. Sur les sommes qu'il faut trouver, c'est entre 17 et 25 milliards par an. Donc, ce n'est pas des super profits, quelques centaines de millions d'euros de ce qu'on nous avait prêt. Ce qu'il va falloir, c'est trouver sur des niches fiscales, sur probablement des rentes aussi, certaines rentes, mais aussi faire des économies. Il nous faut faire des économies. C'est sur la dépense qu'il faut travailler.

Il y a de l'argent qui n'est probablement pas bien dépensé. Ça va être difficile, mais il nous faut trouver ces économies. Et on a plein de pistes sur la table. Il faudra que le Premier ministre arbitre, mais des idées et du travail, on a de quoi lui en donner.

10:03
Sylvain Maillard

Oui, mais ce budget, il faudra une majorité pour le voter. Or, on voit difficilement comment vous pourrez atteindre 289. Si c'est un 49.3, il y aura des motions de censure. Ça sera l'épreuve du feu ?

10:13
Présentateur

Donc, en fait, ce n'est peut-être pas un budget qu'il faudra voter. C'est peut-être un budget qu'il ne faudra pas censurer. Voilà. Donc, c'est une autre façon de...

10:22
Sylvain Maillard

Il faut réussir à convaincre les oppositions de se neutraliser.

10:24
Présentateur

Après, on n'est pas encore dans la technique parlementaire, mais est-ce que nous voulons un budget voté ? Évidemment. Est-ce que nous pourrons y arriver avec des milliers d'amendements qui ne vont proposer que des dépenses et très peu de recettes ? On connaît par cœur la musique. Tout le monde dit qu'il faut dépenser moins, mais ne propose que des amendements de dépenses. S'ils sont votés dans une assemblée vraiment compliquée pendant des jours et des jours, on peut imaginer qu'à la fin, ça finisse par un 49.3.

10:53
Sylvain Maillard

Le Rassemblement National a le doigt sur la gâchette, si j'ose dire. S'il y a une motion de censure déposée par la gauche et que le IRN la vote, le gouvernement tombe. Vous sentez cette épée de Damoclès ?

11:01
Présentateur

Arithmétiquement, vous avez tout à fait raison. Il y a trois blocs de taille relativement comparable. Et il y a un bloc qui a décidé, je crois en responsabilité, c'est le bloc central, de mener l'action et de donner des réponses aux Français. Et deux autres blocs qui, au fond, refusent de tout compromis, toute alliance ou toute discussion les uns avec les autres. Et donc, s'ils s'additionnent, c'est évidemment mettre en difficulté le gouvernement.

11:28
Sylvain Maillard

Un dernier mot sur le 7 octobre. Vous serez en Israël pour le 7 octobre. Pourquoi ce voyage ?

11:33
Présentateur

Oui, je partirai trois jours en Israël. D'abord, je pense que c'est un moment important. Pour moi aussi, ça fait plus d'un an que je n'y suis pas allé. Et je veux témoigner par ma présence, tout à fait de député parisien, ma présence, ma solidarité et vivre cette commémoration qui nous a sidérés il y a bientôt un an. On est dans une situation extrêmement difficile en Israël, à Gaza, maintenant au Liban. Et je crois qu'il est aussi important de rappeler notre solidarité localement, d'être là, tout simplement. Donc, je suis heureux de pouvoir y être, même si ça va être un moment extrêmement difficile à vivre. Et je crois qu'il faut montrer sa solidarité, c'est maintenant.

Sylvain Maillard, merci et bonne journée. Merci à vous. Merci beaucoup, Christophe. On vous retrouvera lundi matin à 7h45 pour votre édito. Comme chaque semaine, je vous dis à lundi. Sous-titrage Société Radio-Canada