Philippe Juvin : « Chaque heure compte si nous voulons un budget avant la fin de l’année »
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Et notre invité ce matin, c'est Philippe Juvin. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous, sénateur LR des Hauts-de-Seine, rapporteur général... Député, pardon. Oh là là, député LR des Hauts-de-Seine, mais je...
Je n'ai pas autant d'ambition.
Voilà, on enchaîne les sénateurs... Oh bah, député LR des Hauts-de-Seine, député LR des Hauts-de-Seine, je recommence. Rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane Vernet de Ouest de France. Bonjour Stéphane.
Bonjour Auriane, Philippe Juvin, bonjour.
Philippe Juvin, vous avez entendu évidemment hier soir Sébastien Lecornu dire notamment que la situation permet désormais au président de la République de nommer un Premier ministre dans les 48 heures. Est-ce que la sortie de crise passe désormais par la nomination d'un Premier ministre de gauche ?
Elle passe par la nomination d'un Premier ministre, j'espère pas de gauche d'ailleurs, parce que là on se replongera dans une nouvelle crise, donc non, je souhaite que ce ne soit pas un Premier ministre de gauche, mais elle passe surtout par le dépôt sur la table de l'Assemblée nationale et du Sénat d'un budget. Les choses deviennent urgentes, je l'ai fait savoir aux différents ministres qui sont actuellement en poste, enfin des missionnaires, mais peut-être que seront-ils pour certains reconduits. C'est absolument urgent qu'on ait rapidement un texte, parce que toutes les heures comptent désormais si nous voulons avoir un budget avant le 31 décembre.
On va revenir juste sur la question budgétaire, mais vous vous dites…
– Pardon, c'est la question fondamentale.
– Mais on va y revenir longuement, vous dites Premier ministre de gauche, pour vous ça conduit à la crise ?
– Ah oui, oui, bien sûr. – Il y aurait censure en fait. – Non mais en fait, écoutez, il y a un bloc commun, un bloc central.
– Il existe encore ce bloc central ?
– Oui, il existe encore, il y a eu des discussions entre M. Lecornu et le président du parti Bruno Retailleau, ainsi que les présidents de groupe. Nous, nous sommes prêts à travailler, à condition qu'un certain nombre de conditions soient remplies, en particulier en matière de projection budgétaire. Donc, écoutez, nous avons toujours été contre l'idée de cette idée folle où il n'y aurait pas de gouvernement, le chaos, etc. Nous pensons qu'il vaut mieux un gouvernement et nous sommes prêts à y participer. Simplement, maintenant, il faut discuter du fond.
– Alors, juste avant de discuter du fond, ce qui est un petit peu difficile à comprendre, sur quoi est-ce que Sébastien Lecornu a réellement avancé en 48 heures ? Qu'est-ce qu'il y a de neuf, en réalité ?
– Écoutez, il y a eu des discussions, en particulier sur la construction du budget, ce sont des constructions qui ont eu lieu en off, qui nous laissent espérer que le budget qui va être construit sera un budget qui va être plus construit sur des économies nouvelles que des recettes supplémentaires, c'est-à-dire des taxes et des impôts. C'est un point qui est fondamental pour nous et nous attendons maintenant que tout ça soit mis sur la table.
– Mais des économies sur quoi ?
– Eh bien, c'est la question, les économies probablement sur la gabegie. Vous savez qu'on dépense beaucoup en France et on dépense assez mal également.
– Mais dans quel domaine ? Des économies sur le budget de l'État ?
– Dans tout, dans tout. Non mais en fait, c'est tout le sujet. Les Français ont une sorte de fantasme, c'est de la grosse fuite qu'on identifierait, on arriverait avec, et puis on colmaterait la grosse fuite. En fait, il n'y a pas de grosse fuite, il y a des multiples suites partout. Ce qui nous a été dit off, évidemment, c'est qu'ils sont prêts à s'attaquer à une revue générale des dépenses publiques, c'est la seule solution d'ailleurs, et regarder ligne à ligne là où on peut faire des économies. Il n'y aura pas d'économie massive dans un endroit où on dira on va faire au moins 10 milliards, ça n'existe pas. C'est une revue générale des dépenses qu'il faut faire.
– Et ça n'a pas déjà été fait ça ?
– En tout cas, pas suffisamment parce qu'il ne nous a pas échappé que notre déficit ne fait qu'augmenter. Il y a un exemple qu'il faut regarder dans l'histoire qui est très intéressant, c'est celui du Canada, chrétien, dans les années 70-80. Le Premier ministre chrétien est en face d'un déficit qui est assez similaire à celui que nous portons et que nous subissons aujourd'hui. Et en trois ans, il arrive à rétablir les comptes publics justement par une revue générale des dépenses publiques.
– Mais juste, ça veut dire que vous, vous savez déjà à peu près quel budget va être déposé lundi s'il est déposé lundi ?
– Non, on nous a donné des impressions. Mais c'est tout mon sujet en tant que rapporteur général du budget. J'aimerais avoir le texte de la copie pour, comme j'ai dit à un des ministres, ouvrir le capot, c'est l'expression que j'ai utilisée, et comprendre précisément le mécanisme des choses. Comme il n'y a pas de budget, actuellement, qu'est-ce qu'on fait pour gagner du temps à l'Assemblée nationale ? Depuis deux, trois jours, en fait, je vois chacun des WIP, des responsables des listes politiques, Bloc commun, mais aussi le Parti socialiste que j'ai vu hier, en essayant de construire quelque chose le plus consensuel possible.
Nous essayons de gagner du temps sur du temps qui est perdu par l'absence de gouvernement. Le budget, vous l'avez dit d'ailleurs tout à l'heure, j'ai entendu dans l'émission, que le budget aurait dû être déposé cette semaine. Il ne l'a pas été, ce sont des jours perdus, et comme le temps est compté que nous voulons avoir un budget avant la fin de l'année, nous essayons de rattraper ce temps en temps caché à l'Assemblée. L'Assemblée est faite de gens très différents, qui pensent différemment, mais qui sont de bonne volonté, qui essayent de travailler sans budget, donc nous voulons avoir le texte. Donnez-nous le texte, donnez-nous le texte !
– Alors, une dernière question, avant d'aller dans le détail du budget, vous avez participé à la réunion des Républicains hier à 21h.
– Hier soir ?
– Qu'est-ce qu'il en sort ? Qu'est-ce qui a été décidé précisément ? Il y aura une participation des Républicains au gouvernement ?
– Il en sort que nous sommes d'accord sur le principe de participer au gouvernement.
– Quel que soit le Premier ministre ?
– Sans Premier ministre de gauche. – D'accord. – Que nous avons…
– Donc de retour dans un gouvernement macroniste ?
– Dans un gouvernement de bloc commun, de centre commun. – On verra, la personnalité est importante, vous avez raison. Donc on va voir le Premier ministre que choisit le Président de la République.
– Donc rien n'a changé en fait, on est toujours…
– Non, ce n'est pas vrai. Non, ce n'est pas vrai. Nous avons désormais une feuille de route que nous n'avions pas il y a encore trois semaines.
– Celle de dimanche dernier ?
– Celle de dimanche dernier, nous avons probablement acté le fait que nous allons refuser d'avoir un certain nombre de, peut-être de personnalités marquantes. Il y a eu tout un débat sur Bruno Le Maire qui a été, à tort ou à raison, en tout cas, mis à pointer du doigt. Donc ça a été une difficulté.
– Une équipe qui n'ait aucune connexion avec les ambitions présidentielles pour 2027, c'est les mots de Sébastien Lecornu, ça veut dire sans Retailleau ?
– Ça, c'est la position de M. Lecornu. Maintenant, il va y avoir une discussion entre le parti et le futur Premier ministre. Ce qui a été décidé, c'est de donner un mandat de négociation à Bruno Retailleau ainsi qu'au président de groupe pour discuter de notre participation au gouvernement. Je ne peux pas en dire plus parce que… – Mais du coup, maintenant, c'est une négociation à deux têtes, pardon.
C'est-à-dire, il y a Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez.
– Et le président du Sénat et le président des sénateurs. – Je ne vais pas vous dire au début d'une négociation quelles sont nos lignes de négociation, sinon ça ne s'appelle plus une négociation. Mais nous sommes prêts à assumer nos responsabilités. Nous avons considéré qu'il fallait mieux participer à un gouvernement plutôt que ne pas participer à un gouvernement, c'est-à-dire faire le lit de la gauche. Parce que vous ne faites pas d'illusion, si nous ne sommes pas nous au gouvernement, il y aura une alternative de gauche. et nous pensons que… – Pardon, je ne l'ai plus bien, mais du coup…
– Mais du coup, pourquoi vous êtes parti dimanche soir et vous avez fait chuter le gouvernement Le Cornu, si c'est pour aboutir à cette conclusion mercredi soir ?
– Parce que, et vous l'avez bien compris, nous n'avions pas les certitudes que la ligne politique générale que nous souhaitions suivre soit réalisée. Vous avez bien vu tout le drame qu'il y a eu autour des personnalités. Nous avons voulu une clarification. Cette clarification, je pense, aura lieu. – Donc là, vous l'avez obtenue.
Donc il y aura moins de macronisme, moins de renaissance dans le gouvernement ?
– Eh bien, nous verrons. C'est aussi au futur Premier ministre.
– Et ça veut dire quoi, plus de Républicains ?
– Nous verrons avec le Premier ministre. En tout cas, nous souhaitons un engagement sur une ligne politique qui est plus proche des Républicains que celle que nous apprêtions à voir apparaître.
– Donc il y a des engagements d'un gouvernement plus à droite ?
– Nous verrons en fonction des négociations. Il y aura des négociations entre le futur Premier ministre. La question de la personnalité du Premier ministre va être évidemment importante. Elle est à la main du Président de la République. C'est son droit. Mais nous souhaitons que ce soit un Premier ministre qui soit peut… J'aimerais bien que le Premier ministre soit LR et que le gouvernant soit LR. Il se trouve que nous n'avons pas la majorité. Donc je ne me fais pas d'illusion. Mais j'espère que ça pourrait être un Premier ministre qui soit plus ouvert à une discussion générale avec les Républicains.
– Ce qui veut dire, ça peut être aussi une personnalité neutre, la thèse d'un gouvernement technique…
– Le fameux Mario Draghi français.
– De gens qui soient assez peu… Enfin qui soient moins… – Oui, pourquoi pas ? Ça peut être une synthèse possible.
– Encore une fois, il faut retrouver un peu de la clarté dans le sujet, dans le débat. Et c'est au Président de la République de donner le Premier ministre. – Sous 48 heures. – Donc ce n'est pas nous qui allons dire, c'est lui ou lui. Mais nous sommes prêts désormais à discuter avec le futur Premier ministre que le Président de la République choisira, à condition qu'il ne soit pas de gauche.
– Alors on revient au budget, parce qu'effectivement c'est un sujet central. Donc vous dites que vous discutez, vous à l'Assemblée, avec les représentants du Bloc central. – Absolument. – Les trois partis du camp présidentiel, les LRSA évidemment, et le Parti socialiste, c'est tout à gauche ?
– Non, non, pas du tout. Je compte bien rencontrer tous les représentants de tous les groupes politiques, y compris du Rassemblement national, qui fait partie de la discussion politique. L'idée est assez simple, complexe, mais simple. Enfin, complexe dans son application, simple dans son principe, qui consiste à rencontrer les uns et les autres, puisque je n'ai pas de texte du gouvernement, leur demander quelles sont leurs demandes en matière de budget, et voir les amendements de compromis que l'on peut créer les uns et les autres. J'ai été député européen pendant dix ans. C'est la technique qu'on emploie dans les parlements où il n'y a pas de majorité. On essaye de se mettre d'accord.
L'important, et que les gens qui nous écoutent, que ce soit les Français ou les opérateurs économiques, comprennent que nous ne voulons pas que le pays soit laissé à volo, sans budget, ou le gouvernement nous en donne un tout de suite, et il le faudrait le plus tôt possible, on est déjà en retard, le plus tôt possible, mais en attendant, nous travaillons, nous, à la construction d'une maquette.
Hier soir, Sébastien Lecornu, il a dit qu'il y avait une majorité relative prête à s'accorder sur un budget commun. Est-ce que de vos discussions, vous faites le même constat ?
Oui, la majorité relative, on la trouve dans ce qu'il a probablement voulu dire, mais il faut lui demander, c'est, j'imagine, le bloc commun des LR au camp d'Emmanuel Macron. Pas au-delà. Pardon ? Pas au-delà. Encore une fois, je crois que…
Avec les socialistes, il n'y a pas un chemin possible sur un budget commun ?
À une réunion interne, à maintenant, les députés du groupe Lyot, qui est un groupe intermédiaire à l'Assemblée, ont été invités, j'ai cru comprendre, ce qui est nouveau par rapport à la situation hantée avec M. Béroud, donc si l'Eliot entre, ça fait partie d'un élargissement de la majorité relative, oui. Oui, il n'y a pas de majorité absolue, si c'est votre question.
Non, mais surtout avec le Parti socialiste, est-ce qu'il y a un budget de compromis possible avec le Parti socialiste ?
Alors, sur un budget, je ne crois pas un budget, en tout cas, peut-on trouver des voix avec quelques députés socialistes qui ont des propositions intelligentes ? J'en suis persuadé. Il y a, dans tous les groupes politiques, les socialistes compris, mais aussi ailleurs, des gens qui sont prêts, probablement, à discuter. C'est, enfin, la France est un pays qui, enfin, nous n'avons pas la culture de la discussion parlementaire, je crois, suffisamment développée, telle que d'autres l'ont. Et donc, l'idée, c'est justement de les rencontrer en leur demandant quelles sont leurs demandes et de travailler techniquement.
Il faut entrer dans le détail, parce que sinon, on est dans de l'incantation, oui.
Mais est-ce que vous pensez qu'il y a…
Donc oui, j'ai vu les socialistes, par exemple, hier, et, pardon, je vous interromps, j'ai vu un des représentants du Parti socialiste à la Commission des finances, membre éminent, et je lui ai demandé quelles étaient ces lignes. Il m'a fait des propositions dont certaines sont… pourraient prospérer, mais encore faut-il les travailler maintenant techniquement.
Non, mais est-ce que vous êtes optimiste sur l'adoption d'un budget par le Parlement d'ici à la fin de l'année ?
D'abord, il y a un problème de planning. Au-delà du fond, on a un tout petit sujet, c'est qu'il est probable que si on dépassait le 15 octobre, c'est-à-dire dans quelques jours, on n'aura pas de budget.
La date butoir, c'est lundi, lundi prochain ?
Oui, lundi, ça ne serait pas formidable parce qu'on aurait déjà peu de temps, mais il ne faut pas dépasser lundi ou mardi, sinon je pense que c'est techniquement impossible.
Mais, en fait, très simplement, quand vous échangez avec vos collègues socialistes et qu'ils vous donnent un certain nombre de suggestions ou de points, est-ce que là, au moment où on se parle, est-ce que vous pensez qu'il est imaginable d'arriver à un budget de compromis avant la fin de l'année qui ne passe pas par un 49-3, ce qui paraît particulièrement difficile, et surtout qu'il ne fasse pas l'objet d'une censure ? C'est-à-dire, à quelles conditions tout ou partie des députés socialistes ou peut-être d'autres formations de gauche pourraient ne pas censurer le gouvernement futur sur son budget ?
Non, mais moi, je ne peux pas m'avancer pour les députés capables de voter à censure, essentiellement, le Rassemblement national et le Parti socialiste, pour faire simple. Je ne peux pas m'avancer pour eux. Je vous dis simplement que...
Je vais reformuler ma question.
Je vous dis simplement qu'ils mettent sur la table des propositions que je suis en train d'analyser et je vais voir si on peut avancer de façon constructive. Mais lesquelles, par exemple ? Est-ce qu'ils exigent des choses qui sont... On est en train de les étudier, donc je ne vais pas vous les donner, sinon elles vont être conciliables.
Je vais reformer ma question très simplement, mais est-ce qu'ils exigent, par exemple, l'instauration d'une taxe Zuckmann, la suspension, voire l'abrogation de la réforme des retraites ? Est-ce qu'ils mettent sur la table des choses qui vous paraissent totalement incompatibles ou inconciliables, sur lesquelles il ne peut pas y avoir de compromis possible ?
Oui, il y a des propositions sur lesquelles il va être difficile d'avoir des compromis, clairement. Vous en avez cité. Il y en a d'autres où, probablement, il y a des chemins. En fait, une négociation budgétaire et la rédaction de ce qu'on appelle des amendements de compromis, que ce soit entre nous et les socialistes, mais aussi les amendements de compromis, c'est à plusieurs. Il faudrait plusieurs groupes qui se mettent d'accord. C'est une chirurgie très précise qui fait que je ne peux pas vous dire au début si on va y arriver.
C'est-à-dire que je vais essayer de prendre des uns et des autres des éléments différents et essayer de construire quelque chose qui ne sera pas idéal, qui ne sera idéal pour aucun des groupes, mais qui sera acceptable. Donc, je ne sais pas si on va y arriver, mais je vais vous dire que nous y attelons.
Donc, vous, vous êtes sur une méthode où le Parlement doit avoir la main. Est-ce que vous demandez au prochain Premier ministre de renoncer au 49.3 ?
Ah non, il y a deux choses. Je crois qu'effectivement, le Parlement, de toute façon, a la main, puisque c'est quand même chez nous que ça va se passer. Et quand je dis Parlement, c'est l'Assemblée, mais j'ai rencontré Husson, mon collègue du Sénat, rapporteur général du Sénat. Il faut qu'on travaille aussi ensemble. Donc, le Parlement a un rôle très important cette année. C'est pour ça que j'ai commencé ce travail de discussion les uns avec les autres, chose qu'on n'a pas faite jusqu'ici, où chacun arrivait avec ses amendements. Mais il faut en tout qu'on va arriver avec des amendements communs. Deuxièmement, faut-il… La question du 49.3, elle est différente.
Je pense que c'est une erreur de la part du Premier ministre d'avoir d'emblée dit pas de 49.3, parce que du coup, le 49.3 qui est prévu par la Constitution, qui n'a rien de scandaleux, est un outil qui permet aussi de peser dans la discussion. Donc, moi, je…
Donc, vous demandez au prochain Premier ministre de ne pas renoncer au 49.3 ?
Je ne demande pas au Premier ministre de renoncer au 49.3. Je pense que même, c'est une erreur et il se retire une arme et le futur Premier ministre, j'espère, ne fera pas la même erreur.
Sur le fond, parce qu'il va devoir aussi y avoir des compromis du côté des Républicains, est-ce que vous êtes prêt à accepter une taxation des plus riches ?
Je ne sais pas ce que ça veut dire une taxation des plus riches. Les plus riches, ils sont déjà taxés en France. La taxation des plus riches ? Oui, d'accord. Il va nous falloir… Enfin, on va avoir un trou de 150, 160 milliards cette année. Si vous trouvez 2 milliards de plus chez les plus riches, vous voyez, ce n'est pas ça qui va nous prendre. Non, mais il y a ce besoin
de justice fiscale. Vous l'entendez, évidemment, vous aussi.
Non, mais on veut la justice fiscale, ça va de soi. Donc, est-ce qu'il va falloir
accepter une autre forme de taxation des plus riches ?
Ce que je crois dans les principes, c'est les choses suivantes. Je pense qu'il vaut mieux plutôt taxer les revenus que le patrimoine. Parce que quand vous taxez le patrimoine, vous vous appauvrissez le groupe. Et deuxièmement, il faut tout faire pour préserver l'appareil productif. Puisque plus vous taxez l'appareil productif une année, moins il va produire les années suivantes. Et donc, du coup, on s'appauvrit. Et troisième principe général, enfin, on a quand même un problème de dépense. Et je pense que les marges de manœuvre, elles sont plutôt sur les dépenses que sur les recettes. Une fois que je vous ai dit ces trois principes, vous allez me dire, bon, so what ?
C'est une philosophie générale que je vais essayer d'appliquer. Maintenant, je sais bien qu'il y aura probablement des taxes et des impôts en plus. Malheureusement, je souhaiterais arriver à un objectif où on ait quand même plus de baisse de dépense significative que d'augmentation de recettes et de taxes. Voilà. Une fois que je vous ai dit ça, c'est la copie que je jette sur le bureau en disant, voilà vers quoi j'aimerais qu'on aille. Non, je ne suis pas majoritaire.
Hier soir, Sébastien Lecornu a reparlé de l'objectif de 4,7% du déficit. Est-ce que, pour vous, cet objectif peut être tenu ?
Alors, soyons très précis. Bérou avait dit 4,6. Puis, M. Lecornu a dit 4,7 dans un premier temps et dans un second temps, il a même dit moins de 5. Et donc, moins de 5, ça peut être 4,99.
Il a dit entre 4,7 et 5.
Pour que les gens qui nous écoutent comprennent quel est l'enjeu. Et quand vous retirez 0,1, donc 4,6 à 4,7 par exemple, c'est 3 milliards de différence. Donc, il faut qu'on trouve…
Vous, vous souhaiteriez qu'il soit à combien, cet objectif ?
C'est l'engagement de la France vis-à-vis de l'Union européenne. C'est un sujet quand même. On a dit qu'on serait à 4,6 cette année pour être à 2,8 en 2029. Si vous décalez, vous dites on ne fait plus 4,6, mais 4,7, eh bien, en 2029, par définition, vous ne serez pas à 2,8. Vous serez au-dessus, à 2,9. Et où l'effort, ou alors, pour y être à 2,8, il faudra un effort plus important l'année prochaine.
Donc, vous, vous souhaiteriez qu'on revienne au chiffre initial de François Bayrou, 4,6 ?
Ce n'est pas moi qui le souhaite. C'est l'engagement de la France vis-à-vis de ses partenaires européens. Non, mais à un moment, chacun fait un objectif. Vous vous dites,
pour tenir l'engagement,
il faut rester à 4,6. Absolument. Idéalement. L'effort qu'on ne nous fera pas cette année, eh bien, il faudra le faire plus durement l'année prochaine et ensuite l'année suivante. Vous savez, nous ne sommes pas dans un monde fermé où les Français se regardent entre eux. Aujourd'hui, pourquoi nous payons les retraites et les fonctionnaires ? Parce qu'il y a des gens qui acceptent de nous prêter. Et la dégradation de la note de A, A, A, A, A, A, A seulement, fait que désormais, il y a des banques et il y a des prêteurs qui ne nous prêtent plus parce que dans leur contrat, il est indiqué qu'on ne doit pas prêter à quelqu'un qui a A tout seul. Donc tout ça nous coûte très cher.
Alors tout ça nous coûte très cher, on comprend tout ce que vous dites, mais du point de vue du principe de réalité et du pragmatisme le plus pur et le plus dur, si aujourd'hui, on vous disait, on peut trouver un chemin de non-censure qui permet d'aboutir à un budget à la condition de suspendre la réforme des retraites. C'est oui ou c'est non ? Sachant que la suspension de la réforme des retraites est estimée à 500 millions d'euros l'année prochaine, 3 milliards d'euros en 2027, mais qu'une absence de budget l'année dernière nous a coûté au total 15 milliards d'euros.
Donc est-ce qu'il ne vaut pas mieux se dire, ok, acceptons la suspension de la réforme des retraites pour ne pas avoir cette facture-là ?
Vous dites en fait les retraites, ça serait bien de les tenir, mais si c'est la condition de la non-censure et du non-cao, finalement, on paiera plus cher à avoir le cao. C'est un argument comptable qui est à entendre. Et c'est vrai, l'absence de gouvernement coûte probablement une dizaine de milliards. Donc c'est très cher. L'absence de budget et de gouvernement coûte une dizaine de milliards. J'entends cet argument. Moi, je n'y suis pas favorable. Je pense qu'il faut que nous gardions la réforme des retraites pour plusieurs raisons. D'abord, ça, c'est un signal.
Si nous sommes le seul pays qui revenons sur une réforme des retraites qui est nécessaire et qui est même insuffisante, en fait, qui est insuffisante, ce qu'on a fait, les Français considèrent que c'est douloureux, mais je suis obligé de vous dire que c'est indispensable à faire. Ce n'est pas la réforme que nous aurions faite. Je pense que la vraie réforme des retraites, elle est ailleurs. C'est de dire aux gens qu'il n'y a plus d'âge légal, vous partez quand vous voulez. Vous voulez partir à 60 ans, vous partez à 60 ans. Vous voulez partir à 65, vous partez à 65. Et vous voulez partir à 70, vous partez à 70, sauf que vous en assumez les conséquences. Mais juste, Yves Juvin, pour terminer.
Mais est-ce que, pardon, est-ce que c'est la condition sine qua non ? Je trouve que ça serait une erreur de lâcher ça. Maintenant, le futur Premier ministre va en discuter avec les uns et les autres. Vous me demandez mon avis, je pense que c'est une erreur.
On a compris votre avis. Hier, il y avait une réunion, on le disait, de parlementaires LR. Hier soir, est-ce qu'il a été acté qu'en cas de suspension de réforme des retraites, il y aurait censure ?
Non, ça n'a pas été acté. Mais globalement, il y a eu un fort mouvement de parlementaires qui ont dit que l'abandon de la réforme des retraites poserait un problème parce que c'est aussi un de nos marqueurs politiques. C'est un problème
qui ne dirait pas jusqu'à la censure ?
Ou qui pourrait aller jusqu'à la censure ? On verra. Vous me demandez quel est notre avis sur la ferme des retraites, je pense que ce sera une erreur de l'abandonner. Une grave erreur pour le pays. Merci Philippe Juvin.
Merci d'avoir été notre invité. La Une de West France. Sébastien Lecornu, ma mission est terminée. C'est à la Une de votre journal. Merci Stéphane. On va voir ce qu'il fait La Une dans nos régions. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. Sous-titrage Société Radio-Canada