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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 10 juillet 2023 8 min

Grégory Allione : "Aujourd'hui, nous avons des départs de feu mais pas de situation alarmante"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Jérôme Cadet, le 6-9.

0:08
Grégory Allione

Alors que débutent les vacances d'été ? Gros plan ce matin sur Inter, sur celles et ceux qui vont veiller sur vous durant ces semaines, les sentinelles de l'été. Nous serons dans le journal de 7h avec des éducateurs de quartier qui restent sur le pont, ce sera à 3. D'ici là, parole aux pompiers. Bonjour Grégory Allionne. Bonjour Jérôme Cadet. Vous étiez il y a quelques mois encore président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Vous êtes aujourd'hui directeur de l'École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers. Comment se présente cet été 2023 pour les 250 000 pompiers de France ? Plusieurs départements vivent un long épisode de sécheresse côté incendie.

Est-ce que la situation est plus à risque que l'an dernier ?

0:50
Présentateur

Il y a deux éléments qui font qu'aujourd'hui, on est dans une situation différente de l'an dernier. Premièrement, il y a eu des orages un petit peu de partout sur l'ensemble du territoire au mois de juin, ce qui a réduit notamment la sécheresse de surface. C'est ce qui fait que l'an dernier, à l'approche du 14 juillet, rappelons-nous, nous avions déjà les premiers gros feux en Gironde, alors qu'aujourd'hui, nous avons des départs de feu. Mais il n'y a pas de situation alarmante.

En revanche, la situation va devenir compliquée puisque nous sommes en période caniculaire et l'effet sèche-cheveux associé entre ces fortes chaleurs et des vents réguliers continue d'assécher les masses végétales et vont nous mettre dans une situation qui sera complexe au fil du temps et au fil de l'été.

1:35
Grégory Allione

Vous l'avez rappelé, l'été 2022 a été terrible. 72 000 hectares brûlés dans notre pays. Un bilan 7 fois supérieur à la moyenne de ces 15 dernières années. Qu'est-ce qui a changé depuis ? Est-ce que le changement le plus important, il se passe sur la méthode, sur la formation, sur les moyens ?

1:53
Présentateur

Il y a eu une véritable prise de conscience, mais cette prise de conscience n'a pas été l'effet 2022, si on peut l'appeler ainsi. Le gouvernement et notamment le président Macron, depuis 2017, ont axé toute une politique sur la protection civile, la sécurité civile, et avaient déjà en 2017 réagi. Parce qu'on est, depuis quelques années, et rappelons-le, le Jura avait déjà subi en 2019 un très gros feu. Ça avait été le plus gros feu en France, 170 hectares qui avaient brûlé. Le Jura a encore subi des feux dramatiques en 2022. Donc le gouvernement avait déjà pris conscience qu'il fallait augmenter les moyens en politique de sécurité civile.

Aujourd'hui, nous avons des avions supplémentaires, des hélicoptères supplémentaires, des moyens supplémentaires, mais ça ne suffira jamais, si j'ose m'exprimer ainsi, parce qu'on n'aura jamais la capacité de mettre un camion devant chaque maison qui est menacée par le feu.

2:47
Grégory Allione

Et pour ce qui est de la formation des pompiers, des techniques employées, vous qui dirigez désormais l'École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers, il y a eu des changements ?

2:56
Présentateur

Oui, il y a eu des changements notables. Nous intégrons dorénavant la partie feu d'espace naturel dans le tronc commun de l'ensemble des officiers, parce qu'aujourd'hui, tous les territoires de notre pays sont concernés par les feux d'espace naturel. C'est la raison pour laquelle nous avons pris la décision de donner cette sensibilisation, ce début de formation à l'ensemble des cadres qui vont opérer sur le territoire.

Il y a encore des efforts à faire en matière de formation, notamment à donner cette formation-là aux sapeurs-pompiers dans l'ensemble des territoires, mais c'est une prise de conscience de l'ensemble des collectivités, du gouvernement, et bien entendu des sapeurs-pompiers eux-mêmes.

3:31
Grégory Allione

Je suppose, Grégory Allion, que vous suivez avec attention ce qui se passe au Canada. 670 feux de forêt étaient actifs vendredi, dont plus de 380 hors de contrôle, des chiffres hors normes, dit le gouvernement. Évidemment, l'étendue des massifs n'a rien à voir avec la France, mais est-ce qu'on pourrait vivre dans notre pays de tels épisodes dans les années qui viennent ?

3:51
Présentateur

Oui et non. Alors, premièrement, on la suit, la situation, parce que nous avons des troupes qui sont encore là-bas. Nous avons des officiens et des sapeurs-pompiers qui luttent ardemment, et l'École nationale a envoyé des cadres dans cette mission-là. Mais oui et non, je disais, parce que, premièrement, les superficies sont différentes, mais deuxièmement, aussi, les stratégies sont différentes. La stratégie française est, depuis de nombreuses années, d'attaquer vite et fort l'ensemble des départs de feu et de donner priorité aux feux naissants, ce qui veut dire que, lorsqu'on a une situation catastrophique, on va tenter d'éviter d'en avoir une deuxième. Pourquoi je dis cela ?

Parce que la méthode anglo-saxonne, jusqu'à présent, était de laisser le feu faire son ouvrage dans les massifs forestiers, considérant qu'il était une solution, aussi, pour régénérer la flore, notamment. C'est la raison pour laquelle, en 2020, j'étais parti avec quatre collègues en Australie. Les Américains, les Canadiens, les Australiens s'intéressent fortement à la méthode française pour tenter de la développer sur leur territoire, qui n'ont rien à voir, forcément, pour faire en sorte que les feux ne prennent pas d'ampleur, parce qu'aujourd'hui, avec le dérèglement climatique, un feu qu'on laisse se développer devient une réelle catastrophe et devient hors norme.

5:01
Grégory Allione

Grégory Allian, l'action des pompiers, j'allais dire, malheureusement, a été très médiatisée l'été dernier, parce qu'on a eu besoin, évidemment, de votre action. Est-ce que ça vous a servi pour le recrutement ? Est-ce que des jeunes gens se sont dit « pompier, c'est un beau métier, c'est un métier utile » ?

5:19
Présentateur

Oui, bien entendu, mais vous savez, l'engagement est quelque chose qui est dans la jeunesse, qui est dans notre société, mais aujourd'hui, il faut que l'on continue d'augmenter cet engagement-là. D'ailleurs, les sapeurs-pompiers de France sont présents sur le Tour de France avec un bus qui permet de connaître tous les moyens pour s'engager comme sapeurs-pompiers volontaires ou professionnels, mais qui diffuse aussi une politique de sensibilisation aux comportements et gestes qui sauvent.

Mais concernant le recrutement, il nous faut plus de sapeurs-pompiers pour une seule et unique raison, c'est que, ne serait-ce que sur les feux d'espace naturel, tous les territoires sont concernés dorénavant en France par le feu d'espace naturel, donc il nous faut des sapeurs-pompiers pour prévenir et lutter. Mais il y a aussi quelque chose qu'il faut savoir, c'est que les sapeurs-pompiers, 80% de leur activité, c'est le secours d'urgence aux personnes, c'est la santé des territoires. Et cette sollicitation-là...

6:07
Grégory Allione

Mais elles marchent, ces campagnes, elles marchent, ces campagnes, Grégory Allion, de recrutement ?

6:11
Présentateur

Oui, elles marchent. Il y a juste une difficulté, et c'est en cela que la loi incendie qui vient d'être votée par le Parlement, les actions du gouvernement pour favoriser la fidélisation de nos sapeurs-pompiers volontaires, l'action des départements de France pour faire en sorte qu'ils soient reconnus encore plus insistamment. Et c'est important parce qu'aujourd'hui, nous avons une difficulté sur la fidélisation. Un pompier qui rentre, c'est beaucoup de sollicitations, et il nous faut plus de sapeurs-pompiers pour diminuer la sollicitation individuelle.

6:42
Grégory Allione

Un dernier mot, Grégory Allion, vous avez parlé du secours aux personnes, je voudrais qu'on parle des noyades, au moins quatre noyades mortelles ce week-end en France. On sait que les pompiers participent à la surveillance des plages. Quels conseils est-ce qu'on peut donner à ceux qui nous écoutent ce matin ?

6:56
Présentateur

Déjà, toujours un regard sur celui qui va se baigner, qu'il soit jeune ou moins jeune. Toujours avoir un regard, parce qu'une défaillance physique peut arriver à n'importe qui, ça c'est le premier point. Et deuxième point, ne jamais oublier, un enfant peut échapper du regard très très vite, et toujours avoir les brassards, avoir la sécurité d'une piscine. On prend cela peut-être à la légère, mais c'est une évidence. C'est comme l'ensemble des éléments de prévention, comme un détecteur automatique de fumée dans une maison, comme des broussaillis autour de sa maison. Tous ces éléments qui sont de sensibilisation et d'information pour éviter le drame, il suffit de les respecter.

7:34
Grégory Allione

Merci à vous, Grégory Allion, directeur de l'École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers. Merci d'avoir été notre invité ce matin. Prochaine étape de notre fil rouge, les sentinelles de l'été, ce sera tout à l'heure dans le journal de 7h. Merci à vous.

7:48
Locuteur

Merci à vous. Merci à vous. Merci à vous.